Skip to main content

Full text of "Mémoires de la Société des sciences naturelles et archéologiques de la ..."

See other formats


This is a digital copy of a book that was preserved for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 
to make the world's books discoverable online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that 's often difficult to discover. 

Marks, notations and other marginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book' s long journey from the 
publisher to a library and finally to y ou. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prevent abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automated querying. 

We also ask that y ou: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain from automated querying Do not send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attribution The Google "watermark" you see on each file is essential for informing people about this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can't offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
any where in the world. Copyright infringement liability can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full text of this book on the web 



at |http : //books . google . corn/ 




A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 
précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 
ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 
"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 
expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 
trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en marge du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 
du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages appartenant au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 

Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter. Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer r attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

À propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 



des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse ] ht tp : //books .google . corn 



Vmr 



SAéi/ 



HARVARD UNIVERSITY 




L 1 B R A R V 

PEABODY MUSEUM OF AMERICAN 
AEOHiEOLOGY AND ETHNOLOGY. 



keceivéd IJO^ UO 6" 



r 



[ Digitizedby Google 



Digitized by VjOOQIC 



Digitized by VjOOQIC 



Digitized by VjOOQIC 



Digitized by VjOOQIC 



MÉMOIRES 



DE LA 




JN[aTOI(ELLES & y^^I^CHÉOLOGIQUËS 



f 



II 



Digitized by VjOOQIC 






'V" 



^> 






^-■; 



Za Société n'entend- être responsable ni des opinions 
émises par les auteurs des Mémoires, ni de la forme de leur 
rédaction. 

MM. les Membres de la Société sont priés d'adresser au 
Président, avant le \^^ Avril, les Mémoires qu'ils se propo- 
seraient de faire insérer dans le BULLETIN. 



ifr 



Digitized by VjOOQIC 



■â- 



MÉMOIRES 



DE LA 




fÎATURELLES & y^RCHÉOLOGIQUES 



FONDÉE EN 1832 



DEUXIÈME SERIE. — TOME NEUVIÈME 

(XIV« de la Colleotion) 

PREMIÈRE PARTIE 



Gî^è>^ 





hT"^ 



GUÊRET 
Imprimerie P. AMIAULT, Place du Marché. 

1903 



Digitized byCjOOSlC 



Digitized by VjOOQIC 



s OMTÉ DE Ia IeUILLABE 



^^^^^iT^^D*- 



CHAPITRE VII. — Les seigneurs, puis comtes 
DE LA Feuillade (sutie) 

XII.— François I d'Aubusson, chevalier^ seigneur de la Feuillade, 
de Pellelanges, de Youhet, du Soulier ou de Solier, est ainsi dési*- 
gnè au procès-verbal de rassemblée de Tarrière-ban de la province 
de la Murcbe lenue à Guérel le 6 juillet 1553, parmi ceux choisis 
pour servir : « Le seigneur de la Feuillade, pour servir et fournir 
d'homme en estai de sallade et cheval légier, de son chief et pour 
la valieur de ses flefs » (1). Il était guidon d'une compagnie d'hom- 
mes d'armes des ordonnances du roi, lorsque Honoré de T^ge, 
seigneur de Puylaurens, son beau-frère, lui donna quittance, par 
acte du 19 décembre 1569, de la somme de cinq cents livres, pour 
solde des quatre mille livres qui avaient été promises en dut i Anne 
d'Aubusson par Jacqueline de Dienne, sa mère, à condition que 
ladite Anne d'Aubusson renoncerait à tous les droits qu*elle pouvait 
prétendre eu la succession de Jean d'Aubusson, son père, et en 
celles de Jean d'Aubusson et de Jeanne de Vouhet, ses aïeoi pa- 
ternels (2). 

Le 15 mars 1879, François d'Aubursoii fut désigné par Jeaii de 
Dienne, dans son testament, comme son exécution testamentaire (3). 

(1) Mémoires de la Société des Sciences Naturelles et Archéologiques 
de la Creuse II, 135. 

(2) Nobiliaire du Limousin I, 4. 

(8) Bouillet, Nobiliaire d'Auvergne 11,848. 



Digitized by VjOOQIC 



— c — 

On le trouve en 1580 conseiller et chambellan de François de 
France, duc d*Anjou. Le 23 juin 1586 il était tuteur des enfants 
mineurs de feu François de La Trémoille, chevalier» seigneur de 
Fontmorand (1). 

En 1588 il se trouvait aux Etats-Généraux tenus à Blois comme 
député de la noblesse de la sénéchaussée de la Haute-Marche (2). 
Au mois d'août 1591JI fut envoyé à Bourges par le duc de Mayenne 
pour féliciter le duc de Guise sur son évasion du château de Tours, 
où il était prisonnier (3). 

François d'Aubusson était chevalier de Tordre du roi, gentilhom- 
me ordinaire de sa chambre, lorsqu'il reçut le 7 août 1600 son acte 
d'indemnité de Guillaume Pot, seigneur de Rhodes, son beau-frère, 
prévôt des ordres du roi et grand-mailre des cérémonies de France. 
Le 3 septembre 1609 il donna quittance à Jehan Bonnet, notaire 
royal à Chastaing, dt-s lods et ventes d'une acquisition faite par ce 
dernier, et ne pouvant signer « à cause de la débilité de sa veue », 
il fit signer dame Louise Pot, sa femme. 

Le 25 avril 1610 ce seigneur rendit au roi aveu et dénombrement 
de la terre et seigneurie de La Feuillade, mouvante du comté de la 
Marche et de la châlellenie d'Aubusson, mais il ne put signer l'acte 
pour cause d'indisposition et sa sœur signa pour lui. 

François 1 d'Aubusson mourut le 21 mai 1611, laissant un testa- 
ment du 12 juillet 1607. Il signait : « Daubusson ». 

Il avait épousé, par contrat du 30 juillet 1554, Louise Pot, fille de 
Jean Pot, chevalier, seigneur de Rhodes, Chemeaux, Hontceaux» 
Gendreville, Menotou, Salle, grand - maître des cérémonies de 
France, premier écuyer tranchant du roi et porte-cornette blanche, 
et de Georgette de Balsac, dame de Saint-Chamant, en Auvergne. 
Le 15 juin 1605 lesdits époux léguèrent une rente de seigle à une 
chapelle qu'ils avaient fait élever joignant l'église de Vouhet. Après 

(1) Beauchet-Filleau, Dieiionnaire Historique et Généalogique des 
Familles du Poitou I, 160. 

(2) Poulbrière, Les Députés du Limousin et de la Marche, 
(S) Nobiliaire du Limousin I, 60. 



Digitized by VjOOQIC 



w» ^ = . T. 



— 7 — 

la morl de son mari, Louise Pot augmenta encore cette dotation (1), 
En 1613, elle demeurait au château de VouheL Elle signait t 
(( Loyse Pot ». 

De ce mariage naquirent : 

i*^ Georges I, qui suit; 

2o Guillaume d'Âubusson de la Feuiliade, chevalier, seigneur de 
Soliers ou Souliers, qui épousa : 1^ Louise de La Trëmoflle, dame 
deChâtelet, de Chassingrimont, de Honimes et de la [leiiousière, 
fille de François de La Trémoille, seigneur de FoiUmorand, de 
Châtelet et de Chassingrimont, et de Marguerite Pot, ilame de 
Chassingrimont; i"" Avant 1630 Jeanne du Brudieu ou de Ditdieui 
fille de Gaspard de Laage du Brudieu ou Bridieu, ècuyer, seigjieur 
de TÂge, du Brudieu et de Feydet, baron de Giat en partie, et de 
Charlotte de La Faye; suivant partage avec son frère Gaurges du 
19 novembre 1613, il lui fut attribué la terre et seigneurie de 
Soliers on Souliers, en Basse-Marche (2) ; il fut la tige de la branche 
des seigneurs de Chassiugrinioiit, qui s^éteigoit en 1675; 

3» François d'Âubusson de la Feuiliade, prévôt cottventuel de 
Sainl-BenoIst-du-Sault, au diocèse de Bourges, depuis reljgieui 
recollet sous le nom de Pierre Raphaël ; 

4"^ Robert d'Aubusson de la Feuiliade, prieur de Dutiet et de la 
Charpaigne en i60S, prévôt de Téglise collégiale de Sciint-UenoIU 
du-Sault, par résignation de son frère en 1619, conseilter du roi et 
son aumônier, abbaye commendataire de Tabbaye du Palais-Saînte- 
Uarie le M décembre 1623; il assista le 16 deceiubre 163Ï au 
contrat de mariage de Charles de Pierrebufflère, fils du seigneur 
de Runger, Tandu, en Berry, avec Calherine-Arabroise d'Âubusscn, 
fille de François d*Aubusson, seigneur de Poux, et de Jeanne- 
Suzanne de Froment; le 18 août 1645, au lieu noble du Palais- 
Sainte-Marie, il déclare, pour obéir à Tordonnance de S. M^ le 
revenu de Tabbaye du Palais : il prend quarante-cinq seliers sur la 

(1) Beauchet-Filleau, Dictionnaire Historique et Généalûgiqua du 
Famille» du Poitou 1, 160. 

(3) La Cbe»naye-DeâbQi8) Dictionnaire de la Noblme I, 937. 



Digitized by VjOOQIC 



-8 - 

revenu du grand-prieur d'Auvergne, soixante-dix qnaites de fro- 
ment, plus certaine rente sur le village du Mont, qui aurait appar- 
lenu à ladite abbaye (i) ; mort en septembre 1651 ; 

5o Hardouin d'Âubusson de la Feuillade, chevalier de Saint-Jean- 
de-Jérusalem, commandeur de Sainte-Anne en 162i;son père lui 
avait légué par testament quatre cent cinquante livres de pension 
payables par Georges et Guillaume, ses frères, jusqu'à ce qu'il 
fut pourvu d'une commanderie de l'ordre de Malte; tué au combat 
de Casteluaudary le 1«' octobre 163i ; 

6"* Anne d'Aubusson de la Feuillade, mariée : 1"* le 27 août 1580 
à François Faulcon, écuyer, seigneur de Saint-Pardoux, fils de 
François Faulcon, chevalier, seigneur de Saint-Pardoux, Chasseneuil, 
chevalier de l'ordre du roi, et de Jeanne Frolier de la Messeiière, 
qui mourut jeune (2) ; "i*" par contrat du 12 novembre 1580, à Rigal 
ou Kigaud de Scorailles, seigneur de Roussiile et de Philippie, en 
Limousin, chevalier de Tordre du roi, fils d'Antoine de Scorailles, 
seigneur de Roussiile et de Montpensier, et d^Anne de Sedières, 
lequel donna le 10 juillei lt07 quittance à son beau-frère du reli- 
quat de la dot de sa femme ; elle testa le 18 octobre 1631 (3) ; 

1"* Madeleine d'Aubusson de la Feuillade, mariée par contrat du 
25 janvier 1587 à Gabriel de Soudeilles, seigneur de Lieulrec, de 
Fessac, de Senales et de Lespiuasse, demeurant à Lieutrec, pa- 
roisse de Darne, en lias-Limousin, ressort de Tulle, fils de Jean de 
Soudeilles et de Jeanne de Saint-Georges ; elle était veuve en l5V)i, 
et, comme tutrice de ses enfants, elle nomma le prêtre (ilulaire de 
la vicairie de la Vergne dans la chapelle de la Sainte-Vierge de 
l'église de Soudeilles^ archiprètré de Gimel (4) ; elle lesta le 7 mai 
1620; 

(1) Notes de feu M. Etienne Berger, communiquées par M. Lucien 
Berger, son fils. 

(2) Beauchet-Filleau, Dictionnaire Généalogique des Familles du 
Poitou lit, 353.^ 

(3) Nobiliaire du Limousin IV, 157. — De son petit-fils naquit 
Marie-Angélique de Scorailles de Roussiile, duchesse de Fontanges, 
maîtresse de Louis XIV, née en 1661, morte le 28 juin 1681. 

(4) Qôment-Simon, Archives Historiques de la Corrèze, 



Digitized by VjOOQIC 



- 9 - 

8o Honorée d'Aubusson do la Feuillade, mariée : !<» le 29 février 
1588 à François de Lezay, seigneur de Ueauregard, en Basse- 
Marche, veuf d'Anne d'Allery, fils de Maihurin de Lezay, seigneur 
des Marais el en partie de Lezay, el de PerreUe de Rouhy (i) ; 
â*" p.ir conlral du 9 novembre 1593 à Louis d'Oyron, écuyer, sei- 
gneur d'Ajain, dans la Haule-Marcbe, veuf de Claude de Colem- 
berg(â);fils de Jacques d'Oyron et Gabrieile d'Aubusson ; elle 
apporta à Louis d'Oyron une dot de dix mille livres,qui fut payée en 
mars 1619 par les lièriliers de son premier mari ; 

9o Jacqueline d'Aubusson de la Feuillade, mariée, par contrat du 
29 juin 1590, à Ik)naventure de liazés, écuyer, seigneur de Monimes, 
de Dessines et d'Abloux, avec lequel elle vivait le 20 juin iQi\ ; 
veuve le 27 avril 1625 ; 

10^ Jeanne d'Aubusson de la Feuillade, mariée : i^ par contrat 
du 17 octobre 1605, à Guy Brachet, baron de Pérusse, chevalier de 
Tordre du roi, duquel elle était veuve le 21 décembre 1613; 
2^ par contrat du juin 1614, à Gabriel de Pierrebuflière-Gliâteau- 
neuf, chevalier, baron de Lostanges et de la Villeneuve, seigneur 
de Nedde, chevalier de l'ordre du roi, fils de Gabriel de Pierrebuf- 
flère- Château neuf, chevalier, baron de la Villeneuve-au-Comle, 
seigneur de Nedde, et de N... de Bianchier, dame et baronne de 
Lostanges, en Bas-Limousin; elle demeurait, lors de son second 
mariage, an bourg de Saint-Dizier^ en Poitou; elle y testa le 29 
mai 1619, et était morte le 9 mars 1620; elle signait : « Janne 
Daubusson » ; 

11® Françoise d'Aubusson de la Feuillade, co-adjutricede Suzanne 
d'Aubusson, sa tante, en l'abbaye de Bugue, ordre de Saint-Benoit, 
diocèse de Périgueux, abesse de ce monastère en 1608. 

XIII. — Haut et puissant seigneur Georges I d'Aubusson, cheva- 
lier, comte de la Feuillade, seigneur de Vouhet et de Courpalay, et 
par sa femme seigneur de la Grange-Bléneau, fut pourvu en 1609 
par Hem i IV de i'ofUce de sénéchal de la Basse-Marche. Il présida, 

(1) La Chenaye-Desbois, Dictionnaire de la Nobleêse XII, 572. 

(2) Nobiliaire du Limouiin II, 25. 



Digitized by VjOOQIC 



— 10 - 

en teiie qualité, la dernière assemblée des Etais provinciaux de la 
Dusse-M^trche qui eut lieu en 1615, au Dorât, pour la nomination 
lies dé]iut8s (les Etals-Généraux (1). Il fut nommé chevalier du 
SaiiihEsprit et fil ses preuves de noblesse le 19 février 1614. On le 
trouve vers cette époque chevalier de Tordre du roi, conseiller du 
ruî en ^es conseils d'Etat et privé, capitaine de cinquante hommes 
d'armes de ses ordonnances, capitaine-iieuienant des chevau-légers 
de la reine Marie de Médicis, maréchal de camp des armées du roi. 

Par lettres données à Bordeaux en novembre 1615, le roi érigea 
eu Uunv de Georges d'Aubusson la baronnie de la Feuillade en 
coiuiè il), H demeurait alors au bourg de Vouhel, en Basse- 
Marche. 

L'urinée suivante, il fut nommé à l'ambassade d'Espagne, mais la 
morl du maréchal d'Ancre (14 avril 1617) ayant obligé de sortir de 
la Cour ceux qui étaient attachés à la reine-mère, le comte de la 
Feuillade se retira dans ses terres. 

Le ^1 avril 1621, Georges d'Aubusson transigea avec Hobert 
d'Aubusson, son frère. Il testa le 21 août i626, et mourut en 1628 
à Grenulile (3). 

11 uv;i]t épousé : 1<> par contrat du 21 mai 1595, Jacqueline de 
Li^niiies ou Liniéres, dame de la Grange-Bleneau, en Brie, Iroi- 
hmue nile d'Antoine de Ligniëres , seigneur de Ligiiiéres , en 
Coiiitït aille, chevalier de Tordre du roi, capitaine de cinquante 
hotinnes d'armes de ses ordonnances, gouverneur de Chartres et du 
pays Cliarirain, et de Françoise de Courlenay, dame de la Grange- 
Bleneau (4), laquelle mourut en février 1610; 2'» par contrat du 
7 lioverabre 1615, Olympe Green de Saiut-.Marsault, vicomtesse de 
Bochenieaux, fille de Jean Green de Sainl-Marsaull, seigneur de 
Parcouf, de Malliancy et de Pondrie, gentilhomme ordinaire de la 
cliambre du roi, gouverneur de la ville et château de Dijon, et de 

(1) Joulietton, Histoire de la Marche I, 348. 

(2) Lu Ghenaye-Desbols, Dictionnaire de la IÇoblesse VII, 97fl. 
(S) Sûbiliaire du Limouiinl, 59. 

(4j Cauillet, Nobiliaire d* Auvergne III, 419. 



Digitized by VjOOQIC 



_ u - 

Françoise de Sain le-Maure. Olympe Green do Saint-Marsaull èUit 
veuve : 1° dMsaac de Salagiiac, bamn de l\ocheforL et des Ëlangs el 
vicoinle de Hocheraeaux; 2^ et de Jean de Permisse, comte des 
Cars et de Beauforl et banni d\4ixe* liiie lesta le 2 ou iO décetiibre 
1633» et luourut à Paris t-ii février 1634(1), 

Du premier tuariage ria(juire[»t : 

1« François II, qui suit; 

2« Louis d'Aubusson de la Feu il] ad e, itè te iO septembre 1002, 
bapliî^è à la Granclie-niétieau, le tU janvier !G03, prévôt coinuien- 
datcjire (]e IVglise de ta SouLerraijie en 1013, prieur corn niendu luire 
de la Villedieu eu 10^9 ; ses neveuï Ueou et Georges d'Aubussou 
lui payaient une pensiou de cent livres; eu 10 11), il résigna le 
prit'uré de la Viltedieu en faveur de Georges, son neveu, el devint 
èvéque de Metz (2), 

3^ Jacqueline d'Aubnssou de la Feuillade, mariée, par cotitiat 
du 21 décembre 1613, j^assé au diâleau de Vouhet^ eu présence t]e 
Louise Pol, sa grandVnère, à Louis Ajasson, sei^jneur de Vot el de 
Villebuffiêre ou Villebussière, eu îlarcbe; 

4^ Marie d'Aubussou de la Feuiliadc, religieuse carmélite à Ypres^ 
en Flandre, eu 1621 ; 

5*> Louise d'Aubusson de la Feuillade^ mariée, par conlrat du 
^U jniri 1021, à Louis de CUauveron, seigneur de la Molle-sur-Itidre 
et du Puy, eu la paroisse de Villebernon, eu Touraiuo, ills de 
François de Cbauverou, seigrteur des mêmes lieux, et dMsabelle 
Berruyer, lequel en l(>i2 succéda à son beau^père comme sènècbal 
delà Basse-Marche, oflice qu'il résigna Ift 9 août tr>34 à Paul de 
Noilet^ écuyer, seigneur de Lèpaud et du Mas-du-Boîs (3); 

Du second : 

G"" Jean-Marie Greeu de Saint-MarsauU d*Aubusson, vicomtô de 

(1) Nobiliaire du Limomin I, 392, 

(% Nùbiiiaire dt* Limotiiin 1, 60. 

(3) Joulieltouj UUloin de Ui MarchB II, 353. 



Digitized by VjOOQIC 



— 12 — 

Rochemeaux, subslilué par le leslamenl d'Olympe Green de Saint- 
Harsaull, sa mère, aux bieos des Greeii de Sainl - Marsaiilt, à 
coudilion d'eu porter le oom et les armes ; mort sans postérité 
en 1635 ; 

70 Jacqueline d'Aubusson de la Feuillade, née le 21 mars 1621, 
baplisée à Vouhet. Elle prit Thabit de Sainte-Claire à Limoges le 
7 octobie 1035. Quoique son frère germain, le vicomte de Roche- 
meaux, fut mort trois ans auparavant et qu'elle recueillit toute sa 
succession, elle ne changea point de dessein et fit profession le 
19 mars 1037. Elle voulut être déclarée fondatrice de ce couvent 
des Urbanistes, «que ses armes fussent gravées èz lieu éminents de 
Teglise »,legua aux religieuses quarante-neuf mille livres, dont vingt- 
trois mille furent effectivement payées, donna encore deux mille 
livres aux Cordeliers de Limoges, qui avaient alors la juridiction spi- 
rituelle sur ce couvent, et, pour tout le reste elle lit héritier Achile 
de ::^alaignac, comte de Uochefort, piès Aixe, son frère utérin. Julie 
de Salaignac, femme de Hiilippe, marquis de Mciilai s, sœur utérine 
de Jacqueline d'Aubusson, fut reçue en 1639 aux Requêtes du Palais 
à vériiier la suggestion et captation de ce testament. JustiQcalioa 
fut fournie qu'il avait été dicté et porié tout dressé par le couvent 
des religieuses, et, par sentence du "ii juin 161tU, malgré les sollici- 
tations en faveur du couvent et du comte de Rochefort, le testa- 
ment fut cassé. Le comte de Rochefort lit en 1641 appel au parle- 
ment de cette sentence. Le custode des Cordeliers, malgré l'opposi- 
tion de I ofllcial, déclara nuls les vœux de Jacqueline d'Aubusson 
comme faits par crainte, violence, défaut d*âge lors de la profession. 
Philibert de Lu Roche-Aymon, marquis de Saiut-Maixent, baron de 
Vie, fils de Perrol-Ceoffroi de la Roche-Aymon, marquis de Saint- 
Maixent, sénéchal de la Haute-Marche, et de Suzanne des Serpens, 
qui avait assassiné sa femme Anne de Saint-Julien, et qu'on sur- 
nomma le Grand Diable de Saint-Maixent, séduisit Jacqueline 
d'Aubusson, et, avec Taide de son frère, Hélie de La Roche-Aymon, 
baron de la Farge, Tenleva de son couvent. Un prêtre qui n'avait 
aucune juridiction maria le ^8 septembre 1644, dans Teglise Saint- 
Pierre de Limoges, Philibert de La Roche-Aymon et Jacqueline 
d*Aubusson, Leur contrat de mariage et en date du même jouri 



Digitized by VjOOQIC 



- 13 - 

28 septembre 1644 (1). Poursuivis pourcrirae de rapt, le marquis 
de Saînt-Maixent et le baron de la Farge furent condamnés à ruort 
comme ravisseurs par arrêt du parlement de Paris. Mais €ei arrêt 
fut cassé par le Conseil du Roi, et la cause renvoyée (levant le 
parlement de Toulouse. Par arrêt de ce dernier parlement PhiiihËrt 
et Hélie de La Roclie-Aymon furent absous, et le mnriaj^e de 
Philibert de La Roche-Âynion et de Jacqueline dWubussoa déclaré 
valablement contractéi2). Le Grand Diable de Saint-Matxenl ne jouit 
pas longtemps du fruit de ses attentats : il mourut en 1648, à peine 
âgé de trente-cinq ans, étant né le 19 avril 1613. J:jrqihHLtta 
d'Âubusson se remaria le 20 août 1650 à François de BeaupoiL de 
Sainte-Aulaire, marquis de Lanmary, seigneur de Coulures, fils de 
Marc-Antoine de Beaupoil de Sainte-Aulaire, seigneur de Lanmary et 
de Coutures, et de Gabrielle d*Alègre, dame de Chabannes ^i de 
Sorges, lequel mourut sans poslérilé le 2 septembre 1705, à quatre* 
vingts ans; Jacqueline d'Aubusson était morte en janvier 170^, an 
château de Lanmary, en Périgord(3); 

S"* Marie d'Aubusson de la Feuillade. 

XIV. — François II d'Aubusson, chevalier, comte de la Feuiilade, 
seigneur de Vouhet, de la Grange-Bléneau et de Courpalay, en Brie, 
et par sa femme baron de Pérusse, fut élevé enfant d'honneur du 
roi Louis XIII, et devint gentilhomme ordinaire de la chamlire du 
roi, conseiller et premier chambellan de Gaston de France, duc 
d'Orléans, par provision du 16 janvier 1627, maréchal des caraps 
et armées du roi. Il rendit aveu au roi de la seigneurie de Pt^russe, 
mouvante de la Tour de Maubergeon, à Poitiers. 

Il suivit le parti de Gaston, duc d'Orléans, et, lors de la disgrâce 
du fameux Puyiaurens, son parent, en mars 1631, de concert avec 
quelques autres parents dudit Puyiaurens, il leva des tronpes en 
Limousin, comme s'il avait eu commission du roi. Mai;; le raî, 
Payant appris, fit déclarer à Dijon le 30 mars 1631 criminels de 

(1) Archives de la Creuse B, 34. 

(2) Nobiliaire du Limousin I, 60. 

(3) Nobiliaire du Limousin 1, 60 et 161. 



Digitized by VjOOQIC 



— u - 

lëze-majesté Puyiaurens el tous ceux qui étaient avec lui (1). Néan- 
moins le comte de la Feuiliade se joignit dans sa révolte au duc de 
Monimorency et se trouva le 1*' octobre 1632 au combat de Castel- 
naudary : il y fut tué, après s'y être distingué (2). Le 15 septembre 
suivant, le parlement de Toulouse, à la requête du procureur géné- 
ral, déclara tous les biens du comte de la Feuiliade acquis et confis- 
qués au profit du roi : et c'est ainsi sans doute que la seigneurie de 
Vouhet sortit de la maison d'Aubusson de la Feuiliade. François 
d'Aubusson fut exécuté en effigie. 

Le comte de la Feuiliade avait épousé, par contrat du 24 septem- 
bre 1611, Isabeau Drachet, dame et baronne de Pérusse et dé Saint- 
Dizier, fille unique de Guy Bracbet. chevalier, seigneur baron de 
Pérusse, et de Diane de Maillé de La Tour-Landry. Le 3 octobre 
1634, ngissanl tant en son nom que comme tutrice de ses enfants, 
héritiers sous bénéfice dinveiitaire de Georges d'Aubusson, comte 
de la Feuiliade, leur aïeul, elle rendit au roi, comme comte de la 
Marche, aveu et dénombrement du châtel, de la seigneurie el du 
comté de la Feuiliade, mouvant de la cbâtellenie d'Aubusson. Elle 
signait : « Ys. Bracbet ». Elle afTerma la terre et seigneurie de la 
Feuiliade à Joseph Picbard, seigneur de l'Eglise au Bois, el à Gabriel 
Forest, notaire; les cbeplels cdnflés aux fermiers furent estimés 
quinze cenls livres. En 1635, 1636 et 1637 Joseph Pichard habitait 
le château de la Feuiliade. Gabriel Forest y demeurait en 1638 et 
années suivantes. 

Isabeau Bracbet se remaria, par contrat du 21 juillet 1637, à 
Renard-Gaspanl de La Croix, comte de Gaslries, en Languedoc, 
gouverneur de la ville et citadelle de Montpellier, fils de Jean de 
La Croix, comte de Gaslries, et de Louise de rHôpital-Choisy, el 
mourut en couches en novembre 1638 (3). 

Du mariage de François d'Aubusson et d'Isabeau Bracbet naqui- 
rent : 

1** Léon, qui suit ; 

(!) Nobiliaire du Limousin I, 5. 

(2) Nobiliaire du Limousin I, 7. 

(3) Nobiliaire du Limousin I, 236, 



Digitized by VjOOQIC 



— 15 -- 

2** Georgfs H, qui vient ensuite ; 

> Gabriel Brachet trAubusson, liamn rie Moiitaîgu, par donalinn 
(h Léon Bracbet, êcMyer, h'AVon tie Monlaigu et rfe Saint- Avît, son 
gramî-oncle, à condition de j^orter le nom et les armes de Bractiel 
dès le Jour du dérë^ tlu donalâur; comme tuteur dudit Gabriel, 
baron de Montaîgn, François d'Anljusson, son père, reçut de Léon 
du Rieiix ttomrïiage lige el aveu de la seigneurie deVilleprèanx (1); 
Gabriel Brachet d'Aulnisson fut nommé à Tabhaye de Charlreuse te 
28 novembre 163! ; il était premier cbambellan de Gaston de 
France, duc d'Orléans, forsqu'it fui lue en 1638 à l'altaqiie du 
fort de WaL pendant le siège de Saint-Omer; il n'avait pas ètè 
marié ; 

4* Paul-Françnis d'Anbosson de la Feuî4ade, connu sous le nom 
de M. de Verdille, chevalier île Saint-Jean de Jérusalem, baplisé Ih 
18 mtn IG'22 en l'église de Nnlriî*Damo de la Grange- Dléneau 
(parrain Rnl)ert rrAubussoiK prévôt de Saint-Benoîl), page du 
Grand-Maître de Tordre de Saint-Jean dp Jérusalem par lerîre du 
2^ février 1631; dans le combat où les galères de la Beligion pri- 
rent Ib grand galiori lirs Turcs, le chevalier d'Aubusson de la 
Penîllade monta le premier a i'abordage, reçut trois blessures, 
s'eiuf^ara du Grarid Eiendard et fit prisonnier le frère dti <( Grand 
Tnrc », qui embrassa la religion chrèlienne el se fiï jacolnr» sous le 
nom de pêreOihoman; îe clievalier dVVubussorh cajiitaine d'une 
compagnie de chevau- légers dans le régiment du duc d'Orléans, 
fut ttïè le t=^ août 1616 an siège de Mardick^ à T^ge de viiigl-quatre 
ans; son corps fut enterré à Arras, en face de celui de sou frère 
GabrieL lue huil ans auparavant ; 

5* François IIK donl l'art, viendra après colui de Georges; 

6* Elisabelh d'Anbusson de la Feuiïfade. prieure des religieuses 
de Notre-Dame à Riom, puis abbessa de Saint-Jnlieii-du-rré^ 
diocèse du Mans, enlin abbesse de la Règle, ordre de Saint-Benolt, 
à Limoges, le SI avril 1679; morte le 13 mars 1704; c'est sous son 
administration que fut reconstruit le monastère, aujouni hui grand 

(1) Archhei de la €reu»B Ë» 40. 



Digitized by VjOOQIC 



— 16 — 

séminaire de Limoges; on voit sur cet édifice les armes des 
d'Aubusson, avec la crosse posée en pal derrière l'écu, et au bas de 
Tune des piles du cloilre, on lit : « D. Abbatissinia Elisab. d'Aubus- 
son de La Feuiliade » ; 

T" Isabeau d'Aubusson de la Feuillade, baptisée le 12 mai 1624 à 
la Grange-Biéneau. religieuse chez les Grandes-Claires, à Limoges ; 

8"" Marie-Thérèse d'Aubusson de la Feuillade, qui, le 7 juillet 
1646, étant novice au couvent de Notre-Dame de Riom et âgée de 
dix-sept ans, sous Tautorisalion de Jacques Mil langes, mandataire 
de Robert d'Aubusson, abbé de Notre-Dame du Palais et prévôt de 
réglise collégiale de Sainl-Benott-du-Sault, grand-oncle et tuteur 
honoraire de ladite Marie-Thérèse, fil donation de tous ses biens 
présents et à venir à Léon d^Aubusson et à Paul-François d'Anbus- 
son, ses frères, et à Guy de Fayollc, sieur de Monlenon (1 j ; 

9^ Ciaudine-Elisabelh d'Âubusson de la Feuillade, qui fut nom- 
mée en 167C à fabbaye de Long-Champs, diocèse de Paris, par le 
roi, qui voulait priver les religieuses urbanistes du droit d'élire, 
mais qui ne suivit pas son dessein; 

10* Anne d'Aubusson de la Feuillade, abbesse de Réal-Lieu en 
1682. 

XV. — Haut el puissant seigneur Léon d'Âubusson, chevalier, 
seigneur comte de la Feuillade, baron de Pérusse et de Montaigu, 
seigneur de la Grange-Bléneau, de Courpalais, de Vicq, de Saint- 
Dizier, des Pons el de Roignes, fut tonsuré à Paris le 16 mars i624, 
mais renonça peu après à la carrière ecclésiastique. Au « Rolle des 
nobles defaillans à la convocation du ban et arrière-ban faict le 
premier septembre 1635 en Pauditoire royal de ceste ville de 
Guéret, par nous, Louis Reydier, et assistants les s'* lieutenant 
particulier, advocat et procureur du roy », il est porté ainsi : 
9 Messire... d'Aubusson, chevalier, s"" comte de la Feuillade, a 
cause de ladite comté sise en celte province de la Marche, tenu de 
fournir deux chevauxlégiers ». Le 5 août 1636 il est porté au rôle 
fait à Guéret des nobles de la châtellenie de Felletin qui doivent 

(1) A rchives de la Creuse B, 35. 



Digitized by VjOOQIC 



servir le roî. Au rôle àè toute la noblesse de la sénéchaussée de la 
Marche et chàleilenies eu flèpen^lant coiivoqinfîe à Guéret le 20 
aoùl i&36, messire d'Auhussori , chevalier, sieur couiLe di* la 
Feiiillaiie, esL porté parmi les UéfuiUauis ut taxé à une contribution 
de trois bomines (t). Lorsque îe b;nJ conserili à Joseph Piclianl et 
Gabriel Foiest, prit tiu, Joseph Pichar:! se trouva redevable à Léon 
d'Aubussoii de la sotnme de quinze cenTs livres. Et pour s'en bhèrer, 
ledil Joseph Pi(!hard, demeurant an lîeu noble du Ferniigîer, pa- 
roisse de TEgEise au Bois, en Limousin, vendit au comte <le la 
Feiilllade, représenté par l'agent de ses affaires honorable Guy de 
Fayolles, sieur de Monienon, juge sénéchal dti Monlaigii, demeurant 
à Saint-Dizier, en Poitou, les cens, renies, droits et devoirs en 
directe el foncière seigneurie qu'il possédait sur le bourg de Ougeat 
et les villages du Coudert el du Massoulrot, paroisses de Pêrols et de 
Bugeat, justice du comte «le la Feuillade, sous facullé de rachat 
peudanL cinq ans (rachat qui ne^ut pas eflecLuè). La transaction fut 
passée à la Villedieu, eu Marclie, le 19 avril i645, en présence de 
M' Anloine Barjand, greffier de la comté de la Feuiîlade el de 
M* Est Jeune Dubayle, praticien, du bourg de Faux, devant Duhayle, 
notaire royal. Ce conînil fut ralifié îe 10 juillet 1615 Dubsiyle, 
notaire royal, en présence de Léonard Delarfeulllère, sergent royal, 
et de JeaiL Lachaud, bosLe, par Guy de Kayolles, sieur de Montenon, 
mandataire du seigneur coiuie de la Feuillade, en veriu de sa pro- 
curation faite a Oourijon rArcltumbaNlt le 24 avril 1&15, qui lui 
donnait aussi [louvoir de poursuivre lesniLs Picliard et Gabriel 
Foresl, ci-devant fermiers de la comté de la Feuillade, et Yrieîx 
Bandy, alors fermier de ladite comié (^), Eti 1049 Gabriel Forest 
èUit redevenu fermier et habitait le château. 

Léon d'Aubussou obtint le 25 sepLemhre 1038 la charge de 
conseiller et preEUier cbambeïian de Gaston de France,duc d'Orléans, 
qu'avait eue sou père. En !64ô, il «lait mestre-de-camp du règi- 
meni d'infanterie entretenu pour le comte de la Marche, et le 



(1) Mérmires de la Société Arûhêologique de la Creuie IL 143, 148, 
(3/ Archives du château de Villemoutiers, 



Digitized by VjOOQIC 



- 18 - 

21 mars 1643 maréchal des camps et armées du roi. En récompense 
de ses services pendant les campagnes de Flandre, il fut pronf)u le 
16 août 1646 au grade de lieutenant-général des armées du roi et 
au gouvernement de la Basse-Auvcrgue. Il se qualifiail lieutenant* 
générai de la compagnie de chevau-iégers du duc d'Orléans et 
conseiller du roi en ses conseils. 

Le comte de la Feuillade fut blessé mortellement devant Lens, 
d'un coup de mousquet à la tète, le vendredi 27 septembre 1647 et 
mourut le vendredi, 4 octobre, âgé de trente-cinq ans environ : il 
fut apporté le 12 octobre au château de la Grange-Bléneau. Il n'avait 
pas été marié. 

XVI. — Georges II d'Aubusson, comte de la Feuillade, baron de 
Pérusse et de Montaigu, conseiller d'état d'église, fui un des hom- 
mes distingués de sa maison. Il naquit en 1613 et prit d'abord Phabit 
de jésuite. Il se qualifiait abbé d^ la Souterraine et bachelier de 
Sorbonne le 2^) avril 1639, dans Pacte où il promit à son frère 
Léon, comte de la Feuillade, de l'indemniser de la pension viagère 
de cent livres, que leur père s'était obligé de payer à leur oncle 
Louis d'Aubusson, prieur de la Villedieu. Après avoir piit à Paris 
le bonnet de docteur de Sorbonne, il fut pourvu en 1643 de l'abbaye 
de Solignac, ordre de Saint-Benoit, au diocèse de Limoges, et ne la 
garda que cinq ans, comme abbé commendataire. (( Il nous voulut 
molester pour nos pensions et droits de pèche, mais le tout se passa 
doucement et à notre avantage. Il nons donna un encensoir d'argent 
à la sollicitation du R. P. dom Martin Deiiesme, qui avoit demeuré 
en ce monastère et savoit le besoin que nous en avions ; la navette 
fut achetée à nos dépens et coûta dix écus ». Ainsi parle la chroni- 
que du monastère de Saint-Pierre de Solignac, publiée par l'abbé 
Lecler(l). 

Député à l'Assemblée du Clergé, qui se tint à Paris en 1645, 
Georges d'Aubusson en fut élu promoteur. En 1648, Louis XIV le 
nomma à l'évèchè de Gap, à la place d'Artus de Lyonne, nommé à 
Tarchevèché d'Embrun, mais sur le refus de ce dernier, il devint 

(1) Bulletin de la Société Archéologique du Limousin XLIII, 671. 



Digitized by VjOOQIC 



-19 - 

archevêque d'Embrun et fut sacré à Paris le H septembre 1649. 
Vers celte époque, il se démit de son abbaye de Solignac, qui fut 
donnée à i'évéque de Gap, mais il obtint le prieuré de la Villedieu, 
par la résignation que son oncle Louis (i'Ai\busson flt en sa faveur. 

Député pour la seconde fois à l'Assemblée du Clergé en 1650, il en 
fut d'abord second président, puis, vers la fin de la même année, 
premier président, à cause de la maladie de Tarchevèque de Reims. 
Il eut riionneur de porter quatre fois la parole au roi, au nom du 
Clergé de France, mission dont il s'acquitta brillamment. Il pro* 
nonça aussi l'oraison funèbre de Tarclievêque de Reims. 

En 1650 Georges d'Aubusson prit possession de son archevêché 
d*Embrun. Le 9 octobi^ 1653, il obtint l'abbaye de Saint-Jean de 
Laon et peu après celle de Saint-Loup de Troyes. En 1658, il était 
en outre prévôt de la Fonteraie. 

Le il septembre 1659, l'archevêque d'Embrun fut envoyé en 
ambassade à Venise. Il s'y soutint dignement contre les entreprises 
du nonce Altoviti, qui lui refusait le titre d'Excellence et voulait 
l'obliger à ne |K)int paraître en public avec le rochet découvert, 
prétendant qu'il devait porter comme lui la mantelette, suivant 
l'usage d'Italie. 

Ambassadeur extraordinaire en Espagne le 31 juillet 1661, 
Georges d^Aubusson fut créé, durant son absence et le 31 décembre 
de la même année, commandeur de Tordre du Saint-Esprit. Ce fut 
pendant son ambassade que le comte d'Estrades^ ambassadeur de 
France à Londres, fut insulté par l'ambassadeur d'Espagne; l'arche- 
vêque d'Embrun en demanda réparation au nom du roi, son maître, 
et ménagea si bien l'esprit du roi catholique qu'il le détermina à 
envoyer à Paris le marquis de Fuentès. ambassadeur extraordinaire, 
qui en 1662 déclara que le roi d'Espagne ne disputerait jamais, ni 
par lui ni par ses ambassadeurs, le pas au roi de France. 

En 1668, Georges d'Aubusson fut nommé évêque de Metz. A cette 
dignité était attaché le titre de prince de l'Empire. Il mourut dans 
cette ville le 12 mai 1697. Il était tombé en enfance plus d'un an 
avant sa mort. En 1696, le duc de la Feuillade, son neveu, en allant 
à l'armée d'Allemagne, passa le voir à Metz. Comme l'oncle était 



Digitized by VjOOQIC 



fort riche, le nevea, à ce que dit Saint-Simon, enfonça bravement 
les coffres-fort et y prit trente mille écus en or, beaucoup de 
pierreries, et laissa l'argent blanc. Le roi s'expliqua fort durement 
et fort publiquement sur cet étrange avancement d'hoirie et eu 
garda longtemps rancune au duc de la Feuillade. Saint-Simon dit 
de Georges d'Aubusson : « H. de Metz était un homme de beaucoup 
d'esprit, avec du savoir, qui avoit toujours fort été du grand 
monde... Il eut grande part à la fortune de son frère qui lui défé- 
roit beaucoup... Le roi lui parloit toujours et plaisantoit avec lui; 
il mettoit d'autres seigneurs en jeu, et cela faisoil des conversations 
souvent fort divertissantes. On Paltaquoit fort sur son avarice. Il en 
rioit le premier, et jamais le roi ne le put rérduire à porter un Saint- 
Esprit sur sa soutanelle comme les autres. Il disoit que la vanité 
avoit mis cela à la mode. Les autres lui répondoient qu'il n'en 
vouloit point, pour épargner deux écus que cela cou toit sur chaque 
soutanelle; et c'étoit ainsi des prises sur sa chère, sur son équipage 
et sur tout, qu'il soutenoit avec beaucoup d'esprit, et se ruant à sou 
tour en attaques fort plaisantes. Il conserva un grand crédit, el une 
grande considération jusqu'à sa mort, et les ministres le ména- 
geoient. Il étoit bon évèque, résidant et fort appliqué à ses devoirs. 
Il laissa un riche héritage à sou neveu (!)». On a de lui des oraisons 
funèbres de Mazarin, de Marie-Thérèse d'Autriche et des haran- 
gues (2). 

Etant encore évêque de Gap, Georges d'Aubusson avait vendu en 
1649 la terre de Monlaigu-le-Bianc, en Limousin, à Philippe Chapelle 
de Jumilhac, sieur de Viville (3). Par acte passé à Paris le 6 mai 
1658, il avait partagé avec François d'Aubusson, son frère cadet, 
les biens dépendant des successions de leurs père el mère, frères 
et sœurs, qui furent évalués sept cent soixante-seize mille deux 
cents livres, lui avait cédé son droit d'aînesse et lui avait fait dona- 
tion de la terre et comté de la Feuillade. 

XVIL — François III d'Aubusson, chevalier, vicomte d'Aubusson, 

(i) Mémoires du duc de Saint-Simon I, 269. 

(2) A. Tardieu, Grand Dictionnaire de la Haute- Marc lie, 382. 

(3) Nobiliaire du Limousin I, 358. 



Digitized by VjOOQIC 



-21 - 

?âc de Roanues, marquis de Boisy, comte de la Feuillade, baron de 
la Borne et premier baron de la Marche, baron de Pérusse, de 
Pelletanges, de Honlcoutour et de Cursay, seigneur de la Grange- 
BléDeau, de Courpalay, d'Oiron, de Boismont, de Maulevrier, de 
SuriiiODt, de Saiut-Dizier, seigneur châtelain des villes d'Ahuo, 
Felletin, Chéuérailles, Jarnages, Brouilles, Cerviëres, Saint-Haon, 
Saint-Maurice et Crozet, pair et maréchal de France, connu sous le 
nom de duc de la Feuiliade et enfin de maréchal de la Feuillade, fut 
riri des plus vaillants hommes de guerre de son époque. Il naquit à 
Courpalay, diocèse de Sens, le 21 août 1631. Il débuta comme 
capitaine au régiment de Monsieur, duc d^Orléans. Le 11 juin 1644, 
faisant travailler à la contr'escarpe du fort Saint-Philippe à Grave- 
lines, il fut blessé au talon d'un coup de mousquet. En 1646, il se 
signala au siège de Mardick; en 1647, au siège de Lens, il se 
conduisit avec sa valeur ordinaire, il se trouva le 15 décembre 
1650, à la bataille de Réthel, où M. de Turenne, alors engagé dans 
le parti des Princes, fut battu parle maréchal du Plessis-Praslin, il y 
reçut un coup de pislojet dans la cuisse. Le 28 septembre 1653, 
servant comme mestre-de-camp de cavalerie, il fut blessé à la tête 
au siège de Mouzon. En 1654, au siège d'Arras, qu*assiégeaient les 
maréchaux de Turenne et de La Ferté, son régiment poussa si bien 
les ennemis qu'il força des premiers les retranchements. En 1655, 
au siège de Landrecics, voulant passer durant la nuit de Sl-Quentin à 
rarmée,il tomba dans un parti ennemi et fut encore blessé à la tète; 
en lui plaçant le premier appareil pour le trépaner, les chirurgiens 
lui dirent que le coup était dangereux et qu'on voyait sa cervelle : 
a Âhl parbleu », dit-il, <x messieurs, prenez-en un peu, et renvoyez 
dans un linge au cardinal Mazarin, qui me dit cent fois le jour que 
je n'en ai point ». Au mois d'octobre 1662, il alla rejoindre sur la 
frontière les troupes commandées pour Iltalie. En 1664, il condui« 
sil, avec le titre de maréchal-de-camp, le secours de quatre mille 
hommes d'infanterie et de deux mille hommes de cavalerie, que le 
roi de France envoyait à l'Empereur Léopold extrêmement pressé 
par les Turcs, dont les progrès commençaient à alarmer les princes 
chrétiens. Ou lui doit la gloire de la fameuse victoire de Raab ou du 
Saint- GolUard, en Hongrie ; il y fut & la fols brave soldat et habile 



Digitized by VjOOQIC 



- sa - 

capitaine. Son exemple fit tant d'impression sur les Français que, 
malgré leur petit nombre, ils rompirent les rangs des infidèles; 
passant comme la foudre à travers leurs escadrons, ils en firent un 
grand carnage et achevèrent leur défaite. Cinq mille ennemis 
restèrent sur le carreau ; cinq pièces de canon, tous les étendards 
et toutes les timbales furent pris par La Feuillade, qui les emporta 
en France. A son retour, lorsqu'il fit au roi le récit de celte glo- 
rieuse action, ce dernier lui adressa les éloges que méritaient sa 
vaillante conduite. La Feuiiiade avait déployé en même temps les 
talents d'un général et fintrépidité d'un soldat. 

La guerre ayant recommencé contre TEspagne, La Feuiiiade se 
trouva aux sièges de Berglies, de Founes et de Courlray. 

Lors du siège de Candie par les Turcs, il se rendit à Toulon avec 
deux cents gentilhommes et quatre cents soldats qu'il entretenait 
à ses propres frais. Ce secours, dont il était le chef, arriva à Candie 
en 1668. Malgré des prodiges de valeur, la place dut succomber 
devant la mullitude des ennemis. La Feuiiiade, qui avait fait dans 
celte guerre tout ce qu'on pouvait espérer des meilleurs capitaines, 
ne ramena que deux cent trente hommes de tous ceux qu'il y avait 
conduits. 

En i67i, La Feuiiiade se signala dans la guerre contre la 
Hollande et l'Espagne et se trouva aux sièges d'Orsoi, de Rhimberg 
et de Doesburg. En 1674, il suivit le roi à la conquête de la 
Franche-Comté. Le 6 mars^ il ouvrit la tranchée devant Besancon 
avec deux balailions de gardes françaises qu'il commandait; il 
attaqua le fort Saint-Ëlieime par un chemin presque impraticable 
et l'emporta l'épée à la main. Au siège de Dôle, il fut presque 
toujours de tranchée. Le 22 juin, il prit Salins après huit jours 
de tranchée ouverte. 

En 1675, La Feuiiiade fit la guerre aux environs de Louvaln, de 
Malines et de Bruxelles. En 1676, il se trouva au siège de Condé. 
En 1677, il commanda Tassant de la citadelle de Cambrai. 

Vice-roi de Sicile en 1678, en remplacement du maréchal de 
YlvoQuet ne pouvaul compter sur lea babilanls, il évacua Hessiod 



Digitized by VjOOQIC 



-23- 

et effectua la retraite des troupes françaises dans les meilleures 
conditions. 

François d^Aubusson, comte de la Feuillade, reçut la récompense 
de ses brillants services. On le trouve gouverneur îles villes 
d'Eyinouliers, Bourganeuf et Saint-Léonard en 1653(1), lienLenant- 
général des camps et armées du roi, tant sur mer que sur terre, 
en 1666, chevalier des ordres du roi et colonel des gardes françaises 
en 1672. En 1675, il fut promu à la dignité de maréchal de France 
et devint en 1681 gouverneur de Grenoble et du Dauphinè. 

Par acte du 6 mai 1658, François d^Âubusson pni tngt^a avec 
Georges d'Aubusson, archevêque d'Embrun, son frère afiiè, les 
biens dépendant des successions de leurs père et mère, frères et 
sœurs : Georges d'Aubusson lui céda son droit d'atnesse el lui fit 
don de la terre et comté de la Feuillade. 

En avril 1667, lors de son mariage avec Charlotte Gouffier, le 
comte de la Feuillade at.lieta d'Arlus Gouffier, frère de s;i femme, 
duc de Roannès, marquis de Boisy, gouverneur du Poitou, le dEicliè 
de Roannès et le marquisat de Boisy, moyennant quatre cents mille 
livres. Cette vente fut approuvée par le roi, qui érigea celle terre 
en duché-pairie par ses lettres datées d^avril 1667. Cela {larlir de 
cette époqiKi que François d'Aubusson fut connu sous le norn de 
duc de la Feuillade : après sa promotion au maréchalat, on le 
nommait le maréchal de la Feuillade. 

Dans le rôle de la première convocation et monstre des nobles 
du ressort et sénéchaussée de la Haule-Marche et Francaleu faite à 
Guéret le 30 août 1674 par François Mérigot, seigneur de Saîrtte^ 
Feyre, conseiller du roi, sénéchal de la province, on lit : « Gliàtel- 
lenies d'Aubusson et de Fellelin. Messire François (.rAiibussan, 
chevalier, seigneur duc de Roannais, comte de la Feuillade* ^ 
Pour le nef de la Feuillade x» (2). 

En 1668, on trouve uu château de la Feuillade comme receveur 

(i) Documents histoHques sur Eymoutiersy publiés par M. Joseph 
Dubois* 
(3) Mémoires de la Société Archéologique de la Creuse II, 174 



Digitized by VjOOQIC 



Léonard Dalesme, sieur de Chaban, bourgeois de Saint-Léonard. 
Il y mourut le 21 septembre 1678. Son (ils Henri Dalesme, sieur de 
Chaban, lui succéda et se Irouvail encore à la Feuillade en 1684. 
Il avait épousé Jeanne Darfeuille de Roubeyne. Il n'y était plus en 
1691 et habitait alors Saint-Léonard. Jean Gay était fermier de la 
Feuillade en 1675 et 1676. En 1685, Antoine de Truffy, notaire 
royal, de la Villedieu, était fermier de la Feuillade. 

En 1682, François d'Aubusson rendit aveu au roi de la baronnie 
de Cursay et de la terre et seigneurie de Maulevrier, acquises de 
Charles-Léonard et Louis GoufOer, enfants de Louis GoufOer, comte 
de Gonard, le tout mouvant de la châlelienie de Loudun. Vers la 
même époque, il était seigneur de Surmont, terre relevant du 
marquisat de Brézé(l). 

Nous approchons du moment où le comte de la Feuillade allait 
occuper dans nos contrées une situation en rapport avec son 
illustre origine. Le rétablissement de la vicomte d'Aubusson à son 
profil parait avoir été préparé de longue main par François d'Au- 
busson. En 167:2 il donna son appui aux habitants d'Aubusson à 
l'occasion de la translation du chapitre de Houtier-Rozeille à Notre- 
Dame du Mont. Il créa à ses frais, à Aubusson, une manufacture de 
tapisseries dont Tinfluence fut des plus heureuses pour Tindustrie 
de la cité. Dans un rapport daté de 1686 un intendant de Moulins, 
M. d'Argonges, dit que « M. de la Feuillade fait faire à Aubusson 
de fort belles tapisseries par la précaution qu'il a eue de donner 
des dessins et de fournir des laines ». Il compare ces produits à 
ceux des fabriques de Flandre. Par acte du 4 février 1682, le 
maiéchal de la Feuillade fit de Robert d'Oyron, seigneur de 
Charnhac, héritier de Jeanne de Froment, sa mère, baronne de la 
Borne, Tacquisilion du droit que ledit Robert d'Oyron avait de 
rentrer en possession de la baronnie de la Borne vendue par Jeanne 
de Froment aux Religieuses du prieuré de Blessac. La communauté 
de Blessac ne voulut avoir aucune difficulté avec le duc de la 
Feuillade et céda au maréchal ses droits sur la Borne, suivant acte 

(1) De Bethanoourti noms féodeaui. 



Digitized by VjOOQIC 



-26- 

passé au parloir du couvent le U février 1684. A la suite de côUe 
acquisition, François d'Aubusson, déjà comte de la Feuillade et 
baron de Pérusse, prit possession do la baronnie de la Borne, 
regardée comme la première baronnie de la Haute-Marche. 

Enfin, par contrat du 14 juin 1686, en échange de la terre et 
seigneurie de Saint-Cyr, près Versailles, Louis XIV céda au maré^ 
chai de la Feuillade la vicomte d'Aubusson, la chàtellenid de 
Feiietin^ la baylie du Masvoudier, terres de l'ancien domaine ife la 
maison d'Aubusson, et les cbâtellenies d'Ahun, de Chènérailles, de 
Jarnages et de Drouilles, en Marche, et celle de Cervières, en 
Forez (1). Par suite de cet échange tous les officiers de ces 
cbâtellenies ne demeurèrent juges royaux que jusqu'à ce qu'il piùt 
au duc de la Feuillade de rembourser leurs finances. La cbâLellenie 
de Chènérailles avait été auparavant engagée à M. de Monlargnac 
d'Etansannes, conseiller au parlement de Paris, par contrai du 
3 mars 1677, mais, par le contrat d'échange entre le rot et le 
maréchal de la Feuillade, il fut donné pouvoir à ce dernier de 
retirer ladite châlelienie, après que liquidation de sa finance en 
aurait été faite par les commissaires du roi et qu'il serait temps de 
payer (2). 

A la suite de cet échange, et avec l'autorisation du roi, le uiaré-- 
chal de la Feuillade releva le titre de vicomte d'Aubusson, si 
longtemps porté par ses ancêtres, et entra en possession de la 
vicomte. Très jaloux de ses nouveaux droits, il fit réunir les terriers 
de ses domaines de la Marche et collationner, par les notaires du 
Châtelet de Paris, les chartes de franchises que ses aïeux avaient 
octroyées (1). 

Voulant témoigner sa reconnaissance au souverain qui l'avait 
comblé d'honneurs, le maréchal de la Feuillade acheta l'hôtel Jq 
Seuneterre, l'un des plus beaux de Paris, le fit abattre pour foniier 
la place des Victoires, et sur cette place fit ériger en 1686 la statue 

(i) Cyprien Pérathon, Histoire d*Aubus8on, 76. 

(2) Le Verger, Mémoire sur la généralité de Moulins, 

(i) Cyprien Pérathon, Histoire d'Aubusson, 153. 



Digitized by VjOOQIC 



- 20 - 

en hronze de Louis XIV ; à celle occasion il se rendit célèbre par sa 
courlisanerie et sa plaie adulation. Comme la statue du Roi Soleil 
était l'objet d'une illumination continuelle, un gascon flt ces vers 
connus : 

< La Feuillade, sandis, je crois que tu nous bernes 
« De mettre le Soleil entre quatre lau ternes d. 

En mémoire de cette érection, le chef de la maison d'Âubusson 
présentait tous les cinq ans au roi régnant une médaille d'or, 
portant pour légende : t PiUri exercilunm et Ductori semper felici »; 
et {luis Texergue : ff Franc. Vie, Com. (TAubusson posait in arca 
puldira. Lu/e/iVirum, nnno 1686 ». Au revers était la tète de 
Louis XIV (1). 

k\)vh% avoir réuni sur sa tète la plus grande partie des biens que 
pûsyêdait jadis la maison d'Aubusson au temps de sa puissance, le 
UKinxîial de la Feuillaôe voulut en assurer la conservation dans 
ceLItî maison. Par contrat du 20 juin 1687, confirmé par lettres 
p^ttintes du roi en forme d'édit de juillet suivant portant déroga- 
tion nux ordonnances et coutumes y contraires, enregistrées au 
Partt'ijjent le 4 dudit mois de juillet 1687, il flt donation à son fils 
Louis du comté de la Feuillade, de la vicomte d'Aubusson, de la 
t>;itoniiie de la Borne, qui était la première du comté de la Marche, 
i\û \'â ( iiâtellenie de Felletin, en la même province, de la baronuie 
dtt Parusse, en Poitou, mouvant du roi, toutes terres de Tancien 
L!om;>Jne de la maison d*Âubusson, ainsi que des cb&lellenies 
d'Aliiiu, Cbénérailles, Jarnages et Drouilles, situées aussi dans 
ta Marcbe, échangées avec le roi, le tout valant vingt-deux mille 
livres de rente. Cette donation fut consentie à condition de substi- 
tution graduelle et perpétuelle à l'infini de mâle en mâle, en gardant 
toujouts Tordre de primogéniture. Le donateur stipula que, dans le 
cas on sa postérité masculine viendrait à s'éteindre, les biens 
substitués passeraient avec les mêmes conditions aux descendants 

(IJ Sulnt-Allais, Nobiliaire universel de France^ 1, 110. 



Digitized by ÇjOOQIC 



- 27 - 

en ligne masculine de Guy d'Aubusson, seigneur de Villac, à 
commencer par Jean d*Aubusson, marquis de Miremont, en 
Périgord, et son fils Jacques ou ses autres enfanls mâles el leurs 
descendants, par le même ordre; en cas de défaillance de la ligne 
masculine de Jean d'Aubusson, marquis de Miremont> qui était 
alors l'aîné de la branche de Guy d'Aubusson, les biens substitués 
passeraient à la ligne masculine de Guillaume d'Aubusson, seigneur 
de Poux et de Banjeux, à commencer par François d'Aubusson, 
comte de Banson, en Auvergne, el tous ses descendants mâles, ledit 
comte étant Talné de cette ligne séparée de celle du donateur 
depuis 1330; lesdits Guy, seigneur de Villac, et Guillaume, seigneur 
de Poux, étant descendus de Renaud, vicomte d'Aubusson, duquel 
les comtes de la Feuillade étaient descendus par les aînés en ligne 
directe et masculine (1). Il exclut de toute substitution : l*" les 
mâles en quelque degré et en quelque ligne que ce fut qui se trou- 
veraient engagés dans les ordres sacrés, religieux profès ou cheva- 
liers de Malte, et ceux qui dans la suite prendraient ces engage- 
ments; 2<* ceux qui auraient épousé avant l'ouverture une femme, 
dont le père n'aurait pas assez de noblesse pour faire ses enfants 
chevaliers de Malte et les enfants qui en naîtraient ; 3<> les filles de 
tous les substitués. Il chargea à perpétuité les possesseurs des 
biens substitués de faire redorer tous les vingt-cinq ans la statue de 
Louis XIV et les ornements à Tentour, si le prévôt des marchands 
et les échevins le jugeaient nécessaire, et d'y faire las réparations (i). 
Il stipula en outre que toutes les branches masculines de la maison 
d^Aubusson venant à finir, faute de mâles, les filles et leurs des- 
cendants en étant exclus, toutes les terres substituées appartien- 
draient pour toujours à la Ville de Paris, sous la charge d*entretenir 
les ouvrages détaillés au contrat, et qu'elle ne pourrait vendre, 
échanger ou hypothéquer ces terres et seigneuries, dont les fonds 
et revenus demeureraient perpétuellement affectés à la conservation 



(1) Voyez la généalogie complète de la maison d'Aubusson dans 
VHistoire d*Aubu88on, par M. Cyprien Péralhon. 

(2) Quelques années après la mort du maréchal de la Feuillade, la 
roi dispensa son fils de faire ces réparations et s'en chargea lui- 
même* 



Digitized by VjOOQIC 



- 28,- 

et à rentrelien des ouvrages et des lumières. Enfin le donateur prit 
la précaution de déclarer que, dans le cas où une partie de ces 
terres vint à être aliénée à la requèle de ses créanciers ou autre- 
ment, la valeur de celte portion serait reprise sur le duché de 
Roannës et le marquisat de Boisy, achetés par lui, valant dix-neuf 
mille livres de rente, sur les châiellenies de Saint-Haon, de Saint- 
Maurice, de Crozet et de Cerviéres, en Forez, du revenu de six mille 
livres, sur la terre de la Grange-Bléneau, en Brie, rapportant neu 
mille livres par an, sur celle de Boismont, en Poitou, du revenu 
annuel de douze cents livres, sur ses manoirs de Saint-Germain et 
de Versailles et sur un brevet de la somme de deux cent soixante- 
dix milles livres qu'il avait sur sa charge de colonel>général des 
Gardes- Françaises. 

Le maréchal de la Feuillade fut honoré du collier de Tordre du 
Saint-Esprit le 31 décembre 1688, et à cause de cette nouvelle 
dignité il imposa une taille sur ses hommes serfs des châtellenies 
d'Aubusson, Fellelin, Ahun, Chénérailles, Jarnages et Brouilles : 
c'était Tapplication de la taille aux quatre cas. Les taxes en furent 
1res modérées, et le recouvrement eut lieu sans procès (1). 

François d'Aubusson mourut subitement à Paris dans la nuit du 
18 au 19 septembre 1691, et fut enterré à Saint-Eustache, sa 
paroisse. Le roi, soupant à Marly, dit que Tannée de la prise de 
Mons(l69t) lui fut heureuse, qu'il fui débari assé de trois hommes 
qu'il ne pouvait plus souffrir : La Feuillade en était un. Cependant 
il perdait un bon et vaillant serviteur; il ne lui tenait guère compte 
de Taltacheiuent qu*il avait toujours manifesté pour sa personne, ni 
même de l'adulation à laquelle il s'était malheureusement livré. 

François d'Aubusson, maréchal de la Feuillade, fut en définitive 
un homme de guerre remarquable. Modèle du gentilhomme et du 
courtisan, il fut surtout un homme d'esprit. On lui attribue nombre 
de buns mots, celui-ci entr'aulres : Un évêque trop mondain lui 
demandait qui allait élre désigné pour l'archevêché de Paris. 
« Ça dépend », répondit-il, « si c'est le roi qui choisit ce sera 

(1) Cyprien Pératbon, HUtoive d'Aubua$oni 152, 153. 



Digitized by VjOOQIC 



-M - 
Cosnac, si c'est Dieu ce sera Bossuet, mais si c'esl le diable, ce sera 

TOUS ». 

Parmi les différents genres de mérite qui Tont distingué, il en eut 
un bien recommandable et qui est devenu bien rare, c'est celui 
d'estimer et de rendre justice aux vertus de ceux qu'il aimait le 
moins. Câlinât n'était pas de ses amis ; cela ne l'empêcha pas de 
dire au roi, qui lui demandait ce qu'il en pensait : « Sire, c'est un 
homme que vous pouvez employer à tout, et qui réussira dans 
tout : faites-le votre chancelier, donnez-lui vos finances à régler ou 
vos troupes à commander, il sera également propre à être chance- 
lier, contrôleur-général et général d'armée » (1). 

François d'Âubusson avait épousé, par contrat du 9 avril 1667, 
Charlotte Gouffier, fille d'Henri Gouffier, marquis do Boisy, comte de 
Maulevrier, seigneur d'Oyron, et d'Anne-Marie Hennequin, dame 
du Peray. Elle lui apporta le duché de Roannès par la démission 
volontaire que lui en fit Artus Gouffier, duc de Roannès, son 
frère (2). Elle mourut à Paris le U février 1683, à l'âge de 
cinquante ans. 

De leur mariage naquirent : 

!• Louis-Joseph-Georges d'Aubusson de la Feuillade, dit le comte 
de la Feuillade, né le 10 février 1670, mort le août 1680 ; 

2<> Louis III, qui suit ; 

3» François d'Aubusson de la Feuillade, mort en bas-âge ; 

4o Marie-Thérèse d'Aubusson de la Feuillade, née le i4 août 
1671, morte, sans alliance, le 28 janvier 1692, à Paris, et inhumée 
le lendemain aux Carmélites. 

XVIIL — Très haut et très puissant seigneur Monseigneur 
Louis III d'Aubusson, duc de Roannès, vicomte d'Aubusson, mar. 
quis de Boisy et de Cervières, comte de la Feuillade, baron de la 
Borne et de Pérusse, seigneur chastelain des villes de Felletin, 
Ahun, Chénèrailles, Jaruages, Brouilles, seigneur du Breuil, de 

(1) Jouilleton, Hiêtoire de la Marche II, G3. 

(2) La Chenaye-Desbois, Dictionnaire de la Noblesse I, 97G. • 



Digitized by VjOOQIC 



-30- 

Sainl-Généroux, de Belleville-en-Thonarsaîs, de Meulles, du Fief- 
Milon, de Miseré, de Cursay, de Montcontour, pair et maréchal de 
France, cbevalier de Tordre du Sainl-Espril, connu sous le nom de 
duc de la Feuillade, naquit le 30 mai 1673. Il fui baptisé par Bossuet 
dans la chapelle du Château- Vieux de Saint-Gerraain-en-Laye et 
tenu sur les fonds baptismaux par Louis XIV et la reine Marie* 
Thérèse le 18 novembre 1674(1). Il commença à servir en 1685. 
En 1686, il servait en qualité de meslre-de-camp d*un régiment de 
cavalerie. Le tl octobre 1691, il succéda à son père comme gouver- 
neur du Dauphiné. Brigadier de cavalerie le 29 janvier 1702, il alla 
servir en Italie, et fut déclaré maréchal-de-camp en février sui- 
vant. En 1703, il fut fait chevalier de Tordre militaire de Saint- 
Louis, et le 25 janvier 1704 promu lieutenant-général des armées 
du roi. Cette même année 1704 il commanda un corps d'armée en 
Savoie et en Piémont, où il prit le 22 juin la ville et le château de 
Suze et où il s'empara ensuite du val d'Aoste, fermant parla le 
passage de la Suisse au duc de Savoie. Lieutenant-général comman- 
dant pour le roi dans le comté de Nice le 13 février 1705, il prit la 
place de Villefranche, les forts de Honlalban et de Saint-Rospice et 
la ville de Nice. La môme année il défit un corps de cavaleiie 
allemande et piémontaise à Selle, à deux lieues de Turin : ce qui 
obligea le duc de Savoie à abandonner Chivasso et à se retirer à 
Turin. En 1706, La Feuillade fui chargé de faire le siège de Turin. 
Il échoua complèleinent : les lignes de circonvallaiion furent lorcées 
le 7 septembre, et La Feuillade contraint de lever le siège. 

Le 13 avril 1700, le duc de la Feuillade vendit ses terres de 
Cursay, Oiron, Montcotitour à Louis-Henri de Pardaillan, marquis 
d'Atilin (seul fils légitime de M»« de Montespan), moyennant la 
somme de trois cent quarante mille livres (2). 

De 1687 à 1696, on trouve comme fermier de la Feuillade et 
demeurant au château Antoine ForesL 

En 1697, demeurait au château de la Feuillade Hyacinthe Forest, 

(l) C. Péralhon, Histoire d'Aubusson, 78, 378. 

C2) Beauchet-Filieau, Dictionnaire des Familles du Poitou I, 160. 



Digitized by VjOOQIC 



r 



-31 - 

fils du fermier; de 1702 à 1709, Marlial Bénassys, notaire royal de 
Laschaux-Couraud, demeurait à la Feuillade comme fermier. Il 
était marié à Marguerite Jagol. Depuis 1710, et peut-être dès 1701), 
le duc de la Feuillade avait pour agent dans la Marche Etienne de 
Laporte, sieur des Farges, qui résidait à Felletin et était fondé de 
la procuration générale du duc pour la direction de ses affaires et 
recouvrements de ses revenus tant casu3ls qu'autres. Par acte reçu 
Brissé, notaire, le 5 février 1710, Elienne de Laporte, sieur des 
Farges, sénéchal de la Feuillade, concéda au nom de Louis d'Au- 
busson, duc de la Feuillade, à MM. Jean Cboupineau et Bombrut, 
prêtres, directeurs du collège de Felletin, et à leurs successeurs le 
terrain qui faisait partie des fo.ssés de la ville, et qui était entre la 
porte dite du Château, et celle de l'Horloge, c'est-à-dire derrière 
le jardin du collège. Ce terrain contenait à peu près cinquante- 
einq toises de longueur et quatre toises et deînie hors des murs en 
largeur. La concession eut lieu moyennant « une messe solennelle 
à diacre et sous-diacre, à laquelle assisteraient chaque année, le 
lendemain de la Saint-Louis, tous les écoliers dudit collège pour la 
prospérité et santé de mondit seigneur le duc et de madame la 
duchesse de la Feuillade ». Comme agent des affaires du duc dans 
la province de la Marche, Etienne de Laporte avait succédé à son 
père François de Laporte, Meur des Farges, qui avait rempli ses 
fonctions depuis 1686 jusqu'à sa mort, arrivée au commencement de 
1709. De 1710 à 1715, on trouve comme fermier Antoine de Truffy, 
notoire royal de laVilledieu. Louis Dubayle, sieur de la Loy, notaire 
royal 1716 et 1720, Jean de Trufly, sieur du Meignaud, bourgeois 
de la Villedieu, petit-fils d'Antoine de Trufly; en 1720 et 1721, 
Joseph Tixier, sieur de Tressaigne», demeurant au château ; en 1721 
et 1722, Léonard Vareilhe et Louis Dubayle, sieur de la Loy, co- 
ferniiers. Léonard Mouratille, sergent de la justice de la Feuillade 
était en 1713 en même temps garde des bois et foiêts, chasse et 
pèche du comte de la Feuillade, et demeurait au château ; de 1714 
a 1727, il est remplacé par Claude Bozon. (1). 



(1) Celte m^me année 1714 Pierre Bozon, frère de Claude, était 
garde du duc à Àubusson. 



Digitized by VjOOQIC 



-32- 

Louis d'Aubusson sbtinl le i septembre 1716 Tenregistremeni au 
parlement des lelfres d'éreclion en pairie du duché de Roannès 
obtenues par son père au mois d'Avril 1667 (1). Il .prêta serment 
et prit séance en parlement le 26 novembre suivant. 

Le iO juin 1717 devant Savaletle et Delaleu, notaire au Châleiet 
de Paris, le duc de la Feuillade donna sa procuration à Etienne de 
Laporle, sieur des Farges, sénéchal de la Feuillade, pour t recevoir 
les foy et hommage des vassaux et arrière-vassaux qui relevaient de 
sa vicomte d'Aubusson et châiellenies de Felletin, Ahun, Chènérail- 
les, Jarnages et Drouilie, circonstances et dépendances, dans la ville 
d'Aubusson, comme si en personne y estoit ledit seigneur le duc ». 
Dons cet acte il se qualiflail, «. gouverneur et lieutenant-général 
pour sa Majesté en la province de Dauphiné et nommé par le Roi 
son ambassadeur extraordinaire à la Cour de Rome ». Cette nomi- 
nation avait eu lieu en 1716. 

Dans son mémoire sur la généralité de Moulins en 1698 l'inten- 
dant Le Verger estimait à dix huit mille livres de rente le revenu 
que possédait dans la Marche le duc de la Feuillade. En y ajoutant 
le revenu de la baronnie de Pérusse, située en Poitou, on voit que 
cette évaluation se rapproche beaucoup de celle contenue dans la 
donation du maréchal de la Feuillade. 

Usant de la faculté qui avait été accordée par rechange de 1686, 
le duc de la Feuillade remboursa en 1723 aux officiers de la châtel- 
lenied'Aubussonle prix de leur charge, et celte année là seulement 
la châlellenie royale d'Aubusson le prix de leur charge, et cette 
année là seulemeiil la cliâtellenie royale d*Aubusson devint réelle- 
ment justice seigneuriale (2). 

Louis d*Aubusson fut élevé à la dignité de maréchal de France le 
2 février 1724, et prêta serment en celle qualité le 10 du même 
mois. 

Il mourut au château de Marly dans la nuit du 28 au 29 janvier 
1725, après trois ou quatre jours de maladie, « d'une fistule gan- 

(1) E. de Barthélémy, Les Ducs et les Duchés Français. 

(2) Cyprien Pérathon. Histoire d'Aubusson, 172. 



Digitized by VjOOQIC 



- 83 - 

grénèe au tondemfnl». Son corps fut porté à Paris et inhumé le 30 
dans l'égHse des Tliéatins. 

Couime capîl aine il fut loin d'égaler son père, mais on a dit de 
lui qu'JI èLalL Tliumme le plus aimable de son temps. Cette qualité 
en vaut breii une autre. Saint-Simon, qui ne Taimait pas, le traite 
furt durement. Il semble avoir eu d'autres penchants que le pen- 
chant mili[aire, car, exécutant une idée de Pascal, il organisa des 

voiliire^fs publiques que nous appelons aujourd'hui les omnibus ; ce 

premier essai èi:lioua complètement » (t). 

Leduc de la Feuillade avait épousé: 1° par contrat du 8 mai 1692, 
CliarJLUte-Thfrèse Phélippeaux de la Vrillière, fille <leBallliaziir Phé- 
li|4ïeaux, miuquis de Chateauneuf et de la Vrillière, commandeur 
des t>nires du roi, secrétaire d'Elal, el de Marie-Marguerile de 
Foiifcy. qui mourut à Paris le 5 septembre 1697, à Tâge de vingt- 
deux »tis, aprèsi une longue maladie; 2" le 24 novembre 1701. dans la 
clmpelif" du rhàteau de TËsiang. Marie-Thérèse de Chamillart, 
stcantle fille de Mirhel Chamillarl, minisire secrétaire d'Etat, con- 
trôleur-général des Finances, et d'Elisabeth Thérèse Le Rebours, 
îiee lt:2i se[>teiiibre 1685, morte à Paris le 3 septembre 1716, et 
iiihuiuèe Jiâ 4 à Sjtnt-Nicoias du Dhardonnet. 

Louis d'Aubusson ne laissait aucun enfant de ces deux mariages. 
Par suite 'a ducliè- pairie de Roannés demeura éteinte et supprimée, 
<Ëit vertu de la substitution établie par François d'Aubusson, maré- 
dialiitila Fuui! Inde, les terres substituées passèrent à Jacques d'Au- 
ijiissuiï, marquis de Miremont, Jean d'Aubusson, son père, appelé à 
Cf^tte subsiiLution, étant alors décédé. Mais tous les biens non subs- 
iiiués du duc de la Feuillade échurent à Hubert-François d'Aubus- 
sotï, lih de Jïicques d'Aubusson , marquis de Miremont, ledit 
lLjbert*Fraijçois ayant été institué par testamentlégataire universel 
de Louis d'Aubusson, duc de la Feuillade. 

XfX, — Jacques d'Aubusson de Villac, chevalier, marquis de 
Mir^mom, baron de Villac, devint chef du nom et des armes de 

(1) Raoul de Jouvenel, Nos Compatriotes dans Vhistoire de France. 

3 



Digitized by VjOOQIC 



-34- 

sa maison, et vicomte d'Aubusson, comte de la Feuillade, baron de 
la Borne et de Pérusse, seigneur châlelaiii de Fellelin, Ahiin, Ché- 
nérailles, Jarnages et Drouille, par la mort de Louis d'Aubusson. 
duc de la Feuillade, arrivée le 29 janvier i7:î5, la subsiitution faile 
par le maréchal de la Feuillade François d'Anhusson s'étant trouvée 
ouverte à son profit par la mort de son père, qui y avait élé appelé. 
Il naquit à Hiremont le 30 mars 1658 et y fut baptisé le 18 décem- 
bre 1671. Il était fils de Jeand'Aubusson, chevalier, baron de Villac, 
marquis de Miremont, près Périgueux, el de Louise d*Aubusson de 
Caslel-Nouvel, et le septième descendant de Guyot d'Aubusson, sei- 
gneur de Villac el de la Folhade en 1430 (1). Il était parent au dix- 
septième degré du dernier duc de la Feuillade. Il avait obtenu le 
grade de capitaine d'infanterie. 

Il mourut au château de Villac le 18 juin 1737 et fut inhumé à 
Miremont, en Périgord. Il avait été marié, par contrat du 19 janvier 
1697, à Françoise de Chapt de Raslignac, fille d'André Jacques de 
Chapt de Rastignac, seigneur de Firbeix, de Coupiac el de la Glon- 
die, en Périgord, et d'Anne du Barry ; elle mourut au château de 
Hiremont, à Tâge d'environ 84 ans, le 31 Juillet 1750, el fut inhumée 
le lendemain à Miremont. De ce mariage naquirent : 

!• Geoffroy d'Aubusson de Villac, mort en bas-âge; 

2« Louis-Jean d'Aubusson de Villac, mort en bas-âge ; 

3* Hubert-François, qui suit; 

4» Louise d'Aubusson de Villac, née à Miremont en 1699, morte 
à Périgueux en la maison des Dames de la Foi le 6 sepembre 1706; 

5« Anne d'Aubusson de Villac, dite Mademoiselle de Miremont, 
mariée à Miremont le 4 janvier 1720 à Pierre de La Vergue, seigneur 
de Serval et de Berzè, en Sarladois ; 

6"* Catherine d'Aubusson de Villac, mariée à Miremont le même 
jour 4 janvier 1720 à Guillaume de Boucher, seigneur du Roc, en 
Sarladois ; 



(l) Voyez dans VHisioire d*Aubusson de M. Gyprien Pérathon la 
généalogie complète de la maison d'Aubusson, 



Digitized by VjOOQIC 



— 38 -- 

7o Anne d'Aubusson de Villac, née en 1703, mariée à Miremonl 
le 27 juin 1724 à François Dejan, chevalier, seigneur de Pressac el 
de Baylie, morle à Périgueux le !•' février 1782, inhumée le 2 au 
cimetière de Sainl-Hilaire; 

S*" Jeanne dWubusson de Villac, née à Miremonl le 25 janvier 
J706; 

9o Jean d'Aubusson de Villac, né et baptisé à iMiremont 1b 
!•' mars 1709 ; 

lO*" Nicolas d'Aubusson de Villac, né à Miremont le 27 février 
nil; 

lio Elisabeth d'Aubusson de Villac, religieuse bénédictine au 
monastère de Bugne, abbesse de ce monastère dès 1759 ; encore 
vivante en 1789, elle survit quelque temps à sa sortie du couvent. 

XX. — Hubert-François d'Aubusson, vicomte d'Aubusson, comte 
de la Feuillade, marquis de Miremont, baron de la Borne et de 
Pérusse, premier baron de la Marche, seigneur châtelain des villes 
et châ'ellenies de Felletin,Ahun,Chéi)érailles,Jarndges et Brouilles, 
seigneur du Duché de Roannès, marquis de Boisy et de Cervièrejî, 
en Forez, seigneur de Villac, appelé le comte de la Feuillade, naquit 
le 22 août 1707. Il fut reçu page du roi en sa grande écurie 
le 8 mai 1723, chevalier des ordres de Notre-Dame du Mont-Canne! 
et de Saint Lazare de Jérusalem le 6 décembre 1724. Le 3 juin 
1725, il fut fait mestre-de-camp du régiment de Boyal-Piémoui 
cavalerie. 

Institué légataire universel par Louis d'Aubusson, dernier duc de 
la Feuillade, Hubert-François hérita du duché de Roannès, du 
njarqnisat de Boisy, de quatre châlellenies et de deux autres terres 
non substituées à son père, le tout évalué en 1687 à trois cent 
cinquante-deux mille livres de rente. Par la mort de son père, îl 
succéda en 1727 aux biens substitués de la. Marche. En 1733, il 
avait pour intendant Gabriel Laboreys de la Pigue, châtelain et 
lieutenant-général de police d'Anbusson. En 1728, Jean Gipoulou, 
bourgeois de Felletin, était fermier de la terre et comté de la 
Feuillade et habitait le château. Il Tétait encore en 1743. Comme 



Digitized by VjOOQIC 



- 36 - 

garde des bois et forêts, chasse et pèche, on trouve en 1738 Antoine 
MarLinaud, en niême temps sergent de la justice de la Feuillade; 
il exerçait encore les fondions de garde en 1745, e( habitait le 
cb&leau. 

Le comle de la Feuillade mourut le 9 juin 1735 à Cavallara, près 
Guiislalla, en Italie, et fut inhumé dans Ins caveaux de Téglise. 
Il avait était accordé le 11 avril 1725 avec Marie-Victoire de Prie, 
née à Turin le 29 novembre 1717, tenue sur les fonds baptismaux 
par le roi de Sardaigne et Madame Royale, fille de Louis, marquis 
de Prie, chevalier des ordres du roi, lieulenant-général au gouver- 
nement de Languedoc, et d'Agnès Berthelot de Pléneuf, dame du 
palais de la reine. La future n'ayant que sept ans révolus, ce 
mariage ne devait être réalisé que plus tard. Il fut rompu, et 
Hubert' François d'Aubusson épousa, par contrat du 23 et célébra- 
tion du 28 avril 1727, Catherine-Scholaslique Bazin de Bezons, 
vicomtesse de Mably, dame de Coriiillou, Commières et Maltaverne, 
née le 10 février 1706, fille de Jacques Bazin de Bezons, maréchal 
de France, chevalier des ordres du roi, grand-croix de Tordre de 
Sailli-Louis et gouverneur de Cambrai, et de Marie- Marguerite 
Le Ménestrel de Hauguel. En 1748, la vicomtesse d'Aubusson fut, 
avec Louis-Charles-Armand-Rose, son fils, comme parrain, marraine 
de la cloche de Téglise de Sainte-Croix d'Aubusson (1). 

De ce mariage naquii*ent : 

1*^ Jean-François-Marie d'Aubusson de la Feuillade, né le 30 jan- 
vier 1728, et mort le même mois; 

2"* Hubert-Louis-Gabriel, qui suit; 

3° Louise-Anne-Gabrielle d'Aubusson de la Feuillade, née le 
31 janvier 1731; 

A"* Françoise-Catherine-Scholaslique d'Aubusson de la Feuillade, 
née â Miremont le 11 août 1733 (parrain Armand Bazin de Bezons, 
èvt^que de Carcassonne; marraine Louise -Madeleine Le Blanc, 

(i) Cyprien Pérathon, Histoire (TAubusson, 2G5. 



Digitized by VjOOQIC 



veave d'Esprit Jouvenel de Harville des Ursins, marquis de Trais- 
Del)« appelée Mademoiselle de la Feaillade, mariée le 13 Juin 1752, 
par Tévêque de Carcassonne, son oncle, à François-Henri d'Har- 
conrl-Beuvron, appelé le comie de Lillebonne, brigadier de dragons 
el mestre-de-camp du régiment d'Harcourt, fils aîné d'Anne-Pierre 
d'HarcourI, inarquis de Beuvron et duc dHarcourt, et de Tbérèse- 
Eulalic deBeaupoil de Sainte-Aulaire, depuis duc dHarcourt, comte 
de Lillebonue, pair de France, marquis de Saint-Bris, baron de 
Cbitry, en Auxenois, lieutenant-général des armées du roi en 1762, 
lieutenant-général de Normandie en 1764, chevalier de Tordre du 
Saint-Esprit le 1«' janvier 1785, reçu le 2 février suivant, gouver- 
neur du l)aupbiné le 17 décembre 1786, né le 12 janvier 17i6, mort 
à Staine (Angleterre) le 22 juillet 1802; la duchesse d'Harcourt 
mourut à Paris le 12 novembre 1815 ; 

S"" Louis-Charles-Armand-Rosc,qui viendra après son frère. 

Les enfants mineurs d'Hubert-François d'Aubusson eurent pour 
tuteur honoraire François Cadot, bourgeois de Paris. 

XXI. — Huberl-Louis- Gabriel d'Aubusson, vicomte d'Aubusson, 
comte de la Feuillade, baron de la Borne et de Parusse, premier 
baron de la Marche, seigneur châtelain de Felielin, Ahun, Chéné- 
railles, Jarnages et Brouilles, seigneur du duché de Roannès, 
marquis de Boisy et de Cervières, naquit le 3 août 1729. Bu vivant 
de son père, il était connu sous le nom de vicomte de la Feuillade. 
Il mourut de la petite vérole, à Paris, dans le mois de janvier 1742. 

XXIL— Louis-Charles-Armand-Rose d'Aubusson, vicomte d'Au- 
busson, comte de la Feuillade, baron de la Borne et de Pérusse, 
premier baron de la Marche, seigneur châtelain de Felletin, Ahun^ 
Chénérailles, Jarnages et Brouilles, seigneur du duché de Roannès, 
marquis de Boisy et de Cervières, naquit posthume à Carcassonne 
le S7 août 4735. Il fut connu sous le nom de comte de la Feuillade. 
En qualité d'alné de la maison d^Aubusson, il eut l'honneur d'offrir 
le 13 septembre 1750 au roi Louis XV, dans son cabinet, une 
médaille d'or, représentant d'un côté le groupe de la place des 
Victoires, que le maréchal do la Feuillade avait fait élever en 1686 
en rhoaueur de Louis XIV; on lisait autour : « Patri exercUuum et 



Digitized by VjOOQIC 



— 38 — 

ductori semper felici », et dans l'exergue, « F)raiic. Vie. Corn. 
d^Aub%is$on posuii in arcn publica Lutetiaruniy anno 1686 » ; au 
revers, la tête de Louis XIV. Les aînés de la maison d'Aubusson 
devaient rendre au roi cet hommage tous les cinq ans. 

Celait la comtesse douairière de la Feuillade qui administrait la 
terre et comté de la Feuillade. En 1747, elle avait au château de la 
Feuillade pour régisseur, receveur ou fermier Jean-François Martin, 
qu'on y trouvait encore en 1753. En 1770, ce Martin hahitaitVallière. 

Mousquetaire du roi de la première compagnie, Louis-Charles- 
Armand-Rose d'Aubusson, mourut à Paris, le 27 janvier 1752, des 
suites de la pelile véiole, sans avoir été marié. Avec lui finit sa 
branche. 

A la mort de Louis-Charles-Arniand-Rose d'Aubnsson la branche 
d'Aubusson de Villac faisant défani, la substitution établie par 
François d'Aubusson, maréchal de la Feuillade, eut lieu une seconde 
fois, et le comté de la Feuillade, ainsi que les autres biens substi- 
tués, passèrent, en la personne de Pierre-Arnaud d'Aubusson, 
marquis de Castel-Nouvel et de Saint-Paul, à la branche des sei- 
gneurs de Deauregard et de Castel-Nouvel, sortie de la branche 
des seigneurs de Villac, marquis de Miremonl. 

XXIH. — Pierre-Arnaud d'Aubusson, marquis de Castel-Nouvel 
ou Novel, de Saint-Paul de Serre el de Meizèard, seigneur de Jaure 
ou Jars, Maiconnay, Sansay, Gouges, Servière et autres lieux, 
devenu, après avoir recueilli la substitution de sa maison (1752), 
vicomte d'Aubusson, comte de la Feuillade, baron de la Borne et de 
Pérusse, premier baron de la Marche, seigneur des villes et châtel- 
tellenies d'Aubusson, Felletin, Ahun, Chénérallles, Jarnages et 
Brouilles, naquit au château de Meizéard le 18 janvier 1717 et fut 
baptisé le surlendemain en r.èglise paroissiale de Paizay-le-Tort. 
Il était le fils cadet d'André-Joseph d'Aubusson, chevalier, marquis 
et comte d'Aubusson, marquis de Castel-Novel (i) et de Saint-Paul 

(1) Caslel-Novel, paroisse de Varetz, en Limousin, est cité parmi 
les terres titrées du Limousin dans le Mémoire sur la Uénérahlé de 
Limoges dressé en 1698 par Louis de Beriiage, intendant (Mémoire 
publié par M. Alfred Leroux dans le Bulletin de la Société Archéolo* 
gique el Uisturique du Limouin^ tome XXXU. 



Digitized by VjOOQIC 



-39- 

de Serre, seigneur de Jaure, lieutenant-général des armées du roi, 
chevalier de Tordre militaire de Saint-Louis, appelé te marquis et 
le comle d'Âubusson, et de Jeanne-Baptiste-Elisabetli-Gharlotte de 
Vernon de Bonneuil, marquise de Meizéard, dame de Marconnay, 
Sansay, etc. et le huitième descendant de Guyot lî'Âubuf^son, sei* 
giieur de Villac et de la Folhade en 1420(1). Il était t^^tent au 
dix-huilième degré de Louis d*Aubusson, second duc de la Feuîllade. 
Sa branche avait fait ses preuves de noblesse en 1666. 

Pierre-Arnaud fut d'abord connu sous le nom de chevalier d*Au' 
busson. Lorsqu'il fut devenu chef de nom et d'armes de sa maison, 
on rappela le vicomte d'Aubusson. En 1741 il ét^ùt inousquelaîre 
du roi, seconde compagnie. On le trouve plus lard capilaitie au 
régiment de Bezons cavalerie. 

Pierre-Arnaud avait un frère aine Louis-Charles d'Aubusson, 
marquis de Castel-Novel et de Saint-Paul, dit le marquis d'^ubus* 
son, né à Périgueux le I i janvier 1710, qui était capîlaîjie au régi- 
ment de Hoyal-Piémont cavalerie en 1734 ; Piëire-ÂiJiaud fut 
nommé tuteur de ce frère aine, dont Tintelligence s'elait obscurcie 
et qui mourut à Château-Thierry le 17 avril 1751, sans avoir éle 
marié. Ils avaient une sœur Marie-Elisabeth d'Aubusson, née au 
château de Meizéard le 19 août 1712, mariée dans la chapelle du 
château des Ouches le !«■* juillet 1737 à Louis-Charles de Crussol 
d'Uzès, marquis de Monlausier, seigneur de Salh-s, inesire -de- 
camp-lieutenant du régiment de Bourbon cavalerie, né le 28 octo- 
bre 1706, mort au château de Salies le 2 septeiiibre 1769; elle 
mourut à Tours le 23 avril 1796 (4 floréal an IV). 

Le vicomte d'Aubusson demeurait ordinairement à Paris, rue du 
Bac. En 17S9 il habitait la ville de Périgueux. Depuis 1751 il avail 
pour fermier à la Feuillade Mathieu Foucaud, sieut' de la Salasse ^ 
époux de Marie-H&deleine De Bord qui habitait le cliâleau et qui 
en 1762 était lieutenant de la justice de la Feuillade. Ce dernier 
resta fermier de la Feuillade jusqu'en 1775. Suivant acle du 31 mai 



(1) Voyez dans VHlatoire d'Aubuêson de M. Cypiien Pérathûn la 
{énéalogie complète de la maison d'Aubusson. 



Digitized by VjOOQIC 



-40- 

1774 Coatisson et Barjaud, notaires royaai, passé au cbàteao de la 
Feoillade, messire Jacques de Gain, chevalier, seigneur comte 
d'Enval, baron de Teyssonnière, seigneur de Goursolles et autres 
ses places, ancien lieutenant de dragons d*Abson, résidant en son 
château d*Enval, paroisse de Charaberet, en Limousin, ce voulant 
donner des marques de sa tendresse, afeclion et de son amitié 
pour demoizelle Claudine Foucaud de la Sallesse de Bord sa 
cousine germene et sa filleule fille a messire Malhieui Foucaud 
de la Salesse et de dame Marie-Magdelaiene de Bord », lui fit 
donation entre-vifs de la somme de cinq mille livres, payables 
seulement après le décès du sieur de Gain, donateur. Cette même 
Claudine fut mariée, suivant contrat du l*** avril 1775 Barjaud, 
notaire royal, à Jean Nicollet, seigneur de la Grillière et la Peyre^ 
résidant à La Peyre, paroisse de Sondeyre, en Limousin, en pré- 
sence de M* François Ruyneau de Saint-Georges, seigneur de Saint- 
Georges-Nigremont, président châtelain de la ville et châtellenie 
royale de Felletin, y demeurant, de H* Jean-François de Trufiy du 
Heignaud, avocat en parlement, procureur fiscal de la justice de la 
Feuillade, demeurant au bourg de la Villedieu, de messire Pierre 
de Gain, chevalier, seigneur de Laverrière, Theil, Joulages et 
autres lieux, résidant en la ville de Treignac, du baron de Tarnac, 
de Darfeuille de Rubeyne et de Daiidaleix de Vaux, prêtre. 

A fin de bail, en 1775, Mathieu Foucaud de la Salesse se trouvait 
débiteur du seigneur. Des saisies furent pratiquées, à la requête de 
ce dernier, sur les débiteurs de la succession de Mathieu Foucaud 
de la Salesse, alors décédé. Cependant le vicomte d'Aubusson fut 
probablement dè^intéressé, car par acte du 5 juillet 1785 Barjaud, 
notaire royal, Claude-François de Lapone de Lamorie, avocat en 
parlement, mandataire dès 1783 du vicomte d'Aubusson; comte de 
la Feuillade, donna main-levée des dites saisies. 

De 1769 à 1776 Léonard Delaurent ou Delaron, demeurant à la 
Villedieu, était garde de la Feuillade. 

En 177:2 le vicomte d*Aubusson habitait le château de Castel- 
Movel, près Drive. Depuis 1763 il était associé correspondant du 
bureau d'agriculture de Drive et publia cette année 1772 à Amsler* 



Digitized by VjOOQIC 



^41 - 

dam un a Modèle d'un nouveau ressort d'économie polilique ou 
projet d'une nouvelle espèce de banque qu^ou pourra nitmmer 
banque rurale (1). 

Quoiqu'il n'habitai pas la province, U vicomte trAubussori se 
tenait toujours en rapports bierïveiHHiits avec ses vassaux, La ville 
d'Âubusson ayant besoin de fonds pour exécuter divers travaux, 
son maire, le marquis de Gimel, s'adresse au vicomte, qui, par un 
acte donné à Paris le !•' sepleraljre 1767, déclare que t son inten- 
tion étant de saisir toutes les occasions de marquer, selou ta mesure 
de son pouvoir, son affection pour la ville d'Aubussim et d*;tillf;urs 
se trouvant très flatté d'obliger encore en cela M* le marquis de 
Giinel, il fait don à ladite ville, pour qu'elle l'applique à s<ui [Ous 
grand avantage, du canon rompu, écUnls et morceaux d'iceluî qui 
y sont actuellement, lesquels eu noire quulilè de seigneur vicomte 
d'Àubusson nous apparliennenl ». La vente de ce canon produisit 
douze cent quarante-buit livres quatre sols (â). 

On trouve en 1775 comme ft^rmier général du vicomte d*Aubus- 
son Joseph Tixier du Dreuil, bourgeois de Felletin. El n'haljitnil pas 
le château de la Feuillade, mais il j avait pour reprèst iiTant en 
1775 Jean Boutbonnet, marchmid, en 1776 Antoine Divern^resse de 
Lamornaix, qui était en même temps procureur près la justice de 
la Feuillade. 

Léonard Courtois, soldat invaliile, était garde des bois, eaux et 
forêts du comte de la Feuillade ^n i778 et bril>itait leclïâteau; it 
occupait encore ce poste eu 1785. Laurent Petit remplissait aussi 
ces fonctions en 1780. 

En 1780 le vicomte d'Aubusson bubitait Paris, rue du Marais, et 
avait pour mandataire dans la Marche nohie Monsieur Maître 
François Ruyneau de Saint-Georges, seigneur de Saint-Georges- 
Nigremont, conseiller du roy, président ctiâtetain, tieulenattt* 
général de police et lieutenant criminel au siège royal de Felletin, 
y demeurant, paroisse de Beaumont, 

(1) Archives Historiques du Limousin 111, 210. 
(3) Cyprien Pérathoni Hiêtcire d'Aubusson, 79, 



Digitized by VjOOQIC 



- 42 - 

Eli 1782 Anioine Diverneresse demeurait au château de la 
Feuillade en qualité de fermier. A partir de 4783, il exerça les 
fonctions de notaire. Suivant contrat du 19 janvier 1785 Jagot, 
notaire royal à Villemoneix, il maria, de concert avec Marie Dumas, 
sa femme, sa fille Léonarde Diverneresse à Jean-Bapliste Deguil- 
laume, bourgeois de Prevenchère. Le 18 mai 1788 devant Barjaud, 
notaire royal, et en présence d'Etienne Courtaud, sergent de la 
justice de la Feuillade, et de Diverneresse, curé de Sainte-Feyre, 
fut passé le contrat de mariage de Françoise Diverneresse, son 
autre fille, avec Emmanuel Courtaud, marchand à Faux. 

Pierre Foussadier en 1785 était garde des bois, forêts, chasse et 
pêche du comte de la Feuillade ; on le trouve encore dans ce poste 
en Tan IV; Etienne Bargoin, en même temps huissier ordinaire ou 
sergent de la justice, remplissait aussi ces fonctions en 1786 et 
encore en 1792 : tous deux habitaient le château de la Feuillade. 

Le vicomte d'Aubusson est qualifié « très haut et très puissant 
seigneur, Monseigneur », dans la procuration par lui donnée à 
messire Louis-Armand-François de Seiglière de Boery pour le re- 
présenter à TÂssemblée de la noblesse de la Haute-Marche tenue à 
Guéret le 16 mars 1789; mais Tordre de la noblesse, par mesure 
générale, ne reconnut que la qualité de « haut et puissant seigneur, 
mt^ssire ». Il donna également procuration pour le représenter 
à TAssemblée de la noblesse du Bas-Limousin tenue à Tulle le 
même jour : dans celte procuration il est simplement qualifié 
a Monseigneur ». 

Par acte du 3 avril 1790 Fourret et son confrère, notaires au 
Châtelet de Paris, le comte de la Feuillade vendit la coupe de la 
forêt de la Feuillade aux sieurs Pierre Mourrier, Constantin et C^«, 
négociants de Limoges. Il leur afferma en même temps la terre de 
la Feuillade, le château et les préclôlures, ne se réservant qu'un 
logement dans le château pour ses gaides. Ces fermiers eurent 
de 1791 à 1794 pour agent au château Jean-Joseph Prieur, dit 
Verdain. 

Quoiqu'il ne fut plus fermier, Antoine Diverneresse habitait 
encore le château en 1791 £a 1789 il était greffier en chef de la 



Digitized by VjOOQIC 



— 43 — 

cbâtellenie de Fellelin. En Tan XI, il était juge de paix de Felletin. 
Eii Tau iV Jean Boissoui était garde à la Feuiilade. 

Pierre>Arnau(t d'Âubusson, vicomte d'Aubusson, comte de la 
Feuilbde, mourut au château de Meizéard le 4 décembre 1797 
(U frimaire an YI), 

Il avait épousé : 1** dans la chapelle du château de Vaudre, en 
Perigord, mariage béni par Tabbé de Bourdeille, le 14 mai 1754 
fconlrat si^^riè )'ar Ui roi et la famille royale le 10 avril précédent), 
Jeanne-Marie d'Hautefort de Vaudre, née le 6 mai 1734 au château 
de Vaudre, Ûlle de Jean- Louis d'Hautefort (1), chevalier, comte de 
Vaudre, marquis ite Bruzac et de Douleviile, baron de Harquessac, 
seigneur de la Rnsoire, la Marche, Saint-Jorry, etc. et d'Anne- 
Marie de La Daufjie-Forsac, morte à Pêrigueux le 21 juin 1760, 
sans laisser d'enfants ; 2** à Paris, en Téglise de Saint-Sulpice, le 
3 février l7ti-2, Cialherine Poussemolhe de l'Estoile de Graville, 
dame ei comtesse de Graville, baronne d'Héricy, dame du Mesnil, 
Les Dordtis, Tréchy, La Brosse, elc, née à Paris le 7 janvier 1742, 
fille de feu Charles Poussemolhe de TEstoil % chevalier, sire et 
comte de Gruville, baron d'Hericy, etc., lieutenant-général et cordon 
rouge, et de Callierine-Olive de la Salle, dame des terres de la 
Freïaie, de la Grande-Rivière, du Corail, du Trou d'Enfer et de la 
Place-à-Daniel sur le territoire de Léogane à Saint-Domingue, 
remariée à Jean-Georges-Julie de Talleyrand-Périgord, vicomte de 
Talltiyrand-F^erigord, baron de Beau ville, brigadier des armées du 
roi et chevalier de Saint-Louis. Le 17 octobre 1789 le district de 
Felletin voLa d^s remerciements à la vicomtesse d'Aubusson, qui 

Bv:ni envoyé irois mille livres pour les pauvres. Elle mourut à Paris 

le 34 février 1801 (5 ventôse an IX). 

Du second mariage naquirent : 

1<> Pierre-Jacques-Alexandre-Hubert, qui suit; 

2^ Pierre- Ray moud- Victor, qui viendra ensuite. 



(±) Jean-Louis d'Hautefort était de la maison de Gontaud-Badefol, 
qui depuis environ quatre cents ans portait le nom d'Uautefort. 



Digitized by VjOOQIC 



- u - 

XXIV. — Pierre -Jacques- Alexandre- Hubert d'Aubusson de la 
Feuillade, vicomle d^Aubusson, comte de la Feuillade, baron de la 
Borne et de Pérusse, marquis de CasleUNovel, de Sainl-Paul et de 
Heizèard, appelé le marquis de la Feuillade, naquit à Paris le 
16 mars 1763 el fut baptisé le lendemain en TEglise de Saint- 
Sulpice. Enseigne aux gardes françaises le 8 novembre 1778, sous- 
lieutenant le 15 décembre 1782, capitaine au régiment d'Artois 
infanterie le 25 mars 1787, il devint chevalier de Saint-Louis, et 
plus tard chevalier de la Légion d'honneur. 

Par acte du 24 avril 1822 Jean -Baptiste Ronchon, notaire, le 
marquis de la Feuillade, demeurant alors à Paris, rue du Bac, ûl, 
afferma pour cinq années, moyennant deux mille quatre cents francs 
par an, aux frères Thomas la terre de la Feuillade, comprenant 
alors des domaines à Laleux et au Monteil. Mais, pour cause que 
nous ignorons, ce bail fut résilié. Et, par acte du 26 avril suivant 
Lepetit-Laforest, notaire au Monteil-au- Vicomte, le marquis de la 
Feuillade afferma, pour quarante-cinq années, à Antoine Biaise- 
Léonard Guyonie, bourgeois de Valiière, demeurant alors à 
Aubusson, tous les bâtiments, domaines, héritages et étangs com- 
posant la terre de la Feuillade, même le pourpris de la forêt, le 
tout situé dans retendue des communes de Faux et de la Villedieu, 
plus les coupes des bois taillis de Châtre et de Roche-Taillade situés 
dans les environs de la ville d'Aubusson, plus encore les biens et do- 
maines de Clupeau, situés dans la commune de Tarnac, moyennant 
trois mille cinq cents francs, payables annuellement et d'avance. 

Antoine-Biaise-Léonard Guyonie, nouveau fermier de la terre de 
la Feuillade, était né le 29 octobre 1777. Il était fils de Léonard* 
Michel Guyonie, sieur d'Ars en 1772, et de Marie-Joséphine Bandy, 
bourgeois de Valiière. Il avait épousé le 16 novembre 1806 (contrat 
du 3 novembre 18C6 Barraband, notaire), Marie-Catherine Coiitis- 
son du Mas, née le 16 mars 1778, fille cadette de feu Jean-Baptiste 
Coulisson du Mas,, représentant du peuple à la Convention nationale 
et ensuite au Conseil des Anciens, et de Marie-Madeleine de la 
Farge, sa veuve. U avait pour frère Gabriel Guyonie^ qui en 1806 
habitait Valiière. 



Digitized by VjOOQIC 



-45- 

Antoine-Blaise-Léonard Guyonte n'habita pas la Feuillaiief où^ 
depuis ilncatulje du cliâleau donL nous parlerons plus loiit, ne sa 
trouvait pas de logis convenabl<i, Alais, après sa mort et vers 1832^ 
Marie Coiilisson du Mas, sa veuve, el ses enfauts, Heiié Cuyonie et 
Marie-Madi^leiua GuyotȔe, vinieiil habiler la Feuilladc, avnc Gabriel 
Guyonie, leur beau-frereet oncle. C'tst donc à cette époque que fut 
cfuistruile, avec les iiiatériau3£ du cliàteau, la maison d'tiabi(atîon 
des fil milles Guyonie el Vij^er, 

Suivant acte du 11 janvier 1837 reçu par SN Antoine Bert;er, 
notaire â Bourgnitjrîuf, le juar^uis de la PVuillade, par Teritreiuise 
de Léonard- Michel Bouchon, nul aire à liourgaiieuf, son manda la Ire 
spécial, vendit à Gabriel Guyonie. derneurarU à Ui Feuillade» 
moyennant la somme lie huit mille francs: 1» i'èîang de Maude, 
converti en pacage, d'une èlendne sufierficieile de vingl-hnil hec- 
tares, situé au territoire de Tlaz^net; ^^ ïéyung de FauK, aussi en 
pacage, d'une conleuMOce de douze lieriare?, situé entre Faux et 
Thèziltat; 3' rèlang de Dessas, aussi en parage, d'uite contennnce 
de vingt-trois hectares, situé au lerritoirti de Bessas; 4^ le pré du 
Seigneur, ^h à Faux ; 5" et le petit domaine du Maly, diuit les 
bâ'iments étuieul alors eu maiïurrs. si lue au territoin! du M^ly et 
de la Villedieu, Celle vejile fut raliiiée par Betiè Guyunie. nègoeiaut, 
demeurant à Limoges, où il avait éimusè en 1833 Amélie Ghàtenel, 
et par Jeau-Jacques Vigier, négociant à Aubussau, époux de Marie- 
Madeleine Guyonie, tous deui se poriant fort pour Marie-Catberine 
Coutisson, veuve Guyonie, leur niereet belle-mére. 

Pierre-Jacques-Aleiandre-Huberl d'Aubusson sembla prendre i 
làclie de détruire cette belie situation de grartd seigneur el de 
grand propriétaire terrien qu'avait créée Tiilustre François d^Aubus- 
sou, comte de la Feuillade, pair et maréchal de France, Snns nous 
occuper de ses aulres Liens de la Marche, qu'il aliéjia également à 
vil prix, disons seuïemenl qu'il vendit et détnembra une partie 
nulable de la terre de la Feuillade par divers actes, el notamment 
par ceux des 11 juin, 17 et 20 décembre 1840, Os ventes furcjjt 
consenties à des prix dérisoires. Comme ces aliénations nuisaient à 
la jouissance des héritiers Guyonie, il y eut procès avec eux. Enûu, 



Digitized by VjOOQIC 



-46- 

pour roeltre fin au débat et par acte sous seings privés en date à 
Paris du !^ novembre 1841, le niarquls de la Feuiilade vendit à 
René Guyonie, agissant tant en son nom personnel qu'au nom et 
comme mandataire spécial de Jean-Jacques Vigier et de Harie- 
Hadeieine-Guyonie, épouse de ce dernier: 1<>la totalité lui restant de 
la \erve de la Feuiilade, d'une étendue totale d'environ deux cent 
quarante cinq hectares, joignant au levant les prés des habitants de 
Laleux, les pelades de Villesaini appartenant à Gabriel Guyonie, au 
midi les bois des habitants de Mercier, au couchant les communaux 
de la Villedieu, et d'autre part les portions déjà acquises par Gabriel 
Guyonie ; 2^ la totalité des bois d*Aubusson, les terres et pacages, 
appelés des Châtres, des Corades et les bois de la Roche-Taillade. 
Le prix de cette vente, fixé à quarante mille francs, fut payé 
comptant. Cette acte sous seings privés fut déposé le 4 décembre 1842 
en rétude de M' Vigier, notaire à Vallière, et transcrit au bureau 
()es hypothèques d'Aubusson le 20 décembre 1842. 

Le marquis de la Feuiilade mourut à Champrosay, près Draveil 
(Seine-et-Oise), le 2 août 4847. Il n'avait pas été marié. 

XXIV bis. — Pierre- Raymond-Hector (i'Aubusson de la Feuiilade, 
vicomte d'Aubusson, cotnle de la Fviuillade, baron de la Borne et 
de Pérusse, marquis de Castel-Nove!, de Saint-Paul et de Melzéard, 
naquit au château de Casiel-Novel le 11 janvier 1765 et fut baptisé 
le lendemain. Du vivant de son frère aîné, il était connu sous le 
nom de comte d'Aubusson de la Feuiilade. 

Lieutenant-colonel d'infanterie de ligne, colonel-inspecteur des 
gardes nationales de l'arrondissement de Neufchâtel-en-Bray, 
ministre plénipoleniiaire à Florence et ambassadeur à Naples, 
chambellan de l'impératrice Joséphine, puis de Napoléon, pair de 
France, grand-croix de Tordre de la Fidélité de Baden et de Tordre 
des Deux-Siciles, officier de la Légion d'honneur, Pierre-Raymond - 
Hector mourut à Paris le 7 mars 1848. 

Il avait épousé : i» à Paris, en Téglise de Saint-Gervais, le 12 
février 1791, Agalhe-Renée de Lz Barberie de Reffuveille, dame de 
Reiïuveille, Hercatel, Riberpré, etc. née à Paris le 12 novembre 



Digitized by VjOOQIC 



r 



-17- 

1772, fille de Jacques-Augustin de La Barherie^ marquis de ReITU' 
veille, seigneur el patron de Reffuveille, seigneur de Mercalei, Vil- 
lers-Verraont, Doudeanville, etc., maréchal des cani[ïs et années du 
roi, capitaine des grenadiers au régiment des gardes françaises, 
chevalier de Tordre militaire de Sainl-Loiii!;, et d'Elisabeth Le Clerc 
de Grandmaison, dame de Riberpré, Le Hamel, La Saiiss*»ye, elc; 
morte à Florence le 22 mai 1803 ; 2» à Paris, civilement le 10 et 
religieusement en l'église de Saint-Louis d'Atilin, le 11 oclobnî \Sfi^ 
Jeanne-Pauline-Louise Randon de Pully, née au château de Pully 
le 12 janvier 1776, veuve de Jean-Louis-Hp^nri de GreRulhe, \mr de 
France, fille de Charles-Joseph Randon, Marquis et comie de Pully, 
général de division, comte de TEmpire, chevalier de Saint-Louis, 
grand officier de la Légion d'honneur^ décoré de U Couronne de 
fer, gouverneur du palais de Meudon, gouverneur du roi de Rome, 
et de Marie-Anne-Joséphine Desmiérs d' A rchiac; morte à Paris le 
2t mai 1859. Il n'eut pas d'enfant du second mariage. Du premier 
naquirent : 

1» Augustin-Pierre, qui suit ; 

2» Raymond, comte d'Aubussou de la Feuillade, né à Passy-Paris» 
le 27 juin 1794(9 messidorean H), sous-lieuienant au 7"^'' rfVgirnent 
de chasseurs à cheval le 18 août 1811, tué devant PoloLsk le 3 sep- 
tembre 1812, sans postérité; 

3» Henriette-Blanche d'Aubusson de la Feniliade, née à Pas^sy- 
Paris le 12 octobre 1795 (20 vendémiaire an [V), mariée à Paris 
civilement le 21 et religieusement en legline de Saini-Tliomas 
d'Aquin le 22 avril 1812 à Augusle-Jean-Galn iel, comte de Caulain- 
court, général de division, gouverneur des pageïi, giand cordon de 
l'ordre de la Réunion, commandeur de la Le^^ion d'iior^nenr^ né â 
Caulaincourt le 16seplend)re 1777, tué à la Moskowa le 7 septem- 
bre 1812; elle mourut religieuse à Paris le ^ décembre 1835; 

4t^ Marie-Calherine-Amanda d'Aubussou de la Fi*ni1)ade, née au 
château de Riberpré le 4 juin 1799(16 [>rairia) an VII), liaptisèe par 
le cardinal Caprara à Paris, dans la chapelle de la Nonciature, le 
21 avril 1800, mariée à Paris civilement i« ^7 el rt^ligieui^emenl^ en 
l'église de Saint-Vincent-de-Paule, le 28 mars 1821 à Gaslon- 



Digitized by VjOOQIC 



-48- 

François-Chrislophe-Victor de Lévis, duc de Lévîs et de Venladour, 
coloael du 54°>* régiment d'infanlerie de ligne en 1828, aide-de- 
camp tlii Dauphin, chevalier de Saint-Louis, officier de la Légion 
d'Uotiïjeur, né à Richmond (Angleterre) le 10 avril 1794, mort à 
Veiïlse, au palais Cavalli, le 9 février 1863 ; elle était morte à Paris 
le 28 avril 1854. 

XXV. — Augustin-Pierre d'Aubusson de la Feuillade, comte 
d'Anltiisson de la Feuillade, naquit à Paris le 26 avril 1793. Il fut 
promu lieutenant le 14 janvier 1811, capitaine le 9 février I8î3, 
aide-ite-camp du maréchal Ney le 29 mars 1813, chefde-hataillon 
U â3 décembre 1813, lieulenant-colonel le 23 décembre 1817, 
coloitfl du 17™« régiment d'iiifanlerie de ligne le 14 août 1822» 
ctiavali*.^- de Saint-Louis le 14 juin 1820, officier de la Légion 
d'hntiijfur le 22 aoûl 1823, chevalier de Saint-Ferdinand d'Espagne 
le 2:j novembre 1823, chevalier de l'ordre de Malte le 20 avril 1827. 

Il nuuirut à Paris le 21 décembre 1842 et fut inhumé an Père 

Lachaiî^e, 

Il îivnil épousé à Paris, civilement le 27 et religieusement, en 
IVgitîie (1b Saini -Vincent -de- Paule, le 28 mars 1821 Blanche- 
Calh(*riiit:-Honorine Rouillé de Doissy du Coudray, née à Paris le 
12 mai 1^02 (22 floréal an X), fille d'Hilaire Rouillé, marquis de 
homy i\\i Coudray, comte de Boissy, seigneur de Forifry, Douy-la- 
Rainè^. Bourneville, elc capitaine de cavalerie, pair de France, 
chevallier de Saint-Louis et de la Légion d'honneur, et de Catherine- 
Etitiimu-Claude d'Aligre. Elle mourut à Auteuil, près Paris, le 
110 novembre 1855. 

De ce mariage naquirent : 

!• Augustine-Calherine-Marie d'Aubusson de la Feuillade, née à 
Toulon le 23 septembre 1824, baptisée à Téglise de Notre-Dame le 
30 du même mois. Elle épousa au château de Sainte-Assise, le 
26 Jiovembre 18W, Marc-René-Antoine-Viclurnien de Beauvau, 
prince de Beauvau-Craon, grand d'Espagne de première classe, 
anoiett député et conseiller général de la Sarihe, officier de la 
Légion d'honneur, grand-croix de Tordre du Christ de Portugal, 



Digitized by VjOOQIC 



— 49 - 

né à Paris le 29 mars 1846. Elle mourut au château de Sainte- 
Assise (Seine-et-Marne) le 27 juillet 1862 et fut inhumée à Harouë- 
Craon (MeurIhe-et-Moselle). Le prince de Beauvau se remaria le 
Î9 septembre 1875 à Marie-Jeanne-Louise-Caroline-Adèle-Viane de 
Gontaut-Biron , fille du vicomte Elle de Gontaut-Biron, ancien 
ambassadeur de France à Berlin ; le prince Marc de Beauvau mort 
le 30 mars 1883. 

2o Henriette-Pauline-Hilaire-Noémi d'Aubusson de la Feuillade, 
née à Paris le 12 janvier 1826, baptisée en Téglise de Saint- 
Germain-des-Prés le 28 février suivant. Elle épousa à Paris, civi- 
lement le 3 et religieusement, en Téglise de Saint-Germain-des- 
Prés, le 4 juillet 1842, Anne-Antoine-Gontran de Bauffremont, 
prince de Bauffremont - Courtenay, depuis duc de Bauffremont, 
ancien officier de cavalerie au service de Piémont, grand-croix 
de Tordre royal et distingué de Charles III d'Espagne, grand-croix 
de Tordre de la couronne dllalie, chevalier de Tordre des Saints 
Maurice et Lazare, membre du conseil général de TAube, né à Paris 
le '.6 juillet 1822, aujourd'hui (1900} décédé. H«« la duchesse 
douairière de Bauffremont habile actuellement (1900) le château de 
Brienne-le-Châleau (Aube) : c'est le seul rejeton vivant de Tillustre 
maison d'Aubusson. 

XXV. — René Guyonie et les époux Vigier, nouveaux propriétai- 
res de la Feuillade, firent construire aux dépens du vieux château, 
incendié en Tan IV, comme nous le raconterons plus loin, une 
grande maison, contenant deux logements complètement séparés. 

Par de nombreuses ventes, ils détachèrent des tronçons assez 
considérables de la forêt de la Feuillade. Il serait oiseux d'indiquer 
ces aliénations; citons seulement en 1846 une vente de onze 
hectares aux Côtes de Mande au profit de M. Léonard Lestrade, de 
Lachaud-Fauveix, et la même année une vente de dix hectares 
dans le même canton au profit de Jac({ues Mian, de Vauvelx. 

A la suite de mauvaises affaires, tous les biens de la famille 
Guyonie, y compris ceux de Gabriel Guyonie, furent vendus en 
justice, à Texception d'une maison d'habitation et de quelques 
héritages que conserva M"* Vigier. 

4 



Digitized by VjOOQIC 



- 50 - 

René Guyonie mourut à Faux-Ia-Montagne le 9 août 1861, à Page 
de cinquante et un ans, sans laisser de poslérilé. 

La terre de la Feuillade, rëdiiile à ce que possédait la famille 
Guyonie, moins le petit lot réservé à H"** Vigier, avait été adjugée 
à M. Petit, ancien fournisseur des armées. Il la conserva quelques 
années, puis la vendit à M. Genevois, négociant à Guéret. Les deux 
gendres de ce dernier, MM. Delord, de Limoges, et Léon Rousseau, 
de Guérel, possédèrent cette terre par indivis durant quelques 
années. Par suite de traité avec son beau-frère, M. Léon Rousseau 
en devint seul propriétaire. 

M. Rousseau y adjoignit les communaux de la Villedieu, dont il 
s'était rendu adjudicataire, et en 1882 il vendit cette terre et forêt 
de la Feuillade à H. Maignol, propriétaire au château de Concise, 
prés Montroarault (Allier). 

H. Maignol a acquis des héritiers Vfgier le petit lot qu'ils avaient 
conservé. Les plantations considérables qu'il fait exécuter depuis 
longtemps et chaque année dans tous les cantons de la forêt trans- 
formeront ces bois dévastés depuis un siècle ; un jour ils feront 
Tadmiration des forestiers. 



CHAPITRE VIII. — Le Château 



Par acte du 14 novembre 1311, le couvent de Biessac avait cédé à 
Guillaume I d'Âubusson, seigneur de la Borne, du Monteil et de la 
Feuillade, la grange ou maison que ce cotivenl possédait au lieu de 
la Feuillade. 

Cette grange ou maison devint naturellement un rendez-vous 
de chasse pour le seigneur, qui habitait le château de la Borne. La 
forêt de la Feuillade, où Ton a trouvé des bois de cerf, était peu- 



Digitized by VjOOQIC 



— 51 — 

plée de grosses bêles, cerfs, chevreuils, sangliers^ loups, dont la 
chasse était au xiv* siècle le principal délassement des seigneurs. 

Tout porte à croire que le château fut édifié vers 1420, époque du 
partage entre les enfants de Guy I d'Âubusson, seigneurde la Borne, 
du Monleil, de la Feuillade et delà Villeneuve. Un simple re:'dez- 
vous de chasse ne pouvait être une habitation suffisante pour les 
deux frères Guillaume et Guyot d'Aubusson, apanages de la terre 
et seigneurie de la Feuillade. 

Le château fut élevé sur une motte, en partie naturelle, en partie 
artificielle, qui dominait le cours du ruisseau, au point où il se 
trouve le plus resserré entre les pentes de la forèl. La façade regar- 
dait la forêt, dont elle était séparée par une cour assez spacieuse. 
Dans cette cour se trouvait la grande écurie, qui existe encore et 
sert aujourd'hui d'étable pour les bestiaux de la ferme. Comme 
tous les châteaux de ce temps, le château de la Feuillade était flan- 
qué de tours. 

Nous n'avons trouvé qu'un seul acte ayant trait aux réparations 
que durant le cours des siècles on fit exécuter au château. Le 9 
juin 1710 Etienne de Laporte, juge sénéchal de la Feuillade 
et mandataire de Louis d'Âubusson, duc de la Feuillade, fit dresser 
le devis des réparations à faire au château, devis qui s'éleva à onze 
cents livres. Les réparations furent exécutées par Léonard Poutout, 
mallre-charpenlier et couvreur ; Il répara les tours, la toiture, 
carella les planchers des chambres et des greniers, recouvrit et 
latta la grande écurie de devant le château, refit la porte et les 
fenêtres et autres ouvrages. 

Comme les réparations à faire au château étaient à la charge des 
fermiers, la somme de onze cents livres fut payée moitié par chacun 
des deux co-fermiers ; la moitié à la charge de Louis Dubayle, sieur 
de La Loy, fut payée par Marie Champeaux, sa veuve, suivant acte 
du 2 octobre 1730, Joullot et Guerre, notaires. 

Le château ne fut habité que par ses premiers seigneurs. Dès les 
premières années du xvi« siècle, les seigneurs de la Feuillade, deve- 
nus possesseurs de châteaux plus riches, situés dans des climats 
moins mdes, y firent leur résidence habituelle. Hais, jusqu'au 



Digitized by VjOOQIC 



- 5Î - 

momenl de sa deslruclion, le château de la Feuillade fut habité 
par les fermiers de la terre et seigneurie et par les gardes du sei- 
gneur. En 1745, Etienne Dubois, notaire, qui dcmtMirail alors au 
château, est qualifié « capitaine du cliâleau de la Feuillade. » 

Un incendie détruisit ce château durant la Uévolution. Dans la 
nuit du 18 nivôse an IV, vers deux heures après minuit, le feu se 
déclara dans le^corps de logis placé au fond de la basse-cour, qui 
servait de logement à Pierre Foussadier, garde et homme de con- 
fiance du comte de la Feuillade. Comme ce corps de logis était atte- 
nant à un autre placé à la droite en entrant dans la cour, qu'habi- 
taient les gens des fermiers Mourier, Constantin et C*% et où ces 
derniers logeaient eux-mêmes quand ils venaient à la Feuillade, le 
feu, vers huit heures du matin, se communiqua au second corps 
de logis, et ces deux corps de logis furent complètement détruits. 
Tous les meubles du propriétaire furent brûlés, ainsi que tous les 
grains en seigle et blé noir des fermiers. Ces derniers firent cons- 
tater le tout par procès-verbal dressé le 21 nivôse an IV, par Bar- 
jaud, notaire public à Faux. 

Tous les bâtiments actuels ont été construits avec les matériaux 
du château. Aussi du château lui-même il ne reste aucun vestige. 



CHAPITRE IX. — Le domaine utile et la directe 

FONDALITÉ DU COMTÉ DE LX FeUILLADK 



§ I''. — DomaiDe utile 

Outre le château de la Feuillade et les prairies au-dessous, les 
comtes de la Feuillade étalent propriétaire de la forêt de la Feuillade, 
qui originairement devait avoir une contenance de quinze cents 



Digitized by VjOOQIC 



-53'- 

beclares environ. Neuf cenl cinquante hectares environ, y compris 
les prairies, apparliennont encore au châieau. Dans Pincendie des 
Monédiëres, qui fut allumé pendant les guerres de religion en 
septembre 1575, la forêt de la Feuillade fut atteinte, mais les 
vassaux delà comté arrêtèrent les progrès du feu. Cette forêt a 
évidemment donné son nom à la terre et seigneurie. Beaucoup de 
riveraius y avaient des droits d'usage. Mentionnons seulement les 
actes suivants, que nous avons recueillis : 

Par contrat du 30 septembre 1420, les habitants du Monlbuchoui 
avaient droit de mener pattre dans la forêt de Faux et delaFeuillade 
tous les animaux, bœufs, vaches, porcs et truies, brebis, moulons 
et autres sortes d'animaux qu'ils pourraient tenir audit lieu et 
village du Montbuchoux, comme aussi de prendre dans iesdits bois 
et forêts du bois sec et vert tant pour le besoin et chauffage des 
habitants du Honlbuchoux que pour les besoins de leurs édifices 
S'ils voulaient construire ou bâtir dans ledit mas et tenue et qu'ils 
eussent besoin d'une grosso pièce de bois, telle qu'une poutre, ils 
devaient le notifier au forestier chargé de la garde du bois. Cette 
coucessiou avait été consentie par Guillaume et Guyot d'Aubusson, 
seigneurs de Faux et de la Feuillade. Les sieurs Mourier 
et Conslan.in, étant devenus acquéreurs de la coupe de la forêt, 
leur garde s'opposa au droit d'usage des habitants du Montbuchoux. 
Ces derniers firent, par acte du 17 juin 1791, Barjaud, notaire royal, 
donner sommation aux sieurs Mourier et Constantin de laisser 
exécuter le contrat du 30 septembre U20. 

Suivant contratdu 6 mars 1656, Lemoyne et son confrère, notaires 
au Châtelet de Paris, François d'Aubusson, comte de la Feuillade, 
constitua, au profil de Théophile de Ulanchier, marquis de Lostan- 
ges, la Villeneuve au Comte et Nedde, une rente de quarante-cinq 
arbres « fayols» à prendre tous les ans dans la forêt delà Feuillade. 
Celte rente fut rachetée par noble Jean-Daptistc-François Marais, 
écuyer, seigneur de Ueauchnmp, avocat en parlement, gouverneur 
pour Sa Majesté des ville et ch&iellenie d'Aubusson, résidant & 
Aubusson, stipulant pour cl uu nom de très haut et très puissant 
seigneur Pierrâ-Artiaud d*Aubus8on, vicomte d'Aubusson, comte 



Digitized by VjOOQIC 



- 54 - 

de la Feuillade, chef alQë de la maison d'Aubusson et en cette qua- 
lité reprèseu tant François d'Aubusson, décédé duc, maréchal et 
pair de France, moyennant la somme de deux mille livres, qui fu- 
rent versées à Raymond Garât, chevalier, seigneur de Nedde, 
demeurant au château noble de Nedde, acquéreur du marquisat de 
la Villeneuve au Cumle et Nedde, comme étant aux droits de 
Théophile de Blanchier. Ce rachat fut effectué suivant acte passé 
aux Fargelies, en Marche, paroisse de Nedde, le 4 mars 1768 
devant liarjaud, notaire royal. 

Sur le bord du ruisseau de la Feuillado, au-dessous des prés, 
furent établies des forges. Nous n'avons Irouvé aucune pièce indi- 
quant la date de leur établissement, mais nous sommes porté à 
croire qu'il ne remonte qu'aux environs de Tannée 1730. 

En 1740, figure dans un acte de baptême Charles Pallard, régis- 
seur des forges de la Feuillade. Eu 1743, on trouve parmi les habi- 
tants du bourg de Faux, Charles Lynge-Combe, garde fourneaux des 
forges de la Feuillade. Le 10 septembre 1743 mourut à la Feuillade 
Pierre Faure, iravalllant à la forge de la Feuillade, originaire de 
la paroisse de Nantiat, en Perigord, âgé d'environ vingt-trois ans ; 
présents à son enterrement le 11 dans le cimetière de Faux, Jean 
lieausin, marleleur, Charles Combe, Uarthéiemy Serval et François 
Beausin, tous forgerons, qui signèrent Tacle de sépulture. A la 
même époque, travaillait aussi à la Feuillade Hugues Combe, du 
lieu de Nanieuil-sur-Marne. Entre 1740 et 1760, on remarque que 
plusieurs jeunes gens de la paroisse de Lubersac, en Bas-Limousiu, 
se sont maries à Faux. C'étaient peul-êlre des ouvriers de la forge. 
Un jugement des commissaires du Conseil du Roi en date du 7 
juillet 1744 porte défense à toutes personnes de quelque qualité et 
condition qu'elles soient, de prendre et enlever quoi que ce soit en 
fer, mines, charbon et autres ustensiles des forges de la Feuillade 
ni retenir, cacher ou receler les bois de flottage provenant des 
forêts dudil lieu, envoyés à Limogés par le ruisseau de la Villedieu 
et la Vienne (i). Il devait y exister unebabilation,cardans plusieurs 

(1) Yoy. cette pièce à Tappendice. 



Digitized by VjOOQIC 



-58- 

actes uolariés de 1754 Anloine Harlineau, sergent de la justice de 
la Feuillade, est mentionné comme demeurant aux forges de la 
Feuillade. La tradition parle de ces forges : on raconte que le grand 
marleau des forges de la Feuillade s'entendait jusqu'à Saint-Amand- 
le-Pelit ; on prétend enfin qu'il existe à VaUière deux énormes 
cheuets qui ont éié forges à la Feuillade. Ces forges étaient exploitées 
par une société, dont les affaires n'étaient pas prospères en 174i. Il 
esi propable que cet établissement iudustriei a cessé de marclier 
après la dèconlilure de la société qui l'exploitait. Quoiqu'il eu soit, 
en chcrcliant bien, on reconnaît auj3urd'kui, au milieu des 
broussailles et des ronces, l'emplacement de ces forges : quelques 
pierres, quelques débiis de fer ou de fonte, et c'est tout. 

Le comte de la Feuillade était propriétaire à Faux d'un pré, dit 
du Seigneur, d*uu moulin et d'uu étang. Il possédait aussi un étang 
sous le château, l'étang Neuf, qui existe encore, et un étang à 
Uessas; eu 1766, Jean-Uapiiste Marais de Oeaucliamp, juge sénéchal, 
fit réparer les chaussées de ces étangs, il y avait eu outre un étang 
dans la forêt. 

Les moulins banaux du seigneur étaient à Villesainl : il y avait 
luouliu à blé, moulin à draps et moulin à chanvre, l^ar acte du 
9 août 17iO Darfeuille et Joullot, nouires, M. Frogier de Villeram- 
bault, lieutenant- général de la Marche, comme procureur du 
maréchal duc de la Feuillade, afferma ces moulins, les près, terres et 
jardins en dépendant, moyennant un fermage annuel de soixante- 
dix livres et trente seliers de blé, mesure de la Feuillade ; en 
1768 ils furent aQermès moyennant un fermage annuel de soixante 
livres, soixante setiers seigle, mesure de :a Feuillade, six poulets, 
ciuq livres de beurre et à la charge de moudre gratuitemeul pour 
le château. 

L'élang de Mau^e, propriété du seigneur au territoire de Plazanet , 
était rompu eu 1767 et converti en pré; on le disait mauvais pré, 
dont partie en bruyère. Il ne s'est guère amélioré. 

Le comle de la Feuillade était propriétaire du village entier de 
Laleux, composé de six métairies, du village entier du Monteil, 
compose de six métairies, le tout paroisse do Faux, d'une métairie 



Digitized by VjOOQIC 



-86- 

au Maly, paroisse de la Yilledieu, et à Clupeaui, paroisse de 
Tarnac, d*un domaine faisant la moitié du village. Enfin, il était 
propriétaire à Hyvernaux, paroisse de Beaumont, de terrains, à 
raison desquels il payait quarante sol de rente annuelle au baron 
de la Villeneuve au Comte (1). 



§ 1— Directe foodalilè 



Le comte de la Feuillade était seigneur direct et foncier des lieux 
et villages suivants, sur lesquels il percevait la rente féodale : 

Paroisse de Faux : 1° en serve condition : le bourg de Faux, le 
Monteil.Laleux, Plazanet, le lènemenl de Lanougeas au Bonmarlin(2) 
Larfeuillère ; le tènement de Pelvezi à Truffy (3). 

2» En franche condition : Vervialle, Jalagnat, Laudouéneix (en 
partie) (4) le Bonmartin ; 

Paroisse de Gentioux : le Mont (en partie) ; 

Paroisse de Saiiit-Marc-à-Loubaud, en franche condition : Pelle- 
langes, Neypoux, un lènemenl du bourg de Saiul-Marc; et en 
condition serve, un lènemenl de Lavaud-Gelade : 



(i) Bulletin de la Société archéologique du Limouiin XXXVII, 399. 

(2) Aux termes d'une sentence de 1779 Ruyneau de Saint-Georges, 
mandataire du comte delà Feuillade, fit reconnaître que le village 
et tènement du Bonmartin était en justice et directe franche et le 
tènement de Lanougeas en directe serve. 

(3) Pierre Duranly, marchand, un des auteurs de LéonardeDurantys, 
épouse de iMathieu Baubiat, propriétaire à Truffy, avait rendu hom- 
mage déclaration à la seigneurie de la Feuillade pour le tènement de 
Pelvezi et les droits d'usage et de pacage dans la grande forêt de la 
Feuillade {Archives de la Creuse, E, 48). 

(4-) Le 30 avril 1768 devant Barjaud, notaire royal, les tenanciers 
de Laudoueineix nommèrent François-Placide Jammet du Villard, 
arpenteur juré de Royère, pour fau-e i'arpenlement de leurs fonds. 



Digitized by VjOOQIC 



- 87 - 

Paroisse de la Nouaille, en serve condition : le Monifranc, 
Bourbonnèchas et le lènement de Mongelis (1), Troupiat, des 
tènemcnls au Villard ; 

Paroisse de Tarnac, en serve condition : Clupeaux ; 

Paroisse de Bugeat : le bourg de Bugeat (en partie), le Massou- 
trot (2) : 

Paroisse de Pérols, en franche condition : le Coudert (en partie, 
le surplus à H. de la Yareille) (3) ; 



(1) La rente féodale était due en vertu de reconnaissance du 17 mai 
1686. En 1759, Léonard Jagot de la Planche, notaire royal de Ville- 
moneix, était propriétaire à Bourbonnèchas d'un petit bien. Il eut 
procès avec Mathieu Foucaud de la Salesse, fermier de la FeuiUade, au 
sujet de la vinade que lui réclamait ce dernier pour tout le village; les 
tenanciers soutenaient qu'elle n'était due qu'au seigneur lui-môme 
quand il habitait son château. Néanmoins Léonard Jngotdela Planche 
lit offre de sa part de ladite vinade ; ce qui fut refusé par Mathieu 
Foucaud de la Salesse suivant acte du 26 octobre 1759 Joullot, notaire, 
et Barjaud, notaire royal. 

(2) Dès 1694 la fondante du Massoutrot était disputée au parlement 
de Paris entre le comte de la FeuiUade et le commandeur de la 
Vinadière. 

(3) Par exploit du 5 février 17î^ de Léonard Mouratilhe, sergent 
ordinaire d§ la justice de la FeuiUade, demeurant à Tarnac, Jean de 
TrufTy, sieur du Meignaud, fermier de la terre et comté de la FeuiUade, 
pelil-fils et héritier de feu Antoine deTrutîy, ci-devant co-fermier de 
ladite seigueurie, fit commandement aux tenanciers du Coudert de 
payer de rente à ladite seigneurie seigle vingt-deux seliers, dont trois 
émines, mesure de la FeuiUade, et le surplus mesure de Treignac, 
avoine onze setiers trois éminaux, dont trois éminaux, mesure de la 
FeuUlade, et le surplus, mesure de Treignac, argent cinq livres 
dix-sept sols six deniers, poules deux, guet cinq sols chaque feu et 
la moitié d'une vinade. Les tenanciers refusaient en 1720 de payer les 
rentes de 1717, 1718 et 1719, à moins que le duc de la FeuiUade ne 
fit cesser les poursuites des dames du Verdier et du commandeur de 
la Vinadière pour le fait des rentes di.-'ectes et foncières par eux 
demandées. Il fit par le même acte commandement aux tenanciers 
du Massoutrot de payer de rente directe seigle vingt-deux setiers, 
dont trois émines, mesure de la FeuiUade, et le surplus, mesure de 
Treignac, avoine onze seliers trois éminaux, dont trois éminaux, 
mesure de la FeuiUade, et le surplus, mesure de Treignac, argent 
cinq livres dix-sept sols six deniers, poules deux, la moitié d'une 
vinade, guet cinq sols par chaque feu, et ce pour chacune des mêmes 
années. Les tenanciers du Massoutrot firent la même réponse. Une 
sentence de la justice de la FeuiUade rendue le 5 février 1740 donna 
gain de cause au oomle de la FeuiUade et à son représentant, 



Digitized by VjOOQIC 



- 58 - 

Paroisse de Royère : La Mazure (en partie). Ce tènemenl devait 
une reule annuelle de trois livres argent. 

Paroisse de Saint-Pierre-ie-Bost : en franche condition, Cbam- 
predon. 

Le comte de la Feuillade percevait les dîmes de la Fouillade, du 
Monteil de Lateux, du tèneuient de la Yiroile à Truffy. Il percevait 
pour droit de guet : cinq sols à Champredon, paroisse de Saint- 
Pierre-le-Bost, à Cessinas, à Pellelanges, paroisse de Saint-Marc- 
à-Loubaud, à Bourbounécbas, Banise, Troupiat, paroisse de la 
Nouaille; dix sols au Montfranc et quarante sols au Saintoux, 
même paroisse de la Nouaille. 

Ce seigneur exerçait au bourg de Faux le droit de leyde et de 
péage. François Delaurent, du bourg de la Villedieu,en était fermier 
en 1720. Le 16 octobre de ladite année 1720^ au bourg de Faux, 
devant Joullot, notaire. M* Louis Tixier, sieur de Tressaignes, 
marchand bourgeois, demeurant au château de Lavaublanche, 
paroisse de Saint-Ëloy, eu exécution des ordres de Monsieur M* 
Jean-Baptiste Frogier, sieur de Villerambault, conseiller du roi, 
lieutenant-général de la sénéchaussée et siège présidial de la 
Marche, habitant de la ville de Guérei, mandataire spécial de 
Monseigneur le duc de la Feuillade, afferma à Louis de Guimont 
et Léonard Neoller dit La Marche, son gendre, marchand et maré- 
chal au bourg de la Yilledieu, le droit de leyde et péage dudit 
mois d'octobre, tout ainsi que lesdits droits étaient perçus d'habi- 
tude par les ci-devant fermiers aux foires de Saint- Luc, et ce 
pour la prochaine foire seulement, moyennant la somme de huit 
vingt livres. En 1776, Antoine Diverneresse, pour Joseph Tixier 
du Breuil, fermier général du vicomte d'Aubusson, afferma le droit 
de leyde, que le comte de la Feuillade avait continué de percevoir 
sur les bestiaux et les bancs qne tenaient les marchands aux foires 
de Faux, moyennant cent livres et deux livres de sucre par an, 
à charge de livrer au preneur trois charretées de branchages pour 
faire les cloisons à la foire de Saint-Luc. 



Digitized by VjOOQIC 



— 59-- 



CHAPITRE X. — Principaux fiefs relevant 

DU COMTÉ DE LA FeUILLADE 



§ I*'. — La eouimaDiierie de Genliont 

Nous avons dit, au coinmeucement de ce travail, que Gciilioux au 
xiiP siècle était le chef-lieu d'une préceptorerie de roniid du 
Temple. Cet ordre fut supprimé au concile de Vienne dn 131 (, et 
les biens des Templiers furent remis aux chevaliers du luj ilre de 
Saint-Jean de Jérusalem, appelés aussi Hospitaliers H plus lard 
chevaliers de Malie, en vertu de lettres patentes du rm du ^8 mars 
1312 (nouveau style 1313). Les Hospitaliers réunirent hi pnceplo- 
rerie de tientioui à leur coinmanderie de Charrières^ tini porta 
depuis le nom de dommanderie de Charrières et Geniloux. cl dans 
les derniers temps de commanderie de Charrières sitnpkmeut* 
De celle préceptorerie ou commanderie de Gentioux dèpendaiénl 
le membre de Gentioux et le membre de Royère. 

En 1684, le commandeur possédait : l"" dans la paroisse de 
Gentioux : Téglise paroissiale ; une maison pour ses fermiers, 
située au bourg; l'étang de Tras-la-Sagne, rapportant virigL iîvres; 
rètang de la Ctiandoube, rapportant quarante livres; et Tetaug 
des Salles (aujourd'hui desséché), rapportant cinquante livres - 
f* à Pallier, réglise paroissiale. 

Le 18 juillet 1777 devant Barjaud, notaire royal, Jean-Françoîs 
Lacoste, procureur fiscal de la ville et bailliage de fiourgaueuf, y 
habitant, paroisse de Saint-Jean, au nom du chevalier de Murcel- 
langes, commandeur de Charrières, fll prix pour la coiii^lrucLiun 
d'une grange au bourg de Gentioux, dans le jardin de la m^ison^ 
qui servait dd presbylèrei du côté du pré du sieur Coulisâou, 



Digitized by VjOOQIC 



~ 60 - 

Elaienldans la directe et fondalilé, en franche condition, du 
commandeur de Charrières et Genlioux : dans la paroisse de 
Genlioux, le bourg, Prevenchëre, Moulièras (1), Cliaumonl, 
Verzinas» CliezGorce (en partie, le surplus au seigneur de Saint- 
Quentin), le moulin de Tras-ia-Sagne (en partie, le surplus au 
seigneur de Sainl-Quentin), le Mont (en partie), la Villalte(en partie) 
Senoueix (2), Villemoneix, La Lézioux (3), Orluguet, Joux, les 
Salles, le Vallenet, laYareille, Laschaux-Courraud; dans la paroisse 
de Faux, Yervialle ; le bourg de Pallier; dans la paroisse de Royère, 
Yerdinas, Uoudaressas, Hautefaye (en partie), Ruheyne, (en partie), 
Vincent, Lascoux, Vergnolas (en partie). Le Feix (en partie). Les 
Bordes (en partie); dans la paroisse de Saint-Pierre-le-Bost, La 
Prade et Beauvais. 

En 1684, les rentes du membre de Gentioux, dans lequel Pallier 
était compris, montaient, pour le seigle, à sept cent quatre- 
vingt-deux livres, et, pour Tavolne, à quatre cent sept livres, et 
consistaient en outre en cinquante-cinq livres argent, trente-trois 
poules, trente arbuns, trois seiiers de fèves et des œufs ; les rentes 
du membre de Royère, dans lequel étaient compris La Prade et 
Beauvais, étaient estimées deux cent vingt-deux livres. 



(1) Le 10 septembre 1777 devant Barjaud, notaire royal, tes tenan- 
ciers de Prevenchère et de Moulièras noniinèrenl François-Placide 
Jammet du Villard, arpenteur juré, du bourg de Magnat, en Haute- 
Marche, pour procéder au nouvel arpentemeiit et à Fégalement de 
la rente qu'ils devaient au seigneur commandeur de Charrieras et 
Gentioux, 

(2) Le village de Senoueix était divisé en deux lènements ; 
Senoueix-les-Banneaux et Senoueix-Chabarlin, tous deux dans la 
directe du commandeur de Gentioux. Reconnaissance séparée fut 
faite par les tenanciers de ces deux tènenients au terrier de ia com- 
manderie de Charrières et Gentioux le 15 février 1767. 

(3) Par acte du 12 avril 1781 Coutisson et Jagot, notoires rovaux, les 
propriétaires et tenanciers du village de La Lézioux, enVautres 
Jean-Baptiste Coutisson du Mas, avocat en parlement, nommèrent 
Louis Legrand, arpenteur-juré, de la ville d*Kymoutiers, pour faire 
rarpenlenient et également de la rente due sur ledit vilhige au com- 
mandeur de Charrières et Gentioux Ils s^obligèrent à payer à Tarpen- 
teur six sols par setérée, mesure de rente, outre quinze livrei pour 
rexpédltion dQ la grosse, 



Digitized by VjOOQIC 



- 61 - 

Le comroandeur percevait les (Hmes (lu bourg de Gentioux, qui 
valaient soiiante-quinze livres, celles d*Orluguet quinze livres, 
celles du Luc et de Villemoneix, cent vingt-cinq livres, celles de 
Joux et des Salles cent douze livres, celles de Mouliéras, de Préven- 
chcres, du Mont et du Vallenel cent' quatre-vingt-sept livres, celles 
di AInzel, de Senoueix et de La Lèzioux cent soixante-quinze livres, 
celles de la Yillatle cinquante-deux livres, celles de Chauniont 
soixante-deux livres, celles de la Yareille, de Yervialle et de 
Tliézillat cent Irente-sept livres, celles de Laschaux-Couraud et 
Laschaux-Fauveix cent soixante-deux livres, celles de Yerzinas 
soixante-quinze livres, et celles de ♦lIiezGorce soixante-deux livres. 

Les dîmes de Pallier lui produisaient cent trente-sept livres. 

Dans la paroisse de Royère, le commandeur percevait des dîmes 
sur les villages de Verdinas, Roudaressas, Haulefaye, Rochas, 
Arpeix, Rubeyne, Yincenl, Lascoux, Yergnolas,Le Feix, Langladure, 
Auzoux, Yillecros, Soumeix ; dans la paroisse de Saint-Pierre-le- 
Bost, sur les villages de La Pradeet de Beauvais; et dans la paroisse 
de Saint-Yrieix, sur les villages du Theil-Haut et du Theil-Bas. Les 
dîmes de ces trois paroisses valaient trois cents livres ; la dime des 
agneaux et de la laine était affermée cent quarante livres. 

Les évaluations ci-dessus furent faites en 1684. 

Sur cet ensemble de revenus le commandeur était tenu de prélever 
pour la portion congrue des curés de Gentioux, Pallier et Royère, 
une somme de quatre cents livres. Cette charge acquittée, les mem- 
bres de Gentioux et Royère valaient en 1684 trois mille soixante- 
dix-neuf livres, sur lesquelles le commandeur devait payer une 
certaine somme pour responsions au Trésor de Malte, et contribuer 
aux réparations des églises de Gentioux, Pallier et Royère (i). 

Nou» connaissons comme fermiers des revenus de la comman- 
deiie pour les menibrch de Genlioux et de Royère : 1638 François 
Parricon, de Felletin ; vers 1640 Estienne de Chadoullenas ; 1644 



(1) A. Vayssière, L'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem ou de Malte 
en Limousin et dans l'ancien diocèse de Limoges. — Z. Toumieux, 
Royère ^ jadis, aujourd'hui). 



Digitized by VjOOQIC 



- 62- 

Lëonard et Jehan Darfeuille h*ères, notaires à Royëre, sons-fermiers 
du membre de Royère ; 1652 Chastelard ; i66l, i663 Barthélémy 
Juge, sieur du Masbillier ; 1681, 4685 François Gay ; 1686 Margue- 
rite de Lagarde, veuve de François Gay, bourgeoise, demeurant à 
Genlioux ; 1691, 1695 Etienne Laite, sieur de Chassagnas, nolaire 
à Orladeix, paroisse de lioyëre, et Antoine Leblanc, nolaire à 
Royère, sous-fermiers du membre de Royère ; 1704 Dubayle ; vers 
1710 Léonard Gay ; enlre 1710 et 1716 Pierre Gay ; 17111728 
Denis Faure^ notaire à Royère, sous-fermier du membre de Royère ; 
1716, 1719 François Jabouille, notaire royal à Pallier; 1720 Jean 
Bachellerie d'Eymouliers ; 1723 Guillaume Perron, sieur des 
Isles(l); 1729, 1730 Jean Laborne et Jean Fourest ; 1735 Jean- 
Bapliste Jabouille, nolaire royal à Pallier ; 1735 Denis et Léonard 
Faure, père et fils, de Royère, sous-fermiers du membre de Royère; 
1739 Marie Dubayle, veuve de Jean-Bapliste Jabouille, de Pallier; 
1741» 1745 Léonard Darfeuille de Rochas, bourgeois de Royère, 
sous-fermiers du membre de Royère; 1758 Martin Coulisson, notaire 
royal à Royère, et Etienne Coulisson, notaire royal à Genlioux ; 
1759, 1770 Alexis Jabouille, bourgeois de Pallier, et Jacques 
Aubusson du Piat ; 1778, 1781 Alexis Jabouille et Jean-François 
Thézillat ; 1787 Alexis Jabouille et Léonard Jagot de la Planche. 

Voici les noms des commandeurs de Charrières et Gentioux que 
nous avons pu recueillir : 

Guillaume de Rouer gue 1420; 

Louis d'Aubusson 1424, 1445 ; 

HéliedeLaPeyrel459; 

Louis d'Aubusson 1468 ; 

Guy d'Aubusson 1470 ; 

Geoffroy Ducrot 1470 ; 



(1) Guillaume Perron, sieur des Isles, habitait à Genlioux la maison 
dite de chez Pierre Malledent, appartenant à Catherine de Cbannpeaux, 
veuve d'Antoine Sallandronze, de la Seauve, paroisse de Vallière, et 
à Léonarde Malledent, veuve de Léonard Darfeuille, de Royère, qui 
par procès-verbal du 14 juillet 1732 Joullot, notaire firent constater 
qu'il l'avait laissée en mauvais état, sans en faire la remise. 



Digitized by VjOOQIC 



— 63 — 

ElieDne de La Pierre i497 ; 

Guy de Blanchefort 1504 ; 

Jean Galbert des Fonds 1548, 1550 ; 

Jacques de Dyo, baron de la Roche 1579, 1588; 

Claude d'Uguié 1599; 

De Beauforl 1600 ; 

De Bréchard 1608 ; 

Claude de Guy 1610 ; 

Just de Fay de Gerlande 1616 ; 

Claude de Moiilaigiiac de Larfeuillcre, procureur génère! au 
grand-prieuré d'Auvergne, à cause de la vacance ttl mortmrum 
1644; 

Le chevalier de Yallauray, cardinal 1615 ; 

Jean de Fay 1647 ; 

Jean de La Baume -Fourssat 1662, 1663 ; 

Le même, grand-prieur d'Auvergne 1673, 1674; 

Charles de Fassion de Sainte-Foy 1683, 1689; 

Henry Dolmieux 1692; 

Léonard de Chauseyr, commandeur de Puy-de-Noiï^ gérant 
i e93 ; 

Jean de Lomdeux 1720 ; 

De La Rigaudie 1737 : 

Léonard -François de Chevriers de Saint-Maiiris, (^rand-pricur 
cl'Auvergne 1727, morl en 1729 ; 

Louis-Nicolas Rollalde Marsay 1729, 1767, grand-croix de Tordre 
de Sainl-Jean-de Jérusalem ; 

De Marcellanges 1772-1777. 



Digitized by VjOOQIC 



- 64 - 



§ 2. — Le prieuré de la Yilledien 



Dès le xu* siècle il existait un prieuré à la Yilledieu^ relevant de 
Tordre de Sainl-Benoit. Le prieur avait droit de nomination du 
curé. Il prétendait avoir un droit d'usage dans la forêt de la Feuil- 
lade : ce droit lui fut contesté par Rainaud VI, vicomte d'Aubusson. 
Pour terminer ce différend, en 1245, l'évoque de Limoges. 
Almeric de Malemort, se trouvant à Aubusson, le vicomte et le 
prieur (probablement un d'Aubusson, dont le prénom n'a pas été 
conservé) firent, en présence dudit évêque, un acte de Iransaction, 
par lequel Rainaud d^Aubusson reconnut le prieur de la Villedieu 
pourèlrede son lignage, et lui accorda le droit de pacage et 
d'usage dans la forêt de lu Feuillade^ à la condition qu'il lui paierait 
à l'avenir soixante sols de rente annuelle à prendre sur la foire de 
Felletin, et cinquante sols chaque fois qu'il arriverait que lui ou 
ses successeurs allât outre mer, mariât sa fille, fut pris ou obligé 
de se racheter, ou qu'il fut fait nouveau chevalier (1). Depuis cette 
transaction le prieur de la Villedieu devait à la justice d'Aubusson 
une rente annuelle de trois livres, payables à la St-Michel. 

Le prieur était propriétaire au bourg de la Villedieu d*un pré, dit 
du Prieuré, qui en 1769 était affermé soixante livres par an. Il était 
aussi propriétaire du grand moulin de la Villedieu. Par sentence 
du 45 mai 17:26 des Requêtes du Palais le meunier tenant les moulins 
de la Villedieu fut condamné à payer chaque année an prieur vingt- 
deux setiers seigle, deux setiers froment, mesure du prieuré, et 
deux chapons, sans préjudice d'autres droits et devoirs seigneu- 
riaux. Pierre Pinton et Philippe Dumont, sa femme, fermiers des 
dits moulins, ayant laissé tomber un des moulins et déménagé 
l'autre, s'en allèrent sans avertir personne et sans payer la ferme. 
Le prieur commendataire Henri-Marien Joly de Chavigny présenta 
requête au juge sénéchal de la Feuillade pour lui permettre de faire 

(i) Paul Mignaton, Histoire de la maison (T Aubusson. 



Digitized by VjOOQIC 



Digitized by VjOOQIC 



Digitized by VjOOQIC 



- 68 - 

consloler par un notaire commis Tétai des moulins abandonnés. 
Celle requête fut répondue de Ruyneau de Saint- Georges, juge 
sénéchal, par ordonnance du !•' avril 1776, et le 3 avril suivant, à 
la requèle d'Antoine Diverneresse, procureur du prieur. M* 
Barjaud, notaire royal à Faux, se transporta au Grand Moulin de la 
Villedieu, etconstala, en présence de Léonard Delaron, garde du 
vicomte d'Aubusson, et d'Elienne Dutreix, sergent de la justice de 
la Feuiliade : \^ que le moulin à chanvre était en très mauvais étal ; 
2o que le moulin à blé, couvert à paille, n'avait aucune planche, 
aucun ferrement, les portes sans serrures, d'ailleurs le moulin 
et la maison en assez bon étal; S'^que Taulre moulin étaii totalement 
en ruines, sans portes ni fenêtres, les murs par lerre. Ces moulins 
banaux furent donnés en emphythéôse. 

Le prieur possédait encore un autre moulin banal à grains et à 
draps à Haulebesse, sur le ruisseau du Cruzeau ; en 1477, il en fut 
rendu déclaration au prieur François d'Ussel. J 

Pour s'opposer à la concurrence^que les assujettis voulaient faire i 

aux moulins banaux du prieur, les fermiers de ce derniers oblin- à 

rent en 1781 une sentence du juge de la Feuiliade défendant de 
construire un autre moulin dans la banlieue de la Villedieu au 
préjudice de ceux existants (i). 

Le prieur percevait la dîme des grains et agneaux à la Ville- 
dieu, au Maly, à la Ribière, paroisse de la Villedieu, et, dans la 
paroisse de Faux, au bourg de Faux (dime des grains affermée en 
1639 vingt-cinq setiers de grains, les detr\ tiers seigle, l'aulre tiers 
avoine, mesure du prieuré), à Plazanet (en outre une rente en 
^roment ; en 1773 les tenanciers plaident pour ne pas payer la dlme 
des laines qu1ls prétendent ne pas devoir), au Bonmarlin (outre 
des rentes), à Trufly (de onze gerbes une), à Landoueineix et sur le 
lènement de Feyligoux, à Arzalier, à Jalagnat, au Monlbuohoux (en 
1649 dime affermée huil vingt quinze setiers de grains, dont deux 
tiers seigle et un tiers avoine, mesure du prieuré), à L'Age, à 
Mercier-Férier (en outre une renie en froment), aux Bordes et sur 

(1) Mchi^es de la Creuse g, 134. 



i 



Digitized by VjOOQIC 



— ce- 
lé tènement du Clonp, à Broussas de Maudc et à Rëgeat. En 1658 les 
dimes du prieuré furent affermées moyennant neuf cent soixante- 
neuf setiers de grains et cent soixante-cinq livres d^argent. 

Etaient dans la directe et fondalilé du prieur de la Villedieu, en 
franche condition, en totalité ou en partie. Dans la paroisse de la 
Yilledieu : le bourg, le Grand-Moulin de la Villedieu, le Maly, 
Hautebesse, la Ribiëre ; 

Dans la paroisse de Nedde : Donzenac, les Fargettes ; 

Dans la paroisse de Faux : le Monlbuchoux, le Bonmartin, Trnffy, 
Trijouleix, Besses, Arzalier, Châtain, Larfeuillërc, Laudoucineix, 
L'Age, Réjat, Jalagnat, Plazanet, les Bordes, La Loy, Hercier- 
Férier, 

L — Louis d'Aubusson était prieur do la Villedieu vers 1440. 

IL — En U77 on trouve comme prieur de la Villedieu François 
d'Ussel. 

IIL — Guyot d'Aubusson, prieur de la Villedieu en 1509, 
commence la série non interrompue des prieurs commendatnires. 

IV. — Le 13 mai 1549, au bourg de la Villedieu, pardevant 
François Malledent et Antoine Haulme, notaires royaux au pays 
et comté de la Marche, comparut noble et vénérable personne 
maistr«) François Dusset, protonotairo du Saint-Siège apostolique, 
prieur commendataire du prieuré de la Villedieu, requérant H* 
Claude Granchier, son procureur et conseil, lequel présenta les 
lettres royaux obtenues du roi ordonnant vaquer à faire la recon- 
naissance des cens, rentes et devoirs dépendant du prieuré de la 
Villedieu. Le prieur possédait à la Villedieu : lo « une belle maison 
haulte et basse, avec cour el basse-cour, renfermée de murailles »; 
i un jardin, joignant à laiite maison, contenant « trois éminées 
de terre, mesure d'Aubusson »; V un pré dit le Gran<l Pré, conte- 
nant c cinq journaux de pré ». Les tenues, en directe f >ndalité 
dudit prieur, étaient situé js à la Ribiëre, le Montbiichoux, la 
Villedieu, Merciel, Donzenac, le Bonmartin, les FargeUes, Jalagnat, 
Plazanet, Hautebesse, Besscs, Arzalior, Chastaing, Larfeuillère, 
Laudoueiiieix, l'Age, Broussas, Réjat, le Maly, Trnffy, les Bordes. 



Digitized by VjOOQIC 



— 67 — 

V. — Bonavenlure d'Aubussoii de Chassingrîmonl, raori vers 
1620, était prieur de la Villedieu. 

VI. — Louis d'Aubusson de la Feuillade, prieur de la Villedieu 
eo 1629, résigna en 1649 ce prieuré en faveur de Georges d'Aubus- 
son, son neveu, ainsi que nous Tavons déjà énoncé à rarlicle de ce 
dernier, comte de la Feuillade après Léon, son frère aîné. 

En 1639 il avait pour fermiers du revenu du prieuré Yrieix Bandy 
et Yrieix Barjou, bourgeois de Fellelin. 

VIL — Georges d'Aubusson de la Feuillade, prieur de la Villedieu 
en i649, parla résignation de Louis d'Aubusson, son oncle, avnil 
celte même année pour fermier du prieuré Gabriel Forest, en 1658. 
Léger de la Rebière, notaire, et Robert, son fils, praticien. Il consen- 
tit le 18 octobre 1666, étant archevêque d'Embrun, bail du revenu 
temporel du prieuré de la Villedieu, pour quatre ans, moyennant 
seize cents livres par an, à Léonard Dalesme, de Saint- Léonard, 
représenté par Jacques Dalesme, escuyer, conseiller du roy, séné- 
chal du Dognon. 

Le même Georges d'Aubusson consentit le 24 juillet 1671, bail du 
même revenu temporel, pour cinq ans, moyennant dix-sept cents 
livres par an, à Louis MaileJent, sieur du Mas, juge-châtelain de 
Fèniers, demeurant à Gentioux. Le 30 mai 1687, le même Georges 
d'Aubusson consentit bail du même revenu, pour cinq ans, moyen- 
nant dix-sept cent cinquante livres par an, à Antoine de TrufiTj, 
notaire royal de la Villedieu : Georges d'Aubusson était alors 
évèque de Mi^tz. Le 27 mai 1692, il renouvela ce bail à Antoine de 
TruflTy sous les mêmes conditions. 

En 1686 une nouvelle cure fut érigée à la Villeneuve-au-Comle 
en faveur de Jean Lagrange, prieur de Nedde. Ce dernier et Jeati 
Mercier, curé ou vicaire perpétuel de la paroisse de Nedde assignè- 
rent le prieur de la Villedieu pour qu'il contribuât à la pension 
congrue du nouveau curé de la Villeneuve, à cause des dimes que 
ledit prieur de la Villedieu percevait dans la paroisse de Nedde ; 
mais le 18 août 1688 il intervint un arrêt du parlement de Paris qui 
débouta les demandeurs. 



Digitized by VjOOQIC 



-68- 

Des dirflcultës sVtaiil élevées au sujet du payeinenl des pensions 
congrues du curé et du vicaire de Faux, et des réparations de 
Téglise paroissiale de Faux, une fentonce de la sénéchaussée de 
Monlmorillon en date du août 1687, condamna à y contribuer, 
chacun au /rorn/a des dîmes qu'il percevait dans la paroisse de 
Faux, Louis Lascaris d'Urfé, seigneur évoque de Limoges, Georges 
d'Aubusson, prieur de la Villedieu, et Jean de Lagrange, prieur de 
Nedde, dont le prieuré dépendait de Tabbiiye de S )lignac, ordre de 
Suint- Benoit. 

VIL — Louis Coursier, prôlre, chanoine de Téglise Notre-Dame 
de Paris, succéda à Georges d'Aubusson, comme prieur commen- 
dataire de la Villedieu. Le 4 janvier 1098, par François de La Porte, 
sieur des Farges, advocat en la Cour, sénéchal du comié de !a 
Feuillade, résidant à Aubusson, son mandataire, il consentit bail 
du revenu temporel du prieuré, pour six ans, moyennant seize 
cent cinquante livres par an, à Antoine de TiuiTy, noliâre royal de 
la Villedieu, et à Louis de Truffy, son fils. Le 4 janvier 1705, par le 
même mandataire, il consentit aux mêmes un nouveau bail de six 
ans, moyennant quinze cent cinquante livres par an. Le 29 avril 
1709, toujours par le même mandataire, Louis Coiiri'ier, qualiûé 
alors docteur de la maison et faculté de Sorbonne, consentit bail du 
môme revenu, pour cinq ans, moyennant quatoize cent cinquante 
livres par an, à Martial Bénassys, sieur de Lapleoux, notaire royal 
et procureur d'office de la justice du marqui,<at de la Vi!leneuve-au- 
Comte et Nedde. Louis Dubayle, sieur de la Loy, notaire royal, 
était fttrmier du revenu du prieuré depuis 1714 et le resta sans 
doute jusqu'à sa mort arrivée en 17:^2. En 1725, il n'y avait pas 
de fermier ; Pierre Mazau, curé de Faux, était receveur des revenus 
du prieuré. 

Comme le commandeur de Charrières et Genlionx et le curé de 
Royère étaient codécimateurs de la paroisse de Faux, pour une 
faible partie, il est vrai, le prieur Louis Coursier leur intenta en 
1720 un procès pour les faire condamner, en cette qualité de 
co-décimateurs, au payement des pensions congrues du curé et du 
vicaire de Faux et des réparations de réalise de cette paroisse. 



Digitized by VjOOQIC 



-69- 

Ce procès dura longtemps, et ne fut terminé, ainsi que nous le 
dirons plus loin, que sous le dernier successeur de Louis Coursier. 
Ce dernier était encore prieur commendataire de la Yiilediea 
en 1728. 

Vin.— Nicolas de Janson, prêtre, chanoine de l'église de Troyes, 
èlail prieur commendataire de la Villedieu en 1730. Le 8 octobre 
dite année il fit dresser par Guerre, notaire, et Barjaud, notaire 
royal, de nouvelles reconnaissances des cens, rentes, droits et 
devoirs seigneuriaux dus par les tenanciers au prieuré de la 
Villedieu. 

Trouvant sans doute que les fermiers de tout le revenu temporel 
tendaient de plus en plus à diminuer le prii de leur bail, il voulut 
essayer des baux particuliers. Le 27 août 1733, il consentit donc 
pour sept ans des baux particuliers, à partir du 1*' janvier 1734, 
Son essai réussit, car le total des fermages s'éleva pour chaque 
année à deux mille deux cent quatre-vingt-cinq livres. A l'expira- 
tion de ces baux particuliers, il en consentit un général à Jean de 
Truffy, sieur du Meignaud. A la mort de ce dernier, Anne Vareilhe, 
sa veuve, continua son bail. Le !fO février 1747, le prieur Nicolas 
de Jauson consentit bail du revenu temporel du prieuré, pour 
sept ans, moyennant deux mille cent livres par an, à François de 
Truffy du Meignaud et à Madeleine Dessariaud, son épouse, de la 
Villedieu. Nous trouvons ensuite comme fermiers du revenu tem- 
porel du prieuré : en 1761, Léonard Hergoux, bourgeois, originaire 
d'Âubusson ; en 1764, Jean-François Thézillat, bourgeois de Thé- 
zillaL 

Nicolas do Janson est qualifié docteur de Sorbonne en 1736. 
En 1747, il était chanoine théologal et sous-chantre de Téglise 
Notre-Dame de Paris. Il était encore prieur comoiendataire de la 
Villedieu en 1764. 

IX. — Henry-Marie Joly de Chavigny fut le dernier prieur com- 
mendataire de la Villedieu. Il eut des démêlés avec Jean^François 
deTruQy, sieur du Meignaud, alors fermier de la seigneurie de la 
Villedieu; le 11 avril 1768 intervint entr'eux sentence du sénéchal 
.de la MarcUe. Le 20 décembre 1768, le prieur consentit bail da 



Digitized by VjOOQIC 



revenu temporel du prieuré, pour neuf nns, moyennant trois mille 
livres, à François Tixier, bourgeois de Felletin. Hais ce bail dut 
èlre résilié bientôt, si tant est que le fermier se mit en possession, 
car on trouve comme fermiers du prieuré, en 1769 Antoine Lenoble 
de Basseaud, bougeois de Felletin, demeurant ordinairement à 
Fiayal, et en 1773 Joseph Lenoble, avocat en parlement et pro- 
cureur en la justice de la Feuillade, demeurant à Felletin^ paroisse 
de Beaumont. Alexis Jabouiile, de Pallier, et Jean-François Tlié- 
zillal, de Thézillat» associés, étaient fermiers du prieuré en 1778 et 
le restèrent jusqu'à la Révolution. 

Le procès entre le prieur de la Villedieu, d'une part, et le curé 
de Royère et le commandeur de Cbarrières et Gentioux, de l'autre, 
commencé en 1720, se termina sous le prieur Henry-Marie Joly de 
Cbavigny. Par transaction du il mars 1779, le curé de Royère 
consentit de payer au prieur de la Villedieu, par chaque anuèe, 
la somme de vingt livres, pour sa quote-part dans les pensions 
congrues du curé et du vicaire de Faux et dans les réparations de 
réglise de Faux, à raison des dîmes que ledit curé percevait sur 
Broussas de Haude. Et par sentence des Requêtes du Palais en date 
du 6 décembre 1779, le commandeur de Cbarrières et Gentioux fut 
condamné à payer annuellement, pour sa quote-part dans les 
mêmes dépenses au prieur de la Villedieu la somme de quaraute- 
deux livres quinze sols. 

Malgré la sentence intervenue le 9 août 1687 entre le prieur de 
la Villedieu, Tevéque de Limoges et le prieur de Nedde, les Reli- 
gieux bénédictins de Sulignac, de qui dépendaient ce dernier prieur, 
se refusaient à contiibuer au paiement des pensions congrues du 
curé et du vicaire de Faux et des réparations à Téglise de Faux, et 
le prieur de la Villedieu se trouvait forcé d'acquitter la quote-part 
à la charge de Tabbaye de Solignac dans ces dépenses. Pour mettre 
lin à cet éial de choses, le prieur de la Villedieu intenta un nouveau 
procès aux Religieux Bénédictins. L'instance était pendante aux 
requêtes du Parlement de Paris, lorsque par acte sous-seing privés 
fait à Paris le 24 janvier 1780 les prieur, sous-prieur, sénieur et 
syndic de Tabbaye de Solignac, d'une part et, le prieur commeudû* 



Digitized by VjOOQIC 



- 71 - 

taire de la Yillediea Henry-Marie Joly de Chavigny, de Taulre, tran- 
sigèrent aux conditions suivantes : les Bénédictins de Solignac 
abandonnèrent au prieur de la Villedieu toutes les dimes et novales 
de ia paroisse de Faux et lui payèrent la somme de deux cent qua- 
rante livres pour les arrérages des pensions du curé et du vicaire et 
autres frais qui auraient pu être à leur charge; de son côté, le prieur 
<le la Villedieu resta seul chargé des pensions congrues du curé et 
dn vicaire de Faux et des réparations à faire à Téglise paroissiale 
de celte paroisse. 

Le 26 février 1791 Alexis Jabrouille, Tun des fermiers, dressa 
pour rÂdministralion la liève des rentes du prieuré. Il résulte de 
cet état que le prieur de la Villedieu percevait annuellement de 
renies : 

Sur ia Villedieu : froment onze seliers trois quartes, seigle neuf 
seliers trois quartes, avoine dix-neuf seliers trois quartes, argent 
treize livres onze sols sept deniers, gélines sept, arbans quatorze ; 

Sur le Maly : froment deux quartes une coupe et demie, seigle 
deux seliers, argent neuf sols quatre deniers, géline une ; 

Sur Haulebesse : froment un setier, seigle huit seliers, avoine 
quatre seliers trois quartes deux coupes, argent deux livres quatre 
sols, gélines deux, arbans trois ; 

Sur la Ribière : froment un setier une coupe, seigle trois seliers, 
avoine deux setiers un ras, argent dix-huit sols trois deniers, 
arbans trois ; 

Sur Donzenac : froment deux quartes, seigle dix-huit seliers, 
avoine huit seliers, argent quatre livres douze sols six deniers, 
gélines six, arbans trois ; 

Sur les Fargelles : froment une quarte deux coupes, seigle dix- 
huit setiers trois quartes trois coupes et demie, avoine vingt-six las 
un quarlon, argent trois livres, gélines six, arbans cinq ; 

Sur leUonlbuchoux : seigle, y compris le froment, quatre seliers* 
avoine dix quarlons, argent une livre six deniers ; 



Digitized by VjOOQIC 



-72 - 

Sur le Bonmartin : avoine cinq seliers , argent Irois livres 
quinze sols ; 

Sur Truffy : froment deux quartes une coupe, seigle quaire setiers, 
avoine six ras, argent quinze sols, géline une, arban un ; 

Sur Trijouleix : Troment deux quartes ; 

Sur Besses : Troment un setier ; 

Sur Arzalier : froment un setier ; 

Sur Châtain : froment trois seliers ; 

Sur Larfeuillère : froment un selier ; 

Sur Laudoueincix : froment deux seliers ; 

Sur TAge : froment un setier ; 

Sur Réjat : froment deux setiers ; 

Sur Jalagnat : froment trois setiers ; 

Sar Plazanet : froment quatre seliers ; 

Sur les Bordes : froment un setier deux quartes ; 

Sur la Loy : froment un selier ; 

Sur Mercier-Férier : froment un selier. 

Tous ces grains élaient à la mesure du prieuré de la Villedieu, à 
l'excepllon des grains perçus sur les villages des Bordes, de la Loy 
et de Mercier-Férier, qui étaient à la mesure du chapitre de Téglise 
cathédrale de Limoges. 

Le pré de la Yilledieu élait affermé soixante-douze livres et le 
moulin quaire vingt-dix livres. 



§ 5. — PelletâDges 



Le fief de Pelletanges, relevant du comté de la Feuillade, com- 
prenait : i"" dans la paroisse de Saint-Marc-à-Loubaud, Pelletanges, 
Lavaud-Gelade (en partie), Cessinas et Neipoux, probablement aussi 
les parties du bourg de Sa^iut-Marc, de Train el de CbierlraiOi sises 



Digitized by VjOOQIC 



- 73 - 

dans le ressort de la Feuillade ; i'* dans la paroisse de Saint-Pierre- 
le-Bost, le village de Cbampredon ; S® dans la paroisse de Royère, 
un lènement dépendant de La Hazore. 

En 1458 Geoffroy de Rocheforl, chevalier, était seigneur de 
Saint-Angel et de Pelletanges. Par acte du 4 juillet 1458 il acensa 
à perpétuité à Martial et André de Neipoult le village de Neipoult, 
le moulin de Neipoult et la banlieue de ce moulin, le tout en con- 
dition Tranche, moyennant une rente en grains, à la mesure du 
Monteil, prés de la Borne, payables à Polietanges, et les quatre cas, 
en présence de nobles hommes messires Jean de Rochefort, cheva- 
lier, seigneur de Saint-Maixent,et Antoine de Chizadour, damoiseau, 
seigneur d'Aubepeyre, près Vallière (1). 

Le même Geoffroy de Rochefort, seigneur de Saint-Angel et de 
Pelletanges ; fit donation au couvent de Blessac, pour Tâme de sa 
sœur Philippine de Pelletanges, morte religieuse à Ulessac, de deux 
setiers seigle de rente sur le village de Pourcheyroux, paroisse de 
Saint-Uarc-A-Laubaud (2). 

Noble et puissant Jean I*^ d'Aubusson, chevalier, seigneur de la 
Dorne, du Monteil-au-Vicomte, de la Feuillade et de la Villeneuve 
en 1374, est aussi qualifié seigneur de Pelletanges. Il mourut le 5 
octobre 1420. Par suite du partage entre ses enfants, la seigneurie 
de Pelletanges échut à Renaud III d*Aubusson, chevalieri apanage 
eu outre de la seigneurie du Honteil-au-Vicomte. 

Antoine P'd*Aubusson, fils de Rainaud III, seigneur du Monteil- 
au- Vicomte et de Pelletanges» vendit le fief de Pelletanges à son 
oncle Louis d'Aubusson, chevalier de Saint-Jean-de-Jérusalem, 
commandeur de Charriëres et Gentioux eu 1445 et 1468. 

Louis d'Aubusson fit donation de cette seigneurie à son frère 
Guillaume II d'Aubusson, seigneur de la Feuillade. 

A la mort de Guillaume, seigneur de la Feuillade, le fief de Pelle- 
tanges n'échut pas à Louis II, son fils; du moins on ne le trouve 



(1) Ce litre lalin a été imprimée à la suite de notre Notice, intitulée 
La baronnie de la Farge, 



{2) Note Bosvieuxy sans date. 



Digitized by VjOOQIC 



> 



- 74- 

pas qualifié seigneur de Pelielanges. Et d'ailleurs, il est reconnu 
que Ji>an II d'Aubusson, chevalier, seigneur de ia Feuillade, de 
Pelklanges, de la Villedleu et de Genlioux, fil en 15^1 Tacquisition 
de la lerre de Pullelar.ges : ce qui prouve bien que ledit Jean II 
n'avait pas recuilli cette seigneurie dans la succession de Louii II, 
son père. Il est vraisemblable que le fief do Pelielanges avait été 
VL^idi] par Guillaume, seigneur de la Feuillade, à Geoffroy de 
[{«xlieFort, seigneur de Saiut-Angel. Quoiqu'il en soit, nous ignorons 
carniueut ce fief passa dans la maison de Rochefort et comment il 
en sortit. 

Depuis cette date, 1521, le fief de Pelielanges suivit le sort du 
comté de la Feuillade, dont il ne fut plus distrait. 



CHAPITRE XI. — Armorial 



Ajasson — Berry — De sable, à la fasce fuselée d'argent. 

D Aubusson — Haute -Marche — D'or, à la croix ancrée de 

gueul4:s. 

De Bauffremont — Lorraine et Barrois — Vairé dor etde gueules. 

Dazîii de Bezons — — D*azur, à trois cou- 

roijiies ducales fleuronnéesde cinq pièces d'or, 2, 2 et 1. 

De Beaufort — Auvergne ^ D'or, à la fleur de lis de gueules. 

Dl' Bjaupoil de Sainle-Aulaire — Bretagne — De gueules, à trois 
couples de chênes d'argent, mis en pal 2 et 1, les laisses d'azur 
tournées en fasce. 

De Deauvau — Anjou — D*argent, à quatre lionceauide gueules, 
mm^S lampassés et couronnés d'or. 



Digitized by VjOOQIC 



- 78- 

Brachet ou de Brachet — Haute-Marche — D*azur, à deux chiens 
braques d'argent, posés Fun sur l'autre et passant. 

De Caulaincourt — Picardie — De sable au chef d'or. 

De Chamborant— Poitou — D*or, au lionranipant desable, armé 
et lampassé de gueules. 

Chaïuillart — Normandie — D'azur, à la levrette d'argent, col- 
letée de gueules ; au chef d'or, chargé de trois étoiles de sable. 

De Chapt de Rastignac — Limousin — D*azur, au lion d'argent 
lampassé et couronné d'or. 

De Chauverou ou Chouveron — Basse-Harche — D'argent, au pal 
bandé d'or et de sable. 
De Crussol — Vivarais — Fascé d'or et de sinople. 

De Dienne — Haute-Auvergne — D'azur, au chevron d'argerU 
accompagné de trois croissants d'or posés deux en chef et un en 
pointe. 

Estourneau — Basse-Morche — D'or, à trois chevrons de sablo 
accompagnés de trois étourneaux de méme^ deux en chef et un 
pointe. 

Faulcon de Saint-Pardoux — Limousin — D'azur, au faucon d'or, 
perché sur un bâton de même. 

De Goutant-Biron — Guyenne — Ecarlelé d'or et de gueules. 

Gouffler — Poitou — D'or, à trois jumelles de sable en fasce. 

Green de Saint- Marsault— Limousin — Parti, au 1 de gueules, 
à trois demi-vols d'argent, 2 et i ; au 2 aussi de gueules, à onze 
clochettes d'argent bataillées de sable, 4^ 4 et 3. 

D'Harcourt — Normandie — De gueules, à deux fasces d'or. 

D'Hautefort de Vaudre — Périgord — D'or, à trois fasces de sable, 
deux en chef et une en pointe. 

De La«ge du Brudieu — Bourbonnais — D'argent, au chevron de 
gueules, à la bordure de sable. 

De L'Âge de Puyiaurens — Berry — D'or, à la croix de gueulais 
brisée d'au lambel. 



Digitized by VjOOQIC 

A 



-.76- 

De La Pivardière — Berry — D'argent, à trois molettes de sable, 
posées ^ et i. 

De La Koche-Aymoii-Saint-Maixent — Combrailie — De sable, au 
liun d'or, semé de trèfles du même. 

De La Tour (d'Auvergne), sires de La Tour, comtes — Auvergne 
— De gueules, à la tour d'argent maçonnée de sable. 

De La Trémoille — Poitou — D'or, au chevron degueules, accora- 
p:igné de trois aigletles d'azur, becquées et membres de gueules. 

De Lezay de Beauregard — Basse Marche — Burelé d'argent 
ei il'azur ;à l'orle de huit merlettes de gueules; au franc quartier 
du même. 

De Levis — Hurepoix — D'or, à trois chevrons de sable. 

De Lignières — Berry — D'or, au chef de vair; au lion de gueules, 
couronné d'or, brochant sur le tout. 

De Halieret, seigneur de La Roche-Guillebaud — Bourbonnais et 
Combrailie — D'or, au lion de gueules. 

De Monteruc — Limousin — De gueules, au chevron d'argeni, 
accompagné en chef de deux étoiles et en pointe d'un rocher, le 
tout du même. 

D'Oyron — Poitou — D'argent, à trois roses de gueules, ligées et 
fouillées de sinople, 2 et 1. 

Phélippeaux — Blois — Ecarleié, aux 1 et 4 d'azur, semé de 
quutre feuilles d'or ; au franc-canton d'hermine ; aux 2 et 3 d'or 
à trois maillets de sinople. 

De IMerrebufflère — Limousin — De sable, au lion d'or, armé et 
lampassé de gueules. 

Pot de Rhodes — Berry - D'or, à la fasce d'azur. 

Poussemolhe de l'Estoile de Graville — Béarn — D'azur, à trois 
jh de jardin d'argent, grenés d'or, tiges et feuilles de sinople, la 
pointe de i'écu enlée de sable, à une étoile d*or. 

Dd Razës — Limousin — Pallé d'argent et de gueules à sept 
pilles, au chef d'or. 



Digitized by VjOOQIC 



— 77 - 

De Rochecbouart — Poitou — Fascé, onde d'argent et de gueules 
de six pièces. 

De Rocheforl-Saint-Angel — Haute-Auvergiie — Fascé d'or et de 
gueules de six pièces. 

Rouillé (le Boissy du Coudray — — De gueules, à 

trois mains scne^tres d'or; au chef du même, chargé de trois nio- 
letUiS de gueules. 

De Saint-Âman.i, depuis Saint-Chamans ^ Bas-Limousin — De 
sinople, à trois fasces d'argent ; au chef engresié du même. 

De Saint-Julien — Combraille — De sable, semé de bllleltes d'or, 
au lion grimpant d'or, lampassé, armé de gueules, brochant sur le 
tout. 

De Scorailles — Haute- Auvergne — D*azur, à trois bandes d'or. 

De Soudeilles — Bas-Limousin — Echiquetè d'azur et d'argent à 
cinq pilles. 

DeTalleyrand-Périgord — Périgord — De gueules, à trois lions 
d'or, armés, laropassés et couronnés d'azur. 

De Touzel ou Touzelles — Auvergne — De gueules, à la tour 
d'argent, maçonnée de sable, accompagnée de six fleurs de lis dor, 
3 à dextre et 3 à senestre. 

D'Ussel — Bas-Limousin — D'azur à Thuis ou porle d'or, cloué 
verrouillé de sable et accompagné de trois étoiles d'or. 

De Ventadour — Bas-Limousin — Ecliiqueté d'or et de gueules. 

Dî Vouhet — Berry — D'azur, au chevron d'argent, accompagné 
de trois flt-urs de lis d'or, ï en chef et i en pointe. 



Digitized by VjOOQIC 



— 78- 



APPENDICE 



/. — 3 octobre 4121 . — Exécutoire pour IHene Joullot, 
notaire et procureur, cimtre Jean-Yareilhe, sieur de 
LêLtchaux. — Original. 



Joseph Babert, sieur de la Pillatièie conseiller du roy et son lieu- 
tenant général criminel de la sénéchaussée de Montmorillon com- 
missaire en cette partie de nos seigneurs de la Cour de PaiMement 
Mendons au premier huissier ou sergent royal sur ce requis. 

A la requête de Pierre JouUot noltaire et procureur en la justice de 
la Feuillude demeurant au bourg et paroisse de Faux et de Jean 
Joullot praticien fils contraindre par touttes voys dbue et raisonna- 
bles nonobestant opposition ou appellation quelconques faitles ou a 
faire et sans preiudice d'icelle Jean-François Vareilhe sieur de Las- 
chaux et de lu Salle advocat en parlement bailler et payer aux dits 
sieurs Joullot père et fils chescun la somme de vingt deux livres dix 
sols pour chescun sept journée par eux employée pour uenir seiour 
et retour de leur demeure en cette ville distant de tranle lieux pour 
déposer pardevant nous en Tinformation que ledit sieur de Laschaux 
a fait faire contre Arnaud Benassis et Léonard Goumy compris en 
icelle somme le coust et lieue des présentes de ce faire donnons 
pouvoirs. 

Donné et fait au dit Montmorillon par nous lieutenant général 
criminel et commissaire susdit le troisiesme jour d'octobre mil sept 
cent vingt sept. 

(Signé : ) Babert, Durand. 



Digitized by VjOOQIC 



- 79 - 



//. — 46 décembre 1121. — Lettres de provision acconféf^s 
par le comte de la Feuillade à Jean Joui loi pour tes 
charges de procureur et de notaire. — Original. 



Nous Hubert vicomte d'Aubusson comte de la Feuillade marquîs 
de Miremont et de Villac seigneur du duché de Ruanes et chatellents 
y reunis et mestre du camp du régiment Royal Piémont cau^lerie 
sur le bon et fldelle raport qui nous a été fait de la personne de 
ninUre Jean Joulot praticien du bourg de Faux de la probilé capacité 
et surOsance dans les afTaires de la religion catholique apostolique aL 
romaine nous avons au dit Joulot donné et octroyé donnons^el 
octroyons par ces présentes les charges de procureur et notaire dans 
notre comté et terre de la Feuillade pour y exercer les dites charges 
de procureur et notaire tant qu'il nous plairat seulement enjoinutns 
aux justiciables de notre comté de le reconnoitre en cette qualité, 
après quil aura prclé le serment, été reçu et instale dans les dits 
ofTices par le juge ou autre ancien aux quels nous mondons de le 

recevoir et instaler en foy de quoy nous avons signé ces présentes 

de notre main, fait contre signer par notre secrétaire ordinaire el 

foii apposer le seau de nos armes. 

Kaît en notre château de la Feuillade le seize décembre mil sept 
cent vingt-sept. 

(Signé:) La Feuillade, et par mon dit seigneur Lachaud. 

Au bas rst un cachet de cire violette, sur lequel sont gravées les 
ar/Jies de la maison d'Aubusson. 



^f^, — y/ avril mo. — Prise de possession par Mekhiw 
rf« Lagrange. baron de Tarnac, de la seigneurie dirrcïe 
rf «^ Village de Çhastain, paroisse de Faux. — OrigimiL 



^^jourd'hui onze jour du mois d'avril mil sept cent soixante dix 
apt*^^ midy au village de Chastain paroisse de Faux en Marche 



Digitized by VjOOQIC 



- 80- 

pardevant les noteres soubsignés y transportés pour les Ans cy après 
déclarée et en présance des témoins bas nommés. 

Est comparrus messire Melchior de Lagrange chevalier seigneur 
baron de Ternac demeurant en sont chasteau dudit Ternac, pareille- 
ment transporté audit prcsant lieu pour les mesmes lins cy après 
déclarée. Lequel nous a dit que le troisième du mois de janvier der- 
nier il auroit acquis de messire Alexandre Laurand Tiveau seigneur 
du Mazeaud, habitant en sa maison noble du Mazeaud paroisse de 
Rennat tous les cents renies foncières directes et solliderres droit et 
debvoirs seigniaureaux en dépandantdus par les habitans du presant 
village auce tous les accessoires depandances privilèges droits et 
deuoirs seigniaureaux enlierrement et sans rezerue ainsy que le 
tout est plus enplemant expliqué dans le conctract de Taduente en 
date du susdit jour relenut et expédié par melre Plazanet notaire 
royal du lieu lieu de Chouzioux duement controllé au bureaud de 
Meymac par Artatid Duquel contract ledit seigneur nous auroit mis 
en main une expédition en velluin. El comme il est porté entre autre 
chozes par icellui quil pourat prandre la possession réelle actuelle et 
corporelle ainsy et quand il avizeroit a cet ellet ledit seigneur baron 
de Ternac nous a requis comme il nous requiert acte de ladilte prize 
de possessions réelle et actuelle qu'il entend prendre tout présanle- 
mant des diUes rentes et chozes a lui uandue par ledit seigneur du 
Mazeaud dans le susdit contract. 

En conséquance après avoir fait apeler tous les habitans et tenan- 
tiers dudit village sur la places publique dicellui qui ont tous com- 
parus au nombre de six qui sont Jean Dubayle marchand tenantier 
du bourgt de Faux et thaslain Etienne Peyrouly laboureur dudit 
village Jean Peyret marchand dudil village Pierre Pelibout ausy 
laboureur dudil village Léonard Maniaval ausy laboureur dudil village 
et de Martial Le Boeuf faisant tant pour luy que pour Jean Lascbaux 
sont beaufrère tous ienanciers et colenantiers dudit village de Clias- 
tain paroisse de Faux. 

Nous a requis de leurs faiere tout presantemant lecture du susdit 
contract de uenle a haute et inteligibles \oix dé même i(ua Etienne 
Dulreix sergent de la juslice de la Feuillade demeurant au bourgt de 
Faux et de Léonard Deberlrand marchand du village de Jatagniat 
paroisse de Faux ici presant tesmoins soubsignés pareillement ici 
presant a tous lesquels' et a nombre dautre personnes assemblés sur 



Digitized by VjOOQIC 



- 81 — 

ladille places publique dudit presant village de Chastain nous notaires 
susdit et soubsignés en ad'hérant aux réquisition dudit seigneur 
baron de Ternac auons fait lecture a haute et intelligible voix dudit 
contract d'acquisition, Et ladilte lecture ayant été faiete tous lesdits 
susnommés ont déclarés en être déjà pieinemant instruit par la 
Renommée, néanmoins pour leur en donner une plus grande connois- 
sance ledit seigneur baron leur a déclaré quil leur avoit fait faiere 
ladite lecture et publication en signe et marque de la prises de pos- 
session réelle, actuelle et corporelle qu'il entendoit tout presaniemant 
prandré des dittes rentes et chozes a luy vandue par ledit seigneur 
du Mazeaud dans le susdit contract, sonmant lesdits tenantiers dudit 
présant village de ne reconnetre a lavenir d'autre seigneur foncier et 
direct que luy et de ne payer a lavenir a dautre que luy ou a ses 
fermiers receveurs ou agens les dites rentes droit ou devoirs Et pour 
preuves de sa dominité foncierre il a fossoyé de la terre rompu des 
petites branches d'aibres arachés des bled en herbes dans plusieurs 
fonds héritages dudit presant village de Chastain et a fait nombre 
dautres actes de seigneur foncier et direct en signe de sa prises de 
possession réelle corporelle actuelle, pure et simple disant publique- 
ment et a haute voix et à tous les susnommés quil setoit transporté 
exprès avec nous pour faiere les dits actes et prendre la dite posses- 
sions réelle actuelle et corporelle Dont et de tout quoy il nous a 
requis acte que lui avons octroyé sans le moindre oppozilon de la 
part de personne. Le tout en présance de tous les susnommés habi- 
tans et tenantiers du présant village ou paroissien de Faux et encore 
en présence de mètre Etienne Courtaud, sergent de la justice de la 
Feuillade demeurant au bourgt de Faux, témoin soubsigné, et de 
Léonard Laschaud marchand habitant de ce bourgt de Faux témoin 
Lequel avec lesdits Peyrouty Peyret Petiboud Maniaual et Leboeuf 
ont déclaré ne scauoir signer de ce enquis, Ledit seigneur baron de 
hernac cest soussigné avec nous ledit Dubay le Dutreix Courtaud et 
ledit Bertrand, a tous lesquels a esté fait lecture dudit presant acte 
de prise de possession. 

(Signé:) de Lagrangc de Tarnac, Dubele, Dutreix, Courtaud, Ber- 
trand, Dubois notaire, Barjaud notaire royaL 

Courtrolle a Felletin le treize avril 1770. R. Cinquante deux sols 
(Signé:) Sandon. 



Digitized by VjOOQIC 



- 82 - 



IV. — JUGEMENT de Nosseigneurs les Commissaires 
généraux du Conseil, députez par sa Majesté pour juger 
en dernier ressort les affaires concernant la discussion des 
biens du sieur Trémizard et compagnie. 



Portant défenses à toutes personnes, de quelque qualité et condi- 
tion quelles soient, de prendre et enlever aucuns fers, mines, char, 
bons et autres ustensiles dépendant des forges de la Feuillade. 
Paysac et ChofTailles ; et à tous habitants riverains desdites forêts de 
la Feuillade, bois de Forsat et Montai, ruisseau de la Vitledieu et 
rivière de Vienne, et à tous autres, de retenir, enlever, cacher ou 
réceller aucuns des bois de flottage et autres provenons des coupes 
desdites forêts et bois, à peine de mille livres d'amende, de tous 
dépens, dommages et intérêts et déplus grande peine s'il y échoit. 



du 7 Juillet 1744 

Les Commissaires généraux du Conseil députez par sa Majesté 
pour juger en dernier ressort les affaires concernant la discussion des 
biens et le recouvrement de< effets de la succession du sieur Gally 
de Turqueville, Louis Copin de Palaupuy, Simon Piant, Jean Trémizard 
et autres associés en Texploitation des bois de Bourgogne et Cham- 
pagne. 

Vu la requête à nous présentée par le sieur contrôleur général des 
restes de la Chambre des Comptes et bons d'élals du Conseil, chargé 
du recouvrement des somms dues à Sa Mnjeslé par le sieur Trémi- 
zard et consorts; contenant que l'exploitalijn des forjçes et bois du 
comté de la Feuillade et lieux circonvoisins. fait partie des efîets 
dudit Trémizard ; que cette exploitation est troublée et totalement 
dérangée par les vols continuels qui se font, tant des fers, mines, 
charbons et ustensiles dans les forges de la Feuillade, Paysac, Chof- 
faill^s et autres, que des t)oi$ des forêts de (a Feuillade, Forsat ^t 



Digitized by VjOOQIC 



-83- 

Montal,et des bois de flottage qui sont conduits par le ruisseau de 
la Villedieu et la rivière de "Vienne en la ville de Limoges, dont les 
riverains s'emparent journellement, même de ceux qui ont été empilez 
au moulin de Laiseau, près le château de Brugnac, et au-dessous de 
Saint-Léonard, à trois à quatre lieues de Limoges, lesquels vols et 
dépradations causent un préjudice notable, tant au Roy qu'aux 
créanciers dudit Trémizard : à quoy étant nécessaire de pourvoir, il a 
recours, à notre autorité ; ladite requête signée Tartarin. Ouï le rap- 
port du sieur de Maslon de Bercy, chevalier, conseiller du Roy en ses 
conseils, maître des requêtes ordinaires de son hôtel, commissaire 
à ce député, Tun de nous ; ouï son rapport, et tout considéré : 

Nous, Commissaires généraux susdits en vertu du pouvoir à nous 
donné par Sa Majesté, faisant droit sur ladite reuuête, faisons défenses 
à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu'elles soient 
de prendre et enlever aucuns fers, mines, charbons et autres usten- 
siles dépendans des forges de la Feuillade, Paysac et Choffailles, hors 
la présence et sans le consentement des commis et préposés auxdites 
foi*ges, à peine de mille livres d'amende, de tous dépens, dommages 
et intérêts et de plus grande peine s'il y échéoit. Faisons pareille- 
ment défenses à tous habitans riverains desdites forêts de la Feuillade 
bois de Forsat et Montai, ruisseau de La VillBdieu et rivière de Vienne, 
et à tous autres, de retenir, enlever, cacher ou receler aucuns des 
bois de flottages et autres provenans des coupes dpsdites forêts et 
bois, à peine de mille livres d'amende, de tous dépens, dommages 
et inléiéls, et de plus grande peine s'il y échéoit. Autorisons les 
commis et préposés à la conduite desdites forges et bois, les gardes 
desdites forêts, de faire, à la requi^le dudit sieur contrôleur général 
des restes, les visites dans les moulins, granges, habitations, maisons, 
et autres lieux avoisinans lesdites forêts, bois, ruisseaux et rivières 
pour y faire la recherche des fers, charbons et autres ustensiles des 
forges et bois qui pourraient y être cachez, auxquelles visites et 
recherches ils se feront assister par le premier huissier ou sergent 
royal sur ce requis, lequel en dressera son procès-verbal ; pour» 
ledit procès-verbal fait et rapporté, être par nous ordonné ce qu'il 
appartiendra. Et sera, notre présent jugement publié et afflché, tant 
en la ville de Limoges, qu'aux paroisses et lieux de la Villeneuve, 
Neide, Esmoulier (sic), Lartige, Saint-Léonard, Thaurion, le Puids- 
Mouliniers, la Feuillade et autres lieux avoisinants lesdites forêts, 
ruisseau de la Villedieu et rivière de Vienne, h l'issife de la n^QSg^ 



Digitized by VjOOQIC 



- 84 - 

paroissiale desdit lieux, et lesdites tiffiches mises dans les parcs, 
chantiers ou magasins dans lesquels lesdits fers et bois sont ou 
seront déposez, et sera notra présent jugemei.t exécuté nonobxlant 
oppositions ou autres empêchements généralement quelconques, 
pour lesquels ne sera différé. Fait en rassemblée desdits sieurs 
Commissaires généraux tenue à Paris le septiesme juillet, mil sept 
cent quarante-quatre. Signé : Ghastriot, avec paraphe. 

Paris, de Vimprimerie royale^ il A4. 

Archives de la Creuse, — (E. suppl. Société des forges de la Feuil 
lade. 



Digitized by VjOOQIC 



-88- 



ADDITIONS ET CORRECTIONS 



Curés de Genlioox 

CORRECTIONS 

Au iiea de «Chambon 1682-1718 t, lire : m Chamboai 1682- 
1718». 

Yicaires de GeBlioox 

CORRECTIONS 

Aa lieu de (c Degaiihauine 1775 ; Léonard Dandaleit de Vaut 
1776», lire : « Léonard Deguilhaume 1774-1777 (en môme temps 
vicaire de Faux) ». 



Bourgeois de Genlion 



!• ADDITIONS 

1671-1676 Louis Malledent, sieur du Mas, juge cbftlelain de 
Féniers. 



2« CORRECTIONS 

Au lieu de a 1698 Léonard Malledeni, sieur de Noulièras », lire : 
a 1688-1698 Léonard Ualledeut, sieur de Uoulièras »« 



Digitized by VjOOQIC 



86- 



Boorgeois de la Yveille, (taroisse de GeHliMix 

ADDITIONS 

1661 François Vareilhe ; 1679 Léonard Vareilhe, advocat ; 1707 
Jean Vareiihe, advocaU 

Notaires royaux de GeiUoDx 

ADDrriONS 

François Halledent 1549. 

Curés de Pallier 

CORRECTIONS 

Au lien de a Bailly 1707 )), lire : « Martin Baliit 1707, 1714 ». 

Au lieu de <f Biaziot 1784-1790 », lire : a François Diaziot 1784- 
1790 ». 

Domaioes ou Hélairies de la paroisse de Pallier 

ADDITIONS 

Après Gabriel Chenaud, sieur de Palliers ; ajouter : <r mort le 23 
décembre 1659, inhumé le lendemain dans Téglise de Faux ». 

dorés de Fan 

CORRECTIONS 

Au lieu de a Louis Chamboux 1666-1694 », lire : « Louis Cham- 



Digitized by VjOOQIC 



- 87 - 

boax 1654, mort le 16 octobre 1691, à soixante-sept ans, enterré 
le 17 dans Tégiise ». 

Au lieu de a Pierre Mazau, docteur en théologie 1703 1725 », lire 
c Pierre Mazau, docteur en théologie 1692-1733. » 

Au lieu (le (H Jean-Buplisle Binet du Jassonneix 1735, mort en 
1773 », lire :« Jean-Daptiste Binet du Jassonneix 1734, mort en 
1773». 

Au lieu de « Henry Joullot 1778-1785 ; François Blaziot 1783- 
1790, lire : « Henry Joullot 1778-1792 ». 



Vieaires de Faax 

1* ADDITIONS 

{0 Dabayle 1656 ; Baislc 17l6*17i0 ; Grellet 1740 ; Michel Rosier, 
docteur en théologie 1742 ; Marboutin 1750 ; Thiveau 1754 ; 
Bènet 1764, 1766. 

On trouve comme prêtres de celte paroisse ; Léonard Jarry, prôlre 
de Marcieiz, mort le 30 mars 1660 ; Jehan Courtaud, prêtre de Faux, 
1661, mort à quatre-vingt-deux ans, et enterré dans Téglise de 
Faux le 1*^ juin 1073 ; Jehan Dubayle, prêtre de la Loy, 1656, mort 
le 26 avril 1681, enterré le 28 dans Péglise de Faux ; Jean-Baptiste 
Barjaud de la Fermerie, prêtre à Faux en 1716 ; Toussaint Thézillat 
missionnaire à Thézillat en 1786. 

i^ CORRECTIONS 

Au lieu de « Jean-Baptiste Forest 1758-1762 », lire : a Jean* 
Baptiste Forest 1758-1763 Jt). 

Au lieu de a François Âudin 1771 », lire : <( François Audin 1768« 
1771 ». 

Au lieu de a Léonard Deguilhaume 1776-1777 x), lire : a Léonard 
Deguilbaume 1774-1777 (en mémo temps vicaire de Genlloux) »• 



Digitized by VjOOQIC 



-88- 



Villages de la paroisse de Faox 



ADDITIONS 



Après « Mercier-Férier », ajouter : « en 1660 Harcieiz ». 



Notaires royaui et seigoeoriaBi de Faux 

CORRECTIONS 

Au lieu de « Jehan Barjaud R 1618-1640 1>| lire : « Jehan Barjand 
R 1618, mort le 28 juin 1658 ». 



Nolaires i la Loy, paroisse de Faux 

1« ADDITIONS 

Louis Dubayle, sieur de la Loy R, époux de Marie Charapeanx; 
1704, mort le 5 novembre 1722. 

2* CORRECTIONS 

Au lieu de <r Pierre Dubayle R 1642-1655 »,lire : a Pierre Dubayle 
R 1642-1661 ». 

Au lieu de « Louis Dubayle, sieur de la Loy R 16931730 », lire : 
a Louis Dubayle, sieur de la Loy R. époui de I^éonarde Tiveau, 
1692, mort le 22 novembre 1694, à Lrenle-deui ans d. 



Digitized by VjOOQIC 



Notaires au château de la Feuillade 

CORRECTIONS 

Aa liea de « Marital Bènassys, sieur de Lapleoui R 1701-170^ i>, 
lire : c Marliai Bènassys, sieur de Lapleoux R i704-i7i3 *. 

Notaires à Arzalier, paroisse de Faux 

!• ADDITIONS 

Pierre Faure R. 1693-1699, qui était mort en 1716. 

2* CORRECTIONS 

Au lieu de <!(6araud R 1678-1695», lire : « Garaud R 1(»78-I670 ». 



Maîtres ehirurfpens de Faui 

1^ ADDITIONS 

Nicolas Dubuysson, mort le 10 février 1680 ; Anloitic Meauime 
1692, mort le 16 août 1705, à trente ans. 

2<> CORRECTIONS 

Au lieu de « Claude Pommier 1719-1743 », lire : a Cliimie Pom- 
mier 1714-1743 ». 

Au lieu de « Martin de Truffy 1751-1752», lire : of Mai tin dB 
Trufly 1732-1752». 



Digitized by VjOOQIC 



- 90 



Boirgeois de Faox 

1* ADDITIONS 

Après Pierre Barjaud, époux de Françoise Vangiaot, ajouter : 
c( laquelle, devenue vêuve, mourul le 25 mai 1675. » 

2<» CORRECTIONS 

Au lieu de « 1538-1659 Antoine Barjaud, ëpoui l"" d'Anne Yan- 
ginot, 2® de Marie Chauseyr, flis de Jehan Barjaud, notaire royal d, 
lire : « 1638-165.) ; Antoine Barjaud, sieur de la Fermerie, flIs de 
Jehan Barjaud, notaire royal» et époux i^" d'Anne Vanginot, i^ de 
Marie Chauseyr, laquelle mourut le 8 mars 1676 >. 

Au lieu de « 1669-1688 François Joullot, praticien, époux de 
Marie Barjaud », lire : « 1661-1688 François Joullot, praticien de 
Crabanat, marié le 33 janvier 1661 à Marie Barjaud, de Faux ». 

Au lieu de (y 1684-1690 Léonard Barjaud, sieur de Lafont », lire : 
a 168i Léonard Barjaud, sieur de LafonI, mort le 28 avril 1709. » 

Au lieu de c Pierre Barjaud, sieur de la Fermerie, mort en 1716, 
fils du précédent », lire : « Pierre Barjaud, sieur de la Fermerie, 
fils du précédent 1716, mort le 9 avril 1720, à soixante-dix ans b. 



Bourgeois de la Fermeriet paroisse de Faux 

ADDITIONS 

Honorable Jacques de Chouly, sieur de Beaune, de la ville de 
Bourganeuf, marié le 20 février 1667 à Jehanne Barjaud, fille de 
feu Barjaud de la Fermerie, en présence de Pierre Chauseyr, sieur 
de la Prade, de M. de Puymoreau et du chevalier du Repaire, de 
Hoissaones, 



Digitized by VjOOQIC 




- 91 — 



Boorieois^ de^li Loy» luroissede Faux 



CORRECTIONS 



Au lieu de « avant 1714 Louis Dubayle, sieur de la Loy », lire 
{¥ 1713-1714 Elienne Dubayle, sieur de la Combe. 



'i jt^»>j >- 



Soorees non iidiquées dus le conr de roavnge 



Ae^îâtres paroissiaux de Genlioux, Pallier, Faux-la-Moiilagne, 
lioyère. 

Uinute^sdes notaires de Faux, La Loy, La Feuillade, La Villedieu, 
Gt5rt lioux, Villeraoneix, Royère, le Monteil-au-Vicomle, Vallière. 

Père A^nselme, Histoire des Grands officiers de U Couronne. 

tlip r î e n Péralhon, Histoire d'Aubusson. 

HfuH mwes de la Creuse^ Fonds des prieurés. 

ZENON TOUMIEUX. 



Ts$zr 



Digitized by VjOOQIC 



kmim À h Seipm dMefaja 



Issoudun^ cheMieu de commune du canton de Chènérailles, dans 
raiTondissementd'Aubusson, faisait partie delà Haute-Marche, de 
la généralité de Moulins, de la sénéchaussée et élection de Guéret. 
Son nom primitif, Exoldunum, se transforma en celui d^Ëssodu, 
puis, au XY* siècle, en celui d'Issouldun ou Issoudun. 

On trouve dans un procès-verbal de H. d'Argouges, intendant de 
Moulins, rétat de la paroisse, en 1686^ « Issoudun. — Seigneurs : 
le lioy et M. de La Feuillade ; il y a les fiefs de Trémolinas, de la 
Cour, du Chiron et du Planchât. Bon pays de seigle et maçons. 
Gouvernement de la Marche, Evêché de Limoges, 201 feux. Il y a un 
prieuré de 500 livres de rentes. Taille des années 1683 à 1687 : 
4005 livres ; 4050 livres ; 3700 livres ; 34(K) livres ; 3420 livres, jo 
M. d'Argouges ne mentionne pas le fief d'Hautefaye, pour lequel, 
cependant, Jean Garreau, écuyer, avait fait aveu au roi, en 1669, 
d'après les Noms féodaux. 

Au point de vue ecclésiastique, Issoudun était une paroisse-cure 
de Tarçhiprêtré de Combraille et de Tofficialiié de Cbénérailles, 



Digitized by VjOOQIC 



- 93 - 

On y comptait, an siècle dernier, 960 communiants (environ 1280 

/raiii iants). [^ fêle patronale était celle de Tlnvention des reliques 

de Saint-Etienne, le 3 août. L'évèque de Limoges y nommait les 

Curés. Auprès de Tèglise paroissiale existait une chapelle de Saint- 

Mnriiii qui était déjà en mine en 1636. Une vicairie appelée des 

Cha lirais y avait été fondée, et Tévèque de Limoges nommait les 

t/(ui «tires ; maison en faisait loffice dans Téglise d'Issoudun (1) 

L.e village de Vallansange possède une chapelle dédiée aux saints 
C6iije et Damien ; on y célèbre leur fôte le 27 septembre. Une 
eu ri o il se p'îinture placée au retable de Taulel représente les saints 
patrons revêtus du costume de cérémonie des médecins du xviP 
siècle. 

Lo territoire de la commune était traversé par la voie qui se diri- 
geai t de la station de Fines à celle (VAcilodnnnm (Ahun). On y 
relnoti^e de nombreux vestiges de l'époque gallo-romaine, particu- 
lière tnent des urnes en terre ou en verre contenant des ossements 
humains incinérés et renfermées elles-mêmes dans un réceptacle 
de gfanit. Au village de Fontanas, on a recueilli une coupe en terre 
samioone rouge ayant la m^irque du potier CVSIANI, et des mon- 
naies de bronze du haut empire. A la Villette, un petit bronze 
gaulois présentant au revers un cheval galopant; un souterrain 
refuse àHautefaye, etc. 

L.e monastère de Bonlieu possédait des biens considérables dans 
la paroissed'Issoudun; plusieurs dénominations,enlre autres celle de 
^^-^^^Tëgdes moines, en conservent le souvenir. L'importance de ces 
propriétés avait engagé les Cisterciens de Bonlieu à établir une 
grange au village de la Chassagne, paroisse d'Issoudun, « Grangia 
^^ Ga^^sanea » en 1193. Le mot grange, « villa rnslica » d'après Du 
Gang^^ qui servait à désigner une construction destinée à l'agricul- 
Vv\Te^ était également usité pour désigner le centre d'exploitation 
Qes terres d'une abbaye. 

^^ grange de la Chassagne se composait non seulement des 
) ^\X ^- l'abbé Lecler, Dictionnaire archéologique et historique de 



Digitized by VjOOQIC 



— 94 — 

biens situés en ce lieu, mais aussi des mas de Tremolïnelas (Tri- 
moulines), de Viilemarmi, commune d'Issoudun ; de Berlignae 
(Berlignal), commune de Saint-Pardoux-lesCards ; de Monlevada 
(Donlevade) ; de las Maurelas, avec ses près el appartenances ; de 
la Vergne ; des borderies de Rochefort et de Cherchauret ; plus de 
trois setérées de terre sur le mas de Langlade (1). 

Le cartufaire de Bonlieu fait mention, en Tannée 1197, de Géraud 
du Cher, prêtre d'Essoda (Issoudun), vocable qui s'est conservé 
dans le patois de nos jours. 

En 1202, Roger et Etienne d'Hautefaye donnent à Bonlieu un 
quartier desdimes et moulins deTremolinas, plus une pièce de terre. 

Eu la même année 1202, Mathieu du Planchât fait donation aux 
mêmes religieux d'une rente sur le mas de Lascoux, avec le consen- 
tement d'Adhémar d'Aubusson dans le fief duquel la rente était assise. 

En 123i, Geoffroy (Plssoudun était prieur de l'abbaye de Bon- 
lieu (2). 

Au moyen-âge, en dehors des villes et des bourgs qui avaient 
obtenu une sorte d'autonomie, il y avait les paysans libres qui 
avaient échappé en grand nombre à la servitude de corps, ou ser- 
vage de personne, bien diQérent du servage d'héritage auquel ils 
étaient assujèlis lorsque tes héritages qu'ils possédaient étaient de 
la condition serve ou mortaillable. La plupart des seize mille parois- 
ses de la France possédaient une certaine organisation muni- 
cipale (3). 



(1) M. G. Martin, Les moines cisterciens et ragricuUure. Bulletin 
de la Société des Sciences naturelle» et archéologique de la Creuse^ 
1893. tom. VIII, p. 68. 

(2) M. AuTORDE, Archives de la Creuse^ série II. Abbaye de Notre- 
Dame de Bonlieu. 

(3) Le procès-verbal d*une assemblée des habitants de Tenclave de 
Vitrat-le-Dognon, commnne de Saint-Manrice, canton de la Souter- 
raine, du 6 septembre 174*2, montre qu'il existnii dans ce village une 
colleolivité à laquelle la coutume et la législation reconnaissaient une 
existence propre et des droits particuliers. Le village avait ses inté- 
rêts spéciaux et il pouvait délibérer <c en état de commun. » (M- 
Tabbé Lecler, Dictionnaire Historique de la Creuse^ AnnHair$ d$ 
la Creuse^ année i90l*î>age i65,) 



Digitized by VjOOQIC 



- 95 - 

Les plus anciennes communes de la HauleHarche étaient, par 
ordre de leurcréaiion, celles d'Aubusson, de Chénéraiiles, d'Ahun, 
de Fellelin el de Guéret. En outre, deux associations de nature 
particulière qui s*clendaient, non pas aune ville seule mais à plu- 
sieurs villages, et qui étaient connues sous la dénomination de 
/Aii7t>5du Masvoudier, et de Saint-Feyre et Saiiit-Sulpice (l), for- 
maient avec les cinq communes proprement dites que nous venons 
de nommer, le contingent des établissements municipaux du comté 
de la Marche (2). M. Bosvieux ne mentionne pas séparément Cha- 
vanat, Saint-Martial-le-Mont et Issoudun qui dépendaient de la 
franchise d'Ahun. 

Ces trois localités avaient été affranchies par les comtes de la 

Marche en même temps que la ville d'Aliun. Les consuls d'Ahun 

avaient le droit de s'y rendre tous les ans, le jour de la fête votive 

du hourg et d'y nommer les quatre collecteurs de la paroisse qui 

^lalein tenus de donner à ces consuls : 20 sous tournois à Saint- 

tfarlial-le-Mont, 20 sous tournois à Chavanat, et 10 sous, tournois 

^/ssoudun. Plus tard, Chavanat fil partie de la châtellenie de la 

^orne . Les privilèges de celle association sont mentionnés dans un 

''/re de Tannée 4321, d*après un inventaire des papiers de la com- 

^utiG d'Ahun dressé le 20 juillet 1790. Malheureusement, cette 

P/éce a disparu (3). 

^u rnois de jui») 1379, les consuls d'Ahun furent inquiétés dans 

6Jfor-e:ice de leurs droits par Jean !•»• de Bourbon, comte de la 

^^''oli^^ Le procureur de ce prince se rendit à Ahun : il fit appeler 

^s cro t j suis gt se plaignit particulièrement que eux-mêmes et leurs 

'^'^^^ ^ cr esseurs eussent levé des tailles et des contributions sur la 



Mén^ ^^. H. Delannov, la paroisse de Saint-Sulpice-le-Guéretois, 
P ^* ^ »*e« de la Société des Sciences naturelles et archéologiques de la 
tre«^^^ , tome XII, 1899. 

del\^^'* BosviEUX, rapport au Conseil général de la Creuse, session 

J^'^? . ^1. A. Mazet, contribution à Thistoire d'Ahun, Mémoires de la 
So 9-^1^ des >ciences naturelles et archéologiques de la Creuse^ ^om§ 
N^i ^V^uée 1892. 



Digitized by VjOOQIC 



- 96 - 

ville de Salnl-Martial-le-MonI, la ville de Chavanal, la ville cTYssou- 
dun, sans en rendre comple à leur seigneur. Les consuls répondi- 
rent : « Et quant estoit d'avoir receu de leurs libériez el franchises 
les personnes et lieux et choses foreuses (sic), situées au dehors 
de ladite ville d'Ahun, ils disoient que fère le povoient, et que 
einssi ilh Tavoienl fait et usile au temps ça en rières par vertu et 
josle et selon la teneur de leurs diz privilèges». En dèfinilive, le 
procureur du comte de la Marche mainlint les consuls d'Ahun dans 
leurs anciens droits, moyennant finance, et à la condition qu'à 
ravenir les collecteurs et autres leveurs de taille « seront tenuz à 
rendre compte et responsion à monseigneur on à ses genz... ci 
Nous, ic<'ux conssouls avons receuz à composicion pour Monsei- 
gneur à la somme de vint francs d'or à paier par une foiz à mon- 
seigneur ou à son trésorier (i). * 

Un aveu rendu par les consuls des ville et franchise d'Ahun à 
Charles de France, duc d'Orléans, comte de la Marche, le 22 avril 
1545, fournit des détails sur les nombreuses dépendances de la 
franchise qui se trouvaient situées hors de ses limites. Parmi les 
localités qui payaient une redevance aux consuls pour la jouissance 
de la franchise tenue d'eulx^ les consuls de Sanit-Martial-le-Mont 
devaient 20 s. tournois ; il était dû 10 sons tournois à Issoudun (2). 

Le rôle de la taille franche due par les forains de la ville d'Ahun, 
appartenant aux consuls de cette ville, pour Tannée 1577, fixe au 
même chiffre que précédemment la contribution des consuls de 
Chavanal, des consuls de Saint-MartiaNe-Mont et des habitants 
dlssoudnn (3). Il semble en résulter qu'Issondun, qui avait le litre 
de ville en 1379, ne se régissait plus par des consuls électifs, au 
xvr siècle. 

D'après une assiette d'impôt faite à Ghénérailles, le 18 janvier 
1441, Issoudun et Hautefaye dépendaient de la châtellenie d'Ahun ; 



(1) M. A. Leroux, Archives historiques du Limousin, tome VI, 
Limoges 1895. 

(2) (Ibidem) page 373. 

(3) Archives de la Creuse^ série E. ' 



Digitized by VjOOQIC 



loais, undocutnenl de 1776, qui est aux archives départementales 
delà Creuse, montre que ces localités faisaient alors partie de ia 
châiellenie de Cliénérailies. En i6i6, Marie, mère du roi, comtesse 
de la Marche, décharge les habitants de ia ville d'Âhun et autres 
lieux («le la franchise) de payer les droits de guet au capitaine du 
château d'Atiuo. 



II 



HAUTEFAYE 



V^ châieau d'Hautefaye (on écrivait Aultefaye au xvp siècle) s'élève 
à seize cents mètres du bourg d'Issoiidun. Il a été remplacé par une 
couslruclion moderne ; quelques tours rappellent seules son origine 
féodale. Il est toujours entouré de ces hautes.fulaies, à la végétation 
vigoureuse, dont il avait jadis pris le nom. Comme la plupart des 
châteaux de notre région il n'a pas d'autre histoire que celle bien 
effacée de ses seigneurs. 

Les plus anciens seigneurs d'IIautefaye connus jusqu'à ce jour 
étaient de la laniille noble de PiTpirolle, aujourd'hui éteinte, qui 
lirait son nom d*un village de la commune de Saint-Médard, dans 
lecaiiionde Chénérailles. Le 3 janvier 1401 (1402 N. S.), au pont 
delioniieu. pardevant Jean de Perpirolle, châtelain du Breuii, 
seigneurie de la maison ce Saint-Julien, et Philippe Roux dudit lieu, 
notaire en la chancellerie de la Marche, un accord fut conclu entre 
les religieux lie Bonlleu et Régnier de Saint-Julien, au sujet de la 
franchise de la métairie de la Porte par le seigneur de Saint-Julien. 

Une ordonnance de Jacques II de Bourbon, comte de la Marche, 
en date (lu 28 mai 1426, obligea les habitants d'IIautefaye^ qui 
avaient été tenus jusqu'alors à faire le guet aux châteaux d'Aubus- 

7 



Digitized by VjOOQIC 



- 98 - 

son et d'Ahun, à faire ]e guet et garde de nuit à Chénérailles (1). 
Celle ville ruinée quelques années auparavant par les Anglais, 
venait d'être rebâtie et fortifiée. 

Jean Cedon, châtelain d'Aubusson et de Fellelin, en 1430 etl43i, 
était procureur général de la Marche en 1450. Après sa mort, Jean 
de Perpirolle, seigneur d'Hautefaye, licencié en lois, fut délégué 
pour remplir ces fonctions par Bernard d'Armagnac, comte do la 
Marche, et, en 1455, il en portait le lilre. I^e procuntur général de 
la Marche remplissait les fonctions du roinislère public dans les as- 
sises tenues par le sénéchal du comté (2). 

Le 6 avril 1455, Pierre Autort, bachelier en décret, châtelain 
deGuéret, et Jean Delort, licenciées lois, commis par le comte de 
la Marche, condamnent Jean dePerpirolle,Jicencié es lois, à payer 
aux religieux de Bonlieu une rente sur le lieu de la Chassaigne- 
Moustier, paroisse de Peyrat-la-Nonière. 

Jean Piédieu, lieutenant du sénéchal de la Marche rend une sen- 
tence, le 16 septembre 1455, sur un procès entre les habitants de 
la Borne et Jean III d'Aubusson, leur seigneur, à la requête de Jean 

de Perpirolle, procureur général du comté. 
■ 
En 1457, le même procureur du comte Jacques d'Armagnac et 

Pierre Lamy, châtelain dAubnsson et de Fellelin, sont nommés 

commissaires députés par de Reneyro, sénéchal de la Marche, pour 

répartir certaines redevances dues à l'abbaye de Notre-Dame d'Au- 

bignac (3). 

Aux assises de la sénéchaussée tenues à Aubusson, le 29 septem- 
bre 1462, Jean de Perpirolle, procureur général pour le comte de 
la Marche, « a commandé au clerc du guet de faire venir gueyter 
les hommes de Flayat au cliâlel d'Auhusson. » — Opposilion du 
procureur de Gabriel de Bonnoval. 

(1) Archives communales de Chénérailles. 

("2) M. A. Thomas, Assisses dehi sénéchaussée de la Marche, tenues 
à Aubusson, le 29 seplenil)ie l\&2. Bulletin de la ^Société des sciences 
naturelles et arrhéologigues delà Creuse, loni(; VII, 1891. 

(3) Archives départementales de la.Creuse, Abbaye d'Aubignac, 



Digitized by VjOOQIC 



— 99 — 

Lors de la convocalion de la noblesse du comU^. de la Marche el 
duCorabraille, pour « être passée ù inonlre el reçue à Guérel, le 17 
décembre 1470, fut présent Jean de Perpeyrolles («te), seigneur 
d'Aullefaye(!). » 

Un débat exislail, en 1477, entre les consuls de Felletin et Anloine 
Deschamps, bourgeois de celle ville, au sujet de la possession de 
certains héritages silués au tcrriloire de Beaumont lès-Fellelîn. 
Les parties intéressées désignèrent pour arbitres en premier et 
deniier ressort « vénérables et discrèles i>ersonnes, maislres Jehan 
de Perpirolles, procureur général de la comté de la Marche, et 
Jehan Froment, chastelain <Ie Felletin », qui firent connaître et 
accepter leur compromis, le il juin de Tannée 1477 (2). 

On lit dans les Matinées du Parlement : «i 18 novembre 1482. 
Feu Barihélemy Chauveau mist en procès Perpirolle qui estoit pro- 
cureur de feu Nemoux {$ic\ pour xv« escuz ; il fut condamné et 
quand il vid qu'il falloit qu'il payast, il allégua une faulselé et flst 
on adjourner Chauveau à comparoir en personne ; comparut, mais 
fut mis prisonnier, dont il appelle. Nonobstant il fut condamnée 
Tamende à xiv»» liures. 

« Âppoincté est à mettre les procès pardevant la court poup 
ordonner sur la conclusion dudit procès (3). » 

En U83, différend entre les Célestins des Ternes et le comman- 
deur de Chamberaud ; il est réglé par sentence arbitrale de Jean 
Baquet, trésorier de la Marche, arbitre choisi par le commandeur 
et Jean de Perpiroles, licencié en lois, procureur général de la 
Marche, arbitre des religieux (4).* 

Le 4 avril 1502, Anloine de Perpiroles, curé de Cressal, et Pierre 



(1) Abbé Pataux, Généalogie de la maison de Brachet-Floressac ; 
documents. 

(2) M. AuTORDE, Les Charités de Felletin. Mémoirea de la Société 
des Sciences natui*eUe$ et archéologique de la Creuse, t. IX. 

(3) Gommunicalioii de M. Antoine Thomas, archives nationales. 

(4) Communication de M. DELANNOY,fonds des Célestins des Ternes, 



Digitized by VjOOQIC 









S: 






- 100 - 

de Perpiroles, curé de Saint-Méard (1), oncle et neveu, font un 
accord avec les Céleslins des Ternes, « tant en lenr nom que pour 
Jacques de Perpiroles et autres consorts. » Il s'agissait de Tindera- 
nilé que les religieux des Ternes devaient à Jacques de Perpiroles, 
seigneur d'Hautefaye, pour le <ioinniage que Teuude leur êlang de 
Balezines causait à ses héritages et à ceux de ses hommes de la 
Valazaise (2). 

L'abbé Nadaud a trouvé dans un manuscrit un abbé de Bonlieu 
du nom de Perpirolle, en 1506. Pourtant, à celte date, Guy de 
Saint-Avit était abbé commendataire de l'antique abbaye cister- 
cienne : peut-être était-il aussi seigneur du village de Perpirolle 
dans la paroisse de Saint-Médard ? (3). 

Jeanne de Perpirolle avait épousé Jean d'Aubusson, écnyer, sei- 
gneur du Puy-Mesgres, paroisse de Boussac-Bourg. En 1516» elle 
et son mari vendent à Fortuné de Courjat, écuyer, 28 sols de rente 
sur un serf du village de Villaud, dans la même paroisse. On ne 
connaît pas la filiation du|seigneur du Puy-Mesgres,et nous ignorons 
à quelle branche de la maison d'Aubusson il pouvait appartenir (4). 

Pierre de Perpirolle, seigneur d*Haulef.iye, fut convoqué à Guéret 
le !^7 avril 1521, en sa qualité de membre de la noblesse, pour la 
rédaction de la coutume de la Marche. Il s'y fit représenter par Jean 
de la Viergne. bachelier es lois, procureur en la châlellenie de 
Chénérailles. Son parent, Jean de Perpirolle, prieur de Chéné- 
railles, fut invité à se rendre à la même assemblée, comme 
dignitaire ecclésiastique. A cet effet, il donna sa procuration à son 
frère, PVançoisde Perpirolle, que Ton trouve jugechâlelain d'Ahun, 
en 1540 (,5). 

Jacques Fnrgaud, receveur des tailles en réieclion de Combraille, 
est qualifié sieur de Perpirolle en 1648 et 165! . 

(1) Lire : Saint-Médard, canton de Chépéruilles. 

(2) M. Delannoy. Fonds des Céleslins des Ternes. - Vallaise, 
commune de Sainl-Pardonx-les-Cards. 

(8) RoY-PiERRKFiTTK, les nioiiaslères du Umousin el de la Marche. 

(4) M. A. Thomas, honirnapje d»; la spijïiieiirie de Boiis^ac, Archives 
. historiques de la Creut^e^ tunie V, Liiiit)ges 1893. 

(5) Procè»- verbal de la rédaction de la coutume de la Marche. 



Digitized by VjOOQIC 



k 



- 101 — 

3 décembre 1533, reconnaissance pnr noble honatne Pierre de 
Perpirolle, ècuyer, seigneur de laGhassagne-Moustier,en la paroisse 
de Peyral-la-Nonièro, aux religieux de Bonlieu, d'une renie de 75 
suiis tournois, à raison de la cession par voie (Pechangti à lui faite 
par les religieux « du boys, prè et oulclie appelés Ghainbiu, situés 
au territoire el franchise de Cliarnailles, (1) tenant à la place publi- 
que du cimetière de Ciiaruailles, d'une part, d'autre au chemin 
allant de Chamailles à Télang de Voulques, et d'autre à la garenne 
(luditde Perpirolle {2). » 

Le même jour, 3 décembre 1533, Pierre de Perpirolle, avoue 
auxdils religieux une rente annuelle de 25 sous tournois, et 5 
setiers de seigle à la mesure de Saint-Julien-le-Châtel, sur son 
lieu nuble appelé la Chassagnq Moustier, en la paroisse de Peyrat- 
la-Nonière (3). 

Pierre de Perpirolle, qualifié élu au comté de la Marche, figure 
comme témoin, le 24 avril 1530, dans une déclaration rendue au 
roi par les consuls et habitants de Chénérailles. Le 4 novembre 
1S30, il lionne quittance à Loys Kaquet, écuyer, sieur de Mouy, 
trésorier de la Marche, à Guéret, u de la somme de 60 livres tour- 
nois, montant de ses gages, pour avoir mis sus Péquivalent ayant 
cours en ladite élection (4). » 

a Le 6 juillet 1553, Assemblée de Tarrière-ban de la province de 
la Marche, à Guéret, avec les aydesà eulx baillez et le taux d'icelles 



(1) Dans une transaction de 1492, on lit ; a Charnailhef sive, chemin 
ancien, t II. y a lieu de rapprocher cette expression de celle de 
Cliarnailhas, forme paloise du nom de Chénérailles, ville où Ton a 
trouvé des médailles romaines et qui était située sur le parcours de 
la voie antique qui conduisait d'Ahun à Evaux. On écrivait en 1265, 
ChanalheUut. Chirnaitlias est également le nom d'un village de la 
commune d*Ëymoutiers où passait la voie romaine qui se dirigeait 
vers Clermont. 

(2) Archives de la Creuse, abbaye de Eonlleu. 

(3) Ibidem. 

(i) Archivée de la Creuse, série C, complément, -» LouU Raque t 
(ut plus tard sénéchal de la Marche. 



Digitized by VjOOQIC 



— 102 — 

aydes selon la valeur de leurs fiefs : le sieur d'Aullefaye, près Ché- 
nèrailles, Irente-lroys livres, six sols, huict deniers (i). » 

Gilbert de Perpirolleesl élu en la Marche, en 1585. Le sénéchal 
du conilé rend une ordonnance contre lui, au profit des religieux 
du Moulier-d*Ahun. 

Le 5 avril de la môme année, une sentence est rendue par maîtres 
Pierre Aulort et Jean Borde, portant condamnation au profit de 
Tabbaye de Bonlieu, contre défunt maître Jean de Perpirolle, déten- 
teur du lieu de la Chassagne-Mouslier, dont le père, ou un des 
auteurs, noble Pierre de Perpirolle, avait reconnu, le 3 décembre 
1533^ devoir la susdite rente aux religieux de Bonlieu {±). 

F... de Perpirolle, ècuyer, sieur d'Aultefaye, est convoqué à 
Tarrière-ban de la sénéchaussée, le 20 août 1636. 

Dame Barbe de Perpirolle était, en 1634, veuve de Jean Peschanr, 
sieur d'Ecurat, paroisse de St-Hédard. Elle rend compte de sa ges- 
tion à Jacques Peschant, sieur de Bartignat, élu en Télection de la 
Marche, tuteur de Jean et Antoine Peschant, enfants mineurs de 
feu Jean Peschant, sieur d'Ecurat, son frère. En 1636, acques Pes- 
chant, en qualité de tuteur de ses neveux, donne quittance de la 
somme de sept cent vingt livres à Antoine et Gabriel de Perpirolle, 
héritiers de feu Gabriel de Perpirolle, sieur d*Estlergues, leur 
père (3). 

A la suite de son alliance avec les de Perpirolle, la famille Pes- 
chant hérita du certains droits sur le bourg d'Issoudun. En 1702, 
Jean Peschant, sieur d'Hérédet, conseiller au présidial de Guéret, 
vend à Antoine Redon, notaire royal au bourg de Saint-Médard, une 



(i) BosviEUX, Mémoires de la Société des Sciences naturelles et 
archéologique de la Crevse, tome II, p. 138. 

(2) Archives de la Creuse, abbaye de Bonlieu, 

(3) Archives de la Creuse, famille Peschant. 

Cette famille est indiquée comme originaire d'Auvergne et de 
noblesse d'épée. Peschant d'Héiédet, seigneur delà Pouzerie, épouse 
Jeanne Uissandes de Bosgenêl, iilie de Jean Dissandes de Bosgenôt, 
marié le 11 janvier 1717, à Gubrieile, fille de Legrand, seigneur de 
Corbillon. [M^ Henri de Lavillaite, La Château de Bosgenet). 



Digitized by VjOOQIC 



103 



renie en grains et en argent, en directe seigneurie et franciie condi- 
tion, à percevoir snr les habitants du bourg d'Issoudun, pour la 
somme de 6,900 livres (i). 

Pierre de Lauzanne, écuyer, seigneur du Puy-Malsignat et de 
TEtang, épousa Louise d'Haulefaye, le 14 janvier 1618. Il figure, en 
1636, au rôle des nobles de la cbâtellenie d'Âhun qui doivent se 
présenter à fa rrière -ban. En 1642, il fait soa testament et nomme 
Louise d'Hautefaye, sa femme, tutrice de ses enfants. Cette dernière 
mourut le 7 janvier 1651. 

Elle avait eu huit enfants. Le sixième fut Philibert de Lauzanne, 
vicomte de Vaurousset, tué, le il avril 1661, dans le canton de 
Friboui*g, à Tâge de 32 ans. 

Gabrielle d'Haulefaye, sœur de Louise d'Hautefaye, était, en 1607, 
(emme de Gabrielle Le Groing, écuyer (2). Elle épousa, en secondes 
noces, Gabriel de Thianges, seigneur du Mansat (3). Nous voyons 
celai-ci obtenir, en 1638, une sentence de la sénéchaussée de la 
Marche, au sujel du douaire de Gabrielle d'Hautefaye, son épouse, 
contre Gabriel Mérigot, seigneur de Sainte-Feyre(4). 

Le 30 août 1674, parait au rôle du ban et de Tarrière-ban des 
nobles de la sénéchaussée, à Guéret : « N ... de Thianges, seigneur 
de Valligiiy, pour le flef d'Aultefaye, dans la paroisse d'Issoudun ; 
DeValligny fournit un homme. » A cette époque, Hautefaye devait 
avoir des coseigneurs, car, en 1669, Jean Garreau, écuyer, fait aveu 
au roi pour le ûef d'Hautefaye, d'après les Noms féodiux. Dès ce 
moment, cetle terre reste la propriété de la famille Garreau, jusqu'à 
la Révolution, sans qu'il soit question des droits seigneuriaux 
de la famille de Thianges. 

{\) Archives de la Creuse^ famille Redon. 

(2) En 1519, More Le Groing, chevalier, fait foi et hommage pour la 
maison, lien et flef noble de la Motte-iu-Groing qu'il possède par 
succession dans lu paroisse de Leyrat, |)rès Buussac. 

(3) La maison de Tliianges.orisrinaire diiGombraille,a fournisix che- 
valiers de l'ordre de Malte, de 1534 à 1701. Elle a possédé la seigneu- 
rie de Lussut, près Chambon, de 163i jusqu'à la Révolution. 

(4) Archives de la Creuêê» 



Digitized by VjOOQIC 



?t/-' 






<-1 



— 104 — 

Une vicairie dile d'Hautefaye, ou d'Etansannes, existait, en 1460, 
« liors et près la ville de Chènérailles. » Vers !7i8, le service en 
fut transporté dans la chapelle du château, dite de Sainle-Catheiine. 
On relève parmi les patrons qui nommaient à cette vicairie : noble 
Pierre de Perpirolle, sieur d'Hautetaye, en 1658; autre Pierre 
d'Haulefaye, ècuyer, en 1606 ; Gabriel Legroing, écuyer, avec 
Gabrielle d'Hautefaye, sa femme, i607 ; Marguerite Foureton de 
Hargeleix, veuve de Gabriel Garreau, sieur d'Hautefaye et du 
Planchât, contrôleur général ancien des finances, bois et domaines 
en la généralité de Moulins, comme tutrice de ses enfants, 1718 ; 
noble François Garreau, contrôleur des finances, à Moulins, 1740; 
noble Nicolas Garreau, sieur d'Hautefaye, conseiller du roi, contrô- 
leur des finances en la généralité de Moulins, 1759 ; noble François- 
Laurent Léonard Garreau, 1764 (1). 

La famille Garreaa est le type de ces familles de bourgeois d'au- 
trefois, marchands, mattres de métier, fonctionnaires subalternes, 
habitués à la vie simple et à l'épargne persévérante, qui s'enrichis- 
saient dans le commerce et devenaient acquéreurs de terres que 
beaucoup de gentils-hommes étaient forcés d'aliéner. A Aubusson 
et à Felletin, en particulier, on voit de modestes tisserands ou des 
tapissiers travailler dans leurs boutiques avec leurs enfants et quel- 
ques apprentis. Plus tard, quelques-uns de leurs descendants con- 
tinuent à exercer la profession ancestrale ; mais d'autres Tont 
abandonnée et remplissent certaines fonctions administratives qui 
avaient le privilège de conférer la noblesse à la troisième généra- 
tion (2). 

Jehan Garreau faisait le commerce des draps à Aubusson, en 1422. 

Il eut un premier différend avec Jehan Faure, marchand, de la 
ville de Felletin. Celui-ci ayant fait appel d'une sentence du séné- 
chal de la Marche, l'affaire fut renvoyée devant le juge de Felletin. 



(i) M. TAbbé Lecler, loc. cit. 

(S) Les armes de la famille Garreau sont: d'azur^ à trois anneletê 



Digitized by VjOOQIC 



Peu après, Jean Carreau plaide de nouveau contre un autre 
marchand de Fellelin, Jean Fabre, dit Ben-li-vienhe (l), alias 
Duraille. La sentence du châtelain ayant élè rendue en faveur de 
Carreau, son adversaire fait appel au parlement. Le 14 août i45!5, 
un arrêt de la Cour confirme le jugement du châtelain de Felletin 
ou (le son lieutenant, déclare que Jean Duraille a mal appelé, le 
condamBe aux dépens et remet le jugement définitif au 15 septembre 
suivant (2). 

En 1515, un autre Jean Carreau est marchand tapissier et Tun 
des notables habitants de la ville d'Aubsson. — Antoine Carreau, 
marchand, bourgeois, sieur de la Buxerette dès 1005, consul d'Au- 
busson, en 1614. —En 1664, Jacques Carreau, sieur de Salvert, 
président châtelain d'Aubusson. 

L —Jean Carreau, écuyer^ seigneur de Saint- Avit-sur-Tarde 
en 1665, fait aveu pour le fief d'Hautefaye, en 1669. Il était avocat 
en parlement, banquier expéditionnaire en cour de Rome, et syndic 
du temporel du couvent des Recoilets d'Aubusson. Il avait épousé 
Jacqueline Robichon (3). Leur fille, Eléonore Carreau, fut mariée, 
le 5 septembre 1688, à Abdon-Renè Couturier, écuyer, seigneur 
de Fournoûe, des Forges, de Verrière, d'Ardillat, de Roumeilles et 
de Soumande. Jean Carreau mourut au mois de sep.tembre 1707. 

II. — Cabriel Carreau, fils du précèdent, résidait à Aubusson 
en 1700. On le trouve, en 1709 et 1714, qualifié seigneur d'Hautefaye 
et du Planchât, contrôleur général ancien des finances, bois et 
domaines de la généralité de Moulins. Il fut aussi président de la 
juridiction des dépôts de sel des villes d'Aubusson, Cbénérailles et 



•(1) Cette famille, en se fixant à Aubusson, transforma son nom en 
celui de Biennousvienne. Elle a fourni plusieurs notables entrepre- 
neurs de Tancienne manufacture royale de tapisseries. 

(2) Commun de M. Antoine Thomas, loc. cit. 

(3) En 1528, Gilles Robichon était appurenli tapissier à Aubusson . 
Au siècle suivant (16i4), autre Gilles Robichon, conseiller du roi et 
procureur en la chàtellenie, devient acquéreur de la seigneurie d e 
Poux, paroisse de Saint«Amand, ancienne terre de la maison d'Aubus* 
000. 



Digitized by VjOOQIC 



-106 - 

Aliiin. Il épousa Marguerite Foureton de Margcleix (1) et mourut 
avant 1718, année où sa veuve nommait le desservant de la vicairie 
d'Haulefaye, comme tutrice de ses enfants mineurs. Celle-ci était 
exemple de la taille en sa qualité de noble, en 17â5; elle vivait 
encore en 1729. 

III. — François Carreau d'Haulefaye, conseiller du roi; contrô- 
leur des finances en la sénéchaussée de la Marche à Guéret. Sa fille, 
Marie-Rose Carreau, épousa Jean-Louis de Myomandre, écuyer^ 
seigneur d'Âlleyrat et de Laubard, mort en 1729. Le il avril 1730, 
en la maison noble du lieu de Laubard, noble François Carreau 
d'Haulefaye, tant en son nom comme créancier privilégié de la 
terre et seigneurie de Laubard que comme père et udminislrateur 
de dame Marie-Uose de Myomandre, donne son domaine de Héouse 
à titre de bail perpétuel et emphytéotique. 

Marie-Rose de Myomandre épousa en secondes noces Jean-Silvain 
Rondeau du Saillant qui éiait mort en 1747. François Carreau 
d'Hautefaye et sa fille, Marie, veuve Rondeau, étaient, en 17i7, co- 
seigneurs d'ÂlIeyrat et de Laubaid. 

En 1736, François Carreau d'Hautefaye joignait à ses titres celui 
de seigneur de Pimpérigeas. 

IV. — LÉONARD-ANTOINE Garreau, écuyer.fils deCabriel Carreau, 
dès 1734, conseiller du roi, président juge de ses fermes aux Dépôts 
des sels d'Aubusson, Chènérailles et Ahun, habitait Aubusson. Il est 
qualifié sieur du Planchât en 1753, sieur de la Seiglière en 1756, 
seigneur d'Hautefaye, en 1766, et prési Jent trésorier de France au 
bureau de la généralité de Moulins. Le 10 novembre 1772, il fut 
nommé par Louis XV maire de la ville d'Aubusson. 



(1) Les Foureton, primitivement fabricants de tapisserie à Aubus- 
son, étaient seigneurs de Margeleix dès 1639. En 1684, Laurent Fou- 
reton, écuyer, gentiUiomme de la manche du roi, fait aveu pour les 
nefs de Mai-geleix et de Comborl. M. Foureton de Margeleix, garde 
du corps, fut chargé de l'éducation militaire du marquis de La 
Fayette, qui visita Margeleix avant d'être le héros de la guerre de 
rindépendnnce américaine. V. notre étude sur le Puy-MaUignat et 
ses environs. Mémoirei de la Société deê Scienceê do la Cnuiê. tome 
V. Guéret. 1886, p. 216. 



Digitized by VjOOQIC 



— 107 - 

V.— Nicolas Carreau, fils du précédent, sieur d'IIautefaye, 
conseiller du roi, contrôleur desfinancesen la généralité deHoulins, 
nommait à la vicairîe d'Hautefaye en 1759. Il mourut sans enfants 
avant 1784. 

VI. — François-Laurent-Léonard Carreau, sieur d'Haulefaye, 
frère de Nicolas Carreau, qui précède, fut, lui aussi, contrôleur des 
finances en la généralité de Moulins. Il vivait encore en 1786, et il 
mourut sans postérité. 

Sa sœur, Gabrielle Carreau épousa Augustin Mage, sieur de la 
Chezolle, près Aliun, avo&'it à Paris. Son père, Pierre Mage de la 
Chézolte, originaire d'Aubusson, avait un important magasin de 
tapisseries à Paris, rue de la Huchette (1). Il était» en réalité, com- 
missionnaire en tapisseries et tapis. Il mourut en 1760, et son 
gendre, Jean-Louis Rogier, continua son commerce après lui. 

Augustin Mage eut de sa femme, Cabrielle Carreau : 

l'» Abdon -Jean René Mage, sieur d'Hautefaye et de Vallansange, 
qui suit ; 

S^Ceneviève Mage, qui épousa François de La Porte, médecin à 
Aubusson ; 

3« N... Mage, mariée à Cilbert-Pierre Bussière, notaire à Chéné- 
raiiles ; 

4* Marie-Thérèse Mage, religieuse au couvent de Blessac, près 
Aubusson. Après la fermeture des monastères, en 1790, elle se 
retira dans sa famille, au château d'Hautefaye, où elle avait un 
petit oratoire, et où elle mourut, en 1835. 



(1) Pierre Mage de la Ghézotte épousa Geneviève Piilon, dont il 
eut: 

i«> Augustin Mage, époux de Gabrielle Garreau ; 

29 Marie-Louise Mage, mariée à Paris, le 30 décembre i745, à 
Michel Laboreys de Châteaufavier, inspecteur des manufactures de 
tapisseries d'Aubusson el de Felletin ; 

3'» Mario-Anne, qui épousa, le 15 mars 1733, Ranon de la Vergne, 
châtelain d'Ahun ; 

4** Geneviève, mariée le 22 juin 1761, à Jean-Louis Rogier, avocat à 
Paris, successeur de Pierre Mage, son beau-père, comme négociant 
de tapisseries à Aubusson et à Paris. 



Digitized by VjOOQIC 



— 108 - 

Le partage de la succession (rAugiislin Mage et de Gabrielle Car- 
reau, futfail à Paris, devant maîtres Choron et Lecau, notaires au 
Châlelet, le 29 novembre 1784, entre Abdon-J^an-Uenè Mage, les 
enfants mineurs de feue M"« Mage, veuve Bnssière, et Geneviève 
Mage, épouse de Françoise de La Porle. 

Abdon-Jean-René M'ige, avocat en parlement, lienlenanl-général 
de police à Aubnsson, eut dans son lot la terre dllaulefaye, après 
le désislement de son oncle, François- Léonard Carreau, frère de sa 
mère, Gabrielle Carreau, qui n'avait pas d'enfant. Il fut Tun des 
députés de la ville d'Aubusson qui se rendirent àGuérel, au mois de 
mars n89, pour la rédaction du cahier du tiersrélat de la séné- 
chaussée de la Marche. l\ avait épousé Marguerite Prugnier, et il 
faisait, sous le nomdesa femme un important commerce de sel à 
Aubusson. Leurs enfants furent : 

{<^ Jean-Uaplise-Toussainl i/ajfc d'IIautefaye, qui fut agent muni- 
cipal à Anbusson, à Tepoque du Directoire. Il épousa M"»» Leclerc, 
fllle de Gaspard Leclerc du Drillel, entreposeur des tabacs à Aubus- 
son et de Gilbeite Paris. De ce nlariage, un fils et Irois filles ; 

2° Abdon-Jeau-nené iiiige, capitaine retraité, chevalier de la 
légion d'hoimeur qui s'allia à une lamille du Derry. Il eut de cette 
union deux fils. 

L'aîné, maître de pension à Paris et à Saint-Denis, où il dirigeait 
une école préparatoire pour la marine, fut père d'Abdon -Eugène 
Mage, né à Paris, le 30 juillet 1837. Aodon-Eugène Mage entra dans 
la marine dans sa quatorzième annéeetilélait enseigne de vaisseau 
le !•'' septembre 1855. Décoré à Wans, il fut bientôt promu lieute- 
nant de vaisseau. Son grand voy.ige du Sénégal au Niger Ta placé 
au rang des plus célèbres explorateurs de TAfrique. M. Mage allait 
être promu capitaine de frégate, lorsqu'il périt avec la Gorgone et 
tout l'équipage qu'il commandait, dans la nuit du 18 au 19 décembre 
1869, dans une tempête, à l'entrée du goulet de la rade de Brost. 

Le château d'Hautefaye est actuellement la propriété de la famille 
Colaud, 

Cyprien PÉRATHON, 



Digitized by VjOOQIC 



DU MOUTIER-D'AHUN 



1. — Fondation de TAbbaye 



t-'*«ji M\ mil approchait. L'an mil qui devait amener la fin du monde! 
I^es c^ onalions aux églises et aux monastères affluaient de toutes 
parl^^ cliacun espérant ainsi fléchir les rigueurs de la justice divine. 
Boso XI, comte de la Marche, se décida, en 997. à suivre l'exemple 
généîti-al. 

Pc^ \\r le salut <ie son âme et de celles de ses parents, sur Texhor- 
la' îo m \ de son fidèle Hugues de Gareill, il transforma en monastère, 
avec^ Tassentinient de Tévêque Alduin (dit aussi Hilduin), une église, 
^^n^^erée à Noire- Dîime, que sa famille possédait, près d'Ahun, de 
"^" M^^3 antiquité. Boson donna à Dieu et au couvent de Saint-Pierre 
^^ «Torche le nouveau monasière, qui fut soumis à la règle de Saint- 
^ *^ ^:^îtel placé sous Panlorilé dWdalbaldus, abbé d'Uzerche, et de 
^ "^^ uccesseurs. Quand celui qui sera à la lôte du monastère viendra 
ourir, Tabbé d'Uzerche choisira un des siens pour le rem- 






^,^-^\ ^ ^ Pièces juslilicalives, n® I. « On a dit que l'évoque lliliuin 
j.'^^^^^^^sa les moines (i'Aliun, Irois jours ;ivanl sa mort arrivée en i0l4, 
<^^^"^ *- une erreur. Ce sont les moines d'Kynioutiers qui furent chassés, 
\»^ ^ ^<:ti Stephani Ahenti^ au lieu (|ue la Sainte- Vierj^e est patronne de 
^^Xise abbatiale d'Ahun ». (Pouîllé de Nadaud). 



V 



Digitized by VjOOQIC 



- iiO - 

Le monastère da Moutier-d'Ahun èlait donc subordonné à celui 
d'Uzerche, En quoi consistait cette dépendance? Entrainaît-elie 
des redevances en argent ou en nature? Je ne sais; cependant ce 
n'est guère probable, car les droits pécuniers ne se perdaient pas 
facilement, et il en serait resté traces. 

Quand et comment cette dépendance prit-elle fin? Je ne saurais 
le dire avec une complète certitude. Elle se maintint au moins 
jusqu'à la fin du xii« siècle. En effet, une bulle de Lucius II (15 juil- 
let lUi) (i), rappelle que les monastères de Tourtoirac et d'Ahun 
dépendent de celui d'Uzerche, D'autres bulles d'Eugène III (30 jan- 
vier 1145) (2), d'Alexatidre II (vers 1178) (3), confirment à l'abbaye 
d'Uzerclie la propriété de tout ce qu'elle possède justement et 
canoniquement, notamment les monastères de Tourtoirac et d'Ahun 
avec toutes leurs dépendances. I^a fréquence même de ces bulles, 
le besoin qu'éprouvait l'abbaye d'Uzerche de faire constater ses 
droits prouvent qu'ils étaient contestés et méconnus par les moines 
du Houtier-d'Ahun. 

Les religieux d'Uzerche avaient recours aux évoques de Limoges, 
aussi bien qu'aux papes. En 1185, Sebrand, êvèque de Limoges, 
leur confirme la pro|)rièlé des monastères et des églises qu'ils 
possèdent dans son diocèse, notamment les monastères d'Ahun et 
de Maymac, avec tout ce qui en dépend, monastères qui sont à 
perpétuité soumis à relui d'Uzerche comme une fille à sa raère 
<c ul fiUa malri ». Mais dans cette même charte (4), l'évoque re- 
connaît aux moines d'Ahun le droit d'élire, parmi eux, leur abbé, 
avec le consentement de l'Abbé d'Uzerche et sous la Seule condition 
que l'élu fera, avant ou après Téleclion, profession au monastère 
d'Uzerche. 

Ce droit d'élection semble avoir déjà été reconnu par le pape 
Lucius III dans sa bulle du I»»" juin !18i. C'était le premier pas vers 

(1) Carlulaire d'Uzerche n<» 2. 

(2) id. n" 104. 

(3) id. no 123. 

(4) id. n» 105. 



Digitized by VjOOQIC 



— m - 

l'indépendance, qui doit être devenue complète dès le xiiP siècle, 
car nous ne trouvons plus traces de relations entre les deux 
monastères. 

Cependant une bulle de Paul II (146(>), confirme Tapprobalion 
donnée en 1462 par son prédécesseur Pie II à une bulle de 
Grégoire VIII qui aurait concédé, en 1190, à Tabbaye d'Uzerche 
le monastère «rAbun avec toutes les églises ou terres qui en dé- 
piindenl (i). Nous devons faire remarquer que celte date de 1190, 
est sûrement inexacte. Grégoire VIII a été pape en 1187, et son 
ponlificat n'a duré que deux mois, du 20 octobre au 17 décembre. 
C'est peut-^tre le cas d'appliquer le proverbe limousin : Menteur 
comme le cariulaire d'Uzerche. 



li. — Eglise et Râtiments de lAbbaye 



L'église donnée par Boson servit certainement pour les exercices 

reJigieuxiln nouveau monastère; plus tard on en construisit une, 

^/2s doute plus vaste et plus luxueuse. La partie romane conser- 

vê€ de l'église actuelle du Moutier-d'Ahun porte le cacbet du 

x^///» siècle (2). 

/.'«!:> baye eul, comme le reste du pays, à subir les ravages des 
^ng-f^is et des routiers (3); son église fut en partie détruite. 
0/1 oi-cîonna, en 1489, de la reconstruire. Les religieux durent se 
"ieii,«-«r5 de suite à l'œuvre, car le porche, qui subsiste encore, est du 



(O ^ - ... Concessit Aldeberto, abbati, et monasterio Usercensi mo- 
nasL^ï-i urn Agedunense cum omnibus ecclesils sive terris ad idem 
perL%.n^nlibus (CartuUU'e d'Uzerche !io 1042). 

('^^ V^ar son testament, l'ait à Kvanx, le 10 des calendes d'avril 1263, 
iVini^ï-îc de la Serre, évêque de Limoges, légua à l'abbaye d'Ahuii 
'300O 2SOUS pour bàlir un cloître et le mur de clôture de l'abbave 
I^BuiCc^ein du Limousin, IV. 130). 

^^ -^" trouve, dans le (Uirtulaive dca Temm, des testaments des 
^^Vi*i^^t*^5res années du xv® siècle, qui contiennent des legs pour les 
^;>>jv\,*54.tiorjs du monastère du Moutier-d'Abun. 



Digitized by VjOOQIC 



- 112 - 

XV siècle, ainsi que les deux chapelles, placées à droite et à gauche 
de Tabside. Ce nouvel édifice n'eut pas longue durée ; les guerres 
religieuses ne furent pas moins funestes à Tabbaye que la guerre 
de Cent-Ans. 

Eu 1591, un parti de ligueurs, commandé par de Toirac, est 
poursuivi par Foucaud, comte de Saint-Germain, gouverneur de la 
Marche. Ces ligueurs se jettent dans Tabbaye, qui est entourée de 
fossés, s'y fortifient et sont assiégés par Foucaud. Plusieurs assauts 
sont donnés; dans Tun d'eux le comte de Saint-Germain est blessé 
d'une arquebusade à la tète — blessure dont il mourut quelque 
temps après — l'abbaye est incendiée et ruinée à peu près complè- 
tement (1). La nef de l'église s'écroule, les transepts sont éventrés, 
les bâtiments des religieux sont entièrement détruits: Il ne reste 
debout que le porche et la partie romane de l'église, les murs du 
réfectoire et une partie du logement de l'abbé. 

Les religieux ne sont pas assez riches pour reconstruire une 
seconde fois leur éj^lise, ils se contentent de faire déblayer rempla- 
cement de la nef et de boucher les brèches du transept, dont les 
bras disparaissent. Privés d'abris, ils se dlspers3!ït dans les maisons 
du bourg, où plusieurs avaient leur famille. C'est seulemenl en 
1610 qu'ils reprennent ta vie commune; ils s'inslallenl dans la 
partie rotiservée du logement de Tabbé, consistant en une petite 
chambre de do;nestique, une cuisine, une écurie qu'ils transforment 
en réfectoire, à Télage deux grandes chambres, dont une seule 
habitable sert de dortoir commun. 

Telle était la situniion en 1611 quand dom Marcaille visita 
Tabhaye, qui venait d'être annexée à l'Ordre de Cluuy. Ce visiteur 
constate, dans son procès-verbal, que les religieux, autrefois au 
nombre de 13, ne sont plus que 8, novices compris; que le chœur 



(1) En 1619, les religieux font rebâtir la grange, qui est vis-à-vis la 
grande porte de Téglise et dans l'enceinte de la basse-cour do 
l'abbaye, à leurs f'*ais et dépens, lacpielle aurait été brûlée et ruinée 
en 1501, avec la plus grande partie de ladile al)baye, après avoir été 
prise, assiégée et reprise et enlièrenient pillée avec les litres et en- 
sei<rnements d'icelle (tl. 48, c'est-à-dire dossier 48 de la série H, tonds 
ecclésiastiques, des Archives Départementales de la Creuse). 



Digitized by VjOOQIC 



- 113 — 

deTéglise est sans treillis ni clôture; les maraiiles sont crevassées, 
les fenêtres sans vitres. « Au lieu où eslayenl les cloîtres, qui sont 
à présent ruynès, il ne reste que dix piliers encore debout; du coslé 
du chœur de Péglise on trouve les marques seullement de quatre 
chambres, entièrement ruynèes et par terre, et de l'autre coslé du 
grand logis, trois autres chambres entièrement ruynèes, réservé 
quelque peud de muraille et leur enceinte, lesquelles ruynes on 
nous a dict être arrivées par les soldats des guerres dernières de ce 
royaume, les religieux estans sans dortouer et habitations régu- 
lière, logeans pesle mesie, despuys un an en ça qu'ilz se sont rangés 
à vivre en communauté, au logis et chambre du sieur abbé. » 
(H. 21). 

Don Marcaille prescrivit de construire* au-dessus du réfectoire, 
huit chambres pour le dortoir des religieux. Cette construction ne 
fut faite que près de 40 ans plus tard, en 1648. Hais, en outre des 
cellules, les moines firent élever tous les bâtiments accessoires, 
nécessaires pour rendre leur installation aussi confortable que 
possible. 

Voici, d'après un procès-verbal de 1656(1), quelle était la disposi- 
tion de ces bâtiments neufs : 

Parallèlement à la nef ruinée, dont ils sont séparés par une cour 
ou cloître, se trouvent le réfectoire et la cuisine, au-dessus desquels 
il y a sept cellules pour les religieux et une grande chambre où 
habile le prieur. Toutes ces pièces donnent sur une belle galerie, 
aboutissant à un escalier en pierre qui conduit dans la cour; 

En équerre, entre ce bâtiment et Téglise, un petit corps de logis 
contenanl le cabinet du prieur et un aulre cabinet ou garde-robe, 
d'où Ton descend dans la cour par un escalier en bois. Cet escalier 
communique avec l'escalier en pierre par une galerie, ce qui per- 
met aux moines, sortant de leur dortoir, de se rendre à couvert 
jusqu'à une porte de Téglise. Sur un palier de l'escalier .en bois, 



(1) Ce procès- verbal est celui de la division des biens et revenus 
de Tabbaye en trois lots égaux, dont il sera pirlé plus loin. 

8 



Digitized by VjOOQIC 



- 114 - 

86 IroQve une fenèlre qui a vue sur Téglise pour la commodité des 
malades; 

Dans la deuxièuie cour est adossée au piguoii de la cuisine une 
salle dont la destination n'est pas indiquée. On se rend de la cuisine 
dans cette salle par un vestibule, aux deux côles duquel sont deux 
garde-mangers. On descend de celte salle dans la seconde cour par 
un perron eu pierre, et Ton entre dans deux petits caveaux 
voûtés ; 

Adossé au pignon de cette salle est un autre petit corps de logis, 
dans lequel il y a d*un côté une écurie à deux rangées, et de Tautre 
un fournil ou boulangerie, placée dans une ptUile tour carrée. 
Au-dessus du fournil, un passage communiquant avec une autre 
tour carrée, au coin de la sacristie; le tout nouvellement construit; 

Le logement de Tabbé, situé du côlé du porche en avant des 
bâtiments que nous venons de décrire, n'avait pas été modifié sauf 
quelques réparations faites en 1631; son état de dégradation alla 
même en augmentant, les abbés commendataires, qui en générai ne 
résidaient pas, ayant cessé de Pentretenir. 

De 1673 à 1681, les religieux s'occupèrent de !*ornementation 
intérieure de leur église; ils tirent exécuter les belles boiseries, qui 
sont aujourd'hui classées comme monument historique. Ils traitè- 
rent, moyennant 800 livres, avec Simon Bouer, « scrupteur <», rési- 
dant à Menât en Auvergne,ponr la confection du niagniflque retable 
qui s'étend à droite et à gauche du luailre-autel ; les panneaux 
sculptés, qui garnissent les murs latéraux sont peut-être aussi 
l'œuvre du même artiste; les stalles et la grille à claire-voie, qui 
sépare le chœur de la nef,sont également ornées de sculptures, tuais 
inférieures à celles du retable (I). 

L'abbaye n'avait jamais été bien riche, ses revenus allèrent en 
diminuant, elle ne put donc relever les [lariies détruites de sou 
église; elle dut se contenter d'entretenir tant bien que mal les 



(!) Les boiseries du Moutier-d*Ahiin, par M. Autorde. Bulletin de 
la Société des Sciences Naturelles et Archéologiques de la Creuse, 
YIII, 219. 



Digitized by VjOOQIC 



- 115 - 

portions sabsistantes. Une visite, faile en 1770, constate que la 

^oùie et les murs de la sacristie ont besoin d'être refaits, les grands 

^''ceaux du chœur ont fléchi de six pouces, la toiture du chœur a 

besoin d*une forte réparation, estimée 700 livres; le clocher, en 

pierres de taille, est en bon état, il suffit de le repiquer. 

^ous voyons aujourd'hui Téglise telle qu'elle existait au xvu* 
S'ecje : le portail, dont rorneroentation est si élégante ; 

l^'^e cour de 24 mètres de longueur, représentant remplacement 
'"ancienne nef, dont il ne reste que quelques nervures ; 

. Partie romane, qui sert d'église paroissiale depuis 1846. Cette 
^ ^^a plus que Fabside, le chœur, le transept sans bras, un 
tlC^MV^V central ; « le tout se distingue par la grande simplicité des 
V\{nes et rex.cessive sobriété de Tornementation (1) ». 

Dans une autre circonstance Pabbaye fut encore victime des excès 
des gens de guerre; mais, cette fois du moins, les bâtiments n'eu- 
rent pas à souffrir, le dommage se réduisitaa pillage de quelques 
objets et surtout des provisions de bouche. 

Le i6 avril 1640, arrivèrent au Moutier-d'Âhun sept compagnies 
de gens de pied, du régiment du duc d'Ënghien, sous la conduite du 
capitaine Lescot; les habitants de la paroisse du Houtier-d'Ahun, 
ayant entendu dire que ces soldats vivaient licencieusement, avaient 
déserté leurs maisons; ces soldats, au nombre de 700, sous la 
conduite de leur capitaine, pénètrent de force dans Tabbaye, entrent 
dansTéglise et volent différents objets, dont un calice d'argent, 
« les dicts soldats pillèrent les caves et emportèrent deux lars, (2) 
dix jambons, une poitrine de bœuf salé, huit grands pains bis, de 
chacun nu boisseau de bled ; . . . emportèrent un petit coffre dans 
lequel estaient les litres de lad. abbaye ... ; emportèrent une arque- 
buse que les religieux avait pour la garde de leur maison ... ; rom- 



(1) L'église du Moulier-d'Ahun, par M. Autorde. Bulletin de la 
SocUté des Sciences naturelleit et archéologiques de la Creuse VII. 429. 

(2) On appelait un lard le porc entier moins la tète, les membres et 
les entrailles, et qu'on salait dans une caisse en bois ayant la forme 
de celle dépouiUe. ^ 



Digitized by VjOOQIC 



- 116- 

pirent aussy la porte de leur collomber et Ihuërent tous les 
pigeons etc. (3) ; » 

Le sceau de Pabbaye était losange d*ur et de gueules à un éciissou 
d'argent brochant sur le tout, chargé d'une Notre-Dame de carna- 
tion, velue de gueules et d'azur, tenant le pelit Jésus de carnation 
{Bulletin du Limousin XXIV, p. 94). 

L'église du Moutier-d'Ahun, qui avait une fort belle sonnerie, 
perdit trois de ses cloches en 1793. 



III. — Oi^nisalion intérkure de l'AbiNiye 



±^ Les Abbés 

Nous avons vu que, d'après la charte de fondation de 997, les 
premiers abbés d'Ahun ctaiont nommés par Tabbé d'Uzerche, qui les 
choisissait parmi les religieux de son monastère. Dès le commence- 
ment du xiP siècle, les moines d'Aliun prétendaient que c'était 
parmi eux que ce choix devait être fait. L'abbé d'Uzerche, sur les 
instances de l'évêque de Limoges, donna satisfaction à leur désir et 
nomma l'un d'eux, Clarus, qui lui avait promis obéissance. Bientôt 
ils poussèrent plus loin leurs prétentions, ils réclamèrent le droit 
d'élire eux-mêmes leur abbé. Comme nous l'avons dit, ce droit leur 
fut reconnu, vers la fîn du xir siècl(% par le pape Lucius III, et 
par révoque Sebrand sauf l'assentiment de l'abbé d'Uzerche, assen- 
timent qui ne larda sans doute pas à ne plus être exigé, car à partir 
du siècle suivant, nous ne trouvons aucune pièce mentionnant 
l'intervention de l'abbé d'Uzerche. 

Les moines altachaieul une grande importance à ce droit d'élec- 
tion, qu'ils regardaient comme nécessaire à leur indepemlance. De 
temps en temps l'aulorilé civile tâchait de peser sur la décision, 

(3) Knquôte par EUeniie îSeiglière, sieur de Jouhet, vice sénéchal de 
la Marche (H. 27)^ 



Digitized by VjOOQIC 



- H7- 

elle leur imposa même, en 1469, un abbé commendataire : Jean 
d'Armagnac^ fils <lu comte de la Marche ; mais, après sa mort, 
Tancien usage fut remis en vigueur, les moines élurent leur cbam- 
brier, Jean d'Aubusson. 

L'élection de Tabbè était faite par les religieux, capilulairement 
assemblés. Nous pensons que les prieurs dépendant de Tabbaye 
devaient être convoqués à ce chapitre, car Pierre de la Marche, 
iluiil nous allons parler, se dit élu « amajori parle totius conveiUus 
tandis que de Saint-Marcel Ta été par religieux non profès, ymo par 
cotninendataires. » Citte qualiQcation ne peut s'appliquer qu'aux 
lllulaires des bénéfices, qui parfois étaient pris en dehors des reli- 
gieux du Mouiier-d'Ahun. Du reste c'est ce qui se pratiquait à Saint- 
Martial, dont Tabbé était élu non seulement par les moines présents 
à Limoges, mais par les abbés, prévôts et prieurs qui dépendaient 
du monastère. 

Les élections donnaient lieu parfois à de regrettables dissenti* 
nients, ilse produisait des compétitions ardentes qui entraînaient 
de graves désordres. C'est ce qui arriva en I0O8, àla mort de Martial 
iJillou. Nous allons donner le récit détaillé de cette élection mouve- 
mentée : 

Les religieux s'assemblent pour étire le successeur do Martial 
Blllon, les voix se partagent entre Pierre de la Marche et Guillaume 
de Saint-Marcel, qui fait conQrmer son élection par l'évèque de 
Limoges. Pierre de la Marche en appelle au Métropolitain et la con- 
firmation de rélection est annulée. 

De Saint-Marcel avait pris possession de l'abbaye ; il en est chassé 
par ses opposants, dirigés par deux d'entre eux, Jacques de Monta- 
gnac et Pierre Redier, auxquels les moines confient l'administration 
du temporel. De Saint-Marcel • va aux officiers de la Marche » et 
fait ajourner Montagnac et Redier devant le sénéchal, qui les somme 
de rendre (X certaines clefs et biens. » Ils s'y refusent, disant que 
a ils les ont par le couvent qui a l'administration. » Le sénéchal les 
condamne à restitution^ ils se déclarent appelants. 

D'autre part, Philippe de Dillon, trésorier du comte de la Marchai 



Digitized by VjOOQIC 



était venu du vivant du défunt abbé — son parent probablement — 
s'installer à Tabbaye avec sa femnie et ses enfants <r parce qu*on se 
mourait à Guéret. » Il voulut faire nommer abbé c un sien neveu »^ 
les religieux n*y ayant pas consenti, il persuade à la comtesse de la 
Marche qu'elle a droit de garde sur Tabbaye pendant la vacance 
du siège et obtient commission de main-mise sur les revenus de 
la dite abbaye. Les commissaires Philippe Aulort et Jacques Doizon, 
sieur de la Journalière, se présentent devant le monastère; les 
portes leur sont fermées, on leur tire même, à ce qu'ils disent, 
« de Tartillerie p. Ils reviennent à la téie de gens armés, mettent le 
siège devant Tabbaye, un prêtre est tué d'un coup d^arquebuse. 
Eutrésdans le monastère, ils s'emparent de tout ce qu'il renferme, 
obligent les fermiers et censiers à renouveler leurs baui ou à en 
verser le montant entre leurs mains. Le syndic fait opposition et dit 
que le couvent a radminisiration,le siège vacant. Le sénéchal main- 
tient la main-mise et défend de s'opposer aux actes des commis- 
saires ; le syndic fait appel. Les religieux, auxquels on ne laisse 
rien pour vivre, sortent de l'abbaye. 

Les commissaires avaient fait venir devant eux Georges Boirat, 
prêtre, ce chargé de publier le jour où sont donnés les fermes et 
cens. » Comme il n'avait pas voulu se prêter à leurs exigences, ils 
font piller ses biens et enlever ses bestiaux. Boirat se plaint au 
sénéchal de la Marche, qui refuse de lui faire droit ; le prêtre se 
déclare appelant. 

De Saint-Marcel, de son côté, fait appel contre la main-mise 
(qu'il avait sollicitée, au dire de Pierre de la Marche), mais seule- 
ment en novembre 1508, plus de quatre mois après rexéculioii. 

Toute cette série d'appels vint devant la cour de l'archevêque de 
Bourges, qui rendit son jugement le mardi 22 mai 1509 : 

La Cour décide que la main-mise a été abusive et condamne la 
comtesse de la Marche aux dommages et intérêts soufferts à cause 
de cette main mise ; 

Un notable personnage lai sera chargé de Tadminislration du 
temporel, il fournira aux religieux les vivres et le nécessaire; 



Digitized by VjOOQIC 



Deux religieux non suspccls^ ni favorables à Tune ou à Taulre 
parlie, seront chargés de radininislraiion da spirituel ; 

Les religieux seront contraints de rentrer à Tabbaye ; 

La Cour verra les informations pour excès et, en attendant, 
Autort et Doizon seront mis prisonniers en la conciergerie ; 

Le couvent de Tabbaye se réunira pour procéder à une nouvelle 
élection (H. 4). 

Le dossier ne nous f«iitpas connaître le résultat de cette élection. 
Ce fut, je crois, la dernière. En 1516, survint entre Léon X et Fran- 
çois I"* le Concordat, qui donnait au roi le droit de nommer les 
évèques et les bénéficiaires, rinslitution canonique, étant exclusive- 
ment réservée au Saint-Siège. A partir de cette époque les abbés 
li'Aliun furent tous commendataires. Le premier de ces abbés com- 
mendataires est Philippe Billon, elle dernier Jean-Elie de Nesmond, 
qui vit supprimer Tabbaye en 1789, en même temps que les autres 
monastères de l'ancienne observance d3 Cluny. La plupart de ces 
abbès prirent un « vicaire général ès^spirituel et temporel, qui 
était leur procureur fondé par lettres de procuration à lui baillées et 
passées par devant notaire. » 

Les abbés commendataires étaient, en général, considérés comme 
ff la ruine des monastères, beaucoup n'ayant en vue que leurs inté- 
rêts propres et augmentation de leurs rentes et revenus d (i). Ce ne 



(i) Les abbés commendataires..: Encore bien qu'il s'en trouve 
ayant l'honneur de Dieu en recommandation et le bien et a\ance- 
menl de leur monastère, comme nous l'avons expérimenté en celui- 
ci et en plusieurs autres, néanmoins parlant universellement c'est la 
ruine des monastères, car s'il s'en trouve un qui soit porté d'un 
saint zèle pour ce qui touche le service de Dieu, il s'en trouve d'au- 
tres qui n'auront en vue que leurs intérêts propres et augmentation 
de leurs rentes et revenus ; car n'étant pas les vrais pères de leurs 
religieux ils les traitent, au moms pour la plupart, non pas en 
enfants,mais ea esclaves, retenant pour eux le meilleur des revenus, 
ne donnant aux relipieux que ce qu'ils ne peuvent pas leur ôter. Et 
de là procède lu chûie des bâtiments, la démolition des temples qui 
ont été si magnifiquement b&lis, où Dieu a été si fidèlement servi 
aulrefois,ei plusieurs autres calamités que nous voyons tous les jouri. 

Ainsi, le bien qui avait été donné autrefois si libéralement par les 
rois, princes et grands seigneurs, pour l'entretien et augmentation du 
ëervice divin et pour le salut de leurs ftme0| goit à prdéent b oo quo 



Digitized by VjOOQIC 



fut pas le cas pour le Moulier-d'Ahun, dont la plupart des abbés 
coiuiueiidalaires se sont montrés assez peu intéressés. Cependant 
il s'en est rencontré quelques-uns qui s'efforcèrent de réduire la 
part de revenus appartenant aux religieux. Ceux-ci avaient une 
mense monacale qui leur était propre et recevaient, en outre, de 
Pabbé une pension en blé. 

En 1638, Tabbé Thomas Coquille plaida avec ses religieux au 
sujet de cette pension, il fut condamné, par sentence des Requêtes 
du Palais, à leur payer une pension annuelle de 7i setiers de fro- 
ment. Sou frère et successeur, Louis Coquille, reprit le procès en 
1651. 

Un arrêt du grand Conseil (il février 1656) décida que, pour les 
années échues depuis 1851, Louis Coquille paierait aux religieux 
les arrérages de leurs pensions accoutumées à raison de 2i setiers 
de blé, mesure d'Aliun, et 8 poinç)ns de vin, mesure de St-Amand 
(Cher), au prieur; 12 setiers de blé et 4 poinçons de vin à chaque 
religieux; 6 setiers de blé et 2 poinçons de vin à chaque novice; 
enfin i poinçons de vin pour fentrelien de la sacristie. Pour l'avenir, 
« partition sera faicte de tous les biens, domaines ou revenus de la 
dite abbaye en trois lots esgaux, dont l'un sera pour ledit abbé, 
l'autre, exempt de toutes charges ordinaires et extraordinaires, 
pour les religieux, et le troième demeurera affecté aux dites char- 
ges. » Ledit abbe mettra en bon état le lot des religieux, ceux-ci 
Tentretiendront à l'avenir « et ce à la charge de remplir le nombre 
de huict religieux et plus, si le revenu de leurs terres le peut 
porter. » 

La division en trois lots fut faite par Jean de Bernage, seigneur 
d'Avrigny « conseiller du roy en son Grand Conseil et commissaire 
par icelluy députté en cette partie. » Son procès-verbal, contenant 
1058 feuillets, est aujourd'hui conservé dans la bibliothèque de la 
Société des Sciences naturelles et archéologiques de la Creuse. Lors 



Messieurs les Abbés soient superbement traités et pour se faire traî- 
ner dans des carosses, el à la mienne volonté qu'il ne fût pas employé 
en choses pires.... (Chronique de monastère de Solignac, par dom 
Suma&, publiée par M. l'abbé Lecler;« 



Digitized by VjOOQIC 



- iîi - 

de rétablissement de ce procès-verbal, les religieux et Tabbë furent 
loin de se montrer conciliants, ils se traitaient même avec peu de 
convenance par Torgane des avocats qui les assistaient, aucune des 
parties ne voulait rabattre de ses prétentions et, chaque jour, 
Jean de Bernage était obligé de leur donner acte de leurs dires et 
de les renvoyer au Grand Conseil pour être fait droit. Un nouveau 
procès devint donc uécessairei il fut réglé par un arrêt du Grand 
Conseil, en date du 23 juin 1658. En voici les principales disposi- 
tions : 

La collation des bénéQces dépendant de Tabbaye appartiendra à 
Tabjé et « s*il y en a aucuns dépendant des offices dudit monastère, 
la présentation ou collation d'iceux demeurera auidits religieux ; 

c Le nombi'e de huit religieux sera incessamment rempli, et 
appartiendra à l'abbé la iiominalion desdits religieux, lesquels 
néanmoins seront reçus à profession, après Tannée de probation, 
s'ils en sont jugés capables par lesdils religieux capitulairement 
assemblés, à la pluralité des voix » ; 

Le partage des logements de Tabbaye, fait par le commissaire, 
demeurera définitif (1) ; 

Les portions congrues des curés, les pensions d'oblats, les répa- 
rations aux bâtiments, les deux aumônes générales,... seront com- 
prises dans le lot des charges; en cas d'insuffisance, le surplus sera 
pris par moitié sur chacun des deux autres lots. L'adjudication du 
lot des charges sera faite par Tabbè en présence des religieux ; 

La sacristie sera fournie des livres et ornements nécessaires au 
service divin, sur le revenu des places monacales vacantes, jusqu'à 
ce qu'elles aient été rempiles ; 



(1) L'abbé eut l'ancien logement que les moines avaient occupé 
piovisoiremeni en 1611 ; touiefois la seconde grande chambre, en 
mauvais état à cette époque, fut déclarée commune et destinée au 
logement des iiôieâ et religieux étrangers. L'abbé et les religieux lu 
meubleront à frais communs, s'ils le jugent convenable. Tous les 
autres looaux furent attribués aux religieux (procès-verbal de division 
en trois lots). 



Digitized by VjOOQIC 



- 122 - 

Ed ce qui concerne les demandes de 8000 et de 10000 livres (1), 
les parties sont mises hors de cour et de procès, saus dépens (H. 8). 

Louis Coquille, atteint de démence eu 1662, mourut eu 1704 
sans avoir recouvré la raison. Pendant tout ce temps, ses curateurs 
ne troublèrent en rien les religieux ; cette période de tranquillité 
se prolongea encore pendant plus de soixante ans, les abbés Jean 
Geneys et Jean François de TKglise ayant abandonné aux moines 
tous les revenus de Tabbaye moyennant une pension nette de 900, 
puis de 1200 livres. 

En 1769, le nouvel abbé Jean Ëlie de Nesmond reprit les liosti- 
lités avec les religieux. Suivant lui, les églises et les bâtiments 
avaient été mal entretenus, les religieux avaient construit sur son 
terrain des bâtiments neufs, qui par suite devaient lui appartenir ; 
il réclamait les deux tiers des biens rachetés, etc. De là un long 
procès qui ne fut terminé qu^en 1782 par un arrêt du Grand Con- 
seil disposant ainsi qu'il suit : 

L'abbé prendra Técurie construite sur son terrain, sauf à en 
payer la valeur constatée par experts ; 

Il choisira la partie des caves qui lui convient ; 

Il jouira de tous les bâtiments, biens et revenus compris dans les 
2 > et 3<» lots (le 3« est celui des charges) ; 

Les religieux rendront les dîmes qu'ils ont perçues dans ces 
deux lots ; 

L'abbé sera tenu des charges des biens et domaines compris dans 
ces deux lots, et les religieux de celles du {•' lot ; 

Les religieux jouiront des biens rachetés compris dans ces deux 



(1) Les religieux avaient demandé que Tabbé fût condamné à 
rétabhr le cloître elle chapitre de Tabbaye et, e i outre, à i-embourser 
aux religieux les deniers par eux avancés pour la construction de 
leurs b&timents neufs, jusqu'à concurrence de 8000 livres. Pur contre 
labbé demandait que les religieux fussent condamnés soit à réédiûer 
la chapelle Sainte-Catherine, soit à lui paver lOOOJ livi-es pour avoir 
démoli cette chapelle et en avoir employé les matériaux dans leur^ 
constructions neuves. Cette ciiapelle était restée en ruines depuis le 
siège et rincendie de 1591. 



Digitized by VjOOQIC 



- 123- 

lols, jusqu'à ce que Pabbé leur ait remboursé les deux tiers du coût 
des rachats et améliorations ; 

Les religieux et fabbé acquilteronl respeclivemeut les décimes 
imposés sur la mense conventuelle et sur la mense abbatiale : 

Les religieux contribueront au paiement des portions congrues, 
à proportion des dîmes quils possèdent dans le territoire de chaque 
paroisse... (H. li). 

Nous avons dit que le pape s*était réservé rinstitul ion canonique 
des évèques et des bénillciaires; c'était, pour le Saint-Siège, une 
source de revenus. Aiiisi, nous voyons en 15^8 Mathieu Dubois, 
nommé abbé d'Ahun par suite de la démission de son oncle Fran- 
çois Billon, payer 3S5 écus d'or pour les frais occasionnés par la 
délivrance de ses bulles (1) (H. C). 

Les bulles une fois obtenues, l'abbé prenait possession, soit en 
personne comme Louis Coquille, soit le plus souvent par procureur. 
L'installation était constatée par le procès-verbal d'un notaire. Elle 
se faisait suivant un cérémonial, qui nous est décrit par un acte du 
11 mai 1572 : Prise de possession de l'abbaye par Messire Jean de 
Monimnult, abbé, lequel s'est fait représenter par M* Léonard 
Johannaud, prêtre, curé de Blessac. Ledit Léonard Johannaud, 
revêtu d*un surplis, se présente devant tous lesreligieux assemblés 
dans \â salle du chapitre, il requiert et somme le prieur de Four- 
noue c de le mettre, au nom dudit de MontmauU, abbé susdit, en 
la possession réelle et actuelle dlcelle abbaye. » Après avoir pris 
connaissance de ses bulles, le prieur claustral installe Léonard 
Johannaud « dans la chieze abbatiale dudit chapitre, et d'icelle l'au- 
rait conduit à la porte d'icelle église du Moutier-d'Ahun, et en 
chantant, tant par luy que par les autres religieux, vmi creator 
spirilus et liegiwt cœli iœlare^ et en entrant dans ic3lle église aurait 
conduit ledit Johannaud au cœur d'icelle, et estans devant le grand 
bostel, tous à genoulx, auraient parachevé le dit hymne et dit plu- 



(1) Pour un évêque, c'est bien autre chose. L'institution canonique 
d'Antoine de Charpin de Genétines, nommé évoque de Limoges, ne 
lui ooûta pas moins de 143;i3 livres, d'après un état de frais établi 
vers 1700 (H. 110). 



Digitized by VjOOQIC 



- m - 






sieurs autres oraisons eIsuSraiges et, après avoir baissé la voix, 
estant sur ledit hoslel, le dit de Fournoulx aurait installé ledit 
Johannaud au dit nom au siège abatlal d'icelle église... », le lont 
en présence desdits religieux et de plusieurs autres notables per- 
sonnes et habitants dudit lieu du Houtier-d*Aliun (H. 7). 



Liste des abbés (I) 

!• Adulbaldus, 091 -998 (2), nomiué en 998 abbé de Saint-Martial 
(cartulaire d*Uzerche, n® 46). 

2* Guillaume, vers 1048 {cartulaire d'Uzerche n* 498). 

3*» Géraud, 1055 (H. 46). 

4» Gaucelin, vers 1070 (cartulaire tFUzerche, n« 289). 

5' Archimbault, entre 1071 et 1092 (H. 46). 

6* Aimon, vers 1092 {Cartulaire d'Vzerche, n** 318, 443). 

7* Gaubert, 1106-//0* + (Cartulaire (Tllzerche, n« 18). 

S*" Clarus, après 1113-1124 (Mabillon et H. 78). 

9* Géraud, 1141-1147 (H. 2 et Cartulaire d'Uzerche n^ 2 bis). 
IQo Bernard, après 1147-//*/ (H. 2-1). 
11« Bertrand, 1182 (H. 1). 
120 Philippe, 1196 (Gaignières). 
13« Laurent, 1217 (H, 3,46). 
14'» Pierre, 1211-1247 (Gallia-Chriëtiana et H. 363) 



(1) Nous avons donné, dans le Bulletin de 1902, une liste critique 
des abbés du Moulier-d*Ahun, avec une courte notice sur chacun 
d'eux. 

(2) Les nombres, placés à la suite de chaque nom, n'indiquent pas la 
durée des fonctions, mais les dates extrènoes auxquelles nous avons 
constaté lu présence du litulaii-e. Nous les inscrivons en italiques, 
quand ces dates ^ont celles de la nominaiion ou de la cessation des 
fonctions. La date du décès est suivie d'une croix. 



Digitized by VjOOQIC 



- 128 - 

IS^ 1285. Od ne nomme pas Tabbè qui, le 22 juillet 1285, 

reçut rarchevôque de Bourges, visitant les monastères de sa pro- 
vince {Balte se^ Uiscellanées, t. IV, p. 275). 

16« Jean, 1309-1311 {Roy-P^errefilleeCu. 3). 

17* Guillaume, 1340 (H. 72) 

18» Guillaume de Sainl-Domet, avant 1386 (H. 3). 

19» André de Sainl-Domet. 13861390 (H. 3 et Roy-PierrefiUe). 

20» Jean Bourgeois, 1419-1424 {Roy -Pierre fille ei H. 106). 

21» Airaeriç Barlon (1), 1145-1155 {Roy-Pierre/iUe). 

2*» Jean d'Armagnac, 1469-/495 + {Roy-PierreflUe). 

23" Jean d'Aubusson ii93 {Roy Pierre fil le). 

24" Martial Billon, 1508 + (H. 4). 

25» Jean Perrier ? 1510 {Roy-Pierrefille et H. 4). 

Abbés commendatalres 

26* Philippe Billon, 1535-1529 (H. 73, 5). 

27» François Billon, 1543-/547, se démet (H. 6). 

28*» Mathieu Dubois, 1547-1565 -h (H. 6). 

29<» Jean Jacquet, 1565-1571, se démet xRoy-Pierrefille et H. 7). 

30» Jean de Monlmaull(3) 1571-/577, se démet {Roy- Pierre fille 
et H. 75). 

31'» Mathieu Augier, /J76'.i6l8, {Roy-PierrefiHe e\ H. 82 . 

32* Louis Chalîiigner, 1627-1633, se démet (H. 28, 131). 



(I) Il est fait mention d'Aymeric Barton, abbé d'Ahun, dans une 
enquête relative à Féiang de Valensanges (Fonds des Ternes). Je 
n*avais pas encore étudié ce fonds, quand je disais n'avoir trouvé 
aucune pièce relative à cet abbé. 



Digitized by VjOOQIC 



— 126 — 

33« Claude delà Croix (1) 1634-1635, se démet {Roy-Pierrefilte). 

34* Thomas Coquille (2), 1636-/650 + {noy-Pietrefilte et procès- 
verbal de 1656). 

35» Louis Coquille 1650^'llOi + (Procès- verbal de 1656 et H. 
139). 

36« Jean Geneys, 1704-1741 -f- (Roy-Piêrre/iUe et H. \8). 

37* Jean Franc )ls de l'Eglise, 1747-1768 + {Roy-Pierrefille et H. 

96). 

38* Jean Elle de Nesmond, 116^-1789 {Rùi-PierrefllU et H. 29). 



2* Les dignitaires claustraux 

« Dans un grand monastère bèiiëdiclin, les différents détails de 
Tadministration étaient répartis, comme on sait, en de nombreux 
offices claustraux. Leur multiplicité n'entraînait généralement aucun 



(1) On remarqnera deux petites modiflcalions & la liste publiée Tan 
dernier (XIII, 3o8) : JMnscris les dates après le nom de Claude de la 
Croix et je reporte à 1636, au lieu de 1635, Favènement de Thomas 
Coquille. J'ai pu faire ces modifications grâce à Tobligeance de M. 
Gabriel Martin, qui m'a adressé la lettre suivante : 

<r... A propos de Claude delà Croix vous exprimez le regret de 
n'avoir rien trouvé sur cet abbé. Voici un petit renseignement très 
modeste, qui vous sera peut-être agréable. Dans la collection Gai- 
gnières, tome 245, on lit, au folio 8, la copie textuelle d'une lettre 
écrite par le roi, le 8 septembre 1634, au comte de Noailles, son am- 
bassadeur à Rome, pour lui recommander d'insister auprès de Sa 
Sainteté afin de faire admettre la résignation que M* Louis Ghastai- 
gner, abbé commendataire de l'abbnye du Moutier-d'Âhun a faite de 
la dite ubbaye en faveur et au profitde M« Claude de la Croix, clerc 
du diocèse d'Àutun, et de faire expédier les bulles à celui-ci. 

Au folio 9, lettre du même au même pour demander de pourvoir 
M« Thomas Coquille, clerc du diocèse de Paris, de l'abbaye du Mou- 
tier-d'Ahun vacante par la résignation que M« Claude de la Croix a 
faite en sa faveur. Cette lettre du roi est du 23 janvier 1636 ; il y a 
donc contradiction avec l'assertion de Nadaud, que cet abbé aurait 
reçu ses bulles le 8 mars 1635 ; il faut lire sans doute 1636... 

(2) M. Tabbé Leclerc veut bien me faire connaître que les armes de 
Jean de Montmault étaient : losange d'argent et d*azur. 



Digitized by.VjOOÇlC 



- 127 - 

inconvénient, car plusieurs de leurs lilulaires occupaient des fonc- 
tions assez modestes, et se distinguaient à peine des autres moines. 
Iten élait ainsi à Sainl-Marlial. L'on ne doit pas être surpris de voir 
^ue l'abbaye, au début du xiii* siècle, comptait 3i fonctionnaires 
«ur90 moines résidant à Limoges ; certains d'entre enx, en effet, 
comme le sous-bibiiotliècaire, le maitre d'école, le jardinier, etc., 
étaient des personnages de fort mince importance, qui n'avaient ni 
prérogatives, ni privilèges spéciaux (i) ». 

Comme on le pense bien, ce n'est pas dans la petite abbaye du 

Voutier-d'Abun que l'on trouve un pareil luxe de personnel. Elle 

^^ comporte que les offices les plus nécessaires à son administration : 

prieur, prévôt, procureur-syndic, cellérier, pitancier, chambrier, 

aumônier, sacristain, chantre, infirmier. A partir du xvii* siècle, le 

nombre des religieux est toujours inférieur à huit, aussi la plupart 

des offices restent-ils bientôt sans titulaire. Le cbantre et l'aumônier 

sabsisteni encore en 1611 ; mais en 1703, nous ne retrouvons plus 

Ifie le prieur, le procureur-syndic, le cellérier ou grainelîer et le 

P^'iancier ou dépensier, encore ces deux derniers offlces sont-ils con- 

^^s au même religieux. 

^ chaque oflice claustral était attaché (probablement depuis le 
^'1" sîèole) un revenu particulier^ qui, à dater de 161îf, fut réuni 
^ 'a rnense conventuelle. C'est ainsi que des rentes, dîmes, etc., que 
nous voyonsen 1545 (H. 18) accensées au nom du sacristain, sont 
payées en ^625 à la communauté (H. 98). 

"^^•^dsint plusieurs siècles, les dignitaires claustraux furent nom- 
mes pai- les abbés ; les dernières nominations, que nous ayons 
reirouv€ies, ront celles de Louis Pailleron, auîuônier, en 1571; 
Clatide clu Couderl, chanibrier, en 1577 ; Antoine Vincenot, chantre 
ea l60;i ; le novice Jean Rour^eau. pitancier, en 1610. A propos de 
^^^^ «lernière, l'abbé Mathurin Augier rappelle que, quand cette 
place devient vacante, « la prèsentalion, provision, collalion et 
toutes autres dispositions lui appartiennent à cause de sa dignité 

,^*^ J^*ahhaye de Saint-Martial de Limoges, par M. Charles de 
lAsieyrie, p. 210. 



Digitized by VjOOQIC 



— 128 - 

Après rannexion du Moulier-d'Ahun à TOrdre de Cluny, en 1611, 
les religieux capiluiuirement assemblés élisent les dignilaires claus- 
traux, à Pexception du prieur dont Tabbé général de Cluny s'est 
réservé la nomination. Nous donnons, dans les pièces juslificalives, 
le procès-verbal d'éleclion du 12 juillet 1704 (1) ; cet acte ne fait pas 
seulement connaître le n>m des dignitaires élus, il indique en 
détail la nature de leurs fonctions. En 1703, les dignitaires n'étaient 
nommés que pour un an. 

Quand un religieux prenait possession d'un ofOce, le prieur, en 
l'absence de l'abbé, le prenait par la main, le conduisait dans 
l'église, an grand autel que le religieux baisail, puis dans la Cham- 
bre affectée à l'office, où le religieux faisait « les actes et solennités 
au cas requis ». Alors le prieur le mettait en possession de l'office 
en présence de lémoins laïques et d'un notaire, qui dressait procès- 
verbal de l'opération. 

Nous allons indiquer sommairement la nature des différents offi- 
ces claustraux et donner la liste des titulaires. Nous n'avons retrouvé 
qu'un bien petit nombre de noms, surtout pour la période du 
Moyen-Age ; nous croyons cependant utile de les faire connaître, 
étant doimé qu'ils n'ont jamais été publiés et qu'ils peuvent servir 
à dater certaines chartes. * 

Le Prieur gouvernait le monastère en l'absence de l'abbé; il 
surveillait les détails de Tadminislration intérieure de l'abbaye, 
assurait le maintien de la discipline et du bon ordre parmi les reli- 
gieux. 

Les prieurs, longtemps nommés parles abbés du Moutier-d'Ahun, 
le furent ensuite par l'abbé général de Cluny. Dès l'annexion de 
1611, le prieur Louis Pailleron ayant été révoqué, Claude de Guise, 
abbé de l'onire de Cluny, délivre à dom Jean Viilatte des lettres de 
provision de rofnv:e de prieur claustral. 

Pailleron fait appel (1612), devant la cour de Rome, de la sen- 
tence qui l'a destitué de ses fonctions (11.17). Il est invité par Louis 

(1) Pièces justificatives, n« IL * 



Digitized by VjOOQIC 



de Lorraine archevêque (le Reims, supérieur général de Tordre de 
C\m\% à comparaître devant les commissaires de l*ordre nommés 
pour prononcer le jugement dans son procès avec Tabbé et les reli- 
gieui du Moutier-d'Ahun (H. 80). L^année suivante, Pierre Joly- 
maistres est nommé prieur en remplacement de Pailleron. Jolymais- 
tre quitte le monastère, sans avoir pris possession et Jejjin Villatte 
reste déûniiivement prieur jusqu'à sa mort, en 1516. Papou, grand 
prieur de Tordre de Ctuny écrit, le 15 décembre 1613, aux religieux 
du Moutier-d'Ahun: « J'ai chargé le père Marcaille, par lettre et 
maniement exprès de faire exécuter le jugement par nous donné 
coiUre ledit Pailleron, sçavoir de le loger ailleurs, sll ne se veult 
reoger à son devoir, ou le renvoyer, pour lui donner telle maison 
que verrons estre propre, désirant votre repos aulant et plus que 
vous mesmes; que s'il (ait du cheval eschappé pendant son service, 
vous le tiendrez fermé en la prison pour y manger du pain de 
(balle?). Quanta Jolymaistre, qui a quitté le clollre, je vous engage 
à ne pas le recevoir à nouveau. » 

On trouve, dans le fonds du Moutier-d'Ahun, plusieurs commis- 
sions de prieur claustral délivrées par Tabbé général de Cluny, 
eiilre autres celle de Jean Lemoine (1640), signée : <k Armandus de 
Bourbon », abbé de Cluny (1). 

Guillaume Bernard, 1340 (H. 72). 

André de Saint-Domet iS82 (Bulletin du Limousin XXX, 72). 

Pierre Vallemier, 1417 (H. 116). 

Pierre Diane, 1424 (H. 106). 

Guillaume Bézu, le jeune 1508 (H. 16). 

Martial Sillon, 1545-1547 (H. 18). 

Louis de Montaignac, 1563-/570 + (H. 73, 30). 

Gilbert de Luchapl, 1570 (H. 14). 

Gilbert de Fournoue 1571-1572 (H. 119, 7). 

Louis Pailleron, 1610-1611 (H. 17), destitué. 

(i) Pièces justiftcatives, n« IH. 



Digitized by VjOOQIC 



lî^. 



- 130 - 

Pierre Jolymaistre, 1613 (H. 17) n^a pas pris possession. 

Jean Villale, 1611-1616 + (H. 17, 28). 

Jean Jabin, 161616 f S + (H. 17, 28). 

Antoine Vincenol, 1623-1624 H- (H. 28). 

Jean Rondeau, /^:?^.1638 (H. 28, 107). 

Jean Leraoyne, 1646-/tfP5 + (H. 17, 120). 

Etienne de Nesroond, 1695-17/2 (II. Ui, 142). 

François Peschani, /7/5-1739 (H. 18, 136). 

François Hidre 1745-1748 (H. 96, 10). 

Alexis Couturier de Saint-Fiel, 1749-1761 (H. 96. 138), a dû se 
dëmellre, car en 1764, il est qualifié ancien prieur (H. 105). 

Joseph Gilbert Poncet, 1763-/7W(H. 99,29). 

Le Prévoil était le représentant particulier de Tabbé. Je ne con- 
nais pas au juste la nature de ses fonctions. 

Geoffroy, 1200 (carinlaire d Ponlieu, p. 181). 

Philippe 1217 (H. 3). 

Jean Lévéque 1320 ("carlulaireJes Ternes, t. I). 

Pierre de Forges 1386-1410 (H. 3, cartnlaire des Ternes, 1. 1). 

JeanPailleronl417(H. 116). 

Louis Bézut deFournoux 1452 (H. 105) et procureur-syndic. 

Jean de Hiorgues, alias de Beaiimoiit \508 (H. 16) se déuiet. 

GuilhiumeBézu, Tainé 150^ (M. 16). 

Louis de Monlagnac 1562 (H. 17). 

Antoine Delys 1563-1577 (H. 16, 18). 

Jacques Alaraarie 1609 (H. 16) se démet. 

Léonard Dalaille/fftf!? (H. 16). 

Silvpin Pailleron 1610 (H- 140), 



Digitized by VjOOQIC 



- 131 - 

Le Procureur 'tyndic élail chargé dedèrendre les intérëls du mo- 
naslère et de représenter les religieux dans les affaires ruigieuses(l), 
ce qui parfois robligeait à de bien longues absences. Ainsi Gilbert 
Siinounel, interrogé sur certains faits, répond qu*il n'en a pas con- 
naissance, parce qu'en 1630 a il estait syndic de ladite maison, qu il 
ailaitça et là, et estait quelquefois dix-huit mois ou deux ans hors 
(le la maison, sans leur communiquer (2) ». 

En i703, le procureur faisait la recette de tous les revenus de la 
communauté, à l'exception des grains provenant des dîmes, métai- 
ries et moulins. Quant à la recette des grains et autres redevances 
provenant de cens et rentes, elle était faite conjointement par le 
procarenr et le prieur, qui se rendaient compterun^àPautre, « pour 
ensuite après être donné un état par le procureur tant de la recepte 
qiiedu débet. » 

Pierre la Sale 1340 (H. 72). 

Louis Bézut deFournoux 1452 (H. 105) et prévôt. 

Guillaume Redon 1509 (H. 4). 

Gilbert Simonnet, 1630-1657 (H. 105). 

Pierre Coustnrier 1694-1713 (H. 60,49). 

Symphorien Robert 1717 (H. 52). 

François Midre 1724-1748 H. (131 142). 

Jean Alexis Chorllon de Cherdemont 1749-1758 (H. 142-96). 

Gilbert Poncet 1759-1762 (H. 78,84). 

Pierre Pages de l'IIerme /7ffM765 (H. 119, 84). 

Louis Périgaud de Rocheneuve 1766-1769 (H. 33, 83). 

Jean Baptiste Bès de Saint-Just 1770-1780 (H. 99). 

Le Cellérier, désigné en 1703 sous le nom de grainetier, « faisait 
ta icceple des grains provenant des diimes, mestéries et moulins, à 

(1) Le procureur-syndic suivait les procès, mais les procureurs 
laïques, placés près des divers tribunaux, accomplissaient leur œuvre 
ordinaire et rédigeaienl les pièces de procédure. 

t3) procès-verbal de la formation des lots en 1656, folio 8*^. 



Digitized by VjOOQIC 






U charge de remeltre, toas les ans, toutes les obligations provenant 
à cause de la vente du bled entre les mains du procureur, et eu 
prendre un récépissé de luy, comme aussi de remettre en dépost 
Targent qu'il recevra du bled vendu des greniers et de rendre 
compte, tous les ans, à la communauté de la recepte et consom- 
mation. > 

Pierre Monlet 1340 (H. 72). 

Jean Hérigot 156M564 (H. 140, 105). 

JeaQjabini61i(H.2i). 

Léonard Pailleron 1655 (p. v. de formation des lots, f^" 515), 
économe. 

Jean-Bapliste Laurent 1696-1702 (H. 58, 141). 

François Boéry 1703 (H. 15), grainelier. 

Pierre Lombard 1730-1736 (H. 49, U2). 

Etienne-Alexis Chorllon de Cherdemont 1745-1747 (II. U2, 48). 

Louis Périgaud de Rocheneuve 1767 (H. 24). 

Le Pilancier^ appelé dépensier en 1703 « faisait la dépense pour 
Tachap des denrées nécessaires pour chaque semaine, et avait soin 
du vin ». 

La pitancerie avait un setier de seigle c sur le grand dixme de 
Pionnat, appartenant à messieurs les douyen et chanoynes de la 
Chapelle Taillefer » (H. 89); des cens et rentes sur un pâlural 
d'Epit (H. 106) et des droits sur le pâturai de Pale, paroisse du 
Moulier-d'Ahun. Il est bien certain que la pitancerie avait d'autres 
revenus. Nous n'en avons pas trouvé traces, bon nombre de pièces 
ayant disparu soit dans les villages <lu monastère, soit en 1793 
quand les archives de Tabbaye furent, en grande partie, versées à 
la municipalité dWhun, pour être brûlées (H. 145). 

Bochal317(H. 3). 

Thomas Dubois 1340 (H. 72). 

Allard 1386 (H. 3). 

Louis de Montagnac 1531 (H. 140), 



Digitized by VjOOQIC 



— i33 — 

Charles Brachet 1563 (H. 16). 

Jean Rouiieau 1610 (H. 18). 

François Boêiy 1703 (H. 15), dépensier. 

Le CJyimhrier s'occupait de toutes les questions concernant le 
vestiaire des religieux. Il avait droit à 40 sols sur les redevances 
payées au sacristain par certains villages (1). Nous ferons les mêmes 
observations que pour les revenus de la pilancerie. 

Dans son procès-verbal de visite de 1686^ doin Claude de Bron 
constate que le prieur « fait fournir aux religieux, par un ofQcier, 
les vestemens et chaussures nécessaires (H. 2i). En 1760, les 
religieux reçoivent une somme d'argent pour leur vestiaire (H. 98). 

Jean Normand 1340 (H. lï). 

Pierre Gommin, alia$ Gibordelie 1424 (H. 106). 

Jean d'Aubusson 1493 {Roy-PierrefUlé). 

Jacques Alamarie 1563 (H. 73). 

Antoine de Perpirolle 1564-/577 (H. lo5-18) se démet. 

Claude du Couderl 157Î (H. 18). 

V Aumônier était chargé de distribuer les secours journaliers 
« aux pauvres, mallades, passans, mandians et autres, sellon Tintan- 
tion des fondateurs. » En outre des aumônes courantes, il y avait, 
le Mardi-Gras et le Jeudi-Saint, deux aumônes générales, qui s'éle- 
vaient à 30 setiers de blé. Ces deux aumônes, à la charge de Tabbé 
jusqu'en 1658, furent ensuite supportées par le lot des charges. 

L'aumônerie avait une rente d'une quarte de seigle sur les héri- 
tages de Chantemille (H. 89), une rente d'un setier de seigle sur la 
terre de la Constellas (H. 139), des droits sur le prédelaPale(H.140). 
Certains héritages étaient tenus de l'aumônerie en franche condi- 
tion (H. 132). 



(I) Ceci semble indiquer qu'il en fut au Moutier-d'Ahun comme à 
Saint-Martial, c'est-à-dire que. à l'origine, le sacristain était charffé du 
vestiaire et que plus tard lu chambrene fut érigée en office indepen^ 
dant (en 1909 à Suint-Martial). 



Digitized by VjOOQIC 









- 134 - 

Pierre Béraud 1340 (H. 72). 
Pierre 1386 (H. 3). 
Jean Bourgeois 1424 (H. 106). 
François de Mon tagnac 1531 (H. 140). 
Gilberl de Fournoux 1564 (H. i05). 
Louis Pailleron 1571 (H. 129). 
JeanVillalel611(H. 21). 

Le Sacrùlain dlrigt^ail les offlces religieux, avait la garde et i en- 
tretien des vases sacrés et des ornements nécessaires à Texercice du 
culte. Le sacristain avait droit à une quarte de seigle « sur le grand 
dixme de Pionnat (H. 89) ». Il percevait, en i5i5« sur 18 villages : 
21 setiers i|2 de seigle, 2 setiers d*avoine, 1 quarte de froment, 
2 poules, 10 livres deux sous trois deniers d'argent (IL 18). 

Jean Lavaud 1340 (H. 72) 

De Mornac 1385 (H. 3) et inflrmier. 

André Périer, 1417 (H. 116). 

Antoine de la Honte 1424 (H. 106). 

Louis de Cliâteauneuf 1545-1547 (H. 18). 

Jacques Alamarie 1564-1572 (H. 18, 89). 

Léonard Bataille 1611 (H. 21). 

Le Chantre était chargé de diriger le chant des offices. 
Jean Nesniond ^fibi {carlulaire (TAnbignac f« 149 bis). 
Firmin Masnes, 1564 (H. 105). 
Antoine Vincenot 1603-1611 (H. 21, 121). 

L'Infirmier était chargé des soins à donner aux malades et aux 
infirmes. Au Moyen-Age, l'assistance publique était à peine ébauchée. 
Les quelques hôpitaux existants étaient dirigés par le clergé et des- 
servis par les différents Ordres hospitaliers. Dans presque tous les 
monastères, un local spécial était aff^^cté à la réception des malades 
et dcl infirmes, soit passant, soit résidant dans la iocallié. Daus le 



Digitized by VjOOQIC 



- 135 — 

courant du xvi« siècle, la geslioti des maisons de charité fut conflée 
aux municipalités; aussi ne retrouvons-nous, au Moutier-d*Ahun, 
le nom d'aucun InQrmier après 1564. 

Pierre de Néoux (de Neomio) 1340 (H. 72). 

De Mornac 1386 (H. 3) et sacristain. 

Jean Barra Ui4 (H. i06). 

Claude deChavanat 1564 (H. 105). 

Bien que le Mnitre des uovtcei ne soit pas compris parmi les digni- 
taires claustraux, ses fonctions n'en étaient pas moins importantes 
Dom Marcaille recommande de veiller avec soin sur Tinstruction 
des novices, de leur donner un maître idoine et capable pour les 
redresser à la piètié, crainte de Dieu et autres choses nécessaires à la 
perfection de leur étal. Quand les religieux ne trouvaient pas dans 
le couvent un maître remplissant ces conditions, ils le cherchaient 
dans les autres monastères de TOrdre. Dans une lettre (1632) au 
prieur dom Roudeau, un sieur Fayet, après s'être excusé de n'avoir 
pas trouvé plus tôt un maître pour Tinstruction des novices, ajoute : 
a Enfin, Dieu favorisant notre dessein, m'a fait connaistre le pré- 
sent porteur, qui est très bon religieux, vertueux, et qui a bienestu* 
dié, ayant vu sa rhétorique fort sérieusement, qui est ce qu'il faut 
pour enseigner vos novices... Il parait jeune, néanmoins il ne l'est 
pas tant, ni d'espiit ni d'aage ; il pourra dire sa première messe à 
Pasques prochènes... Il vous sera recommandé par le R. P. Lucas, 
qui est en grande considération, tant par son mérite que à cause 
du rant qu'il tient, non seulement en ceste maison, mais en tout' 
Tordre... » 

Il me semble que l'instruction et la rhétorique étaient Taccessoirei 
la maturité d'âge et la fermeté de caractère étaient beaucoup plus 
nécessaires; car, ainsi que nous allons le voir, le maître des novices 
avaitsouvent sous sa direction dos religieux assez âgés, provenant 
d'autres Ordres, ou même des moines de TOrdre de Quny, dont la 
couduite avait besoin d*élre rëforméet 



Digitized by VjOOQIC 



D?^- - 



— 136 — 



^a'- 



3^ Les Moines 



A Torigiae, le nombre des religieux fut assez élevé. Ea outre de 
ceux qui résidaient à Tabbaye, il dut y en avoir au moins un dans 
chaque prieuré — et peut-être dans chaque église — dépendant de 
Tabbaye. Le Cartulaire de la Chapelle-Aude nous apprend quil y 
avait un moine d'Ahun près de Téglise d'Ëslivareille, que l'abbaye 
du Moutier-d'Ahun avait usurpée sur les moines de Saint-Denis. 
Ce moine, nommé Humbaut de Paci, fut sommé de comparaître 
devant Tarchevèque de Bourges Vulgrin (1 1:20- 1136), € pour 
avoir, devant Tautei, porté des mains sacrilèges sur un clerc de la 
Chapelle-Aude ». 

Une charte de 1340 (H. 72) mentionne la présence, dans le 
monastère, de neuf dignitaires claustraux et de moines, dont elle 
n'indique, pas le nombre. Dans le cours du xvp siècle, Tabbaye 
complaît encore 13 religieux ; mais en 1611, après la dispension, ce 
nombre était réduit à 6 profès et 2 novices, il ne fut plus dépassé 
à TavenJr et parfois se réduisit môme à 5. 

Le personnel du monastère se recrutait en partie dans les familles 
d'Ahun ou des environs ; pendant longtemps nous retrouvons les 
noms des Pailleron, Rondeau, de Hontagnac, etcQuand un membre 
de ces familles voulait embrasser Pélat monastique, il se présentait 
devant le Chapitre du couvent « requérant le prieur de lui vouloir 
donner Thabit religieux et une place dans le couvent, désirant vivre 
religieux en ladite abbaye avec les autres religieux d'icelle, confor- 
mément aux statuts et ordonnances dudit Ordre ». Les religieux 
votaient, au scrutin, sur Padmission du candidat, et le prieur le 
revêtait d'un habit religieux, sauf Tapprobalion de l'autorité supé- 
rieure. En effet, il avait été décidé en 1641 que a désormais il ne 
sera reçu ni novice, ni religieux en ladite abbaye que par le 
commandement de l'abbé général de Cluny, sous peine de nalUlé et 
de punition ordonnée par les supérieurs ï). 



Digitized by VjOOQIC 






— 137 - 

Pour que radmission fût prononcée, les parents devaient prendre 
rengagement c de fournir tous les frais nécessaires, tant pour la 
pension du candidat pendant son noviciat que pour le surplus de 
son entretien et voyages pour les ordres, et lui fournir un ammeu- 
blement de chambre et linge suivant sa condition ». 

La prise d'Iiabit était constatée par un procès-verbal que rédigeait 
un notaire en présence de témoins laïques et des religieux. 

Les novices remplissant ces conditions étaient naturellement peu 
nombreux à Akun. La plupart des novices arrivaient, munis d*un 
ordre de Tabbé de Cluny, prescrivant de les admettre à faire leur 
noviciat dans Tabbaye du Houtier-d^Ahun « une de celles qui ont 
été désignées dans les derniers Chapitres de TOrdre pour recevoir 
les novices. » Nous pourrions eu citer de nombreux exemples, 
nous nous bornerons à résumer le procès- verbal de prise d*babit de 
Jean de la Tour d'Auvergne : 

« Jean de la Tour d'Auvergne, clerc tonsuré du diocèse de 
Clermont, pourvu par S. A. le cardinal de Bouillon, d'une place de 
religieux dans le doyenné de Valensolle, membre de l'Ordre de 
Cluny, s'est présenté avec un ordre de S. A. de le recevoir à prendre 
i'babitet faire son noviciat dans notre abbaye. Nous avons prié dom 
Pouget, visiteur de notre Ordre, qui était présent et avait accompa- 
gné ledit de la Tour d'Auvergne, de lui donner l'habit. A quoi 
adhérant ledit dom Pouget, il aurait donné l'habit à Jean de la 
Tour d'Auvergne dans le chœur de notre église, à l'issue de vêpres, 
en faisant toutes les cérémonies, disant toutes les prières et 
oraisons prescrites dans le rituel de notre Ordre. En conséquence 
avons reçu ledit de la Tour d'Auvergne à commencer son noviciat 
de ce jourd'hui (9 septembre 1704), dans noire abbaye, pour ledit 
doyenné de Vallensolle d. 

Parfois aussi, le novice avait déjà pris Thabit dans une autre 
maison de l'Ordre et était envoyé faire son noviciat au Moutier- 
d'Ahun. Ainsi nous voyons se présenter frère François de Tliiange, 
pour la maison et prévôté de Cliambon, où il aurait pris l'habit; 
Forissier, pourvu d'une place monacale dans le prieuré de Notre- 
Dame des Ris, diocèse de Clermont, où il a prit Tbabit, etc. 



Digitized by VjOOQIC 



— 138 - 

Les religieux d'autres Ordres, qui passaient dans celui de Cluny 
pour y obtenir un office ou uu bénéfice, étaient a^streints à faire un 
nouveau noviciat dans une dos maisons désignées à cet effet. 
L*abbaye du Moulier-d*Abun recevait souvent des novices de cette , 
catégorie. Par exemple : 

Frère Bernard, transféré de TOrdre de Citeaux, pourvu de l'office 
de chanlre dans Tabbaye de Moulierneuf, diocèse de PoilierSy est 
envoyé dans Tabbaye du Moutier-d'Ahun pour y faire une année de 
noviciat; 

Tarlet, transféré du grand Ordre de Saint-Benoit, sacristain de 
Sainl-Suuveur de Nevers, reçoit Tordre de se retirer au Moût ier« 
d'Ahun pour y faire son noviciat ; 

c Thomé, preblre revestu de Tbabit de TOrdre, ci-devant Char- 
treux, transféré dans TOrdre de Cluny, en conséquence de la place 
que S. A. lui a donnée dans son doyenné de Yalensolle et de l'Ordre 
qu'il a eu de S. A. pour se rendre dans notre abbaye, nous 
demande à y estre admis pour faire sou noviciat, pour la maison de 
Yalensolle. t 

Pour les novices appartenant ainsi à d*autres maisons de TOrdre, 
c'étaient ces maisons qui payaient les frais de noviciat. 

Après dix mois de séjour au moncistère, le novice se présente 
devant les religieux capitulairement«issemblés, demande c qu'il lai 
soit donné acte du temps qu'il a demeuré dans la maison, au 
noviciat, et qu'on lui accorde sa réception et approbation dans 
TOrdre de Cluny ». Après l'avoir fait retirer et « avoir Conféré sur 
sa remontrance et bonnes vie et mœurs » les religieux procèdent au 
vote. S'il est défavorable, le novice est invité à quitter immédiate- 
ment l'abbaye et, s'il ne le fait volontairement, l'acte de refus d*ad« 
mission lui est signifié. Quandi au contraire, Tavisest favorable, les 
religieux concluent à la réception et en font dresser procès-verba| 
par un notaire. 

Parfois ils apportent des restrictions, ainsi, ils déclarent que le 
novice Damon de Cbavannes, sacristain du prieuré de Saiul* 
ReoeTien, diocèse de Nevers, est jugé capable de faire professioot i 



Digitized by VjOOQIC 



- 139- 

condilion que les grands vicaires de S. A., ou la maison de frère 
Damon trouve à propos de pnsser sur une faiblesse de vue, que les 
religieux ont remarquée. L*œil gauche est fort altéré, un occulisle 
croit qn1l peut être réUibli par des médicaments. 

Souvent aussi ils exigent que les parents du novice s'engagent à 
lui faire une pension de 400 livres, jusqu'à ce qu'il ait un bénéfice 
permettant de le nourrir, c A défaut de quoi, il ne pourra se pré- 
valoir de ce qu'ils se sont assemblés eapitulairement pour savoir 
s'ils le jugent capable de faire profession, et ne pourra en tirer pro- 
fit à moins que S. A. n'en juge autrement. » 

Le procès-verbal du notaire est envoyé à l'abbé général de Cluny, 
qui donne Tautorisation de faire profession après que l'année de 
noviciat sera complètement révolue. Alors le novice, s'il appartient 
à una aoire maison de l'ordre, demande généralement à s'y retirer 
pour y faire profession. Les religieux lui délivrent un cerlificat 
constatant a qu'il a fait tous les exercices religieux avec les autres 
novices, et vécu suivant et conformément aux statuts de l'ordre 
avec toute la régularité et exemple possible, dont le couvent à été 
fort édifié. » 

Quelquefois aussi la profession a lieu au Moulier-d'Ahun. En tout 
cas le cérémonial est toujours le même : 

Après les prières prescrites par le rituel, le novice prête serment 
de suivre la règle de Saint-Benott : FromiUo stahiUutlem^ corner^ 
iionem morum meorum^ obedientiam et reverenliam secundum regn^ 
lam Benelicli et slalula ordinis Cluniacmsis coram Dec et sathUis 
éju$^ quorum i eliquiœ habetUur in hoc monaslerio Beatœ Mariœ de 
Ayeduno. Puis, le récipiendaire, à genoux, les mains dans celles du 
prieur, jure obéissance jusqu'à la mort à Tabbè de Cluny et à ses 
successeurs. Le prieur le déclare alors moins profés de l'Ordre de 
Cluny, auquel ilTaggrège, voulant qu'il jouisse à l'avenir de tous les 
privilèges et avantages de l'Ordre accordés aux profès. Il est dressé 
procès- verbal, signé par tous les membres présents et par le réci- 
piendaire. 

Nous n^avons parlé jusqu'ici que des novices proprement dils^ 
aspirant à faire profession ; ils avaient parfois pour compagnons des 



Digitized by VjOOQIC 






- 140 — 

religieux envoyés ea panilion. \insi, doin François Malhurin Pellis- 
son, religieux profès, hôtelier de Houlierneuf, reçoit Tordre de se 
transporter à Tabbaye du Moutier-d*Ahun, pour y vivre sous la 
conduite du maître des novices m dans rexéculion et la pratique des 
règlements du noviciat, pour y reprendre Tespril de régularité. » 
Le dit Mathurin recevra 50 livres pour ses frais de voyage et Tabbaye 
de Houtierneuf paiera au cellérier du Moutier-d'Âliun une somme 
annuelle de 400 livres pour sa nourriture et son vestiaire. La puni- 
tion de Pellisson dura quatre ans, de 1713 à 1717. (H. 19). 

En 1714, dom Vincent, aumônier du prieuré de Bauny, diocèse 
d'Auxerre^qui résistait à ses supérieurs et refusailde rendre compte 
de l'argent qui lui était versé, est envoyé dans Tabbaye du Moutier- 
d*Ahun, où il restera jusqu'à ce que Tabbé de ce lieu ait fait connaî- 
tre quil s'est amendé. (H. 18). 

Le maître des novices avait besoin d'autant de tact que de fermeté, 
pour ramener à leur devoir ces natures indisciplinées. 

L'abbaye avait aussi des moines lais. C'étaient, comme on le sait, 
de vieux soldats invalides auxquels on donnait asile dans les monas- 
tère. En 1630, Louis XUI donne provisions do la place de religieux 
lai, vacante par le décès de Jean Couturier, à Pierre Guérin de Beau- 
mont, en considération de ses blessures et <le trente années de ser- 
vies aux chevau-légers ; ledit Pierre recevra, sa vie durant, a ses 
vivres, logis, vestement, chauffage et autres nécessités corporelles 
comme un des religieux ; » s'il est marié, il n'habitera pas l'abbaye 
et recevra de l'abbé une pension de 60 livres. (H. 19). Ces moines 
lais disparurent après la création de l'Hôtel des Invalides par 
Louis XIV. 

L'abbé de Cluny faisait visiter périodiquement les monastères de 
rOrdre. La première visite de l'abbaye d'Ahun fut faite, en 1611, 
par dom Sébastien Marcaille, avec plein pouvoir de faire toutes 
réformes qu'il jugera nécessaires. Dom Marcaille donna le règle* 
ment suivant « pour le restablissement des mœurs : » 

Tous les religieux, sans exception, assisteront à l'office, c aux 
heures quils le doivent dire et célébrer, avec les inclinaisons, prof« 



Digitized by VjOOQIC 



- 141 - 

ternations, révérences et cérémonies accoutumés..., sans que per- 
sonne, durant icelluy, y puisse parler d'aucunes affaires, resceindans 
toutes sortes de riz et de indévotions ; 

« Que tous escoutent ot prestent Toreille à celui qui, à raison 
du chant, commande au cœur, pour obvier aux dissonances ou 
tumultes qui y arriveraient, où Dieu seroyt offancé et le prochain 
peu édyffiè ; 

a Si quelqu'un, par paresse, arryve tard à Pesgiise aux heures 
canoniales du divin service, qu'il se mette point au chœur en son 
ordre, mais aux liasses formes s*il est prehtre et, s'il est novice, au 
lieu où le supérieur luy prescrira, affin qu'il soit veu de tous et 
aye honte, et soyt plus diligent et se corrige à l'advenir ; 

c( Que celluy qui aura faist faulte publicq, qu'il recongnoisse sa 
faulte au chapitre ou au reffectouer, sejettantau pieds da supérieur, 
lui requérant sa bénédiction ; 

c Que les aulmones soient distribuées Hdellement, tant généralles 
que journalières, aux pauvres, malades, nécessiteux passans, 
mandians et autres, sellon l'intantion des fondateurs; 

€ Que personne à l'advenir ne playde plus pardevant juges sécul- 
liers, soyt tant pour leurs vestures, alimans, que pour aultres sujets, 
l'ung entre l'autre, ains s'addressent par devant Monseigneur de 
Cluny, pour luy requérir justice, et ce, sur peyne d'excommuni- 
cation ; 

9 Que personne ne soyt sy hardy d'introduire aucunes filles ou 
femmes dans l'encloz de la maison de céans, ou les fréquenter ail- 
leurs, sur la mesme peine; 

< Que tous portent leur couronne en la manière qu'on la porte 
en Tordre, le chapper<«n en tète, et l'habict régullier avec la robe 
ceincte ; 

c( Qu*il ne soyl permis à qui que ce soyt de tenir armes, en 
sa chambre, et d'aller à la chasse, à peyne d'être chastié sellon 
la rigueur des statuts de l'ordre ; 

« Quand ils yront sur les champs, qu'ilz portent leurs habitz 
régulliers et conversent le plus modestement que (aire se pourrai 



Digitized by VjOOQIC 



- 142 - 

avec les séculliers, et qu'ils se donnent garde, par leurs déporle- 
ments, de les scandaliser; qu'ils fuient et évitent toutes sortes de 
devys mondaiiis, tous jeuz de caries et de dez et autres dissolutions 
où Ih prochain pourrait estre scandalisé; 

« Deffandons très expressément de se injurier ou semer noises, 
faulz rapports des ungs contre les autres, ainsi les exortons tous 
ensemble de vivre en bonne paix et concorde, sans murmure, 
envyeni division; 

«Que personne ne présume deffandre ou prendre la parolle pour 
ceux qui seront repris de leurs faultes parle supérieur ou quelqu'un 
des autres et, pour esviler à scandale, que nul présume attenter 
pour espérance de quelque proflct temporel, faveur ou autre bien, 
recepvoir religieux, borgnes, bossus, bastardz ou nottés de quelque 
autre insigne déformité ou infamye ; 

« Que personne ne se trouve aux no|)ces, es|)ousaille8, compaler- 
nilés, danses et antres assemblées, peu décentes à leur profession, 
sur payne de punition régulière. )i>. (I). 

Ces sages prescriptions semblaient devoir assurer Tordre et la 
régularité dans le couvent, dont cependant la tranquillité ne tarda 
pas a être troublée par un religieux indiscipliné. En 1626, le prieur 
Houdeau porte plainte à Tabbé de Cluny contre le frère Silvain de 
Champesme» prieur de la Cour, qui a quille le monastère sans congé 
et a perçu la plus gratide partie des revenus de Tabbaye, donnant 
quittance en s*atlribuant la qualilé de grand vicaire, « les consom- 
mant en desbauches et actes indignes. » Il Tavàit fait appréhender 
c à Taide du bras séculier et mettre dans une chambre du couvent 
la plus commode, pour quinzaine seulement, en satisfaction de ses 
faulles ; ceste douceur ne peust deslourner son courage et mauvais 
desseing, car y ayant demeuré seullement qudTtre ou cinq Jours, 
aurait instamment forcé et rompu, par Tayde d'aulcuns siens faul- 
teurs, ta feneslre de la dicte chambre, descend et sort avec escbel les 



(t) Il approuve, en outre, sur la demande des religieux, que tous 
les reveniis soient mis en commun, et que chacun, pourvu ou non 
U'olUoe, ix\*oive la mèuje prébende. 



Digitized by VjO'OQIC 



- 143 - 

et linceulx rompus de dedans icelle, et s'eyvade, etpoor marque de 
son évasion, escril d'ung charbon, au paroitet muraille de la dite 
rliambre, des causes de sa détention cy vylaine et odieuse que ne 
vous DSC déclarer, t 

Quelle suite fut donnée à cette plainte ? Le dossier ne le dit pas. 
Hais Chaiiipesmi'! devait avoir un esprit fin et insinuant, car, cinq 
ans plus tard, il sut gagner les bonnes grâces du visiteur Crespiat. 
Cedernier fut mal accueilli dans Tabbaye et n'ayant pu y prononcer 
lui-même ses ordonnances, cr à cause des insultes,violances et récu- 
sations à luy faictes y> il les envoie signifier par dom Champesme. 

Voici ces ordonnances de 1631 : 

c Les novices qui auront al teint Taage compétent pour se faire 
promoveoir à Tordre de prêtrise s'y feront promovoyr dans Tannée, 
si faire se |>eult, à tout le moins post tervaia iutenlUia^ attendu le 
manquement du service divin dans ladite abbaye et acquittement 
des fondations à faulte de prostrés ou, à défault de ce, seront privés 
du quart de leur prébende ; 

« Les processions qu'on a obmises, au scandale du peuple, et 
antres cérémonies qu'on avait accoustumé d'observer seront faittes 
et entretenues à peine de privation de prébende d'une semaine ; 

<* Le procureur-syndic sera nommé chaque année le jour de la 
Saint -Jean ; dom Si! vain Champesme est provis<. irement pourvu de 
cesle charge ; 

€ Lesdits religieux entretiendront les bonnes coustumes qu'on 
avait anciennement de recueillir les processions estrangères, qui 
vont dans leur églize, et notamment le jour nommé Noire -Dame des 
Miracle, et ce, à cause des conséquences ; 

< Le quart des revenus de toutes natures sera mis entre les 
mains de dom Champesme et dom Simonnet, qui rempliront alter- 
nativement, pendant une semaine, les fonctions de prieur jusques à 
ce que les supérieurs ayent pourveu autrement ; ordre aux novices 
de leur obéir, et à tous, de vivre en bonne paix et concorde, sous 
paynede privation de leur prébende. » (H. 22), 



Digitized by VjOOQIC 



- 144 - 

Nous croyons qae ces ordonnances ne reçurent pas Tapprohation 
de Tabbé de Cluny, car Rondeau, qui avait été nommé prieur en 
i62i, exerça ses fonctions jusqu'à sa mort, en 1638. 

Les ordonnances du visiteur Antoine Debaile, en 1676, contien- 
nent de nombreuses prescriptions relatives à la célébration des ofQ- 
ces : « de Pâques à la Saiiit-Rémy, les matines seront sonnées à 
quatre heures du matin, à cinq heures le reste deTannée^Bn entrant 
à Téglise, les religieux resteront à genoux jusqu'à ce que le prieur 
ait donné le signal de se lever, et s'estans levés, ils s'inclineront, 
non seulement de la teste, mais encore des épaules, etc. » (H. 23). 

En 1686, la visite est faite par dom Claude de Brou, vicaire géné- 
ral de rOrdre deCiuny pour la province d'Avergne. Il constate que 
les religieux malades <c sont servis de médecins et apothicaires ; » 

« Il renouvelle Tinterdiction, sous les peines portées par les 
canons et statuts de l'Ordre, de laisser entrer les femmes dans les 
chambres, réfectoire, cuisine et jardin, et de leur donner à manger 
dans le monastère ; 

« Défense aux religieux de sortir du monastère, sans Tautorisa- 
tion du prieur. » 

En 1767, visile de Charles d'Haulerives, prieur titulaire de Notre- 
Dame de Montluçon, visiteur dans la province d'Auvergne. Il se 
déclare édifié « de l'exactitude avec laquelle TofÛce divin est 
acquitté. ».(H. 24). 

Nous avons dit que, en 1686, la communauté assurait le traite- 
ment des religieux malades, cette bonne habitude fut maintenue 
jusqu'à la suppression de l'abbaye. Nous trouvons, en effet, dans 
ses comptes (1759 -1772) les dépenses suivantes : un lavement pur- 
' gatif, 1 livre ; un vésicatoire, 1 livre ; deux onces de mauve, un 
gros do rhubarde et cinq grains de tartre stibié, 1 livre 10 sous ; 
une chopine de vin stomachique et fébrifuge, 2 livres ; une once de 
« quinat » 4 livres ; deux pansements, 2 livres ; une saignée, 10 
sous ; (c pansé M. de Rocheneuve d'une morsure considérable de 
chien, fournie les médicamens, 12 livres ; » etc. — En 1772, 
lidgrange, chirurgien-juré, prend l'engagement de soigner, sa vie 



Digitized by VjOOQIC 



- 145 - 

durant, tous les religieui « mensionnaires » de Pabbaye, moyennant 
le payement annuel de 8 seliers de blé seigle (H. 90). Si les médie- 
cios se contentaient d'Iionoraires assez modestes, i| n'en était pas 
de même des apotiiicaires, qui produisaient des notes justifiant le 
nom qu^elles ont conservé. 

Quand la maladie avait une longue durée, le religieux était par- 
fois autorisé à «e retirer chez st5S parents, pour se faire traiter. 
Ainsi en 1768, l'abbé de Cluny accorda à dom Pêrigaud de Roche- 
neuve une permission de cette nature, valable pendant un an ; elle 
fut même prolongée pour une nouvelle durée d'une année. (H. 87). 

Les chartes de Tabbaye font aussi mention d*une autorisation 
atialogue aceordée à 4jn «noine très âgé : Dame Claude Dupuy, dame 
d'Abiuet de CliantemiUn, ayant pouvoir exprès de Tabbé du Hou- 
tier-d'Ahun, accorda, en 1608, à frère Jacques Alamarie, religieux 
prévôt, âgé de 90 ans et plus, r^ulorlsation de se retirer, à cause 
de son grand âge et de ses infirmités, chez Léonard Alamarie, et 
Ysabcau Vourry, sa femme, qui s'engagent à lui donner des soins 
jusqu'à la fin de sa vie. Ces derniers, pour indemnité de nourriture 
et tf eniretenement » recevront la prébende et pension du frère 
Alam;irie, et outre ce, après son décès conserveront ses meubles 
eslimés 12 livres par le châtelain d'Ahun, et consistant en un « mes- 
cbant » lit garni, quatre « lincieuix », une charge de bois etquelque 
t petite vesselle » d'étain. (H. 19). 

Sauf Je rares exceptions, les moines du Moulier-d'Ahun se mon- 
trèrent fidèles observateurs de leur règle, TOrdre de Cluny n'eut 
pas à regretter l'annexion de 1611. 1^1 quand Louis XVI demanda 
au pape la suppression de la mense conventuelle, ce fut ujuquentent 
parce que les revenus de l'abbaye étaient, comme nous allons le voir, 
devenus insuffisants. 



lY. — Temporel de l'Abbaye 

Du X* au xiit* siècle, bien rares étaient ceux qui ne faisaient pas 
quelque donation à Dieu et à un monastère. Qui donne un champ, 

10 



Digitized by VjOOQIC 



l'v' 



- U6- 

qui une rente foncière, un autre donne une dtroe inféodée ou un 
domaine et souvent, avec la terre, celui qui U cultive. I.es pauvres 
donnent parfois leur propre personne. 

[.es motifs de ces donations sont des plus variés. Tantôt elles 
sont faites à Tarticle de la mort; lanlôt à litre de restitution, les 
hiens ayant été autrefois usurpés sur Téglise; ou bien encore, c'est 
un chevalier qui, partant pour la Croisade, veut obtenir des prières, 
et aussi de Targent, pour son expédition. 

Le temporel du Moutier-d'Âhun doit avoir eu semblable origine, 
mais nous ne pouvons en fournir les preuves, le Cartulaire de 
Tabbaye ne nous étant pas parvenu. Il reste seulement, dans les 
archives, quelques chartes isolées; bien que peu nombreuses, elles 
présentent la plupart des cas de donation que nous avons énu- 
mérés : 

Avant son départ pour la Terre-Sainte, ttnoul Delchaine, cheva- 
lier, cède (1189) ses trois parts de dime sur Colombier (1); la moitié 
de la cession en pure aumône, le reste moyennant paiement de 
300 sous tournois ; 

Raymond de Hontfaucon, seigneur de Charenton, donne (vers 
1217) une terre ayant appartenu à Raymond, prêtre, le pré et le 
bois de la Chanal, ainsi que la dime de Colombier (H. 46) ; 

Donation (1217) par P. Ebrard de la Rarde, de tous ses droits sur 
la personne et les biens, présents et à venir, de Renoit de Relelfe; 

Donation (1329), par R. de Hridiers, de tous ses droits, tant sur 
les terres que les hommes de Coiifolent, paroisse de Banise ; en 
retour de sa libéralité, le donateur reçoit M sous marchols; 

Donation (1247), par Ktienne du Pin, chevalier, d'une rente 
annuelle et portable de 3 seliers de seigle, mesure d'Ahun, et de 
5 sous, assise sur les terres du Pin et de Cliaumeix, paroisse de 
Sainl-Yrieix, et du Couderl, paroisse d'Âhun; 



(t) Colombier, près Drevanl (Cher). 



Digitized by VjOOQIC 



^ 147 - 

Viditnm (1379), d'on extrait du testament de Pierre Mouhet, 
prélro ^t religieux du Moulier-d'Aliuii, par lequel celui-ci lègue à 
fabbayo^ ,en reconnaissance des bienfaits reçus, une renie de 
ih se I i^i's de seigle sur la lerre de Fontigier, paroisse de Cressac; 

Doffiaiion (1317) d'une rente d'un setier de seigle sur la Roche- 
NoQzil, faile à Tabhaye pur Illiier Brachet et Perrot Carentena, 
damoiseaux, pour le salut de Tàme d'Agnès, veuve de Pierre 
Gare» leiia (i), chevalier. 

Apaii:*l.irdu xiv* siècle, les donations de celte nature devinrent de 
plus G n plus rares. La dernière que nous ayons trouvée est de 1502 : 
<r Dort <At ion par Guillaume Desfossez et son frère Jean Oesfossez, 
accolythe, de six septiers bled seigle et cent sols d'argent. » A des 
dates f>ostérieures, on ne voit plus que des dons en argent pour 
anniversaires ou fondations de messes. Nous citerons seulement le 
plus i ff u |)ortant de ces dons : 

Eli # 7i4, François Cousturier, prieur curé de Champsanglard, 
donne 2.000 livres pour la fondation, à perpétuité, de deux messes 
par se Enaine, à célébrer après s(»n décès pour le repos de son âme 
« et SI ussy pour le repos de dom Alexis Cousturier, son frère, 
religieux en ladite abbaye, de deffunte damoiselle Marie Chorlon, 
Uur mère, de *!• Jean Cousturier, leur père, et aussy pour celle de 
dcQviiit iiiaitre Jean-Baptisle-Alexis Chorlon, président au présidial 
deG%iêrel, de défunte Marie-Valérie Bourgeois, leur ayeulle mater- 
nelle^ el de tous leurs anlres parenis. » Les religieux paieront 
400 II vr«sd1nlérèt jusqu'au décès du fondateur, mais à partir d'un 
délai de 5 ans seulement, attendu la difficulté de trouver actuelle- 
nieni un placement aux fonds. On lui payait encore cette rente de 
100 livres en 1759. 

Les religieux ne pouvaient exploiter eux-mêmes les terres qu'on 
leur avait données, el qui se trouvaient disséminées dans des 
vi/iages forts distants les uns des autres. Ils les accensèrent à per- 

0^ Il était probablement seigneur de la maison noble des Qunran- 
\aines, située entre Ah un et Chanlemille (Bulletin de la Société dçi 
:^çmc^^ Naturelle* et Archéologiques dç la Creuae XII, 249), 



Digitized by VjOOQIC 



- 148- 

péloitë, selon la coulume en usage au Moyen-Age. Le pays élait 
pauvre, dépourvu de moyens de communication, par suile Targent 
était rare chez les tenanciers ; la m:sjeure partie des accaisemeiils 
se fit moyennant une redevance en nature. Ce fut un bonheur pour 
Tabbaye, que n'atteignit pas trop sensiblement rabaissement de la 
valeur de Targent. 

Avec le temps, les cens en argent étaient devenus presque insi- 
gniflants. Pour en donner une idée, un cens de 10 livres en 1200 
représentait, d'après M' d'Avenel, 915 francs, valeur actuelle, 
tandis qu'en 1789 il ne valait plus que 19 francs. Par contre, le 
selier de seigle, qui coûtait 6 sous en 1200, était monté, en 1789, à 
10 livres en moyenne. On voit combien étaient favorisés les héritiers 
des propriétaires qui avaient fait leurs accensements en nature. 
Supposons deux terres d'égale valeur, accrnsées en 1200, l'une 
moyennant une livre en argent = 91 fr. 50 de nos jours, l'autre 
moyennant 3 setiers 1/3 de seigle; le revenu de la première, en 
1780, n*éiait plus que de 1 fr. 90, tandis que la seconde rapportait 
encore 62 fr. 70. La rente en grains avait diminué aussi, mais 33 
fois moins que celle en argent (1). 

Les religieux comprenant combien ces accensements à perpétuité 
leur étaient préjudiciables, les rachetèrent toutes les fois que cela 
fut possible. Mais on conçoit que les tenanciers ne se prêtaient pas 
volontairement à de pareils rachats ; il fallait pour cela des circons- 
tances toutes particulières. Ainsi les religieux rachetèrent (1661), 
moyennant 500 livres, de Antoine Douéry, lieutenant des Eaux et 
Forêts de la Marche, le moulin de Pontsebrot, « situé sur la rivière 
de Crenze, estant à présent en ruisne par l'accident des inondations 
des eaux avenu Thiverl dernier; lequel moulin estait tenu par le 
sieur Bouêry on emphitéozo des dits sieurs prieur et religieux. 



(1) Un phénomène analofriie sVst produit de fios jours. Il y a une 
quarantaine d'années, 100 0(X) francs en argent ou en valeurs mobi- 
lières donnaient un revenu de 5 à 6 000 francs, et 100.000 francs en 
propriétés rapportaient de 2.000 à 2 500 francs. Aujourd'hui te revenu 
est le même dans les deux cas, un peu inlérieur à 3.000 francs. Le 
revenu des valeurs mobilières a diminué de moitié, tandis que celui 
des propriétés a augmenté d'un cinquième. 



Digitized by VjOOQIC 



- 149 - 

à la charge de 14 septiers de bled seigle, mesure de Jarnages. » 
(H. 136). 

Les religieux sollicilèreiit des lettres royaux les autorisaut à 
poursuivre le recouvrement des biens vendus par leurs prédéces- 
seurs, sans cause ni autorisation, sous prétexte d'arrentemeni et 
d'emphyléose. 

Ils faisaient valoir ce qne le revenu de la dicte abbaye en est gran- 
dement altéré et diminué et ne sufQst pour subvenir à leur nourri- 
lure, enlretènoment et autres nécessitez, pour acquitter le service 
divin et antres charges. » Ils signalaient notamment le pré de la 
Pale, délaissé en emphythéose pour 52 sols, et qui valait plus de 15 
livres de revenus ; Télang du pré des Vergues, délaissé pour 7 livres 
et qui en produisait plus de 100. 

En 1630, Louis XIII leur accorda Tautorisation demandée. Ils en 
proGtèrent immédiatement. En 1598, Mathurin Mérigot, lieutenant 
criminel, avait acheté, de Tabbaye, Tétang de Cherpont et divers 
cens et rentes sur les villages de Marzan, les Fosses, paroisse du 
Moutier-d'Ahun, Thérat, paroisse de la Sauniére, Villeservine, 
paroisse de Saiule-Feyre. A la môme époque, Christophe Garron, 
président en Téleclion de la Marche, avait acheté un pré et des cens 
et rentes à Saint-Laurent. Les religieux en demandèrent le rachat 
en 1630. Les héritiers Garron, après s'être laissés condamner par 
défaut, finirent p.'^r consentir au rachat. Gabriel Mérigot, lieutenaot- 
gènéral, héritier de Mathurin, se montra plus récalcitrant. Condamné 
en 1631, à restituer les biens acquis, il épuisa tous les degrés de 
juridiction et la série des procès ne prit On qu'en 1653. En 1556, le 
montant des rachats était déjà de 9817 livres 18 sols 7 deniers (pro- 
cès-verbal de division en 3 lois, ^ 600). 

Lorsque los religieux n'avaient pas les fonds nécessaires, ils n*hè« 
sitaient pas à effectuer les rachats qui se présentaient, sauf à payer 
rinlérêt des sommes dues ou à les emprunter. Ainsi, dans son 
procès-verbal de visite de 1703, djm Charles de Gonnet dit : c Les 
religieux ont acheté, depuis noire dernière visite, du duc de la 
Feuillade, une forest et une maison dans la dicte forest, pour 3800 
lirres, dont ils payent les intérêts. » (H. 24). 



Digitized by VjOOQIC 



- 160- 

El) 17()4, rachat de Tétang d*Epit, qui avait été aliéné par sen- 
tence judiciaire enl564, alors qu'il était en pré par suite de la 
rupture de la chaussée. Depuis cette époque^ la chaussée avait été 
refaite et on avait construit des moulins à farine et à chanvre ; le 
rachat eut lieu moyennant 3000 livres, qui furent prêtées par les 
religieuses hospitalières de Guéret. 

Une des grosses dépenses de Tabbaye, c'étaient les frais de pro- 
cédure. Nous avons vu précédemment certains procès ayant une 
durée de dix à vingt ans; il yen avait beaucoup d'autres plus courts, 
qui n'étaient pas moins fort onéreux par leur multiplicité : 

Procès avec les curés au sujet des novaies et du paiement des 
portions congrues ; (H. 53, îi% 133, 136...) 

Procès avec des voisins pour usurpations de terres (I) ; (H. 131). 

Procès avec les habitants de Drevant, qui ne se conforment pas 
aux bans de vendange ; (H. 54). 

Procès de pèche (H. 93, 94, 95, 123). Les religieux prétendaient 
avoir le droit de pèche sur la rivière de Creuse « pour la partie qui 
coule dans l'étendue de leur mouvance et directe seigneurie. » Ils 
poursuivaient impitoyablement les habitants qui péchaient dans ces 
limites. De son côté, Hérigot disait que les religieux faisaient pécher 
dans rétendue de sa justice de Chantemille et leur intentait des 
procès à ce sujet. 

Malgré ces dépenses, les religieux arrivaient à faire de petites 
économies, qu'ils employaient à acheter des lopins de terre ou quel- 
ques cens et rentes. Ainsi, de 1686 à 1694, ils achetèrent une terre 
moyennant 66 livres, plusieurs près payés respectivement 450,450, 
120, 190, 200 livres (H. Ui); Achat, en 1743, d'un jardin joignant la 
grange de Tabbaye, moyennant la somme de 400 livres (H. 133) ; 
etc. Ces achats n'étaient pas le seul moyen qu*eussent les religieux 
de placer leurs économies. Dien que l'église défendit le prêt à inté- 



(1) Les usurpations avaient commencé dès le xiii« siècle. Une bulle 
d'Urbain IV, du 15 décembre 12(53 excommunie ceux qui détiennent 
des cens, dîmes, ou terres appartenant à Tabbaye. Pièces jusUfica- 
tives, n» IV, ' 



^!ii 



Digitized by VjOOQIC 



-loi- 

réls, nous Irouvohs, de 1680 à 1715 (II. 125) d*assez nombreuses 
cunslitulionsde renies 5 •/• ^u profil des religieux du Moulier- 
d'Ahnn en paieuienl des sommes prêtées par eux: 200 livres de 
rente, par Gabriel Bertrand, écnyer ; 25 livres, par noble Jean 
bonnet, sieur des Mas ; 105 livres par Gilbert Pailleron, bourgeois 
du Moutier- i'Âbun ; 300 livres, par noble François de Nesmond, 
conseiller du roi au siège prèsidial de Guéret, Etienne et Annet de 
Ncsmond, sieurs de la Betoulle et de la Chassagne, avocats ; 100 
livres par noble Philippe Tournyol, sieur de Uournazeau, président 
en IVIeclion delà Marche, à Guèret ; etc. 

Il arrivait aussi que Tabbaye rentrait en possession de certains 
biens, par application du droit de mortallle. Ainsi, en 1679, M* 
Jean Koudeau étant décède sans descendants, le domaine à 4 bœufs 
qu'il possédait, en mortaillable condition, dans le village de Bordas 
Tut remisa Tabbaye en vertu d'une ordonnance du lieutenant parti- 
_ culier de la sénéchaussée (11. 103). 

Certains mortaillables cherchaient à éluder les dispositions de la 
coutume de la Marche. Dans une supplique aux c gens lenaAts le 
siège prèsidial de la Marche à Guèret » les religieux exposent que 
Marien Villatte, homme mortaillable de leur directede Villeservine, 
se voyant atteint d'une maladie mortelle, céda deux héritages, mo- 
yennant une somme modique, à François Simonnet, son beau frère 
et que le vendeur mourut peu de temps après. Ils font remarquer 
que la coutume de la province interdit à Piiomme tenant mortaiU 
lablement son héritage de le vendre ou d'en disposer en faveur 
d'autres personnes que celles de leur condition, que l'acquéreur 
n'étant pas homme mortaillable de la même directe n'a pas qualité 
pour acquérir. Ils sollicitent, en conséquence, l'autorisation d'assi- 
gner ledit Simonnet, pour voir déclarer les deux héritages à eux 
acquis par droit de commise, et s'entendre condamner à la resti- 
tution des fruits iu'Iuement perçus et à tous dommages, intérêts et 
dépens (H. 118). 

Pour tous les biens nouvellement acquis ou recouvrés, l^abbaye 
se garda bien de faire des arreniemenls perpétuels. Le dernier, que 
U0U8 ayons reucunirê, est de 1564, Il est relatif à une portion de 



Digitized by VjOOQIC 









terre sise dans le bois d'Epeisse et arrenlée moyennant 12 sois par 
an. Les religieux, instruits par Texpérience, passèrent des baux à 
ferme de 5à 9 ans au plus, ou à défaut des baux de métayage de 
même durée. Parfois le nouveau métayer était si pauvre que Ton 
devait, à son entrée en jouissance, lui prêter une certaine somme 
(300 livres), remhuursable seulement à Texpiration du bail. (H. 115). 

Il nous reste à faire connaître les biens et revenus de Tabbaye. 
Ici encore Tabsenee de Terriers est des plus regrettables. Heureuse- 
ment le procès-verbal de 1656 nous a été conservé. Pour former 
trois lots égaux, il fallait bien connaître la totalité de ce qui appar- 
tenait à Tabbaye ; les déclarations de Tabbé et des religieux sont 
aussi détaillées qu'on peut le désirer (1). 

L'abbaye percevait des dîmes, des cens et renies sur une centaine 
de villages des paroisses d'Ahun, Banise, la Chapelle- Saint-Martial, 
Cressat, Drevant, Fransèches, Genouillat, Mazeirat, Houtier-d'Âlion, 
Pionnnt, Saint-Laurent, Saint-Marlial-le-Mont, Sainl-Mèdard, Saint*- 
Pardoux-les-Cards, St-Sulpice-les-Champs, Saint-Sulpice-le Donzeil, 
Saint-Yrieix-li*s-Bois, la Saunière, Vidaillat, Vigeville, etc. L'abbaye 
possédait, en outre, des domaines exploités par fermiers ou par 
métayers ; ils furent vendus, comme biens nationaux, à Tépoque de 
la Uévolnlion. Nous en faisons connaître plus loin remplacement et 
la valeur. 

Les ravenns de Tabbé étaient : 

En dîmes : argent ^06 livres, seigle 878 setieis ; 

En rentes : argent 96 livres^ froment 25 setiers, seigle IGO se- 
tters, avoine 61 setiers. 

Les religieux jouissaient, par fermiers ou métayers, de deux près 
sis au territoire du Moutier-d'Ahun, du bois d*Epeisse (paroisse de 
S^int-Trieix*les-Bots), des Etangs de Lubeix (paroisse de Fransè- 
ches), d'Epeisse et de Cberpont (paroisse de SaiQte-Feyre)^ qu'ils 
empoissonnaient et faisaient pôcber régulièrement. 



(1) Plôces ]u9tiflcativèS| a"» V. 



Digitized by VjOOQIC 



— 153 - 

Ils avaieut, en outre : 

l'' Dîmes : 224 setiers seigle, 27 seliers avoine, plus des char- 



2'' Cens et rentes : argent 11 livres, froment 4 seliers, seigle 198 
setiers, avoine 13 setiers ; 

Z^ Rentes sur les biens rachetés: argent 3i livres, froment 12 se. 
tiers, seigle 58 setiers, avoine 24 setiers. 

4<' Obils et fondations de messes : argent 7 livres, seigle 40 
setiers. 

Le revenu total de Tabbayc était donc, en 1656> de :. 

354 livres argent, 41 setiers froment, 4558 setiers seigle, 125 se- 
liers avoines plus des charnages et environ 50 poinçons de vin, 
provenant des dîmes de vignobles de Drevant (Cher). 

On voit que les rentes en argent étaient insignifiantes, compara- 
tivement aux rentes en nature. » 

Les religieux reçurent le tiers de la totalité de ces revenus; 
pendant la démence de l'abbé Louis Coquille, ils prirent à ferme le 
lot des cliarges, et durant les deux premiers tiers du xvfii* siècle, 
ils jouirent même de la totalité des revenus de Tabbaye, sauf 
une pension payée à leur abbé. Celle pension fut de 9(K) livres, 
par an, de 1704 à 1748, puis de 1200 livres, de 1748 à 1768, 
l'abbé étant uniquement tenu à rentretien du logis abbatial. Ces 
clauses étaient avantageuses pour les religieux si, comme le dit 
plus lard Tabbé Elle de Nesmond» le revenu net de Tabbé valait 
4.000 livres. 

Pendant une centaine d'années, le revenu des religieux fut plus 
que suffisant ; c'est alors qu'ils effectuèrent les achats, dont nous 
avons parlé. Mais après leur long procès avec Elle de Nesmond, ils 
furent condamnes à solder les réparatioirs qui devenaient néces- 
saires dans leur lot, à i)ay6r les pensions congrues des curés^ des- 
servant les églises dont ils étaient dècimatdors. Et ces pensions, 
qui étaient de 209 puis 300 Uvres^au xvil^stèelef, s*étai9nt élevéei 



Digitized by VjOOQIC 



pour quelques curés, à 700 en 1782 (1). Les décimes payés par la 
raeiise convenluelle élaieiit, en 1789, de 787 livres 4 (H. 83); elc... 

Toutes ces charges accumulées ne laissaient pas aux religieux de 
quoi subsister^ (2); il en était de même dans les autres monastères 
de Tancienne Observance de Cluny. On en demanda la suppression 
au pape Pie VI; elle fut prononcée par un bref du 4 juillet 1788. 
Le roi, pour prévenir la ruine de Tordre de Cluny, autorisa, par 
lettres patentes du 19 mars 1789, Texéculion de ce bref dans le 
royaume; l'étroite Observance fut seule conservée (H. 29). 

Au moment de la suppression, il n'y avait que 5 religieux dans 
Tubbaye du Moulier-d'Âhun : Joseph-Gilbert Poucet, prieur claus- 
Irat, Pierre- François-Régis Forestier d*5 Villeneuve, Julien Mary, 
Jean de Peyroux el Jean-Baptiste Dés de Saint-Just. Il fut alloué 
une pension annuelle de 1.700 livres au prieur, et de 1.400 à 
chacun des quatre autres religieux. Ils furent libres de conserver 
leur logement dans le monastère, jusqu'à ce qu'il fût uni à un autre 
établissement (3); ce dernier leur paierait alors une indemnité de 
logement égale au sixième de la pension. 

Ces religieux ne jouirent pas longtemps de leur pension. La 
Révolution allait à grands pas, les mesures contre le clergé régulier 



(1) D'après le traité passé avec Fasse, représentant de l'abbé de 
Nesmond. les religieux paient i/3 de la pension congrue de 700 livres 
du curé de Saint-Yrieix et i/3 de celle de î^ôO livres de son vicaire ; 
5/9 de la portion congrue de 700 livres du curé du Moutier-d'Aun : etc. 
(H. 13). 

(2) Dans une lettre adressée au bureau de la régie à Limoges, le 
syndic de Tabbaye demande un délai. Les revenus de Tabbaye ne 
suffisent pas pour payer les curés et les vicaires et pour vivre. Afin 
de payer Tannée de pension du défunt abbé Jean de l'Eglise et Tannée 
de régale, il faut vendre un elTet, mais on ne peut le faire sans 
Tagrément des supérieurs (H. 83). 

(3) (( En attendant que les dites unions aient eu lieu, les biens de 
Tancienne Observance seront régis par le receveur des décimes de 
chaque diocèse. Les fermiers et débiteurs des d. biens paieront à ces 
receveurs. La disposition des cures dépendant des conventualités 
supprimées appartiendra aux archevêques ou évoques des diooètes 
dan» lesquels les d. cures seront situées. 9 (H. 29). 



Digitized by VjOOQIC 



- 158 - 

el séculier se succèdaieut avec une terrible rapidité. Pensions, et 
auvent pensionnés, ne tardèrent pas à disparaître. 

Les propriétés de l'abbaye furent vendues aux enchères, comme 
biens nationaux, par le directoire du district de Gnéret : 

Le U février 1791, le domaine de Bordai, paruisseCressat, adjugé 
à Louis et Pierre Bernard, qui en jouissaient, comme métayers, 
moyennant 9. 125 livres. 

Le 25 février 1791, le moulin et Tétang d'Epy, 
plus un petit pré et une petite terre les joignant, (la 
terre dépendait de la vicairie de Sainte-Catherine) 
adjugés à Jean Auppy 48.100 — 

/L.e domaine delà Barrière 35.000 — 

I^e 4lomaine et métairie de la Vaurelte 22.500 -— 

Lm^ pré du Nouaud ; maisonnette et jardin appelés 
^e ClAezFaure; grange, dite de la Communauté, 
siltiê^ sur la place devant la maison abbatiale et petit 
Jard i &i joignant la dite grange 21.000 — 

L^ parc ou enclos 4.000 — 

*!*«-> mjs ces biens adjugés à Louis Jorrand. 

L-^ pré du Colombier,adjugé à Silvain Giry, notaire 
^ A »B un 3.500 — 

^^ pré Bagnaud, adjugé à Denis Lobligeois, mar- 
cba»^clàAhun , 1.200 — 

I-^ pré, appelé du Curé,adjugé à Louis Mazaureix 600 — 

L-^ moulin, appelé du Houiier, et celui de Pont- 
^^A ^ Ijrot, adjugés à Jorrand, et à Léonard l^érichon, 
lie ixfc curant à Saint-Martial-le-Mont, conjointement. 13.000 — 

ï-^ pré de la Pale, la pelade appelée de la Gar- 
go^ii 1 le et le pré appelé de l'abbé, adjugés aux 
"^^*»^ «s, conjointement 2.700 — 



A reporter 130.725 livres. 



Digitized by VjOOQIC 



- 186 - 

Report 130.725 livres. 

Maison conventuelle et abbatiale, coar et jardins 
situés autour des bâtiments, pré appelé la Garenne, 
bois appelé Jeune, jardin en diènevière, appelé de 
Tabbaye, adjugés à Ranon du Mas du Teil et à de 
Combredet des Plas, citoyens de la ville d'Âliun, 
conjointement 9.100 — 

Le 15 mars 1791, domaine de Puyparaud, paroisse 
de Saiut-Lauresit, adjugé à Pierre Guillot, habitant 
de Puyparaud 13.600 — 

Le 13 avril 1791, pré appelé de la Cure, pré du 
Vivier et un petit bois y joignant, paroisse de Saint- 
Laurent, petit étang, appelé des Bouilles, paroisse 
de Sainl-Yrieix-les-Bois, adjugés à Jacques Boyer, 
demeurant à Viliasprouas et Pierre Âmathieu, de- 
meurant au moulin du Chier, paroisse de Sainte- 
Feyre, conjointement 5.005 — 

Le 20 avril 1791, moulin, étang et jardin du 
Cherpont, adjugés à François Dumaresl, juge au 
tribunal du district 12.000 — 

Deux prés, moitié d'un petit bois et un petit étang 
i St-Laurent, adjugés à Nicolas Pénot habitant à la 
Pouyade, prés Guérel 1.475 — 

Etang de Villecourt, paroisse de Saint-Yrieix-les- 
Bois, aojugé au même 1.850 — 

Le 3 mai 1791, Moulin, étang et terre d'Epeisses^ 
paroisse de Saint-Yrieix-les-Bois, adjugés à Laurent 
Hougier de Beaumont 650 -^ 

Le 22 mai 1791, Pré du Nouaud ou de la Poul ^rie, 
situé à Fontigier, paroisse de Cressat, dépendant 
de la vicairie de Sainte-Catherine, adjugé à Léo.iard 
Garda vaud, demeurant à Azayet 245 ^ 



A reporter. .......... 174.050 livres. 



Digitized by VjOOQIC 



— 157 - 

Repart 174.6^10 livres. 

Le 28 mai 1792/deux parties de terrains en côtes, 
situées près du bourg du Moutier-d'Ahun, adjugées 
à Jorrand 81 -« 

Le 9 uiars 1791, le pré de las Pradas, paroisse de 
Vidaillat, adjugé par le district de Bourganeuf à 
Jean Cliansard, notaire à Vidaillat 4.?H0 — 



Le total de ces adjudications s'élevait à 475.U8I hvres. 



L'abbaye possédait deux domaines à Paizat et Prèbourgnon 
(commune de GenonilInt) (H. 112). Nous n'avons pas trouvé i'imlï- 
calion de leur vente. 

Le 29 brumaire an X, Louis Jorrand acheta, moyennanl 700 fn 
les chapelles Saint-Jean et Sainte-Catherine, attenant à règti^e de 
l'abbaye, sous la condition de les faire démolir et de clore les 
ouvertures de communication avec réglisc» par un mur de deux 
pieds au moins d'épaisseur. 



V. — Prieurés, Gires et Vicairies dépendant de l'At^bye 

A quelle époque et par qui les églises dépendant de r^jbUùytï lui 
furent-elle données? Naus ne le savons que pour quatre d'entre 
elles : l'église do Drevant (diocèse de Bourges), les ègljîios de 
Houtiers, Saint-Paixent et Luchapt (diocèse de Poitiers). 

lin 1055, Ebraud et W. de Saint-Amand donnèrent à Tabbayt! du 
Moutier-d'Ahun l'église de Drevant et ses dépendances, avf^c Tautû- 
risation de Aimoii de Bourbon, archevêque de Bourg^'s, i^L du 
consentement de tous les chevaliers qui pourraient avoir i\es liroils 
sur la susdite église. Une composition de 100 livres (Por sera payés 
par quiconque ira à l'enconire de la présente donation (H> 46). 

En 1124, Guillaume Adhelelme, évêque de Poitiers (Il ii il îo) 
donna à l'abbé Clarus l'église de Houtiers et confirma la dotialion 



Digitized by VjOOQIC 



- 158- 

des églises de Saint-Paixent et de Lucbapt faite par Pierre (1087* 
1115), Tun de ses prédécesseurs, à charge d'une redevance annuelle 
de 3 sous poitevins ou de 6 sous angevins au profit de l'église 
paroissiale de Saint-Pierre de Polders (H. 78). 

En lUi, Géraud, évèque de Limoges, conQrma à Tabbaye du 
Houlier-trÂliun le droit <le propriété sur diverses églises, reconnu 
par Eustorge, son prédécesseur (H. 2). Nous ne connaissons pas 
Torigine de ce droit de propriété. Il doit provenir de donations 
analogues aux précédentes. Mais parfois les moines du Houtier- 
d'Âbun se montraient peu scrupuleux, quand il s'agissait d'étendre 
les possessions de leur abbaye; ils prenaient leur bien, non seule- 
ment où ils le trouvaient, mais là même où ils n'avaient aucun 
droii. Nous en donnerons comme exemple leurs démêlés avec le 
prieuré de la Chapelle-Aude. 

Les Mérovingiens avaient fait de nombreuses donations, en Berry 
et ailleurs, à l'abbaye dti Saint-Denis, qui en avait été dépouillée à 
la suite des troubles du royaume. Le prieuré de la Chapelle-Aude, 
dépendant de Saint-Denis, ayant été fondé vers le milieu du xi* siè- 
cle, l'occasion parut favorable pour recouvrer les biens usurpés. 
Conformément à une bulle du pape Alexandre II, l'archevêque de 
Bourges, lUchard, déclara le 2 juin 1088, officiellement restituées à 
Saint-Denis, les églises de Viplaix, Estivareilles, etc.. Restait à faire 
exécuter la décision de l'archevêque. Les seigneurs laïques ne se 
montrèrent pas trop récalcitrants. Les plus grandes difficultés 
vinrent de TEglise, notamment des moines d'Ahun^ Chambon et 
Evaux. 

L'église de Viplaix avait élé rendue par les seigneurs du pays aux 
moines de Saint- Dt^nis, qui y mirent un sergent commendataire. 
Ce vassal s'entendit avec les religieux du Montier-d'Ahun, et ceux- 
ci obtinrent de l'archevêque Léger, qui ne connaissait pas les droits 
de Saint-Denis, la possession de l'église de Viplaix. De là, plainte de 
Raoul, prieur de la Chapelle-Aude. Les moines du Montier-d'Ahun, 
convoqués à quatre reprises différentes devant l'archevêque, ne se 
présentèrent pas; à force de délais, de défauts et de remises, ils 
parvinrent à faire traîner l'affaire pendant deux ans. Le jugement 



Digitized by VjOOQIC 



-189- 

fut prononcé en 1113 : Tarchevèquè déclara qae, en leur donnanC 
celle église, ii n'avail pas eu inlenlion de porter atleinle au droit 
d*aulruî, et décida que l*église de Viplaix serait rendue aux moines 
de Saint-Denis. 

Quelque lemps après, Vulgrin, successeur de Léger, eut à jnger 
une affaire de même nature, relative à l'église d*Eslivareillef» que 
l^s moines du MoulierdWIiun avaient usurpée. Ils recommencèrent 
leur système de défauts et de délais; enfin, Vulgrin les condainaa à 
resliluer (1123). Chirus, abbé d^Âliuii ne céda qu^après avoir été 
menacé d'excommunication par deux lègals différents. Toutefois les 
moines d'Âhun ne renoncèrent pas à leurs injustes prèleiiti::}as. 
Avec l'aide de laïques, ils s'emparèrent de nouveau de Teglise 
d'Eslivareilles, et Suger dut demander à Pierre de la Châtre, arclie- 
vèque de Bourges (1141-1171), de faire rendre cette église à l'alïbaye 
de Saint-Denis. La reslitulion définitive dut enfin avoir lieu« car 
au xviii* siècle, le prieuré de la Cliapelle-Âude possédait encore 
Tèglise d'Estivareilles (i). 

Une bulle de Lucius III, du i*' juin l\8i (â) confirma l'abhaye 
du Moutier-d'Ahun, d ins la propriété de tout ce que le monastère 
possédait justement et canoniqueiuent, en particulier des églises 
indiquées ci-'après : 

Dans le diocèse de Limoges : 

Les églises de Saint-Silvain d'Aliun, Saint-Murlialle-Mont, la 
Kochette, Notre-Dame de la Cour (Aubnsson), Banise, Saint-Avil- 
le-Pauvre, Vidaillal, Saint-Sulpice-les-Champs, la Chapelle-SMint- 
Mania), le Secq (paroisse de Saint-Sulpice-lc-Donzeil), Lépinas, 
Saint- Yrieix-les-Bois, la Saunière, Fransèches, Saint-Laurent ; 

Les chapelles du château d'Aliiin, Chantaud (paroisse de Suint- 
Marlial-le-Hont), Beanbiat (paroisse de Banise). 

Dans le diocèse de Bourges : 

Les églises de Drevant et de « Pazat ». 



(1) Carlulaire dp la Chapelle- Aude, p. 47, 85, 104, 108, J24, 12%. 

(2) Pièces justificatives, n'' VI. 



Digitized by VjOOQIC 



- 160 - 

Dans le diocèse de Poitiers : • 
Les églises de Saitit-Paixent, Lucbapt, Mouliers ; 
Les chapelles de Saliil-Elierine de la Barbade et de la Foré*. 
 ces églises vinrent s'ajouter plus tard : 
Dans le diocèse de Limoges : 

Les églises de Cressat, Saint-Crislophe, Saint-Pardoui-les-Cards; 
La chapelle de Sainte-Berthe (paroisse de Gartempe). 
Dans le diocèse de Bourges : 
L'église de Colombier (près Drevani). 

Il fut fondé, en outre, diverses vicaiiies ou commissions de 
messes, dont nous parlerons tout à Theure : 

l« Prt>nr^i. —Toutes ces églises possédaient des dîmes et des 
dépendances. A Torigine, Tabbaye détacha, près des mieui dolèes, 
un de ses moines chargé d'en percevoir le revenu et d'assurer le 
service divin (I). Ce fut Torigine des prieurés. Plus tard, quand les 
moines furent moins nonibreui, il n'en fut plus envoyé au dehors 
de Tabbaye. Les prieurés n'en subsistèrent pas moins, à l'état de 
bénéflces, accordés le plus souvent à des religieux du IlouUer- 
d'Âhun, mais parfois aussi à des prèlres séculiers ou à des religieux 
d'antres monastères. 

Le prieuré conserva son ancienne dota'ion, moins une certaine 
quantité de grains, prélevée pour le traitement du desservattt de 
réglise. Le prieur n'ofOcinit qu'aux quatre fêtes annuelles et le jour 
de la fête du patron de l'église. Ces jours là, il percevait tes oflraii- 
des, et le curé l'assistait comme diacre. 

L'abbé du Montter-d'Âhun avait le droit de rfommer les prieurs. 
Il élai». quelquefois porté atteinte à ce droit, tantôt pa^ le pape, 
tantôt par l'évèque, sans que i*on sache pour quel motif, si ce n'est 
celui de percevoir la taxe altacliée à la délivrance du titre de noiui- 



(1) « Autrefois les religieux de la dite abbaye du Moutier-d'Ahun 
avoyent, en qualité de curé, déservy la dicte église d'Ahun » (H. 3a). 



Digitized by VjOOQIC 



- 161 w 

nalioii. I/exempte le plus lypiquc est celui de la nomination du 
prieur d*Âiiun en 1658; nous voyons cinq candidats simultanés. 

Auslriile Tibord, religieux profës de Tabbaye avait été pourvu, le 
15 juillet 1658, du prieuré de Saiiit-Silvain d'Aliuu, par signature 
(le la cour de Rome, visée par Tévèque de Limoges. Le 13 décembre 
1858, le sénéchal de la Marche rendit une sentence reconnaissant le 
sieur Taquenet, écuyer, prêtre, pour prieur de Sainl-Silvain d'Âhun 
« comme aiantle plus apparent droit» et iuterdisant à Messire 
Auslriile Tibord, dom Léonard Pailleron, tous les deux religieux 
profés du Moutier«d*Ahun, Léonard Musiiier, prêtre communaliste 
et dom Jean Lemoine, qui se prétendaient aussi canoniquement 
pourvus, (le troubler ledit sieur Taquenet dans Texercice de ses 
droits. Ce jugement fut cassé, le 18 janvier 1659, par sentence du 
Grand Conseil, sur la requête de dom AustrilleTibord. (H. 30). 

Eu cas de, vacance du siège abbatial, la nomination des prieurs 
appartenait à révêque, comm; suppléant de Tabbé, et non au pape, 
sinon au cas de prévention, l/abbè générât de Cluny n^avait le droit 
de nomination que dans le cas de dévolution, c'est-à-dire lorsque le 
collateur avait négligé, pendant six mois, d'user de son dndt. 

Le prieur, nouvellement nommé, prenait possession de son béné- 
fice, à la manière accoutumée (1). 

Les prieurés étaient au nombre de cinq (2) : 

Le prieuré de Saint Silvain d'Âhun. Son revenu, eu 1656, était 



(1) Prise de possession (27 septembre 1748) du prieuré d'Ahun par 
dom Pierre Lombard : « élaiit entré duns ladite église, led. sieur 
Lombard aurait pris de Teau bénite, étant conduit par vénérable Dom 
Alexis Couturier, prêtre, religieux de lad. abbaye du Moutier-d'Ahun, 
se serait approché du maître bôtel qu'il aurait baisé, après avoir fait 
sa prière et adoré le très Sainl-Sacrement, et de là conduit comme 
dessus, se serait placé dans la place destinée au prieur de lad. 
église, les cloches sonnantes, et a déclaré à haute voix que, par tout 
ce que dessus, il prenait possession réelle et corporelle et actuelle 
dud. prieuré de Saint-Silvain de l'église paroissiale. » (H. 32). 

(2) Il parait que, postérieurement à 1580, Tabbé du Moutier-d'Ahun 
eut le droit de nommer le prieur d'Ajain (Ajain par M. Tabbé Dardy, 
p. 18). 

11 



Digitized by VjOOQIC 



— i62 - 

de 60 seliers de seigle et 10 seliers d'avoine, prélevés sur la dime 
d'Abun ; 

Le prieuré de Sainl-Jean de la Cour : 

Le prieuré de Beaubial. En 1229 R. de Brndieu, prévôt de Pon- 
tarion, avait donné à ce prieuré tout ce qu'il possédait (terres el 
hommes) dans le mas de Confolens, paroisse de Danise ; 

Le Prieuré de Saint-Paixeni (1) ; 

(Nous ne connaissons pas le revenu de ces trois prieurés). 

Le prieuré de Drevanl. Il avait été uni, dès 1329, à la niense 
abbatiale du Moulier-d'Ahun, par Guillaume de Brosse, archevêque 
de Bourges (H. 46). Le 16 janvier 1650, il fut affermé, pour 5 ans, 
à un laïque, qui était tenu de faire assurer le service divin, et de 
payer 300 livres par an, plus 1o tonneaui de vin aux religieux du 
Moulier-d*Ahun (H. 51). 

Le revenu de ces prieurés, si vivement disputés, était donc peu 
considérable; encore arrivait-il que le titulaire, qui résignait un 
prieuré, se réservât une petite pension annuelle (II. 37, 87). 

2<> Curei. ^ L'abbé du Houlier-dAhun était curé primitif d® 
toutes les églises dépendant de Tabbaye, les desservants n'en 
étaient que vicaires perpétuels. 

D'après la bulle de Lucius III, du 1*"* juin 1182, Tabbé avait le 
droit de présentation et de nomination à toutes ces cures, la colla- 
tion et rinstilulion canonique appartenaient à Tévèque du diocèse. 
En 1656, les religieux du Mouti(*r-d*Aliun prétendaient avoir droit 
de nommer aux cures de Vidaillat, Siint-Sulpice-les-Champs, la 
Chapelle-Saint-Martial, « et même à tous b*8 bénéQces se tenant 
dans la dépendance des dismes dont ils jouissaient ». L'abbé leur 
déniait ce droit, dont ils ud durent sans doute pas justifier, car 
nous n'avons trouve aucune nomination f;iite par les religieux, bien 
qu'un arrêt du (Irand Conseil leur en eût donné l'autorisation, 
condilionnellement comme nous l'avons dit. 



(1) pièces juslincativcs, n« VII. 



Digitized by VjOOQIC 



- I&3 - 

Le Irailemeiil des curés des paroisses consistait en un cerlain 
nombre de seliers de blé, prélevés sur les dimes, savoir : 

Ahuii, 20 setiers de seigle ; 

Moutier-d'AhuD, 20 seliers de seigle; 

SaiDt-Harlial-le-Monl, 45 seliers de seigle ; 

Sailli- Yrieix, 30 seliers de seigle ; 

Saint-Laurent, 40 setiers de seigle ; 

La Saiinière, 20 seliers de seigle ; etc. 

Toutes ces dimes, mesure d*Aliun. 

Ces revenus en grnins étant souvent insufQsants, plusieurs curés 
rèclamèrenl la portion congrue, bien qu'elle fut seulement de ^00 
livres jusqu'en 168G. A celle date, elle fut portée à 300 livres, la 
plupart des curés renoncèrent alors à leur part de dimes. Kt cepi'H- 
daiil celte portion congrue èhiit si modique que, par extension, 
Texpression est devenue synonime de traitement ou salaire à peine 
suffisani pour vivre. Malgré le peu d'élévation de cette pensiuiii 
Tabbé ne la payait pas tonjiurs très régulièrement ; il arrivait 
maintes fois que les curés élaienl forcés de s'adresser à la justicH 
etd'inlenler des procès, pour en obtenir le paiement (H. 44,77, 82J. 

A ces revenus en seigle ou à ces portions congrues venaient 
s*ajouler, il est vrai, les revenus de quelques morceaux de terre ou 
de prés, les offrandes et le casucl. Mais dans nos paroisses, petites 
et pauvres, tout cela ne constituait pas un gros revenu. L'existence 
malérielle des curés devait être peu différente de celle de leurs 
paroissiens; leur logement était souvent une vraie maison de 
paysan. 

Ainsi, en !67à, on conslruisit'la maison presbytérale de Saint- 
Georges- la- Pouge, « couverte à paille, et ycelle composée, comme 
eshijcl celle du sieur curé de la Cliapelle-Saint-Marcial, d'un bfis tle 
maison, chambre et un grenier audessus, un petit estable à rùté, 
ccuiyenable |)0ur loger le cheval dudict sieur curé, outre un petit 
sellier pour mettre son vin. » Le tout coûta 420 livres, fourniture 
des ûjatériaux comprise. (H. 74). 



Digitized by VjOOQIC 



S^ Vicairiei. — Des vicairies ou commissions de messes avaient 
été fondées dans diverses églises ou chapellesdépendanl de l'abbaye; 
chacune d^elles était dotée de quelques seliers de si igleet de menues 
renies en argent. Le titulaire élail tenu de célébrer un certain nom- 
bre de messes et d'anniversaires, aux intentions du fond:4leur. 

Ces vicairies constituaient des bénéflces qui, malgré leur revenu 
très modeste, ne manquaient pas de compétiteurs s*en disputant 
la possession. Ainsi, en 1630, Jean Rondeau, pricnr de Tabbaye du 
Moulier-d'Ahun, avait été pourvu de la vicairie de Sainl-Jean-Bap- 
liste, comme étant un bénéfice régulier, et d'autre [)ai l Jean Coul- 
hornet, prêtre, avait été pourvu, par la cour de Rome, de la dite 
vicairie, à titre de bénéfice séculier. De là procès. Le sénéchal de 
la Marche « avait adjugé la recréance audil Coullionnet. » 

Appel avait été interjeté devant la cour, mais une transaction eut 
lieu : Rondeau se désista de l'appel et reconnut Coulhonnel pour 
légitime titulaire de la vicairie ; ce dernier fll remise de tous les 
frais et renonça à tous dommages et intérêts. (H. 36). 

Les gradués avaient droit aux bénéfices devenant vacants pendant 
certains mois déterminés. Le fonds de l'abbaye C(»ntient un grand 
nombre de demandes réclan.ant le privilège accordé aux gra- 
dués (i). 

Nous ne connaissons partiellement les dotations aflectées «n ces 
vicairies que pour cinq d'entre elles : Sainle-ùillierine-la-Basse. 
SaiiKe-Madeleine, Cbantemille, Saint Jean-du-Bost-la-Lierre, et 
Sainte-Croix. 

Le revenu de la vicairie de Sainte- Catheiine-la- Basse consistait 



(1) Fillionx, curé de Jarnnges, maître ès-arls, gradué « nommé 
en l'université de Bourges sur les bénéfices dépendant de Tabbaye 
du Moiilier-d'Ahun, l)ien ei duement quiiliné, insinué et notifié sur 
la dite abbaye d fait établir, par procès-verbul d'un nolair»^. qu'il per- 
siste K dans ses précédentes informations et insinualions de ses 
nom, surnom, grades, qualités, capacités, requiérant Tabbé de le 
faire jouir des privilèges accordés aux gradués en conséquence du 
concoriat et ordonnances royaux, ce faisant que vacance arrivant 
des bénéfices dépendant de ladite abbaye ès-mois affectés aux gra- 
dués. » (H. 121). 



Digitized by VjOOQIC 



- 168 - 

en c<7 seliersl boisseaux 1/3 qnarle el i écucllées de seigle, mesure 
de Janiage3, sur les villages do Valeize, h Coussedtèrc, Bordas et 
i<\>iiligier, paroisses d'Âhuii et de Cressal ; plus en un pettl pré 
irenviron une cliarlée de foin, appelé du Nouaud, situé à Fonti- 
gier, «{ni a été nolableraeni amélioré par le déclarant ; plus en une 
terre appelée du moulin d'iilpy, contenant 6 boisseaux.» Le tout 
alTcrn)ë60 livres par an, suivant bail du 6 février 1787 (déclaration 
faitoje 18 octobre 1790, au directoire du district de Guèrel, par 
Julien Mary, titubire delà vicairie H, 14&). 

Le vicaire de Sainte-Madeleine prélevait 6 seticrs de seigle sur 
ladiine de Cbantand, il avait sans doute quelques autres rentes, Je 
ne les connais pas. 

La vicairie de Chantemille avait 17 soliers de seigle, à prendre 
^m ladlme de Chantcoiille ; 

Le titulaire «le la vicairie de Saint-Jean-du-Bost-la-Lierre perce, 
voit un quartier de (lime, d'environ 3 sel iers de seigle, sur la sei- 
gneurie de Cressat, plus 10 sois sur chacun des paroissiens de 
Saint-Pardoulx-les-Canisr, qui avaient droit sur le pâturai des 
Vergues. Cette vicairie devait avoir quelques autres rentes, dont 
le détail ne nous est pas connu ; 

De toutes ces vicairies, la mieux d )tée était celle de Sainte-Croix. 
Le titulaire recevait une prébende complète de pain, une demi- 
prébende de vin, 20 setiers de seigle, mesure d'Ahun, sur le mas de 
Valaise, plusieurs menues renies en argent, etc.; une maison était 
affectée au logement du vicaire et pourtant, en 1010, les revenus de 
cette vicairie n'étaient affermés que 80 livres par an. 

La nomination à ces diUérentes vjcairies appartenait en géné- 
ral à l'abb), quelquefois au fon<lateur, rinstitutlon canonique étant 
réservée à Tévèque. Pour la vicairie de Sainte-Croix, d'après la 
charte de fonlation (H. li), le droit de collation appartient à 
Tabbédu Moutler-d'Âhnn; s'il néglige de pourvoir à la vacance 
dans le délai de quinZ) jours lorsqu'il sera dans le diocèse, et 
dans le délai d*un mois, lorsqu'il en sera absent, ses pouvoirs pas^ 
leroDl an prieur, cl ensuite du prieur à révôqiie do Limoges. Gelto 



Digitized by VjOOQIC 



- 166 — 

charte do foudalion esl la seule qui nous soil parvenue pour les 
vicairies déi>endanl de Tabbaye du Uoutler-d'Aliun. 

Ces vicairies étaient au nombre de «neuf, savoir : la vicairle de 
Saint-Jeaii-Baplisle, fondée en Tégiise paroissiale d*Ahun. Gti^es 
Rondeau fut nommé à ce bénéflre, en IGii, par Charles de Châ- 
leaubodeaux, écuyer, patron et fondateur, à cause de sa seigneu- 
rerie de Malleret; 

I^ vicairie de Saint-Pierre et S lint-Philippe, i Tautel de Saint- 
Pierre de rêglise d'Âhun. Cette vicairie et toutes les suivantes 
étaient à la nomination de Tabbé du Mou!ier-d'Ahun ; 

La vicairie de Saint-Jacques et Suint-Philippe, à Taotel de ce 
nom dans Téglise d'Ahun. Elle fut fondée en 1302 par testament de 
Hugues le Drun, comte de la Marche; 

La vicairie de Sainte-Madeleine, dans la chapelle de Ghanlaud, 
paroisse de St-Marlial-le-Mont ; 

La vicairie dç Sainte-Radegonde, fondée en 1512 dans la Chapelle 
de Chanlemille, paroisse d'Ahun. Cette chapelle était en ruines, 
Joachim Mérigot, sieur de Chantemilian, la lit réparer en 1618 et 
rétablit Tancienne vicairie de Sainte-Radegonde, conformément aux 
intentions de son père, Léonard Mérigot; 

i^a vicairie de la Forêt, c vulgairement appelée de St-Hibo h 
(Saint-Thibaud), paroisse de Hillac (Vienne); 

La vicairie de Sainte-Calherine-La-Basse, fondée dans la chapelle 
sise à droite du maître autel de Téglise abbatiale de Notre-Dame du 
Houtier-d'Ahun ; 

La vicairie de Ste-Croix, fondée en 1340 par Guillaume, abbé du 
Houtier- d'Ahun, du consentement de tous les religieux de la 
communaulé, capitulairement assemblés. Cette vicairie était ins- 
tituée dans Tèglise abbatiale à Tautel de Saint-Jean ; 

La vicairie de Sainl-Jean du Bost-la-Llerre, fondée dans Téglise 
abbatiale, 

Nous voilà arrivé au terme de noire lAche. Nous avons donné bien 



Digitized by VjOOQIC 



r 



- 167 - 

des détails — trop peul-èlrc — et pourtant notre historique [^résenle 
des lacunes, que la destruction de documents très iniporUnts as 
nous a pas permis de combler. 

Notre petite abbaye a subsisté pendant près de 800 ans (991-1789 ; 
elle n*a pas fait grand brnit dans le monde, mais elle a fait un peu 
de bien autour d'elle, dans la mesure de ses ressources, (t) 

DELANNOY. 



(I) En outre des aumônes générales, les monastères foisoienL des 
aumônes journalière?, d'autre part les revenus de la meiise conven- 
tuelle se consommaient sur pi:ice, et les moines restituaient ainsi à 
la région ce qu'elle avait produit. 



Digitized by VjOOQIC 



— 168 — 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 



y. — Charte de fondalioi du monastère du Moutier-d' Ahun (0 



Privilegiuru Bosonis, conilis Narcliie, de monaslerio Agidoncosi 



Ego, in Dei nomine, Boso, Cornes, pro remedio animne meœ et pro 
remedio animarum genitris et genitricis meœ, necnon et dilecti frairis 
mai Gaubei'li cujus desiderio et voluntate hujus privilegii tenorem 
stabilare decrevi, ad hortationem et petitionem nobilissimi viri ac 
fidelis nostri lliigonis Gareill, transfundo quandam ecclesiam, quam 
olim a parentibus meis jure scimus antiquitatas possessam, in honore 
Sanclœ genetricis Dei Mariœ consecralani. Eam igitur in cœnobio 
et religione monachali transvertimus, quatenus per snccedenlia 
tempora monasticus ordo et religionis observanlia sub régula Sanc- 
tissimi Benedicli ibi teneatur et cuslodiatur, eo tenore ut deinceps 
nutlus successor- meus qui fuerit, aut aliquis jure consanguinatis 
propinquus, licentiam habeat alienandi ab ordine monastico. 

Est aulem hœc ecclesia, in honore Sanctœ Dei genitricis Mariœ 
consecrata, in pago Lemovicino sila^ a vico Agiduno non longe sita : 
ex una parte fluvius Grosa decurrendo amœ la prata cing t, ex altéra 
vero ex qua eminens prospicitur viens fonlium decurrentium et vinea- 
rum copia uberius fluit, ex quibus hibitatores huuriendo utrinque 
refici possunt. Hune ergo locum Deo et Sancto Petro Usercensis 

(1) Cmulaire d'Vurche. 



Digitized by VjOOQIC 



- 169 - 

cœnobii tradimus,sub dominatu domni Adalbaldii abbatis successorum 
que ejus, utunitas fiât cœnobionim, quatenus hic et illic met animœ 
Ildeberti fralris mei memoria dat, pariter que patris et matris meoe 
omnium que parentum meorum, ut precibus servoi*um Dei ibi 
manentium scdem refrigerii consequi valeamus. ConsUtuimus ergo 
hoc priviiegium firmum etstabile, egoBoso etfrater meus Gaubertus, 
ob concensum Alduini, et consilio Hotgerii de Leron, ac voluntaie 
Hugonis Grareill, ita ut nuilus ex hœredibus nostris, propinquus, 
ut extraneus, cleiicus, sivelaicus, alienare piœsumat hune locum a 
suprddicto loco ex polestale abbatis qui prœerit ;sed liccat, posses- 
sore loci defunoto, abbati Usiarchico eligere uiium ex suis, qui sub 
regulari norma locum provideiit at que gubernet. Testes hujus privi- 
leg>i : ipse Boso Gomes Marchioe, qui hoc priviiegium firmavit, et 
Gaubertus fratet* ejus, Âlduinus Episcopus^domnus AdalbatdusÂbbas, 
Hugo Gareill, Hamnulfus fiater ejus, Rotgerius de Leron, Boso de 
Turre, Guido frater ejus. Allô de Salaniac. Igleiius de Magnac, 
Umbertus Drut, Geraidus IIII*'* Mal, Ancelius de Pairac, Gaucelinus 
monachus, Josue monachus, Radulfus monachus, qui hoc priviiegium 
sciipsit, anno incarnationis douiinicœ 997. Indictione 10, régnante 
rege Roberto. 



//. — Nomination de Dignitaires Claustraux (1) 



Aujourd'hui i*^ juillet 1703, nous Prieur et religieux capitulairement 
assemblés pour délibérer de nos affaires temporelles et procéder à la 
nomination des officiers manuels de notre communauté, savoir : d'un 
procureur, d'un grainetier et d'un dépensier. 

Par le procureur sera fait la recepte de tous les revenus dépendans 
de notre communauté, hors les bleds provenans des dixmes, mesteries 
et moulins, dont le greneti*>r sera chargé, et à la charge aussi que la 
recepte des grains tant en argent, froment, seigle et avoine, poules 
et vinades provenans des rentes deubea par les \illages dépendans 

(1) Archivée Départ9menicHe9 de la Crexm, H. 10. 



Digitized by VjOOQIC 



- 170 - 

de noire communauté sera faite conjoinctement tant par le prieur 
que par le procureur, qui se rendront conte l'un k Tautre, pour 
ensuite après être donné un estât par le procureur tant de la recepte 
que du débet. 

Pour la recepte des rentes tous les ans, que les comptes qui seront 
faits par les mesteyers avec le procureur, pour les débour^és et 
profit de bestail, seront rendus en présence du prieur et du grene- 
tier, pour le gain en venant estre rendu compte à la communauté par 
le procureur. Qu'il sera mis tous les ans à la un des foires grasses 
par le procureur dans le dépost de la communauté la somme de 
1500 livres pour meubler les mestéries. Que le procureur se chargera 
de toutes les obligations, billets et argent dont il rendra compte à la 
communauté tous les 6 mois, et au bout de Tan le dict procureur sera 
obligé de mettre son compte dans le dépost, pour y avoir recours 
quand besoin sera. 

Par le grenetier sera faite la recepte des grains provenans des 
dixmes, mestéries et moulins, à la charge de remettre tous les ans 
toutes les obligations provenant à cause de la vente du bled, entre 
les mains du procureur et en prendre un récépissé de luy, comme 
aussi de remettre au dépost l'argent qu'il recevra du bled vendu des 
greniers^ et de rendre compte tous les ans à la communauté de la 
recepte et consommation. 

Et par le dépensier sera faite la dépense pour l'achap des denrées 
nécessaires pour chaque semaine, et aura soin du \in. 

La présente élection faite pour un an, a été eslu pour procureur 
dom Pierre Cousturier, et pour grenetier et dépensier dom François 
Boëry. Fait et arresté les jour et an que dessus. 

Signé : de Nesmond, prieur, Cousturier, Bonnet, Boôry. 



IIL — Commission de Prieur claustral W 

Ârmandus de Bourbon, princeps de Conti, Dei et sanclœ sedis 
apostolica gratia abbas Cluniacensis necnon toUus sui ordinis, caput 

(1; Archives départêmenU^leê de la Crème E !?• 



Digitized by VjOOQIC 



- m - 

etsuperior geneialis, dilecto nobis in Christo venerabilî viro domno 
Johanni Lemoyne, presbitero, leligioso expresse professe abbatiœ 
seu monasterii Beatœ Mariœ du Moustier-d'Ahuii, diocesis Lemovi- 
censis, dicti nostri ordinis, salutem. De luis inorum honestate, obser^ 
vancia regulari« sufQcientia et erga tunm professionem zelo, teque 
pluribus etiam anuis in dicta abbatia du Moustier-d'Ahuti pie et lau- 
dabiliter vixisse certiores plurimun facli, hiiic est quod le priorem 
clauslralem in prœfata abbaiia instituimus et committimus, dantes 
tibi potestatem omnes religiosos in prœdicta abbatia manentesguber- 
nandi, regendi et conigendi, et Fecundum staluta dicli nostri ordinis 
et sanctionesecclesiasticas puniendi, etsi opus fuerit interdicendi, 
suspendendi et excommunicandi et incarcerandi, deinde pœnitentes 
imposita salutari pœnitentia absolvendi, cœtera que omnia quœ ad 
dictum officium seu digiiitatem prions claustralis pertinent faciendi, 
et ejus honoribus, fruciibus, prœminenliis annexis et de more debitis 
fruendi et gaudendi, tibi in Domino impertinentes presentibus quamdiu 
nobis placuerit valiturts. Quare omnibus religiosis dictœ abbatiœ du 
Moustier-d'Ahuh et aliis in eo manentibus mandamus ac striclissime 
prœcipimus qualenus te venernbilem domnum Johannem Lemoyne 
tanquam suum priorem clauslralem etsuperiorem legitimum recipiant, 
tibi honorem et obedientiam reddant et reddi faciant sub pœnis inobe- 
dientibus de jure inflictis et infligi solilis. In quorum fldem ipsis 
subscripsimus et ea sigilli nostri afflxione, secretarii que nostri chiro- 
grapho muniri jussimus. Datum Parisiis die duodecima mensis junii 
annoDomini millésime sexcentesimo quadragesimo sexto. 

Armandus de Bourbon. 

Demandato serenissimi principis, domini nostri. 

Roger. 



IV. — Bulle d'Urbain ly (15 décembre 1265) (D 



Urbanus, episcopus, servus servorum Dei, dilecto fllio priori de 
Caslanea, lemovicensis diocesis, salutem et apostolicam benedio- 
tionem. 

(i) Archiva dâpartementaleê de la Creuêe H. i. 



Digitized by VjOOQIC 



- 172 - 

Dilecti fllii abbas et conventus monaslerii Ageduiiensis, sancU 
Benedicli ordinis, lemovicensis diocesis, nobis significare curaverunt 
quod nonnulli iniquitatis filii, quos prorsus ignorant, diversos reddi- 
tus, census, décimas, terras, donios, nemora et qiiedam alla bona ad 
dictum monuslerium spectantia temere occuUare et occulte detinere 
presumunt, iti animarum suarum periculum et dicti monnsterit non 
modicam lesionem. 

Quare idem abbas et conventus nobis humiliter supplicaverunt u t 
providere super hoc ipsi monasterio paterna sollicitudine curaremus 
Quocirca discrétion! tue per aposloiica scripta mandamus quatinus 
omnes hujnsmodi occultos detentores reddituum et aliorum predic- 
torum publice in ecclesiis, coram populo, per te vel per alium moneas 
ut supm competentem terminum a te prefigendum eisdem anledictis 
abbati et convenlui a se débita manifestent et plenam ac debitam de 
hiis satisfaclionem impendant. Alioquinin eos,si post alium terminum 
peremptum competentem quem eis ad hoc duxeris prefigendum 
monilis tuis parère contempserint, generalem excommunicationis 
sen ten tin m proferas et eam facias ubi et qnundo expedire videris, 
usquead salisfactionem condignamsoUemniter publicari.Datum apud 
Urbem veterem, XVIII Kalendas januarias, pontiûcatus nostri anno 
tertio. 



^A^WWWM" 



V. — ExlraU du procès-verbal de 16&6 (folio 859) 



En suit la teneur des eslats des biens, domaines et revenus de la 
dicte abbc«ye, fournis respectivement par les dits abbé et religieux, 
de sur lesquels les dits lots de partage ont estes dressez par les dicts 
experts. 



Uixines... déclarés par Tabbé 



Le dlxme d'Abun, sur lequel le curé de la ville du dit Abun a 
di*olct prendre annuellement 20 septiers de bled seigle, b la dite 



Digitized by VjOOQIC 



-173 - 

mesure ; le prieur du dit lieu 60 septiers seigle et 10 avoine ; le 
prieur de las Fons 5 septiers seigle à la dite mesure, lesquelles quan- 
lilés sont annexées et incorporées de tout temps à leurs bénétlces, 
comme le propre fonds d*iceux ; lequel dixme en son total, y compre- 
nant le fonds des dits bénéfices, a eslé : Tannée 1650, de la valeur et 
quantité de sept vingts septiers, argent 26 livres; en i65l à 95 
sei tiers, argent 16 livres ; en 1652, 80 septiers et 14 livres en argent ; 
en 1633, six vingts septiers et 1 septier bled noir, argent 20 livres ; 
en 1054, six vingts et 5 septiers et 27 livres de dépense ; en 1655, 
à six vingts septiers ; en 1G56, à 105 septiers et de dépense 8 livres. 

Le dixme de Buccaux : en 1650, à 57 septiers, argent 17 livres ; 
en 1651, 56 septiers et 19 livres 5 sols argent : en 52, 40 septiers et 
i septier bled noir et 19 livres 5 sols argent ; en 53, h 48 septiers et 
i émine bled noir, argent 38 livres 10 sols ; en 5'i, à 75 septiers 
et 24 livres de dépense ; en 55, à 72 septiers éminée bled seigle et 
28 livres argent. 

Le dixme de Lnvau le Couder : en 1650, à 32 septiers, argent 
13 livres ; en 51, à 21 septiers bled et 10 livres argent ; en 52, à 
21 septiers seigle; en 53, à 28 septiers ; en 54, à 28 septiers et 6 livres 
d'argent ; en 55, à 28 septiers et 20 livres argent ; en 56, à 20 septiers 
et 8 livres argent. 

Le dixme de Pierrefltte : en 1650, à 3 septiers et argent 6 livres; 
en 51, à 37 septiers, 1 émine bled noir et 6 livres argent ; en 52, 
à 23 septiers seigle et 6 livres 5 sols argent ; en 54, à 26 septiers 
émine et 16 livres argent; en 55, à 29 septiers et 10 livres argent ; 
en 56, à 19 septiers émine et 8 livres tournois argent. 

Le dixme de Masganachon : en 1650, à 38 septiers et 6 livres 
5 sols argent ; en 51, à 26 septiers et 10 livres 5 sols argent; en 52, 
à 21 septiers et 6 livres 5 sols argent; en 53, à 31 septiers et 7 livres 
argent; en 54, à 31 septiers et 7 livres argent ; en 55, à 31 septiers 
et 12 livres aigent ; en 56, à 25 septiers émine et argent 6 livres. 

Le dixme de Yillemerle : en 1650, à 30 septiers et argent 9 livres 
10 sols; en 51, à 19 septiers et 8 livres 5 sols argent ; en 52, à 22 
septiers et 12 livres argent; en 5:-$, à 18 septiers esmine et 7 livres 
argent ; en 54, à 24 septiers et 6 livres argent ; en 55, à 26 septiers ; 
en 56, à 23 septiers et 8 livres 16 sols argent. 

Le dixme du Moustier, sur lequel le curé du dit Moustier-d'Ahun a 
droit de prendre annuellement 20 septiers de bled seigle à la dicte 



Digitized by VjOOQIC 



-^ 174 - 

mesure.., lequel dixme en son total a esté : en 1650, de la valeur de 
93 septiei*s et 25 livres 5 sols argent; en 51, à 62 sepliers et 18 livres 
argent ; en 52, à 60 septiers et 10 livres argent; en 53, à 78 septiers 
et 18 livres argent ; en 54, à 82 septiers et 22 livres argent ; en 55, à 
k 72 septiers et 10 livres argent ; en 56, à 78 septiers et 10 livres 
argent. 

Le dixme d'Ayen : en 1651, à 28 septiers et 6 livres urgent ; en 52, 
à 35 septiers bled seigle et 22 livres 15 sols argent ; en 53, à 48 sep- 
tiers et 34 livres argent ; eu &4, à 44 septiers et 18 livres argent; en 
55. à 48 septiers et 22 livres argent ; en 55, à 46 septiers et 16 livres 
tournois argent. 

Le dixme de Saint-MartiaMe-Mont, sur lequel le curé du dit lieu a 
droicL de prendre annuellement 45 septiefs de bled seigle à la dite 
mesure d'Ahun, lequel dixme eu son total a esté : en 1650, de la 
valeur de six vingts 3 septiers et 23 livres 5 sols argent ; en 51, à 71 
septiers ; en 52, à 85 septiers et 6 livres argent ; en 53, à six vingts 
quinze septiers et 21 livres argent ; en 5i, à 105 septiers et 6 livres 
argent ; en 55, à 98 septiers. 

Le dixme de Chantaud, sur lequel le vicaire de Sainte-Madeleine 
du dict lieu à droit de prendre annuellement 6 septiers de bled sei- 
gle à la dicte mesure d'Ahun, lequel dixme en son total a esté: en 
1650, de la valeur de 84 septiers et 25 livres 5 sols argent; en 5!, à 
51, à 55 septiers et 18 livres argent ; en 5â, à j66 sepliers et 20 livres 
5 sols argent; eu 5S, à 75 sepliers et 18 livres argent ; en 54, à 78 sep- 
tiers et 6 livres 5 sols argent ; en 55, à 65 sepliere et 10 livres argent ; 
en 56, à 70 septiers et 10 livres argent. 

Le dixme de Fournoux : en 1650, à 10 septiers; en 51, à 5 septiers 
et 3 quartes ; en 53, à 10 septiers. 

Le dixme de la paroisse de Saint-Yrieix, sur lequel le curé du dit 
lieu a droit de prendre airnuellement 30 septiers de bled seigle à la 
dite mesure d'Ahun, lequel dixme en son total a esté : en 1650, de la 
valeur de sept vingts 19 sepliers et 40 sols argent ; en 53, à six vingts 

14 septiers et 23 livres 10 sols argent ; en 54, à sept vingts septiers et 
20 livres argent; en 55, à sept vingts septiers et 43 livres argent. 

Le dixme de Bourlat, en la paroisse de Saint- Pardoux-les-Cards : 
en 1650, à 24 septiers bled seigle et argent 6 livres 6 sols ; en 51, à 

15 septiers émine et 6 livres arge il; en 5*2, à 18 sep-tiers et 6 livres 
argent j en 53, [i 24 septiers et 7 livres argent; en 54, à 23 septiers* 



Digitized by VjOOQIC 



- 175 - 

6 livres argent ; en 55, à 13 septiers et de despense 8 livres ; en 56, 
à i6 septiers et 3 livres argent. 

Le dixme de la paroisse Saint- Laurent, sur lequel le curé du dict 
lieu a droict de percevoir annuellement 40 septiers bled seigle et 
10 septiers nvoine à la dite mesure d'Ahun, lequel dixme en son 
total a esté : en 1650, de la valeur de 1 10 septiers et 30 livres argent ; 
en 5i, à 78 septiers et 24 livres argent; en 54 à 100 septiers ; en 55, 
à 90 septiers ; en 56, à 80 septiers. 

Le dixme de la Saunière, sur lequel le curé du dit lieu a droit de 
prendre annuellement 20 septiers bled seigle à la dite mesure d*Ahun, 
lequel dixme en son total a esté : en 1650, de valeur de 75 septiers 
et argent 24 livres 2 sols ; et depuis le dit sieur abbé est convenu 
avec le dict sieur curé, moyennant certaine quantité de grains qu'il 
debvoit rendre conduicts à Tabbaye au dit sieur abbé, à le tenir quitte 
de toute pension congrue, à luy adjugée par arrest de Nosseigneurs 
du grand Conseil à Paris. 



Charges 



La charge de 12 septiers annuelle pour les mestairies du sieur de 
Massenon, dessuz Trident et Beauregard. 

Autre charge du dixme de 4 septiers esmine de bled pour le dixme 
de Pierregrosse en la paroisse de Saint-Yrieix-les-Bois. 

L*amphitéose des moulins du Moustier à 60 septiers de grains. 

Et les rentes mentkes assignées aux religieux suivant les livres de 
rçceple. 

A été ordonné par monsieur de Bornage que les dites charges 
seront partagées. 

L'abbé ajoute qu'il n'a pas déclaré la dîme de Saint-Sulpice-le- 
Donzeil, sur laquelle le curé avait droit de prendre 30 septiers de 
seigle, attendu qu'il l'a abandonnée tout entière au curé en échange 
de sa portion congrue. 



Digitized by VjOOQIC 



- m - 



Rentes, Gens el Be\eBns déclarés par labbé 



Saint-Yiieix : argent 5 livres ; fromeni 9 boisseaux ; seigle 4 septiei-s 

6 boisseaux ; avoine 13 ras. 

Beaumont : argent 3 livres 12 sols 10 deniers ; froment tiers de 
boisseau quartière; seigle 8 septiers 1 boisseau ; avoyne 1 ras. 

Rigoullet : argent 6 livres, seigle 3 boisseaux. 

Le Chesaud : seigle 1 seplier 5 boisseaux ; avoyne 6 ras 1 bois- 
seau 1/2. 

Le Chiron-du-Bost : argent 2 sols; seigle 1 boisseau i/3; avoyne 
3 ras. 

La Charce : argent 3 sols; seigle 7 boisseaux; froment 2/3 de 
coupe. 

La Saulnière : argent 13 sols 7 deniers ; froment îî boisseaux 1/2 ; 
seigle 11 boisseaux 1/2 ; avoyne 4 septiers 6 ras 1/3. 

Lutte : seigle quarte. 

La Miizeire : argent 4 sels ; froment 1 boisseau et 1/2 coupe ; seigle 
5 boisseaux 1/3 et 1/2 coupe; avoyne 1 ras. 

Bantardeix : argent 4 sols 8 deniers ; seigle 9 boisseaux. 

Villechaud : argent 5 livres 17 sols. 

La Villatte Sainte-Marie : argent 9 livres 2 sols ; seigle 16 septiers 

7 boisseaux ; avoyne 5 septiers 1 ras. 

La Villetelle : seigle 3 septiers 1 boisseau ; avoyne 2 septiers 4 ras 
1 boisseau ; argent 2 sols 8 deniers. 

Le Chiron Kedouillat : seigle 2 septiers. 

Maisonnisses : argent 5 sols 9 deniers ; seigle 12 septiers esmine ; 
avoyne 2 septiers. 

Chanibereau ; argent 15 sols ; seigle 30 septiers ; avoyne 22 setiers 
esmine. 

Monigermain (sur le dixme): seigle 3 setiers. 

Le Moustier : argent 3 livies 15 sols 8 deniers ; fromeni 3 septiers 



Digitized by VjOOQIC 



3 



— 477- 

eaux coupe ; avoysa 6 ras 1/2. seigle 6 septiers 3 boisseaux 



^fl \ ■^^nge-aux-Belles : argent 25 sols 6 deniers : froment 5 bois- 
^^^ ^^^upe ; seigle 3 septiers esmine. 

^ ^^ >^^^ux : argent 21 sols 8 deniers.; fromerot î septier 8 boisseaux 
^ 14 ; seigle 6 septiers 7 boisseaux ; avoyne 11 ras. 



V 



tarais : argent 41 sols ; froment 1 septier 7 boisseaux 1/2 ; 
seigle 8 septiers quarte. 

Mourinat : argent 27 sols 6 deniers ; froment 5 boisseaux ; seigle 
a septiers quarte ; avoyne 5 ras 1/2. 

Ghantaud : argent 8 livres 5 sols, et pour la Chaume 5 livres ; fro- 
ment 12 septiers esmine ; seigle 6 septiers ; avoyne 9 septiers. 

Le Gluzeau : argent 2 sols 6 deniers ; seigle 3 boisseaux ; avoyne 4 
ras. 

Âzayé : argent 4 sols 4 deniers ; seigle 2 septiers quarte. 

Bellut : seigle 1 septier. 

Azat, ViUetelle et les Rues : argent 7 deniers ; seigle 6 quartes 
coupe 1/4 ; avoyne 4 ras 1/2. 

Epy : argent 26 sols 5 deniers ; seigle 1 septier 7 boisseaux ; avoyne 

4 ras, 

Fontigier : argent 5 sols 6 deniers ; seigle 4 septiers 7 boisseaux ; 
avoyne 2 ras. 

Bordas : argent 48 sols 2 deniers ; seigle 7 septiers coupe 1/4 ; 
avoyne 3 esmines. 

Ayen : seigle 6 septiers ; avoyne 2 septiers esmine. 

La Cheize : seigle 3 septiers 3 quartes ; avoyne 3 septiers 3 quartes ; 
argent 15 deniers et une poule. 

La Naulte : argent 25 sols ; seigle 1 septier ; avoyne 4 ras. 

St-Médard : seigle 9 boisseaux couppe. 

Villemigoux : seigle 9 boisseaux* 

La Yaulresse : argent 30 sols ; seigle 20 septiers 5 boisseaux 1/3 ; 
froment 2 septiers ; avoyne 3 ras 1/2. 

plus, par augmentation, le pré du curé de St-Laurent 
el celui du curé du Moustier. 

12 






Digitized by VjOOQIC 






- 478- 

Augmentation encore, Ayen : seigle 5 septiers 3 boisseaux ; avoyne 
10 ras. 



Reites, ceis et reveins dédarts f»r les reliai 

Sur le moulin du Moustier-d'Ahun, pour raison du droit de mana- 
des, abonné 40 sols et 2 gasteaux de febve des Roys d'une quarte 
de fleur de farine de froment. 

Item sur les héritiers de feu Léonnet Pailleron : argent, à cause de 
la terre du Mosnas, 35 sols. 

Item sur le dixme du Moustier : 8 pintes de vin et 100 paillassins. 

Item sur le village de Margnat : argent 5 sols 9 deniers ; seigle 3 
8eptiei*s 5 boisseaux 1/2 couppe. 

Item sur le village d'Ecurat : seigle 1 septier. 

Les Villates : seigle 5 septiers. 

Le Breuil : seigle 3 quartons couppe quarlière; avoyne 3 boisseaux. 

La Mazeire : seigle 7 boisseaux 2/3. 

Sainl-Yrieix : seigle 4 septiers ; argent 15 sols. 

La Gharsse : seigle 7 quartes. 

Longeville : seigle 4 couppes ; argent 8 deniers. 

Les Ghezades : seigle 3 septiers 5 boisseaux. 

La Vallade: seigle 3 esmines; item seigle 8 septiers qui sont des* 
niez^ pour lesquels il y a procès pendant au Parlement de Paris. 

Le Méry : seigle 4 couppes. 

Le Moulin d*Espy : seigle 5 septiers. 

T^ Gluzeau : argent 4 sols 3 deniers; seigle 11 boisseaux coupe. 

Les granges : seigle 2 septiers. 

Le Sept : froment 3 boisseaux ; seigle 5 septiers 3 boisseaux coupe. 

Sur le dixme de Saint-Marlial-le-Mont : seigle 3 septiers. 

Le Ghezaud : argent 20 sols ; seigle 5 septiers. 

Sur le dixiae de Saint-Jiaurent: froment 3 esmines; avoyne t 
esmine. 



Digitized by VjOOQIC 



- 179 - 

Pleurfaye : seigle i septier. 

Freydefont : seigle 3 quartes ; vin 5 chopines. 

Fier refit te : seigle quarte. 

Fournoux : argent 7 sols 6 deniers ; froment 8 quartes ; seigle 
1 septier ; 1 poulie. 

Ghierdempeaux : seigle 1 quarte ; avoyne 1 raz ; argent 11 sols. 
Âyen : seigle 1 boisseau. 
Sur le dixme de St-Pardoux : seigle 1 esmine. 
Chadièras : seigle 2 septiers. 
La Maison-Nefve dlssoudun : argent ^ sols. 
Massigoux : seigle 3 boisseaux. 
Le thastellus : seigle 3 boisseaux couppe. 
Sur la cure de Banlse : seigle 1 esmine. 
Beaubiat : seigle 10 septiers. 

Tialle : seigle 5 septiers ; avoyne 1 septier ; argent 40 sols ; 
1 poulie. 

Saint-Loup-de-Landes : seigle 2 septiers esmine. 
' Tidaillat : seigle 2 septiers. 
Mazeirat : seigle 1 septier couppe. 
La Brousse, paroisse de Salnt-Pierre-le-Bost : seigle 4 septiers. 

Toutes lesquelles rentes et debvoirs cy-dessus, mesure d'Ahun, la 
Borne, St-Jullien. 

Sur le moulin du Conte : seigle 14 septiers quarte ; argent 22 
deniers. 

Sur le moulin du Pontsousbrot : seigle 14 septiers. 

Sur le dixme du sieur de Gressat, appelle le quarteron de Parsac ; 
. seigle 16 septiers. 

La Villatte Sainte-Marie : argent 10 sols ; seigle 7 boisseaux couppe. 

La Peyre : seigle 3 boisseaux. 

Chanon : seigle 1 boisseau. 

Bellut : seigle 7 septiers. 

Azayet : argent 12 deniers ; seigle 1 septier 5 boisseaux ; ^voyne 
4 raz. 



Digitized by VjOOQIC 



Ménardeix : seigle 3 esmines. 

Bautardeix, qui est la charge deube sur le dixme ée Pionnat : seigle 
Ssepliers. 

Bordas : seigle 2 septiers5 boisseaux. 

Yillemerle : seigle 3 sepUers. 

Le Boueix : seigle 3 boisseaux. 

Chassogne : seigle 2 septiers quarte ; vin 4chopiQes. 

Goumeneys : seigle 1 septier. 

Bostchataignon : seigle 8 septiers. 

La Maison Neuve de Parsac ; seigle 1 septier. 

Viergnas : argent 34 sols; seigle 11 septiers ; avoyne 1 septier. 

Fontigier : argent 12 deniers ; avoyne 4 ras. 

Le Marais : seigle 2 boisseaux coupe. 

Marsan et les Fosses : seigle 2 septiers 3 quartes coupe. 

La YiUelelle : seigle 1 esmine. 

Villechaud : argent 17 sols 6 deniers. 

Les rentes cy-dessus, mesure de Jarnages, hors un septier deub 
par les habitans d'Heyra sur le village des Fosses. 

La Chapelle-Saint-Martial : argent 5 sols ; seigle 1 esmine ; avoyne 
2 quartes ; 1 poulie. 

Genestine : argent 20 sols; froment 1 boisseau ; seigle 2 septiers ; 
avoyne 7 ras. 

Lècuras : seigle 7 quartes 1 boisseau ; froment 2 quartes 1 bois- 
seau ; avoyne 8 quartes, 

Rocherolles : seigle 9 quartes ; avoyne 7 quartes. 

Murât : seigle 6 quartes ; froment 1 boisseau ; avoyne 6 raz. 

La Faye, pour la Borne : seigle 2 septiers 5 boisseaux ; avoyne 
2 quartes 1 quarton. 

Ahis : seigle 1 esmine. 

La Feyte : seigle 3 septiers esmine ; avoyne 6 quartes 1 quarton. 

Le Montendier : seigle 3 couppes. 

La Garnayche : seigle 2 septiers. 

Eyrenas : seigle 1 septier. 

Les debvoirs cy-dessus^ mesure Rocboise, DroulUesetBourgaiMuf. 



Digitized by VjOOQIC 



-I8I~ 



DJines dèelirés par les nligien 

Le dîxme dé Lavaud : seigle 20 septiers. 

Le dîxme de Marais : seigle 13 septiers. 

Le quarteron de Fournoux : seigle 5 septiers. 

Le dîxme du village de Yiergaas, en ce qui appartient aux reli- 
gieux : seigle 2 septiers. 

Le quarteron de Masganachon : seigle 10 septiers. 

Le dixme de Pierrefitte : seigle 17 septiers. 

Le quarteron de Fellinas : seigle 3 septiers esmine. 

Le quarteron de Peylet : seigle 2 septiers esmine. 

La huictiesme et demy saisaine du dixme de Busaeau : seigle 
9 septiers. 

La demy seizaine de Saint-Yrieix : seigle 4 sepUers esmine. 

Le dixme de Yidaillat, y compris les dixmes et autres choses 
abandonnées par le curé de Vidaillat : seigle 75 septiers. 

Le dixme de la paroisse de la Gtiapelle-Saint-Martial, y compris 
Tabandonnement fait par le curé : mesure Rochoise, huict vingts 
septiers, les 2/3 seigle et 1/3 avoyne, revenant à la mesure d'Âhun 
80 septiers. 

Le dixme de Peytillat, en la paroisse de Saint-Sulpice-les*Champs : 
seigle 10 septiers le tout à la dite mesure d'Âhun. 



Mnoes eharnages 



Sur le village de Rocberolles : argent 12 sols, 

La Cour : 8 sols. 

Chaussadan : sols. 

Masneuf : 6 sols. 

OenesUna et la Chapelle : sols. 

Le tout paroisse de la dite Chapelle, avec les villages du Maxeau 
et Lécuras où le chamagi d'«f neansei oooboii0 te prend en eipèoes, 



Digitized by VjOOQIC 



— 182 — 

savoir des cochons de lait en espèce, et des agneaux et brebis 1 denier 
par teste. 

Gomme pareillement sur lo bourg du Moutier et villages de la 
Vaurette, Pourtoux, le Marais, la Grange-aux-Belles, Gbantegrèle, 
Pontsousbrot et Moullin-du-Gomte, ou pareillement sur les villages 
de la Vaveix et le Gluzeau, sur lesquels deux villages les cocbons à 
la Saint-Michel, 

Item le pré du Nouhaud, Tôtang de Lubeix, le bois d'Ëpeisses. 

Item les aliénations retirées par les dicts religieux, savoii : l'étang 
du Cherpoii, le mouUin du dict lieu, construit par les dicts religieux, 
le village du Teilloux : argent 3 livres 11 sols ; froment i boisseau ; 
seigle 5 septiers esmine couppe; avoyne 6 raz; vin 5 chopines ; 
1 poulie. 

Villeservine : argent, compris la vinade, 9 livres 7 sols 6 deniers ; 
seigle 7 septiers 1 boisseau 1/3 de couppe; avoyne 7 septiers esmine ] 
poulies de feu. 

Thérat : argent 17 livres 5 sols; seigle 3 septiers 1 coupe 1/3; 
avoyne 25 raz. 

Saint-Laurent : argent 27 sols 6 deniers ; seigle 5 boisseaux 3/4 de 
coupe ; 1 poule. 

Puyparaud : argent 14 sols 4 deniers ; seigle 3 couppes. 

Marsan et l^s Fosses : argent 1 escu et 5 sols; seigle 11 septiers ; 
avoyne 6 septiers, mesure de Jarnages, et aussi froment 11 septiers 
7 quartoiis ; seigle 16 septiers esmine ; avoyne 6 septiers 6 raz 1/2, 
mesure d'Ahun. 

(Il y avait procès avec les habitants au sujet de cette rente.) 

Le Boueix : seigle, mesure Rochoise, 10 septiers ; avoyne, dite 
mesure, 1 septier ; argent 5 sols ; 1 poulie. 

Ajoutent les dicts religieux le pré de la Pale. 



Revenus pour anniversaires fondés par les partienliers 

Sur les héritiers de feu Léomiet Pailleron, du Houtier d'Ahun, de 
rente 52 sols. 

Sur les héritiers de feu Gilbert Bataille; 25 sols. 



Digitized by VjOOQIC 



— 183 — 

Sur le moullin du Moutier : 1 septier seigle; 

Sur les villages de Félinas et le Ghézalet : 3 septiers seigle. 

Sur le village d'Epy, tant en rentes qu'en dixmes : seigle 10 sep- 
tiers ; argent 13 sols 6 deniers. 

Sur Pourtoux : froment 1 boisseau ; seigle 1 esmice ; vin 8 pintes *, 
argent 56 sols. 

Le quart du dixme de Pierrefilte, qui est la moitié du dixme des- 
dits religieux : seigle 6 septiers. 

Le dixme du Gloup, afTermô conjointement avec ledit dixme de 
Pierrefitte : seigle 6 septiers. 

Le dixme du Mas-du-Teil^ 4 septiers par an, Tun portant l'autre 

Item estait deub sur le grenier du sieur abbé : seigle 10 septiers, 
donnez par Keynaud Rimondet, lesquels 10 septiers seront pris à 
Tadvenir sur le lot des charges. 



A ces revenus il faudrait ajouter ceux de Drevant, qui n'ont pas été 
déclarés. L'abbé dit que, n'en jouissant que depuis le siège de 
Montrond, il ne sait pas au juste l'importance de ces revenus, mo- 
mentanément diminués pai la guerre (la Fronde) (i) ; mais que les 
religieux devaient les connaître, les ayant piis à ferme pendant plu- 
sieurs années. Les religieux refusèrent de faire uue déclaration pour 
des biens appartenant à l'Abbé. La division en trois lots des revenus 
de Drevant fut faite, sur place, par des experts pris dans la localité. 

Ces revenus consistaient principalement en dîmes de vin, plus 
quelques menues dîmes de fèves, pois, chanvre, lin et charnages de 
cochons et d'agneaux. Ils avaient été affermés, le 16 janvier 1650, 
moyennant 300 livres et 19 tonneaux de vin à un sieur Nizier, qui 



(I) A cause des guerres et siège de Montrond qui ont commencé au mois de 
may 165U et continué jusqu'à la tin de février 1653, il a esté fait si grande quan« 
lité de désordres, déuioUtions et dégrudatiuns, nou seulement au dict prieuré, 
mais encore dans iuute retendue du prieuré et revenus d*iceluy, qu'il ne s'y 
est rien recueilli de blé jusqu^à présent, à raison de ce que les terres n*ont 
esté cultif ées et les lieux habiles, que messire l'abbé a esté obligé de payer la 
pension du curéi des biens pris dans i'abbaye et non du dict prieuré (Procès^ 
vebal, f» 818) 



Digitized by VjOOQIC 



-m- 

était, en outre, chargé de foire assurer le service religieux dn prtearé 
et de payer « les ctiarges deubes à l'abliaye cPAbun et aeigaenrie 
d*ilyne-U-Viel><B.51), 



VI. — Vidimus de ta bulle de Lucius III (4'' Juin H8SJ(^) 



Universis présentes litleras inspecturis, visuris et audiluris, Johan* 
nés Barlhonis, condiiar.us seiinissimi principis, régis Jacobi, régis 
Ungarie, Hierusalem et Scicilie, comilis Marchie et Castrensis, et 
ejus cancellarius in dicto comilatu Maiciiie, salulem. Noveritis nos 
vidisse, tenuiss^^, legisse ac d3 verbo ac ad verbum per Guiilermum 
de Qiiadrumo et Petrum de Marcilliaco, commissarios nostros sigilli- 
que canceUirie dicti comiiatus Marchie, notariés et jurâtes infrascrip- 
tos transcribi ac coUatianari fecisse quasdam patentes litteras 
quondam boue memorie SaAClisainii in Ghristo Patris ac DorQini Do- 
mini Lucii pupe tertii, ejus vera bulla plumbi cum filis sericis rubeis 
et crocels bullatas, sanas et intégras, uoo rasas, non abolitas. nec 
viciatas, neqiie in aliqua sui parte suspectas, sei omni prorsus vicio 
et suspeciione carentes, ut prima facie apparebai Quaruin littera- 
rum ténor de verbo ad verbum sequitur et est talis : 

Lucius, episcopus, servus servorom Dei, ddecUs fiiiis Berirande 
abbati Agedunensis monastedi^ ejus que fratribus taoi presentibus 
quain futuris, regularena viXain profesais» 

In P. P. M. Quoliens illud a nobis petitur quoi rationi et honesiaii 
convenire videlur, animo nos deeet libenii cenoedere et peientiuin 
desidet'iis congruum inipertiil suiïragium. Quapropter, dilecti in 
Domino (ilii, vestris justis petitionibus clemenler annuimus, et prefa- 
tum monaslerium, in quo divine mancipati estis ofûcio, sub beat! 



(1) Archives Départementales de la Creuse^ H. 1. Cet arebivM 
également deux chartes de conArmttîon du droit de proptiété ewr dive 
églites du diocèse de Umeg«8 : riine donnée en U41 par ftéraud/ évé^tt« et 
Limoges, l'aulre (sans date), par le même évéque (U. 3;* 



Digitized by VjOOQIC 



— MB- 

ftÈti et MM9tra praleoliûiie aoscif hmis, et preseoits scripU privilégie 
communiiDus. 

hipnau9 q«uideiii slaiuenies ut orde inoaasUcus, qiû seeuadam 
Deim et beali Benedicti regnlam in eoclesia veatra inaliiutus esée 
dignosoikir, perpeto» ibidem tei&pof ibus tnviolabiliter obaervetiM*. 

Preterea quascunniue possessiones, quecumque bona idem monae- 
terium juste et canonice possidet in preseiitiarum, aut in futiuiim 
coocessiooe poaiifQoitm, largitione regum ye\ ptûicipum, oblatione 
ûdelium, sea aMis justis modis, preatante Domino, poterit adipisci« 
firma vobis vestrisque successoribus, et iliibata permaeeant. 

In quibus propriis duximus exprimenda voealibus : 

Locum ipsum in que monasterium vestrum situm est, cum villa 
que eidem monasteho adjacet, cum molendinis, ortis. pratis et omni- 
bus pertinenciis suis ; 

Ecciesiam Santi Siivani que est in burgo Agedunensi, capellam 
castri Agedonensis, ecciesiam Sancti Moriialis de Monte, capeMam de 
Ganiale, ecciesiam Santi Pardulphi de Rocheta, ecciesiam Sancte Marie 
de Curte (1), ecciesiam Sancti Suipicii de Banisa, ecciesiam Sancti 
Avili, ecciesiam Sancti Peiri de VidalacH. ecciesiam Santi Suipicii 
Superioris, capellam de Bobiac, ecciesiam Sancti Kartialis de Capella 
ecciesiam Sancti \incentti de Gepo (2), ecciesiam Sancti Peiri de 
Lespinacy ecciesiam Sancti Aredi, ecciesiam Sande Marie de Sauneria, 
ecciesiam Sancti Pétri de Fransencia (3), ecciesiam Sancti Laurentii ; 

In Bituricensi quidem arcfaiepisoopalu : ecdesiam Sancti Juliani de 
Dervent, ecciesiam Sancte Marie de Paczac ; 

In Pictavensi vero episcopalu : ecciesiam Sancti Paxentii cum perti- 
nenciis suis, ecciesiam Sancti Hilarii de Lupchaco. ecciesiam Sancti 
Pétri de^onasterio, capellam Sancti Stephani de Barbada, capellam 
de Foresta cum onmibus ad ipsam pettinentibus. 

Sane novalium vestrorum, que propriis manibus aut sumptibus 
colitis, nullus a vobis décimas présumât exigere. 

Liceat quoque vobis dericos et laicos e seculo fugientes liberos et 



(1) La charte (s. d.) ajoute : aut de Joliaco. 

(2) La charte de 1141 dit : deu Ceps. 

ijH) La charte de li4t dit : de Franaetehas» et te dtarté (*« d.) ; aoeletiam 
StncU Martialif de Gabrtlai« 



Digitized by VjOOQIC 



— 186 - 

absolûtes fidt conversationem vestram recipere et eos absque conlra- 
dictione aliqua relinere. 

In parrochtalibus insuper ecclesiis veslris. ad monasterium vestrunfi 
spectantibus, liceat vobis personas eligere et diocesano episcopo 
presentare. Quibus, si idonei fuerint, episcopus curam animarum 
comiltat, ut ei de spirilualibus, vobis de temporalibus debeant 
respondere. 

Gum autem générale inierdictum terre fuerit liceat vobis, clausis 
januis, non pulsulis campanis, exclusis excommunicatis et interdictis, 
submissa voce divina officia celebrare. 

Sepulturam quoque ipsius loci liberam esse decemimus, et eorum 
devoUoni et extrême voluntati, qui se iilic sepelliri delit)era vérin t , 
nisi forte excommunicati vel interdicti fueiint, nullus obstat, saiva 
tamen justicia iilarum ecclesiarum quibus mortuorum corpora assu- 
muntur. 

Obeunie vero te, tune ejusdem loci abbate, vel tuorum quolibet 
successoruni, nullus ibi qualibet surreptionis abstucia seu violencia 
preponatur, uisi quem fratres communi consensu vel fratrutn pars 
consilii sanioris, secundum Dei timorem et beati Benedicti regulam 
providerinl eligendum. 

Decernimus ergo ut nuUi omnino hominum liceat prefatum monas- 
terium temere perturbare, aut possessiones ejus aufferre, vel ablatos 
retinere, minuere, seu aliquibus vexationibus fatigare. Sed omnia 
intégra conserventur eorum, pro quorum gubernutione ac sustenta- 
tione concessa sunt, usibus commodis profutura, salva in omnibus 
sedis apostoUce aucloritate et diocesanorum episcoporum canonica 
justicia. 

Si qua igitur eoclesiastica secularisve persona hanc nostre consti - 
tulionis paginam sciens contra eam temere venire temptaverit, 
secundo tertiove commonita, nisi presuinptionem suam congrua 
salisfactione correxeret, potestatis honorisque sui dignitate careat, 
reamque se dtvmo judicio extstere de perpetrata iniquitate cognoscat» 
et a sacratissimo corpore et sanguine Dei et Domini redemptoris 
nostri Jesu Christi aliéna fiât, atque in exlremo examine divine 
ullioui subjaceat. Ciunciis autem eidem loco sua jura seivantibus si^ 
pax domini nostri Jesu Cbrisii, quaiinus hic fructum bone actionifl 
peroipiant et apud districtum judicem premia eterne pacis inventant' 
AM£N. Amen. 



Digitized by VjOOQIC 



■^ 



-487 — 

El erant prafate litière appstolice sigaate etsubscripte in margine 
prout sequilur, et earum datum erat, sicut infra signa et subscrip- 
tiones immédiate seriptum est. notatum. 

(Suivent les signatures). 

DatumVelletri per manum Alberti,sancte Romane ecclésie presbiteri 
cardinalis et cancellarii, indictione prima, in Kalendas Junii incar- 
na tioni s dominice an no MGLXXXII, pontificatus vero domini Lucii 
pape in an no secundo. 

In quarum quidem litterarum apostolicarum superius insertarum 
visionis et diligentis inspectionis fidem et testimonium. Nos, prefatus 
cancellarius predicle cancellatie comiiaius Marchie, huic presenti 
transcripto transcripto (sic) seu vidisse sigilinm predicte cancellarie 
Marchie duximus apponendum. Datum et actum, quanldm tangit 
hujus transcrlptum seu vidisse, die décima octava mensis Junii, anno 
Domini millésime quadringenteslmo tricesimo quinto. 

Facta est collatio cum originali per me Petrum de Marcilliaco, cle- 
ricum sigilli cancellarie Marchie. notarium et juratum, unacum Guil- 
lermo de Quadrumo, dicti sigilli cancellarie predicte notarié et jurato 
et per me Guillermum de Quadrumo, cloricum sigilli predicte can- 
cellaiie Marchie, notarium et juratum una cum predicte magistro 
Petrode Marcilliaco, prelibate cancellarie Marchie notarié et jurato. 

Signé : P. de Marcilliaco et G, de Quadrumo. 



VIL — Prieuré de Sainl-Paixenl d). 



Uéglise de Saint-Paixent fut un prieuré-cure de TOrdre de Saint- 
Benoit, dépendant de Tabbaye d'Âhun. Le prieur avait le titre de 
curé primitif et présentateur; le desservant, celui de vicaire perpé- 
tuel. Gelui-ci était par conséquent institué ou nommé par i'évéque 

(1) Bulletin des Antiquaires de TOuest (année 1844, page 87)* 



Digitized by VjOOQIC 



- «8- 

snr la présentaiiofi éû prieur. Le prieur, que f en qiud4€ait géwénde- 
meiit de bénéllcier, nv9ài peur lui les revenos du prieuré ou bénéfice 
et il se débarrassait sur le ricaiPe perpétuel du service paroissial* 
moyennant une rétribution consistant en une pension annuelle de 900 
livres, dans les derniers temps portée à 500. 

Il y eut au xviii* siècle siôde une contestation sérieuse pour savoir 
6t Saint-Paixent était en même temps prieuré et cure. Le prieur 
tenait pour le prieuré simple ; le service paroissial (ut, durant un 
temps, interrompu. Saint-Paixent conserva son titre de prieuré-cure 
jusqu'à la réforme opérée par l'Assemblée constituante. 

L'église était dédiée à Notre-Dame. Si l'oa en croyait certains 
documents, Me aurait été fondée et bâtie par Cbarlemagne et son 
fils IiOuis4e-Débonnaire. EUe parait dater du xu« siècle, elle oflTre 
tB effet un mélange du style roman et du style ogival. 

Des cinq chapelles, l'une avait eertainemeni été édifiée vers Hi 
fin du XV siècle. £n vertu d'acte capitulaire de son abbaye du 20 
juin 1463, i'ubbé d'Ahun avait autorisé cette fondation» avec droit de 
banc et de sépulture dans l'église, au profit d'une dame Dubois de la 
Vigerie. 

La dédicace du maitre-autel est la même que celle de Fégllse. Les 
autres autels étaient dédiés à Ste-Made!eine, Saint-Jean-Baptiste, 
Sainte-Anne et Saint-Chistopbe. 

Les fenêtres de l'église et du sanctuaire sont en plein cintre. Le 
clocher est une véritable tour romane L'escalier qui cc»nduit au clo- 
cher est dans une tour ronde accolée à l'église. Les arcs et voûtes 
étaient en ogive médiocrement prononcée. La voûte de la nef n'existe 
plus, elle a été détruite pendant les guerres de Religion. 

Le prieuré dut, dès ce temps, perdre une partie de son patrimoine. 

11 parait que quelques immeubles avalent fait partie des dotations 
du prieuré, qui consistaient en outre, en des rentes pour concession . 
de droits de sépulture, en des dîmes anciennes et novales, menues 
et vertes dîmes (1), droits de charnage, etc. Toutes ces redevances 
furent abolies quand les Immeubles furent aliénés comme biens 
nationaux. 



(1) Se percevaiani mr tout ce qui •# consomme en vert ; légomm, Mvee, 
tuuricoti. 



Digitized by VjOOQIC 



ADDENDA 



Le n<> 59 des Annales du Midi m'étant parvenu avant que Timpres- 
sioD de mon article fût terminée, j'en proAte pour reproduire ici les 
érudites observations de M. Antoine Thomas, au sujet de ma liste 
critique des abbés du Moutier-d'Ahun. {Mém. Soc. Creuse^ XIII, 343 
à 862): 

Page 349. Au lieu de Moutier : lire Mouterre ; tel est le nom actuel 
de la commune, canton de llsle-Jourdain (Vienne). 

Page 353. L'abbé Aimeric Barton, menUonné en 1445, est identique 
au prieur de Guéret, mentionné en 1423. (Mém. Soe. Creuse, XII, 46S). 
Les plaidoiries du Parlement de Poitiers (Arch, Nat, X-^, f* 197 r«), 
à la date du 19 août 1429, nous apprennent que a le prieuré de 
Guéret a vaqué par la promocion du ft*ère Aimery Barton à certaine 
Abbaye. » 

M. Antoine Thomas signale une mention d'abbé tout à fait inconnue 
des historiens locaux : dans le nécrologe de Saint-Robert de Cornillon, 
publié en 1868, par Tabbé Ulysse Chevalier, on voit figurer au 31 
juillet, Petru9 de Reovilla^ abbas Agedunensiêy Case Dei monachus» 
n est possible, dit-il, qu'il s'agisse de l'abbé Pierre, signalé par 
M. Delannoy en 1241 et 1247. 

Page 157 du présent Bulletin. Les deux domaines situés dans la 
commune de Genouillat ont été adjugés, le 17 mars 1791, à Gilbert 
Nàrbonne, demeurant à Boussac, pour le prix de 28,100 livres. 



Digitized by VjOOQIC 



PLAN D'AUBUSSON 



1663-1685 



Cette vue de la ville d'Aabasson a été lithographièe, en 1842, 
dans râtelier de Pierre Langlade, Fauteur des dessins qui accompa- 
gnent V Album historique el piiloresque de la Oeuse^ et publiée à la 
même époque. Le dessin original avait été découvert dans les car- 
tons d'un ancien peintre de la manufacture royale de tapisseries : on 
ignore ce qu'il est devenu. 

La vue générale est prise du sommet du faubourg de la Terrade, 
à Touest de la ville d'Aubusson. On volt, à droite et au haut du des- 
sin, le temple des protestants, entouré de murailles, avec une mai- 
sonnette à Tun de ses angles. Ce temple fut construit en 1663^ à 500 
toises de la dernière maison de la ville, auprès de la roule de Cler- 
mont, et démoli en 1685. Ces dates nous permettent de préciser 
celle du dessin primitif. 

En avant du temple des protestants est figuré le domaine du 
Harchedieu, autrefois village, et à gauche, le château de La Vergue 
avec ses deux tourelles et ses bâtiments d'exploitation. 

Au centre, et toujours dans la direction du levant, Téglise de 
Notre-Dame du Mont, siège du chapitre d'une collégiale de Saint- 
Martin à dater de 1674 el qui a été démolie en 1808. Les ruines da 



Digitized by VjOOQIC 




« 



Z 


a 

3 
< 



y 

3 
O 

i 

< 
oc 



z 

u 
3 
> 



Digitized by VjOOQIC 



Digitized by VjOOQIC 



-m- 

cbAleaa féodal paraissent plos importantes qa'elles ne le sont de nos 
jours. An bas et à gaacbe de la montagne du Cbâteau, aujourd'hui 
vulgairement dénommée le Chapitre^ à l'entrée de la route de 
Clermont, on voit la tour du Milan restée légendaire^ 

Au-dessous des ruines de la forteresse, Téglise paroissiale de 
Sainte-Croix. A gauche, la tour de Pàuditoire du juge châtelain et 
celle de la prison du comte de la Marche. En descendant, on recon- 
naît rbôtel des Laboreys de Cbâteaufavier, construit en 4636, et 
récemment démoli. On remarque sur le versant du monticule du 
château, du côté du midi, un étroit sentier dénommé la Vedrenne, 
sorte de chemin de ronde qui aboutissait au voisinage du pont de 
St-Jean-la-Cour. Au premier plan» la place publique, la halle et 
rbôtel des Yallenet. 

Sur la rive droite de la Creuse, la rue des Tanneurs avec son 
lie et ses moulins. Le pont en pierre qui venait d'être construit con- 
duisait au bourg de la Cour. On remarque la tour qui défendait l'en- 
trée du pont du côté de la ville. L'église et le couvent des Recollets 
sont très exactement reproduits. 

A droite du dessin, l'église et le château de Saint-Jean: à une 
petite distance, le bourg de la Cour. 

Au dessous du pont est une passerelle qui conduisait au quartier 
de la Basse-Terrade. Plus à gauche, le pont de la Terraie avec ses 
tourelles du côté du faubourg. 

Il est couvert et renfermait des échoppes de cordonniers dont on 
voit les fenêtres. Au bas du fauboug et auprès de la rivière, la mai- 
son Ruben avec sa hante tour carrée. 

Sur la hauteur, le domaine des Granges, et, sur la rive droite de 
la Creuse, la rue Yaveix. A son extrémité, se trouve le moulin de 
la Roche, aujourd'hui détruit, et au milieu de la rue, une porte de 
ville accompagnée de deux tourelles. 

La tour de Thorloge s'élève sur le versant de la montagne des 
Granges: elle domine le centre de la ville, mais la montagne masque 
complètement le faubourg de Bat et le quartier des Méris que 



Digitized by VjOOQIC 



— Ma- 
ie detfiiMteor na pcmTaU apercevoir de Tendroit où il s*étâii 

An levant, et à mi-côle se trouve le fauboarg de la CAte-du-Nont, 
pnis la Grande-Rae que longe le ruisseau de la Ville. On voit que de 
nombreux pools de bois étaient jetés sur ce petit cours d*eau qui cou- 
lait alors à découvert, s^ufdans sa partie inférieure que recouvrai! 
une voûte en maçonnerie. On reconnaît, à rentrée de la rue Tieille, 
la petite chapelle de Nolre-Daine-de-la-Ville. 

Ctprien Pérathon. 



Digitized by VjOOQIC 



RAPPORT 

kf Iss Fouilles dieultes* au Mi à i9mi. 

d'Octobre 1902 à JuiUet 1903 CSuUeJ 



Dans iiQ prèeédenlMéraoire, j'ai décrit tes découvertes successives 
opérées autour de la Montagne de Jouer aux périodes les plus favo* 
râbles de Tannée qui vient de s'écouler. Je dois dire que depuis, 
comme alors, les fouilles et recherches ont dû subir des arrêts mul-* 
tipiiés résultant de causes diverses, rnais^ particulièrement de Tin- 
lempérie des saisons et de Tâpreté du climat, parfois aussi de la 
pénurie d'ouvriers. 

Il m'a été donné toutefois d'élargir assez considérablement le 
champ de mes explorations, et Texistence de plusieurs autres bâti- 
ments malheureusement ruinés de fond en comble a pu être cons- 
talée dans l'espace compris enlre la voie romaine de Limoges et le 
signal de Jouer, c'est-à-dire dans la direction du Sud-Ouest. J'ai pu 
notamment <léblayer un vaste terrfi-plein platerforme circulaire où 
j'ai rencontré un massif puissant^ bien compact, que je croirais 
aviûr été construit pour supporter une tour (1)» puis, à 50 mètres 
plus haut, une ruine de 20 mètres carrés environ où se voient ^uel- 
qu^ traces de voûte, ainsi que les restes d'un bâtiment dont les 



(1) Voir mon plan. 

13 



Digitized by VjOOQIC 



- 19i- 

pierres paraissent grossièrement travaillées ou non appareillées, 
bâliment contigu à celte même voûte. 

Le long de la vole, et dans cette dernière direction, j'ai pu cons- 
tater l'existence de trois nouveaux bâtiments dont il ne reste que 
quelques assises généralement informes mais qui sont rendus cer- 
tains par la présence d'une véritable profusion de tuileaux, clous, 
débris de poteries comme dans les cas précédents, les unes d'une 
pâte grossière, mais la plupart en terre rouge ou samienne très 
fine, quelques autres enfin en verre (la plus marquante montre en- 
core ses 2 anses). Un de ces débris en particulier semble représenter 
sur son pourtour quelques détails de la partie postérieure d'un 
griffon. (Allusion sans doute à la destinée de l'objet ou du monu- 
ment, les griffons, suivant les anciens, étant chargés de veiller à la 
conservation des choses cachées). 

J'y ai relevé deux monnaies de bronze assez frustes, mais laissant 
voir néanmoins, la première : Une tête laurée tournée à droite, 
auprès de laquelle on distingue à peine TR] AIANVS. Au revers, 
riei) de net. Elle est en bronze de module moyen, mais bien patinée. 
La seconde également en bronze, même module, représente beau- 
coup plus nette une Face de Fausline autour de laquelle, on lit FA] 
VSTINA, le rcsle manque. La tête est tournée à droite, jeune et 
très fine ; elle doit être conséquemment de Faustina junior. 

Trouvé là deux autres monnaies moins nettes encore que les 
précédentes et entièrement illisibles, ainsi que quatre silex qui 
paraissent avoir été taillés : ils appartiennent sans doute à l'époque 
celtique. 

Sur ce même point, j'ai à enregistrer une autre trouvaille des plus 
remarquables. C'est un bout de chaîne en fer dont il ne reste en 
tout que six maillons. Quoiqu'elle ait perdu par l'oxydation beau- 
coup de sa force et de son poids, elle est cependant assez nette et 
distinguée par le genre de travail ou de fabrication, chaque chainon 
a la forme du chiffre arabe 8. 

A quelle sorte d'usage pouvait-elle êlre destinée? Il me semble 
difficile de le déterminer d'une manière certaine. Toutefois, l'absence 
de puits dans ces parages permettrait de supposer qu'elle devait 



Digitized by VjOOQIC 



- 103 — 

servir d*at(ache, peutèlre à un cheval, peat-étre aussi à une porte, 
peal-êlre enfin à quelque prisonnier. 

Deux nouveaux sondages opérés dans les endroits non cultivés 
du (aillis Volondat, attenant à mes précédentes fouilles^ ne m'ont 
laissé voir rien de particulier. J'ai pourtant relevé près du mur 
qui devait longer la voie une sorte d'outil en fer ou crampon raesu« 
rant 10« de pointe qui est carrée, puis un reste de boucle 
éinaillée, ornée de 2 cramponnets, qui me fait l'effe td'un pendant 
de breloque. Ce dernier débris, quoique assez minuscule puisqu'il 
ne mesure que 0,04^ de long est des plus remarquables à cause de 
son vernis de couleur verte et très délicat, vernis ou plutôt émail 
bien authentique, car Tacide azotique n'a pu l'entamer. 

Relevé encore à ces endroits un débris de meule à bras, en pierre 
Vulcanisée, clous, charbons, etc. 

— Aux journées qui suivirent ces dernières découvertes, j'eus 
ridée de donner suite à un projet formé depuis quelque temps et 
porter mes investigations sur un point différent qui m'a paru lon- 
ger une voie ancienne dans la direction de Poitiers, voie déjà consi- 
gnée dans mon premier mémoire. 

La position à explorer me paraissant des plus dignes d'attention, 
car la tradition du pays y attache l'existence d'un puits, j'ai voulu 
diriger des recherches de ce côlé. Autant que j'ai pu me faire ren- 
seigner, M. Buisson de Mavergnier aurait fait jadis sur ce versant de 
la montagne quelques sondages qui furent d'ailleurs sans résultat. 
Mais les découvertes nouvelles que j*ai à enregistrer se voient quel- 
que peu au delà des chii^m s de Prataury dans la section de la Por- 
chère. 

Le puits cherché est enfin découvert ; il se montre bien net,carré, 
et taillé dans l'épaisseur du rocher. Ses assises premières ont dis- 
paru entièrement à la margelle ; (particularité des plus remar- 
quables) quoique sur un sommet, il est littéralement plein d'eau. 
Force donc nous est d'attendre la saison sèche pour le vider. 

Dans un examen des plus minutieux et prolongé à ces endroilst 
il m'est donné de relever une pierre marquante entre toutes, brisée 



Digitized by VjOOQIC 



- 496- 

en 3 morceaux, et assez volamineuse, tonjours à sa place sur on 
massif ruiné, à faible distance du puils. Cette pierre ro*a fait l'effet 
d*un ancien monument celtique, peut-être d'une antique table à 
sacriflce, car elle comprend un bassin ovale et bien dessiné de m 70 
de longueur sur 0,10 de profondeur. Les dimensions tolales sont de 
8«20xi""70. 

La solitude de ce lieu profondément Inculte, où elle repose préci- 
sément au sommet d'un mamelon fort spacieux, sans doute boisé 
Jadis, le voisinage du puits (distance juste de S métrés) paraîtraient 
bien favoriser celte hypothèse (i). Vu le peu de profondeur du bas- 
sin, pourrait-on supposer qu'il ait pu être produit par Faction des 
agents atmosphériques ou encore lui attribuer la forme et la des- 
tination d'un bac creusé par le lavage ? cette double conjecture ne 
m'a semblé nullement fondée. 

La pierre et le puits sont situés pour ainsi dire à l'eitrémité ouest 
de l'immer^se esplanade qui comprend au moins 5 hectares, adossée 
à un contrefort de la montagne de Jouer et surplombant la gorge 
étroite du Rivaillier eu face de Friauiouze. De là, en remontant vers 
le point culminant, on se trouve généralement en présence de larges 
pierres régulières pour la plupart, et, plus loin, d'une trace de forte 
muraille occupant une ligne de faite rigoureusement droite qui 
8*étend sur une longueur d'au moins 400 mètres en prolongement 
au sud-ouest jusque vers le sommet de Jouer. Ces parages s'appel- 
lent encore La Ville, mais jusqu'alors je n'ai pu y rencontrer ni 
tuileaux, ni poteries, des bruyères seulement et toujours brous- 
sailles et bruyères. 

— Exploration nouvelle à Test et à 500 mètres environ de Jouer : 
Dans la section dépendante de la Chalenède et dénommée les 
Rii)(tiUe$, très près de l'hôpital ou j'ai découvert l'an dernier une 
construction à 8 divisions importantes, une fouille, entreprise à la 
vue de quelques débris de tuileaux et briques, m'a permis de rele- 
ver l'assise d'un nouveau bâtiment mesurant 5 m. 60 sur environ 
4 m. 80. Je dis environ, car une partie seulement a pu être bien 

(1) La rigole elle-même est quelque peu marquée. 



Digitized by VjOOQIC 



-197 - 



r 

I ik^i^rxiinke. J'y ai rencontré des clous rouilles, du charbon, des 

■ (lél>ris de poteries communes el de briques de 0,10 d'épaisseur ainsi 

■ (jQ'ijn^ meule conservée presque dans son entier. Elle est en granit 
I etcf^ti II grain très fin. 

^ On clil qu'en ce même endroit il existe une cave ou souterrain, 

niais J^ n*ai pas eu le loisir d'y faire pratiquer de nouveaux sonda- 
ges, t^ftlonné que j'étais par le propriétaire désireux et même ioipa- 
lien t c3*eiisemettcer son terrain. 

D^ L.£i.îl : A 80 mètres de là. Tan dernier, à l'ouverture de la nou- 
velle K*oule qui dessert aujourd'hui La Chatenède et Lavaud, sur le 
pass^a^c du mince cours d'eau descendant du Châtain el de St-Gous- 
saud ^ ^[ les terrassements achevés, on a employé à la construcliun 
d'un. [>onceau quantité de belles pierres recueillies à cette place. 
Tout 1 ^ monde s'est accordé à y voir des matériaux d'antiques bflti- 
xù^^ ts . D'après tous ces indices, il y avait là certainement une agglo- 
^^^^t jcn ou simplement une dépendance du Mont de Jouer. 

^ ^n viron 400 mètres au-dessous de THôpilal, dans la section des 
^^ ^^nnes (nom significatif) j'ai remarqué aussi un certain nombre 
^^Vxv^eaux répandus un peu partout sur la surface du sol, mais il 
^e ta*a pas été possible jusque là d'y pratiquer des fouilles. 

Reprenai.t surle Mont Jouer mes recherches un moment inter- 
rompues, j'y ai tenté un nouveau sondage, à la distance de 50 mètres 
de la voie, côté nord, et suivant la ligne extrême formée par la 
maraille d'enceinte. Il s'y est rencontré, sur une profondeur de 1 
mètre à 1 mètre 30 de terre végétale, des charbons mêlés à de for- 
tes pierres régulières, des tuileaux et fragments de poteries jusque 
à environ 8 mètres dans le taillis Voiondat. 

Ces divers débris m'ont paru provenir de démolitions de la cou* 
verture et du revêtement du mur qui était de forte épaisseur. Au 
milieu de cette fouille, je relève une plaque en fer d'assez grande 
dimension, représentant à peu près exactement la batterie d'une 
arme à feu; mais il est bien à présumer qu'elle a dû servir à un 
autre usage. Peut-être y avait-il ici une porte. — Après avoir fait 
de nouveaux sondages qui ne donnèrent rien de particulier, Je dpti* 
Bai ordre de reprendre lei recherches commencées vers le signai da 



Digitized by VjOOQIC 



— 198 - 

noire montagne. Plusieurs tranchées pratiquées suivant la ligne de 
chute aux abords de Ténorme pierre décrite dans mon premier 
mémoire n'ont rien fourni d'intéressant, ni luileaux, ni poteries, ni 
restes de murailles et constructions. Je me rapproche alors du bâti- 
ment demi-circulaire et à 30 métrés de là, vers le nord, plusieurs 
tranchées nfont dévoilé des restes nombreux et marquants d'un 
nouveau bâtiment qu'il m'a été cependant absolument impossible de 
déterminer, car ces endroits paraissent avoir souffert encore plus 
que les autres de l'incendie et de la dévastation. Plusieurs très- 
grosses pierres ayant été taillées gisent sous terre et doivent en 
avoir contitué les premières fondations .... Cette ruine est parse- 
mée de débris de tuileaux et poteries, clous oxydés etc. comme 
dans les cas précédents. A ce même endroit, je découvre deux mon- 
naies de moyen bronze dont l'une très fruste laisse à peine voir une 
tôle couronnée. D'ailleurs rien de lisible à la légende. La seconde 
au contraire est fort nette ; on y voit à la face : IMP. CAES. DIVI 
VESP. F. DOMITIAN. AVG. P. M. Tète laurée à droite avec grènetis 
au pourtours, Revers : TR. P. COS. VII DES. VIII P. P. S. C. Divi- 
nité casquèedebout, tournée à gauche, tenant un foudre et unehasie. 
Un bouclier parait dessiné à ses pieds. C'est évidemment Pallas. 
(81 de J.-C.) 

Rencontré au même lieu une petite boule de plomb avec plusieurs 
ossements dont un est assez bien conservé et semble avoir été de 
l'omoplate, ou peut-être d'un tibia (le point occupé par la rotule 
demeurant encore très apparent), quantité de clous oxydés et 
débris de poteries variées, deux fr;>ginents de vase en verre bleu 
foncé orné de petits dessins, des morceaux de chaux et de mortier, 
ainsi qu'un débris de tuile de couverture avec initiales I I E . • ., 
quelques autres avec trois demi-cercles concentriques, plusieurs, 
triangulaires comprenant une petite croix creusée dans un carre. 

Le lendemain reprise des fouilles sur un autre point dans le taillis 
Yolondat, le long du mur intérieur d*enceinte. Des ruines y sont 
apparentes avec un amas considérable de tuileaux à rebords de 
belle épaisseur et de nombreux clous ayant servi à fixer la couver- 
ture, des débris multiples de charbons, chaux ou mortier de chaux, 
49 paieries eo p&le et nuauces dtvmest quelques-unes sigillé 



Digitized by VjOOQIC 



- 199 - 

avec dessins variés reprësenlaot lanlôt anoiseaa, tantôt des flears 
ou autres ornements 

Des couches de 0"* 40<^ de lerre aussi noire que Tencre et mêlée de 
cliarbons, enfin une muraille de 0^ 60 d'ép«'\)sseur, avec retraite de 
0*10, paraissant revenir à angle droit vers les constructions 1, 2, 3, 
4, mises au jour Tannée passée. Ce dernier mur, dont jusqu'alors, à 
cause de la présence d'un bois taillis, il ne m'a pas été permis de 
retrouver la continuation, existe à 40 mètres de la voie romaine 
indiquée et retracée dans mon premier mémoire et me semble dés 
maintenant établir une division dans le rectangle formé par les 
deux côtés perpendiculaires du nord au midi. 

Mes recherches continuées la journée suivante sur ce même point 
révèlent une nouvelle monnaie de bronze de moyen module, où 
Ton voit : face, une tête couronnée, radiée, tournée à droite, avec 
légende assez effacée: MARC. AVR. ANT. AVG. CARACALLA? La 
tète est jeune et agrémentée d'une barbiche rappelant sans doute les 
mœurs de cet empereur (de J. C 211-217). Au revers, on peut dis- 
tinguer un bateau dirigé par un personnage debout au gouvernail, 
dans Tattilude du commandement et plusieurs autres assis là, 
manœuvrant les rames. Nouvelle légende très effacée. 

A 5 m. 20. le mur revient à angle droit sur une nouvelle longueur 
de 3 m. 30, au bout de laquelle, nouveau mur parallèle au premier, 
formant ainsi avec les trois autres une construction nettement rectan- 
gulaire. Les assises de ces murailles, variant de 4 à 8, reposent sur 
une retraite de 0.10^ 

Remarque : Le tond de ce bâtiment m'a paru avoir été solide* 
ment pavé. Rencontré au milieu des démolitions fortes et marquan- 
tes 2 cailloux roulés du volume d'un œuf de cane, armes probable- 
ment de répoque, destinées à la défense de la place; (on sait qu'au 
nombre des machines de guerre en usage chez les Romains comp- 
taient en première ligne les tormenla^ calnpuliœ et balislœ ou 
/rfYiefo? spécialement destinées à lancer soit des flèches, soit des 
espèces de boulets ou des pierres de moyenne grosseur contre les 
assaillants et de plus fortes contre les remparts par un système de 
tension de cordes ayant quelque rapport avec le moufle ou cabestan» 



Digitized by VjOOQIC 



— ^-«ÔO— 

'ies^iirft:6Otvaiit8vj*easridé8:d0re^«iirpntiqaer me tiotivdie 
fouille au \ypini indiqué sur mon plan de Paii dentier, par an cercle 
ponctué, à rintérieur duquel est écrit le mot : Démolition. (La 
conflguratioti du terrain et la nature des matériaux rencontrés là 
m*ayant paru des plus significatives.) 

Bien m'en a pris, car. après deuxjournéesd'un travaH excessif où 
j'ai rencontré peu de tuileaux ou poteries,* mais, en revanche, plus 
de 60 pierres énormes provenant d'assises hnporrantes, sur la fin 
' d« la soirée, je tire des décombres un fragment en granit gros 
grain où il reste «ne partie de tèto de statue. L'ovale de la figure 
est parfaitcmenl régl^fier elbientiessinédu menton a la iiacrteurdes 
yeux. Le reste manque, ainsi que la moitié postérieure des oreilles 
qui sont encore un peu apparentes. (Voir la figure ci-contre). 

( 0,50« de l'oreille droite à celle de gauche. 
Dimensions i ^ ^-. . 

( 0,25«du menton aux yeux. 

L'ouverture de la bouche et des lèvres est nette et bien pronon- 
cée, mais le nez est brisé en partie. 

Alors ma pensée se reporte involontairen>ent à la hase destatue 
découverte Tan passé, car ma nouvelle trouvaille existe à 60 
mètres à peine de cet endroit, mais les proportions de l'une avec 
celles de Taulre sont bien diSèrenles et la première appartient 
évidemment à un bas-rolief, ce qui constitue deux statues tout à 
fait distinctes. 

L'artiste soulpteura su tirer très bon parti de la matièreemployèe ; 
à en juger par ce qui en reste, cette pièce devait être fort belle et 
d'un travail vraiment fin et délicat. Nouvelle fouille, nouvelles tran- 
chées et aussi nouvelle découverte, cette fois, c'est une main droite 
embrassant un objet quelconque. Quatre doigts, sur les 5, sont bien 
visibles et semblent dans les mêmes proportions que la lëte décou- 
verte la veille. L'auriculaire manque, mais sa trace est indiquée. 
Tout mo porte à croire que cette main fait partie de la statue à 
laquelle appartient la tète décriie ci-dessus, et Tobjet ou instrument 
qu'elle serre pourrait bleu être un sceptre, dont la partie inférieure 



Digitized by VjOOQIC 




o 

Û 
H 

z 

o 

2 

<l 

co 
U 

O 



Digitized by VjOOQIC 



Digitized by VjOOQIC 



~ «01 — 

seule est visible sur une longueur de 31 cenlimètres, y compris 
répaisMor des doigis. (1). 

Ces deuils et parlicularilés me donnent Tidèe d*un Jupiler Olym- 
pien ou d*un Jupiter Apollon duquel notre montagne tirerait sa 
dénomination de Jouer. Jovis... (^). 

Un nouvel élan s'empare alors de moi, et je fMiille plus roînuiieu- 
sement que jamais cet espace représentant une surface arrondie de 
40 mètres carrés environ, me berçani constamment de res|)oir de 
rencontrer le buste entier et les jambes de celte belle statue, mais 
impossible d'en rien découvrir. Les autres fragments, très-volumi- 
neux sans doute, ont dil rester plus ou moins apparents sur les 
terres et être enlevés autrefois par les propriétaires avides de les 
utiliser dans leurs constructions, selon le dire de plusieurs de mes 
paroissiens. Mon second travail de déblai n'est point toutefois resté 
infructueux, car j'en ai sorti 3 monnaies dont Tune est bien nette : 
ANTONINVS AVG. PIVS P. P. TR. P. XII, bronze de belle 
patine, module moyen, tète laurée tournée à droite. Au revers, 
personnage debout tenant une haste de la main droite, et de la 
gauche?... Quelques lettres rares et à peine distinctes à la légende, 
dans le champ S. C. (138 à 161 de J.-C.) — La 2« monnaie, même 
module, ne donne qu'un semblant d'effigie, et la 3* plus nette, 
représente une figure fine et jeune qui ne peut ètreque de Faustine; 
maliieureusement la légende est détruite eu partie; j'ai pu y lire 
cependant assez clairement : DIVA ANT... FAVS] TINA. Tète cou- 
ronnée et radiée à droite. Au revers : La Liberté debout à gauche 
tenant une haste et une couronne? S. C. dans le champ (de J. G. 
i41). Légende totalement effacée ou à peu près. 

Nota. — Plusieurs autres travaux non encore terminés feront, un 
peu plus tard, Tobjet d'une nouvelle communication. 

(1) Voir la figure. 

(2) Cette statue, plus grande que nature, pourra sans donte fournir 
la preuve que Prœtoriuiii était là, et quil ue constiluaitpas un simple 
relais {mutatio) comme d'aucuns l'affirment, mais bien une vérituble 
mansio c'est-à-dire station, renfermant des statues et des temples, 
par conséquent des plus importantes. 



Digitized by VjOOQIC 



— 202 — 



Elnde sur les voies romaines se birarqnul à Pnelorini 



Comme on le sait, une voie unique partanl de Limoges arrivait à 
Prœlorium el de là se divisait en deux : l'une allant sur Bourges 
par Argenton, Tautre sur Clermont par Ahun. 

NousaVons parcouru la première de ces voies depuis Limoges, 
jusqu'à Bridiers, el nous donnons dans le présent article le résultat 
de nos recherches. 

Il nous resle à parcourir la deuxième voie ; ce sera Tobjel d'une 
nouvelle communication qui paraîtra dans le Bulletin de l'année 
prochaine. 



Elide sv place de la voie ronalne de LimogesBoorges (4) 



Direction et assiette de cette voie 

1* Du Mont Jouer vers Limoges. ^La voie militaire de Limoges à 
Prœlorium paraît évidente et certaine au Mont-Jouer. Je la retrouve 
absolument sur un parcours de plus de 800 mètres entre mes deux 
villages de la Ribière et de la Faite (du latin fasiigiutn) à peu près 
à égale distance de Tun el de Tautre, telle qu'elle était remarquée 
de son temps par Tabbé Nadaud et contrôlée il y a 50 ans environ 
par Buisson de Mavergnet. Plusieurs sondages faits un peu ça et là 
m'ont révélé, au point de ne pouvoir s'y méprendre, des traces d'un 
pavage fort ancien. La largeur totale paraît varier entre 8 et 10 
mètres. La ligne droite el à mi-côte est régulièrement observée, 
enfin (détail particulier) un remblai bien conservé sur une longueur 
de 60 mètres demeure très-visible et Indiqué sur mon plan. 

(1) La carte sera jointe à la deuxième partie du Mémoire conte- 
nant la voie sur Clermont, par Ahun. 



Digitized by VjOOQIC 



— 203- 

Cette voie, descendant de la montagne par une pente des pins 
douces se reconnaît toujours jusqu'au dessous et à 500 mètres de 
la Fatle. 

Perdue ou supprimée sur quelques centaines de mètres à peine, 
à travers le vallon creux fertilisé par une source et transformé 
depuis longtemps sans doute en prairie, on la retrouve plus avant, 
au-dessus des liauteurs de la Ribière, à la croix di^e de Cbaban (1). 
A cet endroit, une route moderne l'a coupée, mais la voie ancienne 
reste toujours distincte et remonte du côté sud-ouest le long de la 
montagne suivante, toujours à mi-côte pour redescendre ensuite 
très directement sur mon village de Redonde-Sagne(!2) dont Pappel- 
lation très-rare pour ne pas dire unique rappelle absolument le 
latin qui n'a pas souffert d'altération, Rotunda-Sagna. De là, elle se 
dirige en ligne droite sur une autre village Millemilange dont le 
nom paraît aussi très-signiflcatif et doit rappeler une borne ou 
colonne militaire. 

Plus avant, près dps fosses de Millemilange se voient les traces 
d'un emplacement que longeait la voie. Cet emplacement a la forme 
carrée et donne Tidée de quelque fortification. 

Elle traversait ensuite le Bois des Egaux (commune des Billanges) 
où, malgré les changements nombreux survenus par suite des tra- 
vaux de culture pratiqués là depuis longtemps, sa trace paraît 
encore quelque peu marquée, et elle se continuait ainsi jusqu'à 
Limoges Puy-Imberl, où se sont rencontrées deux voûtes de l'épo- 
que romaine, par Éntrecolles {inler colles) Cbavanas et Auzial, 
Sirieix, la croix du Cadet, le Coussat, les Loges, la Maisonnette, le 
Mas-Haynard, les bois de Tourniol, un pont sur leRivalet, la croix 

(1) A environ 500 mètres de la Croix de Chaban, du côté sud-ouest, 
se voit le hameau dit la Verdenne, ou Védrenne (via veterina) qui 
rappelle sans doute les temps de l'occupation romaine. A quelques 
mètres de cette croix on a trouvé autrefois plusieurs réceptacles 
d'urnes funéraires. 

(2) Les 2 constructions relevées près de Redonde Sagne et des Gars 
(hôpital) à environ ôOO mètres de la voie de Limoges et à 300 mètres 
de la voie de Test sur Clermont me paraissent fournir une nouvelle 
preuve de la grandeur et de l'importance de l'établissement romain 
de Jouer et de la ville ancienne dont elles devaient constituer des 
dépendances. 



Digitized by VjOOQIC - 



— Î04 - 

de Fressignac, le Mas-Lebraud où paraissaient jadis des restes de 
chaussée, la fortl de St-Prlest-Thaurioii et le Palais (1). 

J'ai remarqué que le plus souvent dans ce long parcours, la voie 
fait fin d'héritages. Tous ces passages sont indiqués par d'Anville 
et aussi tout au long dans Flndicaleur du Diocèse de TAbbéNadand 
qui les avait lui-même reconnus sur place, reconnus de même par 
Cornuau. 

Je ne crois point que ce tracé de Prœlorium (Mont de Jouer) à 
Limoges souffre de difflcullé. 

Près de nous maintenant et en retour dans la ligne d'Argenton, 
je dois reprendre, afin de la fixer, la voie se profilant vers le nord 
sur Drelh(Bridiers, la Souterraine) qu'on est généralement d'accord 
à considérer comme étant la 2« stalion, omise sur la Table de 
Peutinger, de Limoges à Bourges. J'ai vu aussi dans celte même 
ligne et très-clairement la suite de la même voie militaire. Il me 
reste à la définir. 



S"^ Du Xîonl Jouer, assiette el direction de la voie de Limoges en 
ligne de Breth, — Descendant de Jouer, el toujours invariablement 
à mi-côte, près d'une vieille croix de pierre dont les assises parais- 
sent provenir des plus forts matériaux de démolition de la station, 
au bord de la route actuelle qui mène à Jabreilles, la voie fléchis- 
sait légèrement vers IVst à travers un pacage où j'ai trouvé des 
restes de poteries et de tuileaux, sur une longueur de 150 à SOO 
mètres, sans nul doute afin d'éviter le bas-fond de gauche qui est 
très-marécageux et aussitôt après elle reprenait, en remontant, sa 

(1) or Dans le bourg du Palais est aussi une colonne milliaire..... On 
(r arrivait à Jocondiacum près Limoges, par une voye romaine qui de 
a cette dernière ville conduisait à Prœtorium près de St-Goussaud,où 
(T elle se divisait en 2 branches: Une tendait à Bourges par Argenton, 
a Tautre à Clermont d'Auvergne par Ahun... Il ne reste oujourd*hiii 
t que quelques vestiges éparpillés de la voye romaine sous le nom 
t ùechcmxn /"atraf, chemin ferré... Depuis Limoge.? on trouve de dis* 
K tance en distance des vestiges du pavé que la solidité des ouvrages 
c romains a conservé jusqu'à nos jours. On voit encore entre le Haut 
c Carrier et le Puy Moulinier les débris d'un pont qui présente Tarn* 
f preinte de ce goût romain. 9 D'Anvilis. Notice de l'ancienne gemU, 



Digitized by VjOOQIC 



llgoe droite un peo au-dessous du cimetière actuel de St-Goussaud, 
à la croix dite du Pouyaud, pour la conserver conslamnienl jusqu'au 
village de la Plaud (lerriloire d*Arrènes) sur une étendue totale de 
4 kilomètres 400 mètres, tenant constamment les hauteurs. Dans 
tout ce parcours notre nouvelle route sur Laurière Ta coupée en 
maints endroits, tout en lui restant parallèle, malgré ses nombreuses 
sinuosités destinées à ménager une pente moins raide suivant le 
système en vigueur à notre époque. 

Ainsi j*ai retrouvé ces sections aux points suivants : 

A la borne kilométrique 14.300,croix de Richard,où lesdeux voies 
se confondent aujourdMiui sur 60 mètres à peine, en face du hanteau 
de Friaulouze. Plus loin, la voie ancienne reste toujours très-visible 
sur les hauteurs de Bossabut et du Fieu (fief) à environ 400 mètres 
à droite et à gauche de Tun et de Tautre. Les mêmes voies se cou* 
pent de nouveau plus loin vers la borne 17 k. 400. 

La voie romaine, en cet endroit, comptait une branche secon- 
daire qui devait servir peut-être à relier un poste distant de iOO 
à 150 mètres où j'ai relevé des traces de construction que je me 
pro|>ose d'explorer plus en grand, et continuait se dessinant très 
exactement en ligne droite suivant la coutume. 

Après un remblai de 50 mètres encore facilement reconnaissable 
elle arrivait entre le village et le Puy-d'Aussagne, évitant ainsi les 
terrains bas ou moins solides, d'après le mode adopté. 

Dans ces parages, au nord et au sud du Puy d'Aussagne se ren- 
contrent comme à Jouer, de véritables et d'imposants amoncelle- 
ments «le pierres plus ou moins régulières, débris sans doute de 
bâtiments de l'époque. Ils sont séparés (le la voie et à très-faible 
distance et j'y ai constaté à plusieurs places la présence de quelques 
fragments de tuileaux ou poteries. Un propriétaire, m'a-t-on dit, 
y aurait découvert il y a quelque 30 ans dans une muraille en pier- 
res sèches servant de limites, un bras de statue en bronze ayant 
appartenu à une divinité quelconque. Ce fragment était très-riche- 
ment travaillé. (le lieu s'appelle aujourd'hui la Ville (Extrait du 
cadastre d'Arrènes). 



Digitized by VjOOQIC 



-206 — 

De là, la voie descend jusqa*au village de la Pradelle (1) où Ton 
remarque, après sa traversée, un chemin neltement ferré dont le 
pavimentnm très-bien conservé s'étend sur une longueur d'au 
moins 500 mètres. Au bout de cecherain se voit le poteau de bois qui 
établit la division des deux départements ainsi que la route de Lau- 
rière à Bénévent qui l'a coupée à peu près à angle droit. Plus bas 
son passage est marqué et se reconnaît assez facilement à la dépres- 
sion de Tancienne chaussée recouverte aujourd'hui d'une pelouse 
fine, et les bas-côtés en saillie et formant légèrement talus. Elle se 
prolonge à travers des châtaigneraies jusqu'à la voie ferrée de 
StSulpice à Monlluçon où se rencontre un énorme remblai qui Ta 
coupée à son tour. Elle reste légèrement visible plus bas à travers 
un pacage confluant à l'Ardour près de Côte plane où on a découvert 
jadis plusieurs urnes funéraires avec leurs couvercles dans les 
champs de Fontballe. Ce lieu est à la hauteur de Laurière. (2) 
A très peu distance, au villlage de La Paye aux arrêts, j'ai 
découvert, sur l'éminence dominant l'Ardour, quantité de fragments 
de poteries, quelques débris de tuileaux, beaucoup de charbons, du 
mâchefer, etc. On dit qu'une voûte se prolonge sous la colline, allant 
peut-être dans le sens de la voie. 

Après la traversée de l'Ardour, sans doute par un gué que je n'ai 
pu encore découvrir, la voie romaine, contournant bien légèrement 
à droite, continuait sur la Prade, la Cheirade. entre Pauilhac et la 
Roberterie, Châtenet, Fursac (3), sur la Gartempe qu'elle tra- 
versait par un pont à l'endroit même où fut rebâti en 1756 le pont 

(1) Au delà de la Pradelle, et à 400 m. dans leschampsdu Nouhaad 
on a découvert une voûte en pierres, ainsi que des débris de toute 
sorte, tuileaux, poteries, etc. 

(2) < De Proetorium à Argenton, la voye romaine passait à un petit 
a quart de lieue à Test de la Souterraine où Ton en voit quelques 
« morceaux en suivant le chemin traversant Arrènes, qui laisse 
a quelques restes de cette voie. » D'An ville. « La voye romaine pas- 
sait en haut de St-Michel-Laurière, du côté du Lovant pour aller à 
Argenton. t D'Anville. 

(3)« Les anciens s'étaient pratiqué un mauvais ponten bois pour rem- 
« placer le vieux pont romain détruit par les eaux en 1623. » (Extrait 
des archives municipales de Fursac, délibération du 1«' novembre 
1755). L'ancienne voie apparaît à égale distance environ de Fursac et 
de Chabannes, direction du nord, pour arriver au village de Gros... 



Digitized by VjOOQIC 



-207 - 

actoel avec les matériaux de Tancien détruit en 1623 et qui était 
romain. Elle montait à la Chabanne Judand, passait ensuite près de 
Hontbraud, puis à Ribe entre le Gros et le Chiron où Ton a décou- 
vert des monuments fort anciens, ensuite à la Feuille de Saint- 
Priest (2) près d'un beau dolmen décrit sommairement ici en note, 
puisenGn à Brelb. 

Ce parcours total depuis le Mont de Jouer représente environ 
26 kilomètres que j'ai suivis et étudiés aussi minutieusement que 
possible. 



I! ne me reste plus qu'à vériGer, à contrôler les distances qui doi- 
vent nous Gxer définitivement sur le véritable emplacement tant diF- 
cnlé de notre station. 

La carte théodosienne inscrit XIIII lieues gauloises d'Augustori- 
tu.D à Prœtorîum. Ce chififre coiicorde-t-il bien avec Téloignement 
connu ou évalué à vol d'oiseau ? C'est ici pour moi le devoir de rap- 
peler un travail mathématique d'une célébrité limousine publié en 
i878sur cette im|)ortanle question. L'auteur en est M. l'Abbé Rou- 
gerie alors arcbiprôtre de Hochechouart, aujourd'hui Evoque de 
Pamiers. Ce savant, sans s'être transporté sans doute au Mont Jouer, 
simplement à l'examen attentif d'une carte et s'aidant du calcul, a 
trouvé que notre mqntagne est absolument à la distance des 14 
lieues de Peulinger soit 31 kilomètres 94 mètres, et poursuivant 
son même calcul. Monseigneur de Pamiers témoignait que des trois 
points sérieusements discutés : Breth (Bridier) Sauviat et le Puy de 
Jouer, ce dernier seul était bien dans les limites de dislance, Breth 
tropéloigné de plusieurs lieueset Sauviat au contraire trop rapproché 
d'autant. 

(i) A quelques centaines de mètres de ce hameau et du bourg de 
St-Priest, se volt une esplanade d'une étendue de demi-hectare, cou- 
verte de débris de tuiles à rebords et de poteries (icaUo-romaines, au 
centre de laquelle se détache un des plus beaux dolmens du pays. Il 
domine le vallon qui donne naissance à la Sedelle. Sa table presque 
ronde mesure 3"> àO de diamètre et est supitortée par (> pierres très 
élevées. Au centre de ce monument on a découvert une entrée de 
souterrain qu'on dit aUer à Breth, sur une étendue de 4 à 5 kilomè-* 
très. 



Digitized by VjOOQIC 



A mon tour je dois étudior la qaegUon et apportée mon modeste 
contingent: 

La lieae gauloise, quant à ses dimensions, devait varier suivant 
les provinces et les latitudes. Le sentiment toutefois le pins admis 
lui altribne une longueur de 1.500 pas romains. Or Je pasius, 
mesure qui! ne faudrait pas confondre avec le gradus pas d'un 
homme, étant, suivant l'évaluation oixlinaire^ de \ mètre 47« i/2» le 
cbiilrede 44 lieues doit fournir à mon compte, une somme de 21 .000 
posstu romains ou 34 kilomètres et 80 mètres. Je me rencontre 
donc avec le savant Evêque qui, lui^ accusait 31 kilomètres 94. Et 
j'affirme que c'est bien là en effet en ligne droite la distance qui 
nous sépare de Limoges et je conclus qu'il n'y a pas, qu'il nesaurait 
y avoir erreur, du moins de différence notable. 

Remarqua : La tradilion confirmée par la légende du Bréviaire veut 
que Saint'Gounaud soit venu de la Bourgogne te fixer tur noire 
montagne. Or, à cette époque, c^est-^-dire au commencement du Vlh 
tiècle, il n'y avait de Bourges à Limoges que la voie ancienne dite 
romaine qui passait par Alerte entre Chdteaureux et Ardentes, Argen- 
ton, la Souterraine et Prœiorium. Donc Prœtorium devait être ici. 
D'ailleurs le culte de St-Goussaud est encore vivant dans Us parages 
que je viens d'indiquer et notamment à Saint-Août, Semur, etc., etc. 

Et je me résume : 

D'après toutes les données tant modernes qu'anciennes,négligeant 
même pour le moment le témoignage des découvertes effectuées 
dans ces derniers temps. Prœtorium placé au Mont de Jouer paraît 
entièrement et absolument à la distance de Limoges assignée par la 
Carte. 

Ce premier point est d'ores et déjà bien établi. 

P. DERCIER, 
Curé de Saint' Goussaud. 



Digitized by VjOOQIC 



Il RiUlIlUBE DE SAIIT-nAIIB 



§ I. — Notes critiques sur V élude de ce reliaiMire mbliée 
par MM. Léon Palustre et X. Barbier de Montauk, dans 
l* Orfèvrerie et l'Emaillerie Limomines, en 4886. 

On trouvera à ta saite de ces notes le procès-verbal de la transla- 
tion, le iO octobre 4790, d'un reliquaire provenant des riches 
collections de Tabbaye de Grandroont et qui avait été attribué par 
révèque de Limoges à Téglise de Saint-Goussaud, qui le possède 
encore aujourd'hui. Ce iiès cuiieux document a été communiqué à 
la Société par M. Tabbé Dercier, qui en a pris copie sur les registres 
paroissiaux conservés aux archives de la commune. 

A plus d'un titre, ce procès-verbal Intéressera les lecteurs du Bulle- 
tin; mais, dans les présentes observations préliminaires, mon inten- 
tion est seulement de signaler les rectifications que sa lecture m'a 
coniiuitàfaireàrarticlequeM«''BarbierdeMontauitetM. Léon Palustre 
ont ccTtisacré, en collaboration, au reliquaire dont il s'agit dans leur 
grande publication illustrée sur rOrfèvrerie et l'Emaillerie LinwU' 
sines (1). 11 s'est trouvé dans la circonstance que les deux éminents 
èrudits n'ont pas été servis par le sens critique dont ils ont donné 
ailleurs de si bonnes preuves, et se sont manifestement fourvoyés. 

SoîL qu'ils aient négligé de prendre des renseignements auprès 
du titulaire de la cure de Saint-Goussaud, au moment où ils 
co:ii()osaient leur ouvrai^e, soit que, d'après une méthode, en 
principe très louable. \\s sr^ soirht imposé de n*uliliser que des 
in<lir;ilions nuisét's aux sour«e> «Higjnali s, des le d« but de leurs 
recherches ils toiubeienl dans une nn-prise qui les eondamna à 
commettre un nombre d'erreurs d autant plus grand qu'iU dépen- 
seraient plus d'érudition fiour soutenir l'exactiuide du fait qu'ils 
avaient imprudemment accepté connue vrai à leur poinv de départ. 
Ignorant qu'ils èt.dent en présence d'un reliquaire de Saint Léohon^ 

(1) Mélanges d'Art et d'Archéologie (deuxième année). Orfèvrerie et 
Emailterie I^imousines, par Léon Palustre et Barbier de Montault, 
chez Alp. Picard, Paris. 

44 



Digitized by VjOOQIC 



-210- 

ils simaginèrent avoir à étudier le reliquaire désigné dans les 
anciens inventaires de Grandmont sous le nom de reliquaire de 
Saint'Cloud, et, comme la description empruntée aux anciens textes 
ne pouvait s^appliquer que partiellement à Tobjet qu'ils avaient sous 
les yeux, ils durent faire des prodiges d'ingéniosité pour mettre 
d'accord les documents anciens et leurs propres constatations. Hais 
enfln, à force d'hypothèses, de rapprochements et d'arguments par 
analogie, ils vinrent à bout des documents qui se raidissaient contre 
Tassimilation des deux reliquaires, et arrivèrent à avoir réponse à 
tout, mais naturellement au détriment de la vérité. 

Dès le début de Particle, les auteurs laissent entendre avec 
quelles difficultés ils ont été aux prises; le lecteur est prudemment 
averti par eux que pour se rendre compte de Tidéntité du reliquaire, 
le reconnaître, tel qu'une belle reproduction par l'héliogravure le 
représente en son état actuel, dans les descriptions empruntées aux 
inventaires de l'abbaye de Grandmont, il fallait admettre préalable- 
ment que cet objet avait été transformé. De la transformation, il est 
vrai, on ne possède aucune preuve directe, mais, avec cette théorie 
commode des modifications apportées au cours des siècles, ils 
n'éprouvèrent plus aucun embarras à faire appliquer au reliquaire 
de Sain t-Lëobon, conservé à Saint-Goussaud, ce qui concernait un 
reliquaire de Saint-Cloud, aujourd'hui inconnu et dont on verra, 
par ce qui suit, que la composition architectonique et ornementale 
différait très sensiblement. 

MM. Barbier de Montault et Léon Palustre ont recueilli dans les 
inventaires de l'abbaye de Grandmont, exactement, six mentions 
descriptives du reliquaire de Saint-Cloud. Les articles qui lui sont 
consacrés ne sont pas tous d'égale étendue, mais, parles détails qu'ils 
contiennent, il n'est pas douteux qu'ils se rapportent au .même objet. 
Or tous, à l'exception d'un seul, plus sommaire que les autres, 
indiquent en des termes peu variés, qu'il a pour couronnement 
quatre petits clochetons, au milieu desquels s'élève à une plus 
grande hauteur « un cristal garni d'argent en façon d'une tour ». 
Le reliquaire conservé à Saint-Goussaud, pour employer les termes 
même de l'article, est aujourd'hui coiffé d'un lourillon de verre 
moderne embotU de deux douilles de cuivre et termitié par une croix. 



Digitized by VjOOQIC 



n semble bien, m'a-t-on rapporté, qne cette dernière partie est pins 
r^enteqae le pied sur lequel elle repose; mais, ce point admis, 
il n'e^ nullement démontré que cette simple thèque a remplacé 
Tappareil ornementai des quatre clochetons et de la tourelle qui les 
dominait Tout au contraire est en opposition avec cette hypothèse, 
et les raisons que les auteurs invoquent pour la justifier ne résis- 
tent pas à Texamen. Les voici reproduites textuellement : « les 
« reliquaires de Grandmont, disent-ils, ont été remaniés plusieurs 
c fois, et complétés quand ils avaient subi des mutilations qui les 
< déformaient... Il n'est pas malaisé en présence du reliquaire de 
« Châteauponsac, qui offrait un type analogue, de restituer par la 
ff pensée les clochetons disparus. An centre se dressait un cylindre 
c de cristal monté en argent et flanqué de quatre tourelles de 
c cuivre doré. Ces cinq objets supposent un plateau plus développé 
c que le disque à dents qui supporte la thèque. Alors de deux choses 
ff Tune : ou un plateau en proportion avec son contenu surmontait 
€ le second support, ce qui est admissible, puisqu'on voit au reli* 
« quaire de Saint-Michel un support analogue; où, en enlevant cette 
« addition, on pose le plateau directement au sommet de la tige ». 

Que les reliquaires aient été remaniés plusieurs fois, il n'y a là 
rien que de très possible, et même, on peut dire que de très vrai- 
semblable; mais il n'est pas douteux que ces réparations et trans- 
formations, quand elles ont eu lieu, remontent à une date relative- 
ineut ancienne; elles suppqsent dans Tabbaye une ère d*activité et 
de prospérité, une période de fonctionnement régulier où la 
préoccupation des chefs s*étendait aux plus petits détails de Tadmi- 
nistration ; si les auteurs de farticle avaient pris soin de remarquer 
que le dernier inventaire est de 1666 et que la description qu'il 
donne du reliquaire nous apprend qu'il avait toujours, à cette 
date, sa tour centrale et ses clochetons, ils n'auraient pas osé 
avancer qu'après être resté intact pendant plus de cinq siècles il se 
soit tardivement disloqué, et que les religieux, sans désemparer, 
aient fait les frais d'une restauration. Dans la seconde moitié du 
XVII* siècle, la plupart des abbayes étaient en pleine décadence et 
notamment celle de Grandmont, qui devait disparaître dès avant la 
Révolution. 



Digitized by VjOOQIC 



- 212 - 

Le ptas lOQVênt alors, les bâtiments d'hdbilation des monastères, 
les églises elles-mêmes étaient dans un état complet de délabre- 
ment, quand ces édifices ne menaçaient pas ruine; les ressources 
manquaient pour les dépenses les plus urgentes. C'était même 
Toecasion de discussions scandaleuses et de longs procès entre les 
religieux et les curés des paroisses, et lorsque Ton voit les églises 
mises en interdit parce que les abbayes refusent d'y faire des rèpa- 
ralions les plus urgentes et de fournir les ornements et objets 
sacrés essentiels à la célébration du culte, on hésite à croire que 
Ton ait distrait au xviii* siècle, à la veille de la suppression du 
monastère de Grandmond, la plus petite somme pour rappliquer 
à la réparation d'un objet dont la valeur artistique avait cessé 
d'èlre comprise, que Pon considérait apparemment comme Tœuvre 
d'une industrie semi-barbare et que dédaigneusement sans doute 
on qualifiait de golhique suivant Texpression de Tépoque, en englo- 
bant dans ce terme tout ce qu'avait produit le moyen-âge. Depuis 
combien d'années la vénérable industrie de l'Orfëvrerie Limousine 
s'est elle relevée sinon du dédain, du moins de rindîfférence que 
Ton avait pour elle, et s'est-on avisé que ses travaux étaient d'une 
merveilleuse beauté? Les personnes à qui l'étude des anciens textes 
a rendu familière la vie des établissements religieux dans les 
derniers temps de l'ancien régime, tiendront pour concluant contre 
la théorie de la transformation du reliquaire, cet argument, qu'elle 
ne peut pas avoir eu lieu depuis le dernier quart du xvii* siècle. 
Au surplus, à ce premier argument d'autres viennnent s'ajouter. 

Après avoir avancé que le reliquaire de Saint Goussaud avait été 
remanié. MM. Barbier de MontauU et Léon Palustre ajoutent qu'il 
n'esl pas malaisé de le reconstituer par la pensée, en regardant celui 
de Châteauponsac. Le type et l'exemple ne pouvaient moins heu- 
reusement être choisis, et le rapprochement va à rencontre du but 
que Ton voulait atteindre. Je hasarderai, en me gardant bien, 
d'ailleurs, d'être affirmalif, que les deux pièces ne doivent pas 
être de la même époque : le reliquaire de Châteauponsac me 
semble beaucoup plus ancien, il a les caractères d'une ornenienta- 
liou nettement romane, tandis que celui de Saint-Goussaud, par 
les détails et son immeuble, appartient à l'époque gothique; c'est 
ainsi «{ue l'encadrement de ses médaillons est formé par la rencontre 



Digitized by VjOOQIC 



- 213 — 



■i^ 



de ^^ brisés. Quoi qu'il en soit, les procédés de décoration tfonl rien 
dans les deux cas : le reliquaire de Châteatiponsac est 






A^4 '^^llé de pierreries en relief, et ses émaux sont dits cloisonnés; 
^^ particularité a même conduit certains érudrtsà le tonsidérer 
tiOinmeune œuvre byzantine. Au contraire, celui de Saint-Goussaud, 
au premier aspect, donne Timpression d'une œuvre francbenaent 
limousine; ses émaux champlevés, ses rinceaux et tous ses motifs 
d'ornement rappellent exactement la décoration des pièces d'orfè- 
vrerie de cette époque, de la même provenance. 




Si l'on s^aVisait, comme le demandent MM. Darbier de MonlauU 
et Léon Palustre, de placer au sommet du pied du reliquaire le 



Digitized by VjOOQIC 



-414- 

plateau chargé de qaalre clochers et de la loarelle, on aarail ttoe 
œuvre mal venue et dépourvue de toute harmonie. Véritables artistes, 
ces orfèvres, au moyen-âge, avaient un goût affiné et le sens très 
juste de^ proportions ; un reliquaire était traité par eux comme un 
monument en miniature et ils se seraient bien gardés d'écraser par 
un couronnement trop lourd, une base frêle et délicate; le dernier 
plateau du reliquaire de St-Goussaud est un carré de six cenlimèlres 
de côté et la plaque nécessaire pour recevoir Tassembiagede la tour et 
des clochetons devrait être de dimensions sensiblement plus grandes. 
Avec une pareille disposition, aucune proportion ne serait gardée; 
il suffit, pour se rendre compte de la justesse de cette observation, 
de comparer entre eux les reliquaires de Saint-Goussaud et de Châ- 
teau ponsac. Le premier est élevé et élancé, parce qu'il ne doit 
supporter, qu'un cylindre étroit ou un petit récipient; l'autre^ au 
contraire est bas et irapu, parce qu'il a besoin de donner l'idée de 
force pour soutenir une ornementation donnant impression d'une 
chose pesante. De même, les dimensions de la base du premier 
reliquaire sont plus petites que celles du second, mais dans les 
deux cas elles sont respectivement supérieures à celles du plateau 
terminal sur lequel reposent les récipients qui renferment les reli- 
ques. Celle disposition est en quelque sorte imposée par les lois de 
Tarchitecture et même simplement de l'équilibre; or tout le contraire 
arriverait si la forme primitive du reliquaire de Saint-Goussaud 
avait été ce que prétendent les auteurs de la notice. De même 
l'hypothèse, l'existence, dans le premier état du reliquaire, d'un 
second plateau, plus vaste, qui aurait été superposé au premier, 
est condamnée par les précédentes observations. Et en effet, plus 
on donnerait d'élévation au reliquaire de Saint-Goussaud, plus il 
serait contraire aux principes élémentaires de l'art de l'écraser à 
son sommet, et la comparaison avec le reliquaire de Saint-Michel 
que l'on choisi comme exemple, est précisément la condamnation 
de ce système; dans cette dernière pièce d'orfèvrerie, il y a dégra- 
dation successive et régulière entre les trois plateaux du bas, du 
milieu et du sommet, et si entre ces différents points on a placé des 
nœuds ou parties renflées, c*esl dans un but de décoration, pour 
couper d'abord par une légère leillie, la courbe de la ligne partant 



Digitized by VjOOQIC 



— 215 — 

da pied pour aboulir au premier plateau, et ménager ensuite, entre 
ce dernier et la plate-forme supérieure, qui supporte une petite 
statuette de la Vierge, l'emplacement d'un globe transparant, dans 
lequel étaient exposées les reliques. 

Non contents de supposer gratuitement et conlre les textes quMIs 
invoquent l'existence des cinq clochetons, MM. Barbier de Hontault 
et Léon Palustre veulent tirer de ce motif de décoration une inter- 
prétation symbolique : « 11 n'est pas impossible, disent-ils, en 
manière de conclusion, que primitivement la tourelle centrale ait 
reçu les reliques du Sauveur, tandis que celles des évangélistes 
auraient rempli les tourelles d'angles ju. Les auteurs, privés de 
toutes données positives, ne savent plus où s'arrêter dans leurs 
hypothèses, et le pis est que, pour se faire illusion à eux-mêmes 
sur les fantaisies de leur imagination, ils tentent de les appuyer 
sur un texte que rien ne permet de rattacher à l'objet spécial de 
leur étude. Us rappellent que des documents dont ils ne donnent 
d'ailleurs ni la date, ni la provenance ont signalé l'existence à 
Grandmont de reliques du tombeau du Christ et de (rois évangé 
listes, saint Mathieu, saint Marc et saint Luc; mais la puissante 
abbaye, si elle possédait réellement ces restes vénérés, ainsi qu'un 
grand nombre d'établissements religieux, au moyen-âge, ont pré- 
tendu en avoir, ne manquait pas de reliquaires de matières plus 
précieuses et d'une ornementation plus riche pour les recevoir. 

Dans l'espèce, les seuls titres sur lesquels les auteurs pouvaient 
légitimement s'appuyer sont ceux qu'ils citent et qui se réfèrent au 
reliquaire qu'ils confondent avec celui actuellement conservé dans 
l'église de Saiut-Goussaud. Or le plus ancien de ces inventaires, 
qui est daté de 1495, porte qu'il renfermait des ossements, et les 
deux inventaires les plus récents, ceux de 1629 et de 1666, 
confirment que l'on y trouvait encore à cette époque des mor^ 
ceaux d'ossements, et qu'on les honorait comme des reliques 
de saint Cloud. Si les sources permettaient de remonter à des 
temps plus éloignés, tout porte à croire que l'on rencontrerait 
la mention des mêmes reliques pour les mêmes reliquaires, et 
que des objets ou parcelles d'objets considérés comme ayant touché 
ou appartenu au Christ ou à des évaDgéllstei n'auraient pas cédé 



Digitized by VjOOQIC 



- 2!6 - 

h pla<^e âtix reliques d'un Saint dont le nom ne paratl pas a?oir 
été fréquemment porté par les fidèles et qui n^esl pas particnliëre- 
ment connu pour avoir été l'objet d'un culte spécial dans la contrée. 

Le développement donné à ces notes paraîtra sans doute hors de 
proportion avec le sujets et je ne dissimulerai pas qu'en commen- 
çant à les composer, je ne me proposais pas d'entrer dans d'aussi 
nombreux détails. Mais j'y ai été amené en quelque sorte par 
l'autorité des erudits dont je me buis permis de combattre l'opinion. 
Même au début j'hésitais à entreprendre ce petit travail, craignant 
de me mettre en opposition avec des auteurs dont la haute compé- 
tence est universellement r« connue et dont les jugements passent 
communément pour échapper à toute critique. Mais la réflexion n*a 
cessé de me confirmer toujours davantage dans la conviction qu'ils 
s'étaient té'^lietnenl fourvoyés. Au surplus, la rencontre accidentelle 
de quelques inexactitudes ou, si on le préfère, de simples inadver- 
tences, n'a rien qui doive surprendre dans un ouvrage de cette 
importance, et surtout traitant d'un sujet aussi délicat. On peut 
tenir pour certain que les personnes préparées pour entreprendre 
un pareil travail et capables de le conduire à bonne fin sont extrê- 
mement rares. Il suppose chez elles une érudition acquise par 
l'étude pentiente et raisonnée d'une quantité considérable de 
pièces d'orfèvrerie, qui, bien loin de se rencontrer habituellement 
par grouix3S, sont plutôt disséminées par unités ^ur tous les points 
de notre territoire et souvent à l'étranger. Une pareille élude pour 
conduire aux i<lées générales et permettre d'arriver à une classifica- 
tion par à;;e, origine et attribution à telle ou telle école, a dû porter 
sur des nuances presque imperceptibles, s'étendre à de menus détails 
que seule une longue expérience apprend à discerner. On comprend 
par là que c'est une bonne foi tune |)our la gi*ande industrie limou- 
sine d'avoir rencontré des érudits capables d*en foire comprendre 
toute la beauté, et dont la réputation a puissamment contribué a en 
répandre le renom dans te monde savant et à appeler sur elle 
Tattention de tovs les amis des arts. 

F. AUTORDE. 



Digitized by VjOOQIC 



— 217 — 



\ IL — Procès-verbal de la Translation de la Sainte Religue 
de Saint-Léobon, le 10 Octobre 1190. 

(Copie communiquée par M. Tabbé DËRGIER) 



Aujourd*bui, 10 octobre mil sept cent quatre-vingt-dix, confor- 
mément à Tavertissenient qui nous a été fait le tfois du même mois 
par notre pasteur au pronne de sa messe paroissiale, qu'il serait 
transporté sollenneliement une relique de Saint Léobon, solitaire, 
dans notre église paroissiale y quiy munie de tous ses authentiques, a 
été accordé') à M. Ardant, notre curé, par M. Duplessis d*Argentré, 
évéque de Limoges, laquelle il lui a fait remettre par M. Jacques- 
Lazare Sicelier, supérieur du séminaire des Ordinans de Limoges, 
chargé de la distribution de toutes les reliques provenantes de la 
communauté de rOrdre cy-devant abbaye de Grandmout, nous nous 
sommes transportés au village de Frioulouze en corps municipal, à 
la suite d*nne procession êolenuêl à laquelle nous avons ordonné 
notre garde nationale d'assister sous les armes, d'accompagner le 
clergé et enlourrer la Sainte-Relique portée sous le dejr, après avoir 
été prise sur un autel dressé ad hoc au dit village de Frioulouze 
sur notre paroisse, et de la transportée solennellement en notre 
église et placée dans la chapelle érigée en Tbonneur de Saint- 
Goussaud, nous avons assisté à l'office de la translation où il y a été 
chanté une messe solemnelle et débité par noire pasteur un discours 
tel que pouvait l'exiger la circonstance. D'après quoi, nous étant 
retiré en notre chambre mauicipale, eu avons dressé le présent 
procès-verbal les dits jour« mois et an que dessus, pour servir de 
plas ample autbentiqae» si besoin est, pour coopérer à la viniralion 



Digitized by VjOOQIC 



-218- 

due aax saintes reliques; nous en fêsanl une obligation aussi 
ndispensable que nous Ta prouvé notre digne pasteur dans son 
discours en nous apprenant la manière pratique de nous acquitter 
de ce devoir. 



BATOU, VACQUIN, 


DEVILLECHABROLLË, 


Procureur. Maire. 


Officier. 


REDON, 


BARTOU, 


Officier. 


Officier. 



Digitized by VjOOQIC 



^ _ » 



RAPPORT AU CONSEIL GENERAL 



Monsieur le Préfet, 

En réponse à votre lettre du 13 juin courant, j*ai Tbonneur de 
Yous adresser le compte-rendu des opérations de la Sotiété des 
Sdenceê nalurellêê et archéologiques de la Creuse^ pendant l'année 
1902-1903. 

Bulletin. — La publication du Bulletin de 1902 a élé fort retardée 
par une longue maladie de Timprimeur. Il n*en sera pas de même 
celle année ; le volume de 1903 est déjà à moitié composé. 
Il comprendra la fin du Iravail de H. Toumieux sur le comlé de la 
Feuillade; Issoudun et la seigneurie d'Hautefaye, parM.Peyralhon; 
rbistoire de Tabbaye du Houlier*d'Ahun, par M- Delannoy; Un 
chef-lieu de province au xviiP siècle; Guéret capitale de la 
Haute-Marche, par M. le docteur F. Villard (snile); des articles de 
MM. Autorde et Lacrocq ; et, sMI arrive à temps, un nouveau 
rapport de M. TAbbé Dercier sur ses fouilles fructueuses jdu Mont 
de Jouer; il a découvert de nouvelles médailles, la tète mutilée et 
une main de statue, en granit, deux fois plus grande que nature ; 
il a parcouru, sur une longueur de plus de 20 kilomètres, les voies 
romaines aboutissant à la station de Prœtorium* La dernière décou- 
verte me parait importante ; eliesemble indiquer que Prœtorium 
D*éiait pas un simple relais (mii/a<û>), comme quelques-uns l*afflr- 
meut, mais bien une mansio renfermant des statues et sans doute 
des temples. J*espère que le Conseil général voudra bien nous 
continuer soa allocatioa de 800 francs. 



Digitized by VjOOQIC 



-220- 

Dom nu Uutée. » La liste générale de ces dons sera insérée i la 
fin du XIV* volume du Bulletin. Pour le moment, je me bornerai à 
signaler les plus importants : 

Avant tout, 12 cartons sur lesquels sont collés des fragments 
d'étoffes provenant des fouilles ré/entes d'Antinoë ; ils nous ont 
élè donnés par H. Guimet, sui* la demande de H. Alexis Rouart. 
Ces étoffes, qui ont été fabriquées il y a près de 1.800 ans, sont 
remarquables par leur tissu et la vivacité de leurs couleurs. De tous 
les musées de province, celui de Guéret sera peut-être le premier à 
posséder ces remarquables produits de Tindustrie égyptienne au 
II* siècle de notre ère ; 

Tableau de Kneiss, intérieur de salon moderne, donné par 
M. Alexis Rouart; 

Dusles en marbre de M. Hasquelez, récemment décédé, et de son 
oncle. Don de M. Hasquelez, flls. 

Acqnisiiionê. — Sans parler des acquisitions faites par la biblio- 
thèque, je citerai parmi celles du Musée : 

Poignée, en os sculpté, de parasol chinois ; 

Croix de procession, en cuivre fondu, époque Louis XIII; 

Beau plat de porcelaine de Cliine, de la famille verte. 

Nous avons dû restreindre nos achats à défaut de place dans les 
salles, et aussi pour conserver des fonds destinés aux installations 
intérieures du nouveau Musée. 

Mt$êie. — Grâce à ses actives démarches, M. le Sénateur Villard 
vient enfin d'obtenir la promesse que le décret d'autorisation de la 
loterie serait incessament signé. Un traité a été passé avec l'Agence 
Fournier pour le placement des billets. Si Topération ne dure pts 
plos que pour la loterie de Gap (environ 10 mois), nous pouvons 
espérer que les travaux de coustruction commenceront l'année 
prochaine. 

Veuillez agréer, etc.. 

L$ PrisidifU, 
DBLANNOY. 



Digitized by VjOOQIC 



(IBSEilTATIlIHS lÊTËQSQLQGlQQES 

FAITES PENDANT L'ANNÉE 1901 



Extrait du rapport dre$sé le 16 Août 1902 par M. Heurtault, 
Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées^ membre d't la Commis- 
sion météorologique de la Creuse. 



La Comn^ission mèléorologiqne, însliluée par arrêté de M. le 
Préfel de la Creuse du 12 mai 1879, s'est trouvée désorganisée en 
1888 en raison de démissions ou de changements de fonctionnaires. 

Le Conseil générai ayant décidé, dans sa séance du 20 août 1891, 
que le service serait réorganisé, un arrêté préfectoral du 10 mars 
1893 a reconstitué cette Commission, et il serait désirable, ainsi que 
nous Tavons demandé, dans nos précédents rapports, qu*elle pût se 
réunir régulièrement, au moins une fois par an, ce qui n'a pas eu 
lieu depuis longtemps. 

Quoiqu'il en soit, nous présentons pour Tannée 1901 le compte- 
rendu des observations pluvioruétriques, tliermométriques, baro- 
métriques et celles relatives aux orages. 

PLUVIOMÉTRIE 

i^ Quantité de pluie 

Les 13 station^, qui ont adressé des observations pluviométriques 
complètes, comprennent le service spécial des Ponts et Chaussées et 
les station^ (}6 Cbénér^illes et de La Souterraine. 



Digitized by VjOOQIC 



- 222 - 

l.a hauteur moyenne de plaie en 1901, pour les 13 stations, est 
de 860-'».9, 

Il est tombé plus de 1,500"" d'eau à Gentiouz ; 

— 1,000 — La Souterraine ; 

— 900 — •Ihambon-sur-Voueize; 

— 800 — Boussac, Aubusson, Ponta- 

rion, Felletin; 

— 700 — Dun, Ahun, Guéret, Bènë- 

vent. 

Et 630""*.7 à Auzances, 626"".2 i Chènèrailles. 

Si Ton compare les 20 années pour lesquelles il a été fourni des 
relevés d'ensemble : 

1881 qui a donné 690"*"6 

1883 939 . 1 

1884 802. 9 

1885 963 . 3 

1886 949.2 

1887 878. 6 

1888 802.2 

1889 819 . 7 

1890 791 ,6 

1891 834. 3 

1892 917 . 1 

1893 667 .8 

1894 706.5 

1895 812 . 4 

1896 84! • 2 

1897 960 . 2 

1898 645 . 7 

1899 682 . 1 

1900 910.8 

1901 863 . 9 

Moyenne des 20 années. . • . • 823 • 4 



Digitized by VjOOQIC 



-223- 

Oo arrive i cette conciasioo que 1881, 1893, 1894, 1898 et 1899 
ont été des années de sécheresse, 1883, 1885, 1886, 1892, 1897 et 
1900 des années pluvieuses, et, enOn, 1884, 1887, 1888, 1890, 1891, 
1895, 1896 et 1901 d^s années moyennes. 



2<» Nombre de jours de pluie 

Pour les 13 stations dont les observations sont complètes, le nom- 
bre de jours de pluie varie entre 103 et 167. 

La moyenne est de 135, suit plus de un jour sur 3. 

Nous donnons d'autre part : 

1** Le tableau des quantités d*eau tombées aux diflérentes stations 
pluviométriques. 

2* Le relevé mensuel des jours de pluie. 



Digitized by VjOOQIC 






■1 

s: 



s; 

i 

S 
o 
•%• 

o 



5^ 



8 

o 

«A 



-S 







— 


m 


— 










1 






1 


ft 

J* 


jiin^Jiiog 


ft 


A • ft 


 


«t ft « 


» 


 • • 


1 


lOOUNSS 


00 




art 


i>oart 


*l 


art trt t^ 


05 

i 

co 


mmiT 


i 








(N 

S 


cocoo 

or^cô 

O t^ ^^ 


00 

ôo 

<3^ 


NlJJIIli 


s 


côoi«d 


3rt 

É 


i>»oart w 

OîÔl> «-^ 

J.OCO JJ 


OOO 
00 -H 00 


O 

• 

o 
irt 


M|I!«»"i?10 


i 




0»aj< irt 


co 


DUAMfl 


c5 
art 


coco art 


^ 

É 


00 co co 

oôoîci 




<Nart*5!« 


i 


KOlUTlKOd 






O oo 
ot^co 


o 


artoo 

cp O) co 

5 ^ 


co 


IIHJIIS 


tè 

^ 


ooo 


o 


ooo 


o 

■à 




NOBV 


00 


partit 
Jrt^oO 


o 

O 


ooo^ 

art o trt 

i^ o co 


o 

o 
9^ 


artOico 
^côàrt 




NOSSQSQV 


<*• 

5 


çooqço 

r-3^1 O 


9\ 


OOr-O 

oôîrtart 
o>oco 


• 


art t^cD 


00 

wO 
'M 


OYSSflOH 


i 


oo art art ( 


o 00|0 
30 0-aJ« o 


art art art 


art ' 
^1 


tijuj^tnos r\ 




43.6 

49 7 

111.3 

204.6 


t^ 05 CO 


ci 


(Wl^ o 


O 
CO 


m 1 


• • • 1 
irt co 30 


• 


^-^artio 1 

<o o^ r^ I co 
OOO'M [» 


t^ 'ï^ ^ 

•£ 1^ o 


o 

co~" 

si 

-M 


•A-JK-ioqircqa 


•^ 

s 


co — o> 

l^ "^ r^ 

OSCO 'M 


00 

i 

-M 


oart<ïi 

CD OOO 


fi 


côcâo 

ooo 30 


■ 


xfi 

S 


Janvier 

Février.... 
Mars 

lOTADI du 1^' triai. 


> « 


: : ^ 


Juillet 

Août 

Septembre. 

TOTADX dis* trio. 



Digitized by VjOOQIC 



— 228 - 



1 




A 

• 

1 






ft « ft 


«i 


» » m » 


ft 


«i 






00 

i 


361.5 
3K4.2 
386.9 
397.8 


co 


'■O 






00 

É ■ 


0> »l 00 00 




£ 




aoaoaC 


^ 

d 

r^ 


^ 94 o àC 
<»1 (Tï <N «^ 


i 


s 




66.7 
27.3 
64.8 


00 


li^ CO ^ 00 




i 




47.5 

43.8 

106.7 




128.4 
142.4 
252.1 
197.7 




€0 




ooo 


O 


«♦ o so o 

f- r-« oô i> 

00 .»" r^ ■* 

— 9* t* 9* 


o> 


i 




67.1 

45.1 

126.0 


^ 


139.0 
164.0 
226.3 
238.2 


ao 


i 




52.0 

16.5 

110.2 


s 


o o o l> 

o »- -« 00 




91 




80.1 
29.2 
90.8 


i 


212.0 
200.4 
234.8 
200.1 


€0 


1 




51.0 

?5.8 

107.0 


00 

ci 

00 


105 5 
192.0 
277.5 
183.8 


00 

oô 

00 


91 




00l> — 


53 


204. 6 
233.5 
330.6 
237.5 


1 








CO 


172.4 
183.0 
234.0 
197.3 




S 




68.8 

32.0 

102 6 


S 


CO t- CO •** 

S îî S S 


t^ 


^ 




Octobre . . . 
Novembre . 
Décembre . 


•SIM 


il 


i* 





15 



Digitized byCjOOSlC 



- 226 - 

Relevé mensuel de* jour» de pluie dant les itatiom qui 
ont fourni des renseignements complets. 



STATIONS 



Chambon 

Dun 

La Souterraine. . 

Boussac 

Âabusson 

Âhun 

Guéret 

Pontarion 

BénéveDt 

Chénëraiiles 

Felletin 

Auzances 

Gentioax 



9 

20 
20 
15 
23 

15 
17 
19 
12 
16 
16 
15 
23 



a.- __ 
cl i 



TOTAL 
pendant 
l'année 



128 
155 
163 

127 
160 

112 
103 
136 
123 
120 
152 
115 
167 



TEMPERATURE 

Des observations thermométriques complètes ont été faites dabs 
6 stations : La Souterraine, Aubusson, Guéret, Pontarion, Auzances 
^t Gentioux, 



Digitized byCjOOSlC 



-227 - 

Les moyennes des iO dernières années ont été de 10* en i8S2, 
9».2e'n I893,9^4«•n I89i.9.2en 1895. 8 .4 en 1896, I0\2 en 1897, 
10. 1 iM. 1898, \0\S . n 1899 9".8 m 1900 «•! lo°.4 vn I9.»i. 

Températures minima. 



09 

3 


STATIOiNS 


Janvier 

Février 

Mars 


> 
•< 


S 


"5 




^ 
^ 


1 


Octobre 
Novetubre 




s; 

— ■ 


1 
378LaSouter«*. 


1 1 

-4,0-12.0.-0.7 


4.0 


4.7 


9.8 


10.4 


11.2 


6.7 


4.0-1.4 


-0.5 


2.7 


4îiAubusson .. 


-i 0-8.0 0.1 


5.0 


5.9 


10.0 


11.6 


11. t> 


9,0 


5.0-1-3 


-O.i 


3.9 


453Guérel 


-2.9-10.9'-O.6 


0.7 


8.4 


12.1 


14 r, 


11.4 


8.8 


3.3-3 


-0.4 


3.9 


465Pontahon.. 


-0.3.-7.3 1.4 


5.1 


8.3 


9.8 


10.7 


9.8 


10.8 


3.1-3 4 


-01 


'4.0 


560Âuzances... 


-1.9'-8.3'-l.l 


4.1 


6.5 


10.7 


12 II 


9.8 


91 


.11-2 1 


-0.2 


3.3 


SSOGentioux... 


-4.5-8.5'-1.6 


4.3 


7.1 


11.6 


12.8 


12.3 


10.8 5.1-1.5 

1 


-2.1 


3.8 






l 1 














1 


1 





Température maxhna et moyenne générale de Vannée 4901 . 






4fôNaUrlfrii 



B.8 
4.4 



2.9, 8.1 



3.0, 
O.lî 
i^6 



8 
7,0 



17 

18.0 



< 






^ 

3 



O 

2; 



.1 1 _ !.. J. 



tî. 917.0 
0.415.8 

fK5'l4.4 



iL4ïri.iî2fK52e.ll20.8' 
!iOJ*2;3.n-iajï'i7,n2I.O 

i8.o'i5.nii.uy»i,H2o,i; 



15.2 
I5JH 

l:!.8 

i9.i'2;t.:3^'i,r>'i:K7i9.3'n rî 
i:i 8 

11.3 



I I 



18 



;2-2.";^5.4,2a/ir^!i.i'l 



a.8,n JHa.r.2Djv2i.0ii.9i:.4 



7.rï5*:i 

II.O^JJ 
'i.8i.9 



Vtijr. ai 



- -g 



I3..1;l 



12.6 



.1) 9.4' 



Moyenne riéiiêralo » 



Digitized byCjOOSlC 



-228- 



PRESSION BAROMÉTRIQUE 



Des observations quotidiennes ont été faites aux stations de la 
Souterraine, Aubusson, Guéret, Pontarion, AuzancesetGentîoux. 

Le tableau ci - dessous montre que la hauteur barométrique 
moyenne varie entre 716.4 à Gentioux et 733.6 à la Souterraine : 



o 

CO 



a 
co 






co 






es 



a 
*5 



— • o 



Xi 

a 

3 
co 



o 

o 



s 

> 
o 



S 

Q 



a> 

c 
c 

O 



378U Soot.736. 

434inlNissoi731.)) 

453Giéret..|729.i> 

465W.j727. 

^|iuiiiee8.722.» 

850Mioii|7i9.» 



733.» 

732.» 

727, 

722.» 

720.» 

748.» 



727.»,732.» 

725.D720.» 

719.»|725.» 

7 18.» 725.» 

7l5.»7l9.i^j72l.» 

7i3.i>7l5.»717.» 



733. 

728.» 
727.* 
726.» 



735.» 734.» 736.» 
732.»730.»,732.» 
728.»727.>729.» 



729.»728.» 
722.»72i.« 
7i8.»,7l7.» 



730.» 
722.» 
719.» 



733.»737.»738.ii73Î.J 
728.»732.»'726.»7îfl.2 
724.»728.»721.»,726.0 
726.»|728.»72i.»'725.5 
720.» 722.» 714.» 719.6 



731.» 

729.» 
724.» 
723.» 
718.» 
716.»715.»719.»7lD.ï)71W 



^^><^^ 



Digitized by VjOOQIC 



- 229 - 



ORAGES 



Les orages de 1901 ont été constatés soit sur des bulletins, soit 
sur des registres spéciaux pour les stations de Bénévent, Cbéné- 
railles, La Souterraine, Aubusson, Abun, Cbambon et Pontarion; 
(i*un autre côté, les autres observateurs ont aussi consigné sur les 
feuilles mensuelles des renseignements à ce sujet. Nous en donnons 
ci-après la nomenclature : 



DATES 


STATIONS 


OBSERVATIONS 


3 mars 

7 avril 

8 - 

U ^"^ • • . . . 

23 - 

24 - 

25 - 

26 - 

27 - 

2 mai 


La Souterraine, Saint - 
Maurice, Saint-Priest- 
la-Feuille. 

Crocq, Cbénérailles, La 
Souterraine. 

Cbénérailles,La Nouallle, 
Crocq, La pourtine. 

La Courtine, Felletin. 

Felletin. 

A PEst de U Nouallle. 
Sud du département. 

Hontboucber. 

SaInf-Marlial-le Vieux. 
Monlboucher. 


Orages de 4 à 5 h. du 
soir avec forte pluie el 
grésil. 

Orages peu importants. 

Orages dans la soirée. 

Orage avec pluie dans la 
matinée. 

Temps orageux. 

Orage à 3 b. du soir. 

Orages fréquents, mais 
peu importants.Un peu 
de grêle à Gentioux. 

Quelques coups de ton- 
nerre à 2 b. du soir. 

Orage à 1 b. du soir. 

Quelques coups de ton- 
nerre & 4 b. du soin 



Digitized by VjOOQIC 



-m- 




23 ^ 



STATIONS 



OBSERVATIONS 



Chambon,BudeIière,Lus 
satja SouterraineXhé 
nérailles, Bénévenl, la 
Nouaille, St- Martial- 
le-Vieux. 

Est du département. 

Saint-Maurice, La Sou- 
terraine, Lizières. 



Saint - Martial-le- Vieux, 
la Souterraine. 

La Souterraine. 



Est du déparlement. 

La Nouaille. 

Sud du département. 

Cliénérailles. 

La Nouaille, St-Marlial- 
le-Vieux. 

Tout le déparlement. 



Chambon, Ahun, la Sou- 
terraiïie, Cliénérailles, 
Ponlarion, Sl-Hilaire, 
Soubrebost. Savennes, 
la Chapelle. St-Marlial- 
le-Vieux. Gueret, Gen 
liouii Auzances. 



Orages dans Paprès-midi. 
avec pluie et grésil à 
la Souterraine. 



Orages. 

A Rissac, commune de 
&iint-Maurice, 1» fou 
ore à causé quelques 
dégâts à une maison. 

Avec forte pluie, 20"" 
d'eau à la Souterraine 

Quelques coups de ton- 
nerre. 

Avec fortes averses à 
Crocq. 

Orage peu împorlanU 

Orages. 

Temps orageux. 

Orages dans la soirée. 

Orages fréquents et vio 
lents, avec pluie et 
grêle à Abun. A la 
Verf^ne, commune de 
Sainl-FieL un homme 
a été foudroyé. 

Orages , avec pluie el 
grél« à Chambon, forte 
pluie à la Chapelle et 
à Auzances , plus de 
îlnn d'eau. 



Digitized by VjOOQIC 



— 231 - 



DATES 


STATIONS 


OBSERVATIONS 


24 mai 


Tout le département. 


Orages avec pluie torren- 
tielle à Ahun, pluie et 
grêle à Savonnes. 


26 - 


Nord, Est et Sud du dé- 
partement. 


Séries d'orages, avec 
pluie et grêle à Ahun, 
uetite grêle à Toulx et 
à Clugnat. 


26 - 


Tout le département. 


Les orages continuent 
sans occasionner de 
dégâts. 


27 - 


Ghambon, la Souterraine, 
Ghénérailles, Ponta - 
rion, La Nouaille, Si- 
Martial -le -Vieux, La 
Gelle-Dunoise, Savon- 
nes, Felletin, Guéret, 
Genlioux , Auzances , 
Crocq. 


Orages, avec forte pluie 
à Chambon, violent à 
Crocq avec pluie el 
grêle. 


28 - 


La Souterraine, la Nouail- 
le, St-Martial-le-Vieux, 
La Gelle-Dunoise, Sa- 
vonnes, Felletin. 


Orages peu importants. 


29 - 


Tout le département. 


Orages, violent à Guéret 
avec forte pluie, ploie 
torrentielle à la Celle. 
A Felletin la foudre a 
tué un homme et pa- 
ralysé un autre, qui 
s'étaient réfugiés sous 
un chêne ; à Toulx la 
grêle a causé des dom- 
mages importants. 


30 - 


Crocq. 


Orage de làSb.da soir. 


81 - 


Guéret et Crocq, 


Quelques coups de ton* 
uerro. 



Digitized by VjOOQIC 



-«3« 




l«'Juin. 



4 - 



6 - 

6 - 

7 — 

8 — 



9 - 



10 - 



11 - 



IS 



Chnmbon, la Souterraine, 
Versillat, Chénérailles, 
la Celle-Dunoise^Gen- 
tioux. 

Sur tous les points du 
département. 



Pontarion, Felletin. 

Est dn département. 

La Nouaille , Gentioux, 
Hunlboucher. 

Chambon, Ahun, Aubus- 
son, la Souterraine, 
la Nouaille, Boussac, 
Lépaud, Felletin, Sl- 
Marlial-le-Vieux, Au- 
zances, Chénérailles. 

Nord et Est du départe- 
ment. 



Aubusson, Chénérailles, 
laCelle-Dunoise, Mont- 
boucher. 

Honlboucher. 



Pontarion, 
Boussaq, 



OBSERVATIONS 



Orages peu imporlanls. 



Orages violents. A Gué 
ret la foudre tombe en 
plusieursendroitssan 
causer de dégâts; àPis> 
saloux la foudreabrûlé 
une étableettuéS boeufs 
ou vaches; prcsleCres- 
sat, deux femmes ainsi 
que leurs bestiaux,onl 
été atteintes ; à Grocq 
forte pluie et grêle. 

Orage dans la matinée. 

Orages peu importants. 

Orages avecgrandesaver 
ses. 

Orages, très violent avec 
grêle à Chénérailles; 
la grêle cause de se 
rieux dommages i 
Chambon. 



Orages, grêle abondante 
à Saint-Maurice et 
SaintPierre-le-Bost 

Orages. 



Quelques coups de ton 
nerre à 8 h. du soir. 

Orage avec pluie. 

Temps orageu. 



Digitized by VjOOQIC 



— J33 — 




8 - 



9 - 



STATIONS 



PonlarioD, Montboacher. 



Crocq, Saint-Marliai-le- 
Vieux. 

Béiiévenl, Âubusson, 
Ghènérailles, la Sou- 
terraine. 

Nord, Est et Sud du dé- 
partement. 



Ahun, la Souterraine , 
Bénévent, la Nouaille. 
St-Marlial-le-Vieux, la 
Gellft-Dunoise , Felle- 
tin, Guèret, Gentioux, 
Auzances, Savennes, 
la Ghapeile. 

Boussac, Ponlarion. 

La Souterraine, Boussac. 



4 — • ... La Souterraine. 



Tout le département. 



Presque tout ie déparie- 
ment. 



OBSERVATIONS 



Orages avec fortes aver 
ses. 

Orages. 
Orages. 



Orages fréquents , très 
violent à La Souter 
raine. 

Orages, avec grand vent 

à la Ghapeile où plu 

sieurs toitures sont 
enlevées. 



Orages peu importants. 

Orage, avec] assez forte 
pluie. 

Quelques coups de ton 
nerre. 

Orages violents, à Ponta- 
rion avec pluie torren 
lielle qui coucha lei 
blés; à Montaigut un 
homme a été foudroyé 
et plusieurs bâtiments 
incendiés. 

Orages violents, à Gham 
bon une grange est 
brûlée; à Jalesches un 
homme eit foudroyé 



Digitized by VjOOQIC 



— 23i — 



DATES 


STATIONS 


OBSERVATIONS i 


iO juillet.... 


Cliambon, Abun, Aubus- 
son, Ponlarioii , Sai- 
dent, Soubrebost, La 
Nouailie, St-Harlîal-le- 
Vieux Auzauces,Moul- 
boucher. 


Orages le soir, avec pluie 
torrentielle à Abun ; 
avec pluie et grêle à 
Hontboucher. 


12 - .... 


Moniboucher. 


Orage à 9 h. du soir. 


13 — .... 


La Noaaille, Honlbou - 
cher, SiMarliaL 


Orages peu importants. 


15 — .... 


Crocq. 


Plusieurs coups de ton- 
nerre. 


21 - .... 


Ghambon, la Nouaille, 
Guéret, Saiiil-Martiti* 
le- Vieux. 


Orages insigniflants. 


22 - •... 


Ponlarion, Fellelin. 


Orage dans la matinée. 


28 — .... 


Sud du déparlement. 


Temps orageux. 


29 - .... 


Aubusson, la Nouaille, 
Gliénérailles et com- 
munes environnantes. 


Orages. 


30 - .... 


Felletin, la Souterraine. 


Orage peu important. 


31 — .... 


Est et Nord du départe- 
ment. 


Orages peu imporUnts. 


!«'aoûl 


La Nouaille, St-Hartial- 
le-Vieux, Genlioux. 


Orage dans la soirée. 


3 - 


Aubusson. 


Quelques coups de ton- 
nerre. 


9 - 


Salnt-Marlial-le-Vieux. 


Orage. 


10 - 


Boussac. 


Orage. 


Il - 


SaintHartial-le- Vieux. 


Temps orageux. 


16 et 17 août. 


Au Nord de Boussac, 


Orage. 



Digitized by VjOOQIC 



I 



— 235- 



DATES 


STATlOiNS 


OBSERVATIONS 


18 août 


Boussac. 


Orage violent avec pluie 
et grêle. 


22 - 


Monlboucber. 


Quelques coups de ton- 
nerre. 


23 - 


Chambon, Cbénérailles, 


Orages, avec forte pluie 




la Nouaille, Crocq, Si- 


à Auzances. 




Martial-le-Vieux, Âu- 






zances. 




U — 


Nord et Est du déparle- 
ment. 


Orages peu importants. 


26 — 


Tout le département. 


Orages fréquents et vio- 
lents ; à Ahun la fou- 
dre tombe sur la mai- 






son du docteur Maumy, 
une grange brûlée, 4 
bœufs tués; à Chaires, 
commune de Cressat, 
une maison, une gran- 
ge et deux écuries dé- 
truites; au Liège, com- 
mune de Sl-Hilaire-le- 
Châleau, 3 granges, 
une remise et 6 écu- 
ries brûlées. 


27 - 


Cbénérailles. 


Temps orageux. 


31 — 


Crocq, Fellelin, Chambon 


Orages. 


l*'8ept«kn... 


Chambon, Aubusson, la 
Souterraine, la Nouail- 
le, Cbénérailles, Crocq. 


Orages vers midi. 


2 - ... 


Chambon, la Courtine, 


Orages, très violent avec 




Ponlarion, la Nouaille, 


grêle à la Souterraine. 




la Souterraine. 




O "" • • • 


Chambon, Ahun, Pion- 


Orages, avec forte pluie 




nat , la Souterraine , 


mêlée de grêle à Cham- 




Aubusson, BénévenI, 


bon et a Boussac. 




Grand -Bourg, Ponla- 






rion, la Nouaille, Cbé* 





Digitized by VjOOQIC 



— 236 — 



DATES 


STATIONS 


OBSERVATIONS 




nërailles, Boussac, Sl- 
Harlial-le -Vieux, Sa- 
vennes, Guéret, Gen- 
tioux, Âuzances, Dun. 




4 Mpttibn . . . 


Tout le département. 


Orages plus violents qut- 
la veille. Au Bost, com- 
mune de Naillat, mit 
maison, une grange et 
une batteuse sont brû- 
lées; à Cujasseix, com- 
mune de Rougnat., 3 
maisons, 2 granges et 2 
écuries sont détruites. 


O ■■" • • • 


Cliambon, Moniboucher. 


Orage. 


il ~~ • • • 


Cliambon , la Nouaille , 
St-MartIal-le- Vieux. 


Orages peu importants. 


10 — ... 


Aliun, Sous-Parsat, la 
Souterraine , Ponta - 
rion, Cbénérailles, 
Crocq, St- Maniai -ie- 
Vieux, la Celle-Duiioi- 
se, Fellelîn. 


Orages. 


11 — ... 


Pontarion et conomunes 
voisiner, Ooussac. 


Orages conliimels toute 
la journée ; à Boussac 
Torage a été léger. 


14 — ... 


La Souterraine. 


Orage. 


16 - ... 


Sud-Ouest de Chambou. 


Eclairs. 


19 - ... 


La Souterraine. 


Légers orages. 


21 - ... 


Gentioux. 


Orages dans la nuit. 


26 - ... 


Feiletin. 


Temps orageux toute h 
nuil. 


16 octobre... 


La Nouaille. 


Orage à 8 b. du soin 


17 - ... 


Sl-Harlialle-Yieux. 


Temps orageux» 




^""^ ^ 



Digitized by VjOOQIC 



PROCÈS-VERBAL 

DE 

L* Assemblée générale du 24 avril 1903 



Présidence de M, DELANNOY. 

Sont présents : MM. Delannoy, Pineau, de Cessac, Chantrelle, 
Tabbé Dercier, Pasquet, Pineau de Montpeiroux, Lassarre, 
Gallerand, de Corbier, Petit, D' Bordier, Lefour, D' Gomot. 

MM. Martinet, Lacrocq, M«« de Foumoiie, MM. de Nalesche, 
Goubeau, Germanty et de Beaufort s'excusent de ne pouvoir 
assister à la séance. 

M, le Président déclare la séance ouverte ; le procès-verbal de 
la dernière séance est lu et adopté. 

M. Delannoy prend alors la parole» et prononce en ces termes 
reloge de MM. Masquelez et Fourest décédés. 

• Cette année encore notre Société a été cruellement éprouvée, 
et elle a perdu deux de ses membres les plus distingués : MM. 
« Masquelez et Fourest. 

« Ancien élève de l'école polytechnique, ingénieur en chef 
m des ponts et chaussées, officier de la Légion d'honneur, M. 
oc Masquelez, en dehors des travaux ordinaires de l'ingénieur, a 
« fait exécuter des œuvres considérables dans la ville de Lille et 
a à Tiflis dans le Caucase. Devenu notre compatriote par ses 



Digitized by VjOOQIC 



— 238 — 

<f alliances dans le pays, il s'est installé à Guéret, quand la 
« limite d'âge l'a fait admettre à la retraite. Nommé membre du 
« conseil municipal et du conseil d'arrondissement, il a toujours 
« pris en mains les intérêts de notre Société dont il était admi- 
« nistrateur, notamment quand il s'est agi de la construction du 
m nouveau Musée ; malheureusement il n'a pu voir le commence- 
« ment des travaux, sa science et son expérience nous auraient 
« été des plus utiles. 

« M. Fourest Camille faisait partie de notre Société depuis le 
« 26 juillet 1893, il est mort en son château de Claud, près 
(C de Nouhant (Creuse), le 30 mars dernier. Né en 1862, après 
« de brillantes études juridiques couronnées par le diplôme de 
< docteur en droit, M. Fourest se fit inscrire au barreau de 
« Montluçon ; il possédait toutes les hautes qualités de l'avocat ; 
« on pouvait lui appliquer sans réserves la définition du juris- 
<!( consulte donnée par Gibaut : vir bonus discendi péritus ; il 
« avait aussi un talent remarquable comme dessinateur, et il 
« s'était plû à orner de ses œuvres sa belle résidence du Claud, 
€ dont il poursuivait, en artiste consommé, la restauration. La 
« mort la ravi bien jeune encore, à Taffection de sa jeune femme 
« et de sa mère qui a tenu à honneur de remplacer son fils, et de 
et se faire inscrire dans nos rangs : qu'elles reçoivent ici l'expres- 
• sion de notre bien vive et bien respectueuse sympathie. 

(( Notre Société a été grandement affectée par la double perte 
« qu'elle vient d'éprouver, elle adresse ses condoléances les 
« plus sincères aux familles de nos deux collègues. » 

M. le Gouverneur de la banque de France, a fait envoyer au 
musée de Guéret une médaille en argent du centenaire de la ban- 
que ; des remercîments sont votés à M. le Gouverneur. 

Dans la séauce du 10 avril 1902, il avait été question de la 
réparation de la tapisserie : Le Martyre de Sainte-Barbe ^ et MM. 
les conservateurs avaient demandé un crédit de 1.400 fr. environ, 
pour cette réparation. 

Depuis ce jour, MM. Pineau et de Cessac se sont entendus 
avec M. Adolphe Jorrand, manufacturier bien connu d'Aubusson, 



Digitized by VjOOQIC 



— 239 - 

et la réparation va être entreprise, sous la direction de M. 
Antoine Jorrand, conservateur du musée de cette ville. Le prix 
en sera assez élevé, mais la restauration sera faite d*une façon 
aussi complète qu'artistique, et ne demandera que quelques mois. 
Ce remarquable panneau figurera avec honneur dans une des 
salles du nouveau musée ; je vous proposerais de porter au bud- 
get de 1903 un crédit spécial de 1,500 francs pour cet objet. 

M. le Président pjésente alors le compte de gestion de l'exer- 
cice 1902. 

RECETTES 

En caisse au 31 décembre 1901 i «457 » 

Cotisations des sociétaires gio » 

Subvention du ministère pour les fouilles du Mont 

Jouer 200 )i> 

Mandat de la ville 600 » 

Mandat du département 800 » 

Don de l'Association amicale de la Creuse 100 » 

Vente de bulletins 173 10 

Total dts recettes fin décembre 1902 4 240 10 

Le montant du livret de la caisse d'épargne réglé au 31 décem- 
bre 1902, s'élève à 1.5 II francs 28 centimes. 



DEPENSES 

1902. — 27 Janvier. . . Rouchette, libraire 1 1 75 

— — ... Betoulle, libraire 66 90 

— 17 Mars Busson 8 50 

— 21 — Mandat Abbé Dercier 50 » 

— i*' Avril Abonnement ass. f«, avan. 

sciences 20 10 

A reporter 157 15 



Digitized by VjOOQIC 



— 240 - 

RepiïH 157 15 

igo2. — !•«• Avril Avances faites par M. Delan- 

noy • 

— 30 — .•.. Vincent, relieur 

— 28 Juin Amiault, imprimeur. •• • 

— 10 Août Ducourtieux, Limoges . 

— 30 — .... Mandat Abbé Dercier . 

— 30 — Mitterand, à Montluçon. . . . 

— 18 Décembre Avances faites par M. Pineau 

— 31 — Lefour (avances) fournitures 

— 31 — Mandat Rémy 

— 31 — Mandat Quincaud 

1903. — 14 Janvier. . . Amiault, imprimeur.. • . 

— 7 Février. . . — — ... 

— 14 — ... Avances faites par M. Delan- 

noy 

— 28 — ... Mitterand, à Montluçon .... 

— 24 Mars ..... Vincent 

— 25 — Avances faite par M. Pineau 

— 9 Avril De Nussac 

Total des dépenses i .894 50 

Recettes 4.240 10 

Dépenses ^•894 50 



26 


85 


«5 75 


99 


J» 


4 


20 


200 


» 


IIO 


y^ 


' 5985 


» 45 


» 


50 


» 


200 


» 


705 


65 


40 


> 


28 


55 


60 


» 


105 


» 


43 50 


14 


> 



Reste en caisse 2,345 60 

Le livret de 1.5 11 fr. 28 restant intact. 

Conformément aux Statuts, ',MM. Pineau de Montpeiroux et 
Louis Lassarre sont désignés par M. le président, pour vérifier les 
comptes séance tenante. Les mandats, factures et quittances sont 
mis à leur disposition ; les comptes sont déclarés exacts et 
approuvés par l'assemblée. 

M. le Président soumet ensuite le projet de budget pour 1903. 



Digitized by VjOOQIC 



RECETTES 

En caisse au V janvier 1903 ^•MS ^ 

Cotisations 900 p 

Subvention de la ville • 600 » 

— du départemejot 800 » 

Don de T Association an^icale de la Creuse 100 » 

Total des recettes 4 545 60 



s 



DÉPENSES 

Bulletin • 1 .000 » 

Gravures » 100 » 

Bulletin de correspondance 100 » 

Salaire des gardiens et du concierge 250 p 

Abonneijnents çt cotisations 40 s> 

Conççrvatipps des collections, ports, affranchisf.e- 

ments 200 » 

Réparations de la tapisserie Sainte- Barbe i . 500 » 

Achats pour le musée t 200 » 

Bibliothèque achats et reliures . 100 d 

Fouilles et recherches 150 » 

Dépenses à prévoir pour Tinstallation du r ou veau 

musée • 905 p 

Total des dépenses 4 545 60 

sssmSKaoBamm 

Le projet de budget est approuvé en recettes et en dépenses. 

M. le Président donne la parole à M. Tabbé Dercier pour une 
communication sur la suite de ses recherches au Mont-Jouer, 

M. le curé de Saint- Goussaud fait alors part à l'assemblée de 
l'étude qu'il vient de faire des voies Romaines, étude tendant à 
fixer la station de Prœtorium, et il divise ce travail en plusieurs 
motifs : en voici le résumé. 

16 



Digitized by VjOOQIC 



— 242 - 

I !• — D*abord il fait l'exposé théorique basé sur les indica- 
tions de Peutinger. 

De Limoges, le tracé de Fauteur ancien est en ligne droite et 
en direction du Nord-Est, jusqu'à la première station ou Prœto- 
rium. La position du Prœtorium est bien visiblement sur ce par- 
cours de Limoges à Argenton et Bourges, Sauviat au contraire, 
existant à l'est relativement à Limoges, ne saurait être Prœto- 
rium ; car une ligne par Sauviat fournirait un angle droit qu'il 
est impossible d'admettre. En outre le crochet marqué de 
Prœtorium sur acito dunum, cadre assez clairement avec mon 
itinéraire, par Seijoux, Châtelus, Bourganeuf, Pontarion etc., 
tous ces points ayant été vérifiés et reconnus. Enfin Sauviat ne 
peut-être Prœtorium au point de vue des distances, pas plus que 
Bridiers. 

Au § IL — Il énumère et discute les opinions diverses au sujet 
de l'emplacement de Prœtorium. 

Huit auteurs principaux témoignent en faveur de Mont-Jouer, 
Danville, Cassimi, Cornuau, l'abbé Nadaud, Allou, Jouîlleton, 
Mt' Rougerie et Tabbé Lecler. 

Neuf autres sont pourGrandqjontou la Jonchère,ou le Chalard 
ou Bridiers, ou Pourrioux ou Sauviat ou Pontarion, ou Cham- 
pégaud ; je ne puis admettre ni les unes ni les autres de ces 
diverses opinions qui ne réunissent aucune donnée suffisante, ou 
preuves véritables. 

§ III. — Il indique aussi les études faites sur place par lui-même. 

La voie militaire de Limoges, jusqu'au Mont-Jouer est certaine. 
Ses traces sont marquées par une infinité de points, par le Puy- 
Imbert, le Palais, le Mas Cebraut, etc , le Mas Maynard, les 
Loges, le Coussat Chavannes, Entrecolles, les Egaux, Millemi- 
langes, Redoudesagne et le champ de mes recherches. La même 
voie se poursuit au nord de St-Goussaud jusqu'à Breth, par 
Friaulouze, le Freu, la Plaud, Aussagne, la Pradelle, Côte- 
Plane, la Prade, Panillac, Fursac et la Feuille. Dans tout ce par- 
cours qui est de 56 à 58 kil, j'ai relevé des preuves nombrenses 
de l'assiette et de la direction de la voie. De distance en distance 



Digitized by VjOOQIC 



- 443 - 

se voient encore des vertiges de constructions andiennes, des 
tuiles à rebords, ainsi que des débris de poteries, des urnes funé- 
raires etc., etc. De place en place aussi apparaissent des traces 
nombreuses et certaines d'un pavage antique, qui marque suffi- 
samment le passage Romain. 

Cette voie de Limoges à Breth me paraît bien fixée par le 
Mont-Jouer ou Prœtorium ; d'autant mieux que le chiffre de dis- 
tance concorde absolument avec les indications de Peutinger. 

§ IV. — Enfin il parle de la bifurcation de la voie. 

L'étude d'une seconde voie, ou sur Clermont est bien avancée. 
Le temps m'ayant manqué, je réserve quelques semaines encore 
en vue de recueillir d'autres documents et preuves à l'appui. 

Sur la demande du Président, l'assemblée vote d'enthousiasme 
des remercîments à M. Tabbé Dercier pour son intéressante 
communication. 

iM. le Préfet de la Creuse nous a fait savoir que le Conseil 
général nous avait accordé ^une subvention de 800 francs ; la 
Société amicale de la Creuse nous a gratifié d'un nouveau don 
de 100 francs ; des remercîments sont votés à M. le Préfet, au 
Conseil général et à la Société amicale de la Creuse. 

Depuis la dernière séance le bureau a admis 10 nouveaux 
membres : Mesdames de Fournoûè Larrode et Fourest et MM. 
Louis Bion, de La Guerenne, Tabbé Louis Dubreuil, Lajoix, 
Antoine Jorrand. xMaumy, Mazeron, Bandy de Nalesche ; ces 
admissions sont ratifiées par l'Assemblée. 

Le Président propose l'admission i" de M. le vicomte Fernand 
de Bonneval ancien député, à Issoudun, présenté par MM. Mau- 
rice Pineau et Chantrelle , 2» de M. Thomas Arthur, docteur en 
droit à Gouzon. présenté par MM. Delannoy et Autorde. Ces 
nouveaux membres sont reçus à l'unanimité . 

Sur la demande de M. le Président des remercîments sont 
votés, pour dons faits au musée et à la bibliothèque, à M"*" Bour- 
dery, à MM. Guibert, Quincaud père. Pineau de Montpeiroux, 
Gérard, Louis Laroche. A. Rouart, Simon Goumet, abbé 
Lasnier, amiral de Courtille, Uucourtieux, H. de Laviilatte, 
Berthomier, de La Guerenne, l'abbé Leclerc. 



Digitized by VjOOQIC 



-244 - 

Notre éminent collègue M. Antoine Thomas vient de recevoir 
la décoration de la Légion d'honneur, récompense bien due à ses 
savants travaux. 

M. le Président de la Société française d'archéologie nous a fait 
parvenir le programme du Congrès archéologique* qui sera tenu 
cette année à Poitiers, du i6 au 24 juin, et nous prie de le com- 
muniquer : Les bulletins d*adhésion doivent être parvenus avant 
le 15 mai à M, Arnould, secrétaire général du Congrès, 4 rue 
du Château-d'Eau à Poitiers. 

La Société archéologique de Tam-et- Garonne nous a envoyé 
sa carte de nouvelle année portant le distique : 

Florida prospéritas semper tibi Crescat cundo : 
Et spiret velis aura secnnda iuis. 

Je lui ai adressé nos remercîments,que je renouvelle en séance 
générale. 

J'ai le plaisir de vous annoncer que M.Gabriel Martin va colla- 
borer de nouveau à notre Bulletin. Il nous donnera un article sur 
Aigurande ; c'est une bonne nouvelle dont se réjouiront tous ceux 
qui ont lu ses travaux si remarquables sur Malval, et sur les Cis- 
tériensdans la Marche. 

La question du muséeest enfin tranchée. M. le maire de Guéret 
a expédié au ministère toutes les pièces demandées et attend 
incessamment Tautorisation de lancer la loterie : il a traité 
moyennant une prime 4e 20 % » il faut es[>érer que, comme 
pour la loterie de Gap, les billets seront placés jusqu'au dernier. 

L'ordre du jour porte enfin, nomination d'un administrateur 
«n remplacement de M. Masquelez, décédé. 

Le vote a lieu, les bulletins sont recueillis et dépouillés : M. le 
docteur Bordier est nommé administrateur du musée à Tunamité 
moins une voix. 

L'ordre du jour étant épuisé, .M. le Président lève la séance. 

Le Secrétaire 
Commandant LAROCHE. 



Digitized by VjOOQIC 



NOTES SUR GUÉRET 

AU XVIIP SIÈCLE 




DEUXIÈME PARTIE 

(suite) 

§V 
COMMUNAUTÉS ET CORPORATIONS 



La ville de Guéret, siège des multiples juridictions, dont nous 
avoDs précédemment essayé de faire i'Iiistoire, comprenait, en dehors 
des officiers qui composaient ces juridictions, da très nombreuse 
avocats, et une foule de procureurs, d'huissiers, et de clercs, désî* 
signés sous le nom générique de praliciens (1). D*autre part, à 
chaque juridiclion étaient aussi annexés un ou plusieurs ofOces 
de greffiers et des emplois de commis greffiers. L'ensemble lies 
membres de chacune de ces diverses professions formait ce que Ton 



(Da On nomme praticiens les personnes qui fréquentent ordinal re« 
ment le Barreau, telles que les procureurs, les huissiers et les cleivâ.,* 
Les procureurs sont ie^ premiers praticiens... » {^^ Nisard — Q^lUc* 



Digitized by VjOOQIC 



-246- 

appelait alors nn Corps ou une Communauté : il en élait ainsi éga- 
lement pour les notaires, les médecins, les chirurgiens et les apo- 
thicaires. — En dehors de ces communautés, les membres des 
différentes professions des arts et métiers étaient constitués, é Guèret 
comme partout ailleurs, en corporations, qui avaient chacune leurs 
statuts et leurs règlements particuliers, vivaient d'une existence 
propre, indépendante, isolées les unes des autres, et toujours très 
jalouses des prérogatives dont elles pouvaient jouir. 

Pour pouvoir donner une idée aussi exacte que possible de la 
physionomie sociale de la Cité, il imf»orterait de passer en revue ces 
diverses communautés et corporations et d'exposer avec quelques 
détails certaines pîu tien arilé<, se r.ittachant à chacune d'elles, soit 
au point de vue de leur organisation, soit au point de vue de leur 
fonctionnement. Malheurenseme.it. les documents sont rares sur ces 
derniers points, et, malgré des recherches prolongées, le plus sou- 
vent infructueuses, nous ne pouvons fournir sur ces communautés 
ou corporations que d« s renseignements vagues ou absolument 
incomplets. Quoi qu'il en suit, nous allons essayer de les examiner 
successivement, en cherchant à utiliser le très petit nombre de faits 
les concernant, que nous avons pu recueillir. Nous commencerons 
— à tout seigneur, tout honneur— par la communauté des avocats, 
pour terminer par Ténumération de quelques professions qui 
n'auront pu trouver place dans le cadre que nous avons adopté. 



COMMUNAUTÉ DES AVOCATS 



« La profession d'avocat est très noble, dit Jausse, et surpasse 
d'autant plus les autres qu'elle est entièrement libre et indépen- 
dante (1). 

(1) Jausse {Traité de VAdminiitration de la Justice, 1771). 

. Pour devenir avocat, il fallait être licencié en droit et professer la 
religion oatholiquei apostolique et romaine : ces deux coadlUoni 



Digitized by VjOOQIC 



-247 — 

La considération, qui s'attacliait à lenr qualité, donnait aux avo- 
cats le droit de préséance, en tout temps et en toutes assemblées 
publiques et particulières, sur les bourgeois et marchands, a même 
ceux qui avaient été marguillers comptables »j et aussi sur les 
notaires, les procureurs et les médecins. Dans les cérémonies publi- 
ques, ils marchaient immédiatement après les officiers de TEIection 
et les officiers du grenier à sel. Les avocats reçus en Parlement pré- 
cédaient leurs confrères, même plus anciens, mais reçus seulement 
devant le siège d*un baillage ou d'une sénéchaussée. 

A Guéret, le nombre des avocats semble avoir toujours été relati- 
vement considérable. Au cours du xviu* siècle, ce nombre atteignit 
souvent le chiffre de vingt-cinq et ne fut jamais inférieur à celui de 
douze ou quatorze. Voici les noms inscrits sur un certain nombre de 
tableaux de lordre, tableaux relevés de 17i0à 1789. 

1710. ~ Annet Potier; 

Louis Bourgeois; 

Léonard Guillon; 
Valérie Roudeau; 
Jean-Baptiste Polier; 
Jean Guillon ; 
Etienne Labourgt. 

1720. — Jean-Baptiste Polier; 
Valérie Roudeau ; 
Jean Guillon; 
Etienne Labourgt; 
François Rochon; 
François Dubreuil; 



étaient indispensables. Le titre d'avocat s^obtenait devant la cour du 
Parlement, ou devant le siège des baiilages et sénéchaussées. *- Avant 
de plaider, les titulaires prêtaient serment devant le Parlement ou la 
siège dans lequel ils voulaient exercer. — Ils ne pouvaient postuler là 
où il existait des procureurs; ils ne pouvaient non plus être en môme 
temps procureurs, notaires ou greffiers, ni exercer aucun autre emploi, 
a qui déroge et rend dépendant d'autruio. Ils n'étaient point officiers, 
mais leur profession ne dérogeait point à la noblesse, et, dans certaN 
nés ciroonstanres môme, en raison de celte profession, Us pouvaient 
prendre la qualité dP nobles et Jouir des privilèges de la noblesse, 



Digitized by VjOOQIC 



1720'. -^ Jos($|ih Jabrillaic; 
François Voysin; 
A\ei\s PilBrre CoottiHér; 
EiieorteNudàud; 
Jean-Josepli-Francéi^ Wdre; 
Jean Paure; 
Chermatin; 

Jeân-Bapiiste j^eschend ; 
Joseph Peynibhon; 
Gabriel Coattirier; 
Pierre Lejeune; 
Aleiis Gborlibn ; 
Jacques Lemoyne; 
François bejeune; 
Henri de Nesmond ; 
François Coadert; 
Guillaume Tournyol du Râteau. 

1730. — Jean-Baptiste Polier ; 
EiienneLabourgt; 
François Rochon; 
Joseph Jabrillac; 
François Voysin ; 
Etienne Nadaud; 
Annet Niveau; 
Jean-Baptiste Peschend; 
Joseph Peynichon ; 
Gabriel Couturier; 
Pierre Lejeune; 
Alexis Cborllon; 
Jacques Lemoyne^ 
Henrfde Nesmottd; 
François Goudert; 
Guillaume Tournyol du Râteau ; 
Pierre des Riergee; 
Jean*Baptirte Dblafbnd*; 
Jacquea^Aiejds C&orllou; 



Digitized by VjOOQIC 



-.249 — 

1730. — Philippe Dubreaii; 
Etienne Bonnet; 
Jean-Baptiste Bonnet; 
Pierre-André Ca^et; 
Jean-Baptiste Sudre; 
Louis Dufour. 

1747. — Etienne Labourgt, doyen; 

Annel-Niveau de Uontlevade ; 

Pierre Lejeune; 

Pierre-André Barret; 

Jean-Bapliste Sudre; 

Jean-Baptiste Gentil Davernet; 

Jean Dissandes de Bosgenet; 

François Yoysin; 

François Durnarest; 

Antoine-Annet Jourdain; 

Pierre- An net-Geofifroi de Hontreuil ; 

Michel-François-Pineau du Montpeyroux; 

Jean-Baptiste Peyronneau. 

1761. ^ Annel-Niveau de Montievade; 

Pierre-André Barret de Beau vais; 
Jean-Baptiste Sudre; 
Jean-Baptiste Gentii-Duvernet; 
Jean-Dissandes de Bosgenet; 
François Yoysin de Gartempe; 
François Durnarest; 
Jean- Baptiste Peyrouneau; 
Pierre-Baret d'Auriole; 
Jean-Baptiste Boutand; 
Antoine-Isaac Rochon de Valette; 
François-Laurent Rougter de Beatunont; 
Josepb-Lottis Pichon de Bury. 

1772. ^ Gabriel Cousturierde Fournoug, doyen; 

Pierre-André Barret de Beaurait, bâtonnier; 
Jean-Bapllsle Sudre; 



Digitized by VjOOQIC 



- 250 - 

1772. — Jean-Baptiste Gentil-Duvernel ; 

Jean-Dissandes de Bosgenet; 

François Dumarest; 

Jean-Baptiste Peyronneau ; 1 

Etienne Genlil-Duvernet; , 

Joseph Dumaresl de la Yilletelle; 

François Darreau; j 

Philippe-Jean Dissandes de Bosgenel; ! 

François Midrede la Chabannes; j 

Eiie-Bernard Chabridon; • i 

Jean-Baptiste-Gerouilie de Beaavais ; 

Etienne-François Greilet: 

Jean-Baptiste Coudert; 

Jean-Baptiste Venassier de Beauvais; 

Léonard Buteand du Poux; 

François Peyrat. 
1730. — Pierre-André Barret de Beauvais, doyen; 

Jean-Baptiste Sudre; 

Jean-Baptiste Gentil-Duvernet; 

Jean-Dissandes de Bosgenet, bâtonnier; 

François Dumarest; 

Jean-Baptiste Peyronneau; 

Etienne Gentil-Duvernet; 

Joseph-Dumarest de la Yilletelle; 

Philippe-Jean-^Dissandes de Bosgenet; 

François-Midre de la Ghabanne; 

Jean-Baptiste-Gerouille de Beauvais ; 
Etienne-François Greilet; 

Jean-Baptiste Greilet de Beauregard; 

Jean-Baptiste Coudert; 

François Peyrat; 

Paul-Âmbroise Sudre; 

Jean-Baptiste Boyieau de la Riblère; 

Pierre Peyronneau de la Rue ; 

Léonard de St-Voury; 

François Dumaresl; 



Digitized by VjOOQIC 



-*î5i - 

1780. — Michel Cornudet; 
Audrè Purai; 
Louis Barret des Chaises ; 
Nicolas Pineau du Montpeyroux ; 
Jacques Guyès; 
Jean-Baptiste Meunier; 
Jean-Bapliste Baret de Champegaud; 
Jean-Bapliste Bazennerie; 
Jean-Baptiste Voysin de Gartempe; 
* Jean-Baptiste Rouyère de la Rochelte; 
Annet Barret du Coudert. 

1789. ^ Jean-Bapliste Gentil-Duvernet, doyen; 
Jean Dissandes de Bosgenet, bâtonnier; 
Jean Peyronneau, syndic du collège. 
François Hidre de la Ch'abanne; 
Jean-Bapliste Coudert, chanoine clerc ; 
François Peyrat; 

Paul-Ambroise Sudre, prêtre, curé de Guérel ; 
François Dumarest ; 
André Peyrat ; 

Nicolas Pineau du Montpeyroux; 
Jean-Baptiste Bazennerie; 
Jean-Baptiste Rouyère de la Rochette; 
François Dissandes de Lavillatte; 
Jean Dissandes deMontlevade; 
Léonard Bourgeois ; 
Vaiéri-Jérôme Voysin de Gartempe. 

Malgré la multiplicité des juridictions et la fréquence des procès 
qu^elles étaient appelées à juger, la plupart de ces avocats ne parais- 
sent pas jamais avoir mené une existence bien aclive. Il est vrai de 
dire qu'un certain nombre d'entre eux, flls, petits-fils ou neveux 
d^ofQciers de Tune ou de Taulre de ces diverses juridictions, en se 
faisant inscrire comme avocats, n'avaient nullement Tintenlion de 
plaider et de chercher à exercer celte profession. En réclamant leur 
inscription sur le tableau de Tordre, leur but étaiten effet tout aulrOi 



Digitized by VjOOQIC 



ainsi qae cela ressort de la déclaration même de quelquesHms^ 
doQt rambition se bornait à pouvoir prendre le titre d'avocat, à 
jouir des prérogatives que donne ce titre et à occuper ainsi une 
situation en relief, qui leur permit d*a4teudre patit-mment et sans 
effort la succession d'un père, d'un oncle ou d'ua aïeul. 

Divers documents nous montrent cependant que quelques-uns de 
ces avocats, tout au moins, possédaient une science juridique con- 
sommée et que leur réputation s'étendait au-delà des limites de la 
Province (1). Cette bonne renommée peut sans doute s'expliquer par 
des circonstances que nous avons précédemment fait connaître et que 
nous devons rappeler. Nous avons dit d'une part, qu'à un momeiit 
donné, en 1531, le ressort de la sènéciiaussée de Guéret fut agrandie 
par l'annexion de la châtellenie de Bellegarde et du Pays de Franc- 
Alleu, qui. relevaient auparavant de la sénéchaussée de Riom. D'au- 
tre part, nous avons exposé que le présidial de Guéret, au moment 
de sa formation, engloba dans sa circonscription, oulre la sénéchaus- 
sée de la Haute-Marche, les châtellenies du Dorât et de Bellac, dans 
la Basse- Marche, et celle de Bourganeuf, en Poitou. Les populations 
dés territoires ainsi annexés à la sénéchaussée et au présidial de la 
Haute-Marche, conservèrent toutefois Tusage des coutumes des pro- 
vinces auxquelles elles appartenaient et ces deux juridictions furent 
ainsi amenées à juger les affaires qui leur étaient soumises, en se 
conformant tantôt à la coutume de la Marche, tantôt à celle de l'Au- 
vergne, ou à celle du Poitou, suivant les régions du ressort, où sur- 
gissaient les procès. Il y a lieu de penser que les avocats de Guéret, 
soucieux de soutenir et défendre, avec parfaite connaissance de 
cause, les intérêts qui leur étaient confiés^ durent Caire une étude 
particulière des diverses coulumes auxquelles nous venons de faire 
allusion, se les assimiler» acquérir par suite une expérience juri- 
dique, qui les mit en vue et les fit connaître jusque au-delà de la 
Haute-Marche. 



(i) a Les coutumes d'Auvergne, de la Marche, du Berry sont pres- 
que semblables ; elles furent rédigées sous le môme comte et par les 
mômes commissaires... Lsê habitante de$ différente* prottmeei tnmih 
nent êouvent consulter les avocate de Guéret,.. » (Mmoiru d'un 
Cihfeni Arch, dép, c« 86S)^ 



Digitized by VjOOQIC 



- 253 -- 

Certains de ces avocats se sont même fait remarquer par divers 
travaux de jurisprudence, de littérature ou d'histoire. Nous cite- 
rons parliculièremenl François Darreau, qui était inscrit en 1771, 
et sans doute depuis longtemps déjà, au barreau de Guéret, où il 
stfroble avoir laissé la réputation d'un juriste instruit. Il est Pau- 
leur d'un 7Vaf7^ rf^5 /wjtir^*, qui jouit en son temps d'une grande 
autorité et d'autre part, il collabora d'une nianière active au Réper- 
toire général de Jurisprudence. Mais son activité intellectuelle ne se 
limitait pas à l'étude du droit ; il cultivait les lettres et s'adonnait 
aussi, non sans succès, à la poésie (1). 

Un autre avocat de Guéret, Louis Bourgeois du Ch&tenet, qui 
vivait au commencement du xviir siècle, a publié plusieurs volumes 
consacrés à Tétude de diverses questions historiques. Dans un style 
ampoulé et plein de prétention, il essaie de faire VHistoire du Uonde^ 
ffloius soucieux de contrôler l'exactitude des faits qu'il rapporte, 
que de laisser un libre cours aux rêves de son Imagination un peu 
trop vagabonde. Parmi ses autres ouvrages nous citerons encore 
VHisloire du Concile de Constance. 

Pendant la première partie du xvni* siècle, nous ne trouvons, en 
ce qui concerne la communauté des avocats, aucune particularité 
qui mérite d'être signalée. Ce n'est qu'à partir de 1747 que nous 



(1> Dareau faisait partie de la société littéraire de Clermont-Ferrand 
et plusieurs de ses poésies furent publiées dans VAlmanach dot Muses, 
A litre d'exemple des poésies légères qu'il a données, nous reprodui- 
sons un «r madrigal à une dame qui marquait à l'auteur combien elle 
serait étonnée de redevenir amoureuse à soixante ans d : 

c Iris, Tamour est de tout âge. 

€ Avec plus d'ardeur ce volage, 

€ Aux tendres cœurs dans leur prinlems, 

€ Oirre, il est vrai, son passager hommage ; 

c Mais, dupe enfin de ses feux inconstants, 

c 11 se sent fatigné de Taile : 

ff Auprès de sa maman, beauté toujours nouveUe, 

« Le coureur cherche à reprendre ses sens ; 

ff n n*a rien vu de plus aimable quelle, 

f Et Vénus doit avoir pour le moins soixante ans. i 

Bulletin de correspondance de la Société des Sciences Naturelles et 
Archéologiques de la Creuse^ 1805, n® 2. 



Digitized by VjOOQIC 



- J54- 

avons pu noter une série d'événements de diverses natures, événe- 
ments se rapportant à cette communauté et dont II esl Intéressant 
de présenter un exposé rapide. 

Les avocats semblaient vivre en paix, jouissant tranquillement 
des privilèges attachés à leur profession, lorsque au mois d'août 
1747 leur quiétude fut désagréablement troublée par une tentative, 
qui ne tendait à rien moins qu'à leur imposer, ainsi qu'aux procu- 
reurs, un c tableau ou tarif des droits qui doivent entrer en taxe 
dans les déclarations de dépens », et ce, contrairement aux règle- 
ments établis par le Parlement. Les avocats protestèrent énergique- 
ment contre cette prétention, qu'ils considéraient comme un abus 
de pouvoir et portèrent la question devant la Cour, laquelle par un 
arrêt du 4 septembre suivant, leur donna gain de cause, en laisant 
< défense de passer outre ». 

A ce même moment, une grave querelle surgissait entre les procu- 
reurs et les avocats. Ces derniers accusaient les procureurs d'empié- 
ter sur leurs attributions et de chercher à usurper leurs prérogatives. 
Un procès s'ensuivit. Là, encore, les avocats l'emportèrent : un 
arrêt du Parlement du 11 mai 1748 fît défense aux procureurs de 
Guért*t<!( de faire même par requête des écritures de la profession 
d'avocat, telles que celles qui se font en exécution d'appointement 
en droit, comme avertissements et contredits, et dans les cas d*ap- 
pellalions, les causes d'appel, griefs, réponses, contredits et salva- 
tions..., comme aussi de faire entrer en taxe les dites écritures, si 
elles ne sont faites par un avocat et signées de lui.... • 

Dans les deux affaires, auxquelles nous venons de faire allusion, 
les avocats se bornaient à défiîiidre leurs prérogatives. C'était leur 
droit et ce droit, ils le firent prévaloir, en concertant leurs efforts et 
en restant unis. Hais celte union ne dura pas toujours et la discorde 
finit par pénétrer au sein de la communauté, à la suite de circons- 
tances que nous allons faire connaître. 

En 1789, au nombre des membn*s de cette communauté, se trou- 
vait Antoine Isaac Rochon de Valette, inscrit sur le tableau de 
l'ordre depuis l'atmée 1754. Il semble que ce dernier n'eût pas le 
don de se concilier les bonnes grâces de ses confrères, qui tout 



Digitized by VjOOQIC 



- 268 - 

d'abord trouvèrent quelque peu étrange, vis-à-vî» d'eux, son atti- 
tude allière et ses manières arrogantes. « Quoique le plus jeune, 
dit un document, il affectait dès lors des airs de hauteur et un Ion 
de mépris, qui sont à peine concevables. Il semblait que placé dans 
une sphère supérieure, Il fit grâce à ses confrères toutes les fois 
qu'il voulait bien traiter avec eux et s'abaisser à ces égards muluels, 
qui sont le devoir et le lien de la confraternité. » 

Rochon perdit son père en 1757, et se fit aussitôt pourvoir des 
deux chargt'S qu'il occupait : celles de procureur du Roy en TEIec- 
tion et de procureur au siège des Dépôts de sel, tout en conservant 
sa profession d'avocat. A partir de ce moment, « il se crut encore 
moins obligé de veiller sur ses procédés envers ses confrères et 
bientôt les choses furent portées à un tel point, qu'il ne fut plus 
possible à aucun d'eux d'avoir avec lui quelque relation à titre d'a- 
vocat, sans compromettre leur propre délicatesse et la dignité de la 
profession ». La situation, comme on voit, était déjà plus que len« 
due, lorsqu'un événement particulier fll éclater le conflit. 

« Le 5 août 1759, le Présidial, qui assistait en corps au convoi 
du sieur de Nesmond, lieutenant particulier, avait invité les avocats 
à se trouver à cette cérémonie. L'usage est de tout temps que dans 
ces occasions les avocats marchent immédiatement à la suite du 
Présidial, comme ne faisant avec les officiers du siège qu'une seule et 
même compagnie. De manière que quand le nombre des officiers 
est impair, le plus ancien des avocats se met à côté du dernier des 
conseillers, et les autres suivent dans Tordre de leur réception, sans 
que personne leur ait jamiis disputé cette place, depuis que la sé- 
néchaussée existe. H* Rochon s'était rendu à ce convoi. Il ne 
pouvait y être qu'en qualité d'avocat, puisque l'Election n'y avait 
point été invitée et qu'aucun des élus n'y assistait. Aussi, marcha- 
t-il jusqu'à l'église parmi les avocats, qui conduisaient le deuil. 
Mais quand ce fut à l'aspersion, il s'avança brusquement, tira le 
bras de M* de Montievade, doyen des avocats, voulut se placer entre 
lui et le dernier des conseillers pour recevoir le goupiibm, immé- 
diatement après les officiers du Présidial. M* de Montievade se con- 
tenta de représenter à H<^ Rochon, qu'étant le plus jeune, il luicon- 



Digitized by VjOOQIC 



— «56 — 

venait moins qa'à un autre de vouloir précéder tout le Co)lège. En 
même temps, malgré Tempressement de M'' Rochon, le conseiller 
remit le goupillon à H« de Hontlevade. C'était comme procureur 
daBoyquc M* Rochon prétondait avoir le pas sur les avocats les 
plus anciens. Hais deux raisons s'y opposaient : Tune que rEleclion 
n'assistant pas à ce convoi, il ne pouvait faire valoir les droits de la 
compagnie; Taulre que les avocats étant à la suite du Présidial, 
ne pouvaient en être séparés et qu'ils participaient à la préséance, 
qui appartient înconteslabieraent à ce premier siège et surTÉlection 
et sur les autres corps. (1) x> 

Cette question de préséance, an sujet de <( Thonneur du goupil- 
lon » aurait assurément suffi pour amener une rupture définitive 
entre Rochon de Valette et ses confrères du barreau, tant les ques- 
tions de cette nature jouaient un rôle capital dans les relations de 
la société, au cours du xviii* siècle. Mais, dans les circonstances 
actuelles, cette question ne fut, paraît-il, qu'un prétexte. Au dire de 
Rochon de Valette, la véritable cause de cette rupture fut une surim- 
positi<m à laquelle furent taxés les avocats au commencement de 
Tannée 1759. Rochon, nous l'avons déjà dil, était procureur du Roy en 
l'Election : à tort ou à raison, les avocats lui attribuaient celte surim- 
position, dont ils avaient été l'objet ; ils l'accusaient d'avoir appelé 
rattention du commissaire départi de la Province sur les taxes aux- 
quelles ils étaient soumis et de les lui avoir représentées comme trop 
modérées. '^ Comme les avocats de Guéret tournent toutes leurs vues 
à leur commodité particulière, ils ont fait un crime à H* Rochon 
du travail même de H. le commissaire de la Province : leur passion 
n'a pas tardé à éclater ». 

Quoi qu'il en soit, Rochon, convaincu qu'en sa qualité de procu- 
reur du Roy en l'Election il aurait dû avoir la préséance sur les 
avocats à l'enterrement du lieutenant particulier de Nesmond, sou- 
mit la question à Tappréciatiou du Procureur général, Joly de 
Fleury. Dans son exposé, il accusait en même temps ses confrères 



(1) Mémoire signifié pour les avocats en la sénéchaussée et siège 
Présidial de Guéret contre M* Rochon de Valette, Procureur du Roy 
ea rEleotion, etc. — Imprimerie de L. Gellol, rue Dauphine, 1761. 



Digitized by VjOOQIC 



da baffeam de Goéret d'avoir cessfé toute relation'avec lui et formé 
on complot, en vue de le mettre dans l'impossibilité d'exercer com- 
me avocat. Il ajoutait cfae les procureurs avaient pris fait et cause 
pour ses adversaires et s'étaient engagés vis-à-vis d'eux à ne phis lui 
fournir aucune affaire et a conseiller même à leurs clients de lui reti- 
rer celles qu'ils lui avaient confiées. Joly de Fleury donna tort à 
Kochon sur la question de préséance et blâma les avocats de ne plus 
vouloir communiquer avec lui; mais son avis, ainsi exprimé, ne 
put mettre fin à la dispute, qui fut portée devant la Cour. ï)e longs 
mémoires furent produfts à cet effet, mémoires desquels il ressortque, 
de part et d'autre, on ne se ménageait ni les injures, ni les invectives. 
Un arrêt du Parlement du 29 août 1761 renvoya les pailles en les 
condamnant solidairement aux dépens, mais sans donner satisfac- 
tion ni à Tune ni à l'autre. 

La guerre continua sourde, intestine et sans merci. Une accalmie 
se produisit toutefois au cours de l'année 4762, mais sans longue 
durée. A ce moment, ftochon venait d'éfre ponvu de l'office d'asses- 
seur et lieutenant particulier criminel; il vendit ses charges de pro- 
cureur et cessa de plaider, car son nouvel office était incompatible 
avec la profession d'avocat, en raison de ce que, comme assesseur, 
en Tabsence du lieutenant général et du lieutenant particulier, il 
pouvait être appelé à présider au jugement des affaires civiles, à 
l'exclusion des autres conseillers. Hais cette prérogative de pouvoir 
présider au civil fut enlevée aux assessteurs par lin édit de 1764, 
confirmé par une déclaration de juillet de la même année. Rochon 
songea alors à reprendre Texercice de la profession d'avocat, tout 
en conservant son office d'assesseur. Ses adversaires se dressèrent 
de nouveau devant lui, protestèrent contre sa prétention et le 
mirent en demeure d'opter. Un nouveau procès s'ensuivit, procès 
qui fut porté devant le parlement. Dans un mémoire produit à l'ap- 
pui de sa revendication, Rochon faisait valoir cette circonstance que 
d'autres avocats de Guéret étaient en même temps officiers. « Si 
cette dernière qualité, disait-il, est un obstacle aux fonctions 
d'avocat, presque tous ceux qui les exercent à Guéret et qui s'élèvent 
cofitre moi seraient dans It? cas de faire leur option. }A^ Bàret, l'un 
d'eux, est secrétaire du Roy, près la cour des Aydes de Montpellier; 

17 



Digitized by VjOOQIC 



- 258-- 

iï« Peyronneau est procureur en la maîtrise des Eaux et Forêts ; 
M* Dissandes de Bosgenest est roceveur de consignations du siège : 
bien plus, il est commissaire aux saisies réelles, et à ce dernier titre 
serait dans le cas d*èlre rayé du tsbieau dans un barreau bien policé, 
parce qu'il est conlraignable par corps (1) ». 

Malgré toutes ces raisons, Rochon ne put obtenir satisfaction : 
un arrêt de la Cour, en date du 2 septembre 1764, le débouta de 
ses prétentions. Cet arrêt ordonnait en eilet « que les ofûciers de 
la sénéchaussée de Guéret, soit titulaires, soit honoraires, ou ayant 
entrée, séance, ou voix délibératrive au dit siège, ne pourront s'en- 
tremettre de postuler, consulter, plaider et écrire, ni faire aucune 
fonction d'avocat au dit siège; — pourront néanmoins exercer les 
fonctions d'avocat en autre juridiction que celle en laquelle ils sont 
ofGclers, sans néanmoins être juges des parties pour lesquelles ils 
auraient, en qualité d'avocat, prêté leur ministère... » 

A partir de ce moment, la situation, loin de s'améliorer, s'aggrava 
encore. Deux camps se formèrent : d'un côté les partisans de Rochon 
de Valette, de l'autre ses adversaires. Les officiers de la sénéchaus- 
sée et du présidial ne tardèrent pas eux-mêmes à se diviser et à 
prendre parti pour ou contre Rochon, de telle sorte c que le Palais 
des juridictions d retentissait chaque jour de discussions, dont la 
cause n'était rien moins que le souci de la justice. De là naissaient 
fréquemment des incidents bizarres, grotesques, qui se produi- 
saient publiquement et n'étaient nullement de nature à fortifier l'au- 
torité des magistrats et à accroître le prestige de la justice. Nous 
avons fait allusion précédemment, en parlant du présidial, à quel- 
ques-uns de ces incidents : nous n'y reviendrons pas. Disons toute- 
fois qu'il ne fallut rien moins que l'arrivée des grands événements 
de 1789, et de ceux qui en furent la conséquence, pour modifier 
celte situation, en transformant les juridictions et en dispersant un 
peu partout les juges existants. 



(i) Mémoire signifié pour M^ Antoine-Isaac Rochon de Valette, 
conseiller du Roy, procureur en TEleciion, etc., contre les avocats de 
Guérçt. (Imprimerie d'Houry, rue de la Vieille-Boucherie, i76l). 



Digitized by VjOOQIC 



-489- 



COMMUNAUTÉ DES PROCUREURS 



En 1635, au moment de la création duprèsidialja ville de Gaëret 
ne complail pas moins de vingt offices de procureurs (1). Il semble 
que ce chiflre ne fut pas jugé sufflsant, car six nouvelles charges 
furent alors instituées, de telle sorte que le nombre des procureurs 
fut porté à vingt-six. Par un édit de 1667, ce nombre fut réduit à 



(1) Les procureurs étaient des officiers établis pour représenter en 
justice les personnes qui les chargeaient de leurs affaires. Ils rem- 
plissaient le rôle des avouée actuels, c'est-à-dire qu'ils défendaient les 
intérêts de leurs clients, en faisant pour eux les actes de procédure 
nécessaires pouf mettre les juges en état de décider. — « L'usage 
veut, dit Jausse, que l'état de procureur déroge, et que bien qu'il ne 
soit pas vil, il soit incompatible avec la noblesse. » 

Les offices de procureur étaient vénaux. Pour Oi:cuper ces offices, 
il fallait avoir vingt ans^ obtenir des lettres de provisions du Roy, 
prêter serment et être examiné sur la pratique des sièges où l'on 
devait exercer, après informations de bonnes vie et mœurs et de 
catholicité. 

Les frais de réception à l'office de procureur étaient assez élevés, 
ainsi que le démontre Tétat suivant relatif à la réception de Silvain 
Moreau en 176^. Ces frais sont ainsi répartis : 

1» Conclusions préparatoires 16 1. 

2® Ck>nciusions définitives 32 L 

3^ Information du lieutenant général .... 72 l. 

4^ Epices de la sentence préparatoire .... 32 l. 

5» Kpices de la sentence de réception .... 64 I. 

• 6» Droits du Roy 33 1. 11 s. 6 d. 

1^ Parchemin et papier 2 l. 9 s. 

8» Sceau des deux sentences 5 l. 13 s. 9 d. 

9® Epices des greffiers 36 l. 

10> Epices du chapellain 3 1. 

11® Epices de l'huissier audiencier 3 1. 

12® Epices du buvetier 31. 

13® Enregistrement 2 1. 8 s. 



Total 305 1. 2 s. 3 d. 

Les procureurs ne pouvaient en même temps être marchand, ni 
tenir boutique ou hôtel. Ils ne pouvaient non plus être en même 



Digitized by VjOOQIC 



leize, pois par un autre édil uliërieur i treize, chiffre que nous 
constatons en 1710 et qur parait avoir été ensuite toujours maintenu, 
malgré diverses tentatives faites en 1756, 1779 et 1781 pour l'aug- 
menter et provoquer l'établissement de nouveaux offices. En 1781, 
notamment, Musnier de Lombard, conseiller du Roy en la séné- 
chaussée et siège présidial, chargé de présenter un rapport sur cette 
question, demanda la création de sept nouvelles charges de procu- 
reur, ff augrpenlalion essentielle, dit -il, pour Texpédilion des 
affaires 9. Le U juin de cette même année une assemblée fut con- 
voquée à la requête du Procureur Général pour délibérer sur celte 
ff augmentation », à laquelle la majorité des conseillers se déclarè- 
rent favorables. La proposilion fut toutefois vivement combaltue 
par le lieutenant général criminel, Gervais Guillon de La Villalte- 
Billon, qui considérait comme absolument inutile de nouvelles 
créations. » Il voit, dit-il, «avec surprise qu'on tente de surprendre 
i force de cabales et sous prétexte d'intérêt général, une vaiiation 
dans Fopinion des officiers du siège, qui ont déjà attesté cette inu- 
tilité, notamment en 1756 et en 1779 ». Il fait observer que 
depuis le commencement du siècle, le nombre des procureurs n'a 
jamais été que de treize et que cependant « le public a été aussi 
bien servi et que les afiaires n'ont pas souffert de retard ». Il 
ajoute qu'il considère que la « multitude des procureurs peut don- 
ner naissance à des procès de pure chicane, qui ne verraient point 
le jour si on ne trouvait des procureurs oisifs qui les conseillent et 
les entreprennent». Il termine enfin en disant que : « si les besoins 
de l'Etat ont nécessité la multipliraiion des offices tt ceux des pro- 
cureurs, une sage administration doit plutôt les restreindre que les 
augmenter, comme cela se pratique journellement, puisqu'eii mul- 



temps notaires ou greffiers, mais sur ce point les ordonnances étaient 
loin d'ètro observées.. 

Les procureurs avaient la préséance sur les huissiers et maichaient 
dans les cérémonies publiques ou privées après les notaires. Toute- 
fois, dans certaines de ces cérémonies, auxquels assistuienl les juges 
et les avocats, ils pouvaient avoir séance immédiatement après ces 
derniers. A l'audience, ils étaient assis, tandis que les huissiers, à 
l'exception du premier audiencier, devaient se tenir debout; mais ils 
plaidaient découverts, à la dillérence des avocats. 



Digitized by VjOOQIC 



-Î6l- 

tiplianl des êtres inutiles et oisifs, c'est ôter aux autres parties de 
l'Etat des sujets qui pourraient êtres utiles et agissants et qui faus- 
sent leur vocation en se livrant à une profession, qui est souvent 
hors de leur sphère, ce que Ton voit tous les jours ». 

L'opinion de Guillon de la Villatte-Billon ne put prévaloir et les 
nouvelles créations demandées furent autorisées. Cette autorisation 
ne dura toutefois que quelques années: en 1786, un édit du Roy, 
enregistré en Parlement le 21 mars de la même année, réduisit de 
nouveau à treize le nombre des procureurs, et ordonna la suppres- 
sion de tous les autres offlces^ nouvellement institués. 

Conametous les autres corps de la ville, la communauté des pro- 
cureurs avait une juridiction correctionnelle et de discipline pour 
ses naerabres, qui tous devaient se soumettre à un règlement, 
homologué par le siège présidial, pour l'observation et le maintien 
de cette discipline. Mais ce règlement, loin d'être suivi, était pour 
ainsi dire violé d'une manière permanente, d'où des discussions 
incessantes entre les divers membres de la communauté, discus- 
sions qui aboutissaient à des procès, lesquels à peine terminés 
ne tardaient pas à recomtnencer, par suite de la continuation des 
mêmes abus. 

Aux termes du règlement et conformément aux édits royaux, les 
offices de procureurs étaient incompatibles avec les charges de gref- 
fiers et de notaires, et cependant le cumul de ces fonctions était 
depuis longtemps, sinon accepté, du moins toléré à Guéret. Parfois 
des plaintes étaient formulées contre cet état de choses et des protes- 
tations se faisaient entrendre; mais habituellement des arrangements 
intervenaient entre les parties intéressées et les abus continuaient 
à se perpétuer. En 1763 cependant ces plaintes revêtirent un carac- 
tère plus aigu: la communauté des procureurs, qui souffrait de ce 
cumul d'offices entre les mains de quelques-uns de ses membres 
et dont les intèrêtsse trouvaient lésés par les abus qui en résultaient, 
se porta partie dans la contestation par le ministère de son doyen, 
Douezard. Elle demanda à la Cour que les ordonnances, art*êts et 
règlements, applicables à tout le royaume relativement à Tincompa' 
tibllité des offices^ fussent exécutés au siège de Guéret. La commu* 



Digitized by VjOOQIC 



-Î62- 

naulé était' encoaiagée dans cette revendication, par c nombre de 
jeunes gens restés sans état, parce que ces offices étaient concen- 
trés entre les mêmes mains ». 

Le procès ainsi engagé resta en suspens pendant longtemps. En 
1766, la plaiite fut retirée et les poursuites cessèrent à la suite ({e 
démarches faites auprès des demandeurs par les procureurs pour- 
vus d'offices incompatibles. Ces deiniers avaient fait espérer à 
leurs confrères qu'à l'avenir ils éviteraient de blesser leur suscepti- 
bilité, en se conformant aux règlements. Cette promesse fut bien 
vite oubliée et les abus ne tardèrent pas à se reproduire comme par 
le passé. 

Une nouvelle action fut intentée en 1769 à la requête de neuf 
procureurs contre quatre de leurs confrères : Dissandes, Bonnyaud, 
Coudert et Daret. Outre leurs charges de procureur, ces derniers 
occupaient Tun, Dissandes, l'office de greffier de la sénéchaussée et 
siège présidial, le second, Bonnyaud, celui de greffier des eaux et 
forêts et de l'ofUcialité : les deux autres, Coudert et Baret, étaient en 
même temps procureurs et notaires. Comme moyens de défense, 
ces quatre procureurs faisaient valoir t la possession immémoriale 
oùils étaient de posséder cumulalivementcesoffices».IlsexposaieDt 
ensuite que la Province était pauvre, le ressort des juridictions peu 
étendu et que la charge de procureur ne procurait que de faibles 
ressources. — Les poursuivants objectaient de leur côté que cette 
dernière raison ne reposait sur aucun fondement ; ils démontraient 
que l'office de procureur à G uéret ne rapportait pas moins annuelle- 
ment de deux mille livres et ils ajoutaient que « le siège n'est pas si 
misérable puisque les confrères mis en cause y ont fait de très 
belles fortunes ». Abordant un autre ordre d'idée, ils faisaient 
ressortir paiticulièrement les inconvénients résultant de l'exercice 
cumulatif des charges de procureur et de greffier. « Le procureur, 
disent-ils, étant comme fondé de pouvoir, doit saisir et faire pro- 
fiterla <»aitie de tout ce qui lui est avantageux. Or, sa qualité de 
greffier lui donnant une connaissance parfaite de tout ce que le 
Juge doit faire dans son ministère, il en profite relativement aux 
iutérôts de son cilenti soit eu retardant Texpéditioa du Jugement de 



Digitized by VjOOQIC 



— 263 — 

ses confrères, soit lors des requêtes qui se font à Phôtel du Juge, 
en rédigeant les dépositions des témoins, soit dans la rédaction des 
jugements déQnitifs, soit en multipliant le plus possible par des 
incîJenls déplacés les jugements dlnstruction, parce qu^iis aug- 
mentent le produit du greffe, soit en profitant de tout ce que les 
occasions leur permeltenl ». Ils faisaient enfin remarquer que les 
inconvénients qu'ils venaient de signaler et qui s^appliquaient aux 
affaires civiles étaient encore plus grands lorsqu'ils s'agissait d'af- 
faires criminelles, où le greffier a dépositaire de toutes* les pièces 
secrètes, devenu procureur de la partie accusée, après avoir reçu 
les plaintes et informations comme greffier, dirigera les réponses de 
l'accusé, lors de l'interrogatoire et sera sftr de l'événement ». 

Ce procès n'était pas encore terminé en 1775. Dans un nouveau 
mémoire, imprimé au cours de cette dernière année, nous voyons 
que les procureurs poursuivants n'étaient plus qu'au nombre de 
trois : François Devilestiveaud, Joseph Fayolle et François Delage. 
Dans ce mémoire sont reproduites les mêmes doléances et les 
mêmes accusations, précèdemmmenténoncées, «contre les pourvus 
d'offices incompatibles. » A l'appui de ces plaintes et pour corroborer 
l'affirmation des abus engendrés par le cumul de ces offices, nous 
trouvons relaté, un fait qui n'est assurément pas banal et que 
nous résumons en quelques mots. Un des procureurs notaires 
mis en cause avait reçu, en sa qualité de notaire, le dépôt 
d'une certaine somme d'argent. Comme procureur, il a découvrit 
le secret de consommer cette somme en frais, au moyen d'une 
saisie qu'il eut Part de faire entre ses mains ». Nous nous abstenons 
de tout commentaire qui ne pourrait qu'affaiblir la portée de ce 
dernier fait. 



Digitized by'VjOOÇlC 



— S64 — 



PROCUREURS 



1626. — Pardoux Simmonaud ; 

1635. — Antlioioedu Dois; Pardoux Aobayle ; 

1660. — LéoQord Doyieau ; Jeao Miette; Claude Perdrix; 

1667. — Jean Dumas; Jeao Daret, Annet Niveau ; François-Albert 
Adjoinet; François Meillet ; Ânloine Fouquet; François Jabrillac; 
Antoine Dourgeois ; Léonard Nigou ; Antboine Dubois ; Pierre 
Niveau; Jean Dourgeois; Antboine Rochon; 

1680. — Silvain Auby; François Albert; Léonard Dourgeois; 
Jean Doutaud ; Joseph Penychon des Dains ; Léonard Rimour ; 
Antoine Moreau; 

1692. — Pierre Fouquet; 

1695. — Silvain Baret; Pierre Fessoyrat ; 

1697. — Philippe Doileau ; Jean Dumarest ; Jacques Tixier ; 
Etienne Rimour; 

1700. — Jean Dissandes; 

1701. — Etienne Barret; François Meillet; 

1702. " Martial Cbanaud;Christoflieyeschère; Marin Desrierges; 
François Jabrillac; Pierre Rimour ; 

1703. — René Daret; Joseph Dufour; 

1704. — Silvain Daret ; 

1705. — Antboine Proubet ; 

1708. — Antboine Dussière; Guillaume Veschère; 

1709. — Joseph Hosnier ; François Donnyaud; 
1717. — Joseph Charrière; 

1722, — Pierre Peyronneau ; 
1723* — Pierre Dumarest; 



Digitized by VjOOQIC 



-.265- 

1724. — Jacqaeg B^et ; Jean-BuptUte Baret ; 

1727. — Jean-Baptbte Coudert; 

1728. — Lèoaard Goguier; 

i729. ^ SitvaiB Bouezard ; Etienne Bonnyaad ; 

1740. ^ Silvain Boyleau ; 

1741. — Aotoioe Hartio de Brugaat; 
1743. — Joseph Dmnarest ; 

1751. — Gabriel Dissandes; 

1752. — GuiUaume-AjitoiDB Niveaa ; 

17S6. — SilvaiD-Claude-Victor de Bellefond ; 
1759. — Joseph Fayolle; Joseph de Saint- Voury; 

1761. — Gabriel Maufus de la Chaume; Silvain Coadert; 

1762. — Pierre Baret d'Auriole ; François de/Villestivdaud ; 
1764. ^ Léonard Bourgeois ; Gilles-François Delage; 
1766. — Jean-Baptiste Bergier ; 

1769. — Silvain Horeau; 

1780. -r Pierre Lasnier Desbarres ; Antoipe Baret ; François 
Cusiiiet ; Charles Mathieu ; François Delage ; 

1783. ^ François-Xavier Lemoyne ; Léonard Leyraud ; Jean- 
François Lemoyne du Breuil. 



NOTAIRES ET GREFFIERS 



C'est une ordonnance de Philippe le Bel, qui créa dans les domai- 
nes de la Couronne des charges de notaires, conseillers du Roy, 
Au XVI* siècle, il existait quatre catégories de notaires : 1® le Notaire 
proprement dit| c'est-à-dire celui qui dresse Tacte; 2* le TaMlmt 



Digitized by VjOOQIC 



-266-- 

qui délivre Tacle; S^" le Garde-notes, qui conserve les minutes; 
4» enfin, le Garde-scel, qui revêt l*acle du sceau royal (i). 

Au début du xvii* siècle, toutes ces diverses charges, qui aupara- 
vant étalent données à ferme, furent réunies, confondues et érigées 
en état d'offices de notaires, rendues en même temps héréditaires, 
conformément à un édit de 1597, confirmé plus tard par Tédit de 
167i. Ces offices étaient déjà vénaux sous Louis XII et François !•'; 
leur vénalité fut ensuite toujours maintenue (â). 

A Guéret, le nombre des notaires parait avoir été toujours relati- 
vement considérable. Un édit de 1667 fixa ce nombre à dix ; 
voici quels étaient les litulaires de ces offices à ce moment : 

Annet Pineau; 
François Jabrillac; 
Guillaume Desardiller ; 
François Heillet ; 
Anthoine Fouquet ; 
Jean Sudre ; 
Anihoine Branche ; 
Guillaume Chanaud ; 
Jacques Baret; 
Pierre Baret. 



(1) L'office de Tabelliony créé en novembre 1542, fut réuni à celui 
de notaire par édit de mai 1597 — celui de Garde note$y créé en mai 
1575, réuni en avril 15'/8, puis supprimé par édit de mai 1597, en 
môme temps que celui de tabellion ; — celui de garde-scel, créé en 
1619, réuni k l'office de notaire en 1697, 

(2) Pour être notaire, il fallait être âgé de vingt-cinq ans au moins, 
ou avoir obtenu !a dispense d'âge, avoir été examiné et regu devant 
des juges et avoir justifié de conditions de bonne vie et mœurs et de 
catholicité. Les notaires pouvaient être nobles et ne dérogeaient pas; 
toutefois sur ce dernier point, les avis étaient partagés. Ils précô* 
daient les procureurs dans les assemblées publiques et particulières 
et avaient le pas sur eux en toutes circonstancié. Ils pouvaient être 
avocats, mais en ce cas n'avaient pas le pas sur leurs confrères plus 
nnciens. 



Digitized by VjOOQIC 



-267- 

Dans ie tableau suivant, nous reproduisons les noms des notaires, 
que nous avons Irouvés mentionnés avant la date de Tédit précité, 
ainsi que de la plupart des officiers ministériels qui ont existes 
après cette date et jusqu'à la Révolution : 

i589. — Bazeillas; 

1626. ~ Pardoux Simonnaud ; 

1639. — Silvain Peyronneau ; 

! Cornette ; 
Désardiller; 
Pierre Simmonaud ; 
1681. — Anihoine Peyronneau; 
1689. — Anthoine Legrand ; 

1694. — Charles Rousseau ; 

1695. — Pierre Rougier; ^ 

1696. — Jean Bonnyaud ; 

1697. — Martial Chanaud ; 
1699. — François Sudre ; 
1701. •* Toussaint Socquard ; 
1714. — Jean Dissandes; 
1716. — Etienne Polier ; 
1720. — JeanBaret; 

1722. — Pierre Peyronneau ; 
1725. — Jean-Jaques Barel ; 

1730. — Jean-Baptiste Coudert ; 

1731. — Pierre Dumaresl ; 

1732. — François Suard ; 
1741. — Jean-Baptiste Baret; 

^ Silvain Boileau; 
( Pierre-Annet Rougier; 
1747t «- François Rougier; 



Digitized by VjOOQIC 



— 268- 

Guillaume Daireau ; 
Anlholue Baret ; 
Gabriel Dissandes ; 
Annet Bergier ; 
1755. — Joseph Dumarest de la Yilletelle ; 
François-Sitvain Coudert ; 



1770. j 

1771. 1 



' Boileau de la Nouzière ; 
1760. — Jean-Baptii>teCiUet; 
1763. — Pierre Haloron ; 
1769. — Bonnyaod; 

François Rocque ; 

Jean Dumas; 

Elienne Goguier ; 

Niveau; 
1773. — François-Guillaume Dareau; 

1778. — Martial Meunier ; 

1779. — Jean-Baptiste Polier; 
1786. — Jean-Baptiste Volland. 

Aucune particularité importante, digne d'être notée, ne se rat- 
tache à Teiistence de ces officiers ministériels, qui, pour la plupart, 
en dehors de leurs attributions spéciales, ne paraissent jamais avoir 
joué un rôle actif dans la vie publique de la Cité. Plusieurs cepen- 
dant furent appelés au cours du xviiP siècle et même auparavant, 
à exercer les fonctions de consul ou d'écbeviu, notamment Pierre 
Rougier en 1696, Martial Ghanaud en 1697, François Sudre en 1710, 
Pierre Peyronneau en 1730, François Suard en 1731, Baret en 1734, 
Boyieau en 1752, etc.; mais aucun d'eux, considérés comme notai* 
res, ne parait mériter une mention spéciale. 

Les notaires de Guéret formaient une communauté, qui avait 8on 
règlement, ses statuts et à la tête de laquelle se trouvait un syndic : 
en 1711, ce syndic était M* Tôlier. U, communaati avait pour 



Digitized by VjOOQIC 



patron SâinUJean PBvangéIfstc, dont la fête se célébrait chaqne 
année le 6 mai et se terminait par an traditionnel banquet (i). 
Ce jour-là, les notaires réunis délibéraient sur toutes tes affaires 
qui pouvaient intéresser leur communauté. C'est ainsi qu*en 1756, 
nous les voyons, dans cette réunion annuelle, se plaindre des 
graves inconvénients qu'occasionne le trop grand nombre d'offices 
de notaires^d'où naissent l'avilissement de la profession et les abus, 
conséquences de cet avilissement. Voici du reste le résuma du 
procès-verbal des observations qui furent présentées dans cette 
réunion : 

ff Le remède à tous les abus qui se commettent au sujet des actes 
de Notaires sérail d'en supprimer une grande partie surtout dans 
les campagnes, où Ton en a vu et où Ton en voit encore qui désho- 
norent leur état. Ces notaires, sans étude ni capacité, ont sçu à 
peine écrire quils ont été pourvus moyennant une médiocre dépense 
que leur ont coûté leurs provisions et leur réception, et n'ont fait 
qu'un saut de la charue au Notariat: en sorte que chaque notaire 
ayant un territoire suffisant autour de lui comme deux lieues ou 
environ, se trouverait avoir assez d'occupations de son état, et ne 
serait autre chose ; au lieu qu'ayant chacun un district bien plus 
réservé, les uns sont marchands, d'autres fermiers, et d'autres (ce 



(1) Nous n'avons pu avoir sous les yeux le panonceau de la com- 
munauté des notaires de Guéret, panonceau qui devait porter Timage 
ou la représentation de Saint- Jean-l'Evangiliste : mais le musée de Gué- 
ret possède celui delà communauté des notaires de Limoges, a C'est 
un émail peint de Baptiste II Nouailher, plaque ovale en couleurs sur 
émail blanc, hauteur 0.153, longueur 0,135. — Le saint à nimbe 
d'or, les bras croisés sur la poitrine, est plongé nu dans la cuve 
d'huile bouillante soutenue par un trépied de forme antique et sur- 
montant un ardent biasier. — Deux hommes attisent le foyer. — A 
gauche, l'empereur Domitien, suivi de deux soldats et portant le 
bâton du commandement ordonne le supplice. Il est vêtu d'une robe 
rouge et d'un manteau bleu fourré d'Iiermine. Au ciel, au dessus de 
la tète de Saint-Je;m,des nuages et une sorte de gloire.— Contre émail 
brun violacé avec l'inscription en or : 

« Rilnnceaii de la co-rmunautè des notaires de Limoges donné par M. Four- 
nier, Doyen.» 

[Sùte communiquée par M. Maurice Pineau, conservateur du Musée 
de Guéret). 



Digitized by VjOOQIC 



- Î70 - 

qni n*e8t que trop souvent) sont cabaretiers^ et passent les actes en 
beuvantavec les parties qui ne conservent pas alors toute leur rai- 
son. Si le nombre en était ainsi réduit, et que ceux qui subsiste- 
raient pussent vivre des profits, que procurerait leur état, on ne 
verrait se présenter, pour être pourvus dofflces, que des gens capa- 
bles et lettrés, qui joindraient i une bonne éducation, Tétude des 
devoirs et de la science nécessaire à leur état, qui sçauraient quelque 
chose des lois du Royaume, et la disposition du droit coutumier 
du pays où il travailleraient. Alors, poussés autant parles senti- 
ments d'honneur, que par Tespoir du gain, ils seraient exacts à 
observer les ordonnances et à conserver leurs actes et minutes. Il 
serait même très utiles au public qu'il ne Tût admis et reçu à Tofflce 
de notaire aucun sujet qui n'eusse été auparavant examiné et trouvé 
capable par des notaires anciens commis pour faire cet examen ; et 
que les provisions ne fussent à l'avenir accordées qu'à des gens 
lettrés... » 

Ils ajoutaient que c dans le baillage et sénéchaussée de Guéret, qui 
est le seul qu'il y ail dans la Province de la Marche, il y a moitié 
plus qu'il ne faut de notaires établis; ils sont jusqu'à une petite 
lieue des portes de la ville de Guéret, dans laquelle même ils s'avi- 
sent de venir passer des actes, quoi qu'il y ail huit notaires actuel- 
lement instrumentaires, auxquels il faudrait un arrondissement de 
trois lieues au moins »{{). 

Les notaires de Guéret cumulaient quelquefois leurs fonctions 
avec celles de procureur, de greffier ni même avec la profession 
de chirurgien. Nous avons fait allusion précédemment, en parlant 
des procureurs, aux inconvénients que pouvait occasionner un 
pareil cumul. En 1754, Guillaume Dareau, notaire et greffier en chef 
de la sénéchaussée criminelle,était en même temps chirurgien : il est 
difflcile d'admettre qnjl lui ait été possible de se livrer simultané- 
ment à l'exercice de professions aussi dissemblables. 



(j) Observalions de la communauté des notaires royaux de la ville 
de Guéret à l'occasion du dessein formé par le Conseil d'assurer 
Texislence des minutes des notaires du royauipe et de supprimer ou 
créer des offlces où le bien public le requerra », — {Imprimé à Limih 
ges^ chez Chapoulaudy novemln*e i756). 



Digitized by VjOOQIC 



- 271 - 

Aq xvin^ siècle, et môme antérieurement, il existait des agents 
chargés d'inspecter et de vérifier les actes des notaires, et en raison 
de leurs fondions, ils portaient le nom de contrôleurs des actes. 
Certains Parlements avaient rendu des arrêts aux termes desquels 
l'exercice de ce contrôle était incompatible avec la profession de 
notaire ; mais il ne semble pas que ces arrêts aient reçu leur appli- 
cation à Guéret. Dans cette ville> en effet, les deux seuls contrôleurs 
des actes, dont nous avons trouvé la mention, Toussaint Socquard 
en 1701 et Etienne Polier en 1716, étaient tous les deux notaires. 

Les Greffiers avaient pour fonctions, comme aujourd'hui, d'écrire 
les arrêts, sentences, jugements et autres actes prononcés ou dictés 
par les juges, de garder les minutes de ces aptes susceptibles d'être 
conservés, et d'en délivrer des expéditions à qui il appartenait. 

A Guéret, les greffiers étaient relativenlent très nombreux (1). 
Il n'en existait pas seulement un, mais presque toujours plusieurs, 
dans chaque juridiction. Au Présidial, notamment, outre le greffier 
en chef, il y avait : 

Un greffier civil ; 

Un greffier criminel ; 

Un greffier d'appeaux ; 

Un greffier garde des sacs ; 

Un greffier garde des minutes ; 

Un greffier d'écritoire pour les rapports d'experts ; 

Un greffier pour les présentations; 

Un greffier pour les affirmations de voyages, et d'autres encore, 
sans parler de leurs multiples commis. 

La sénéchaussée comptait presque autant de ces officiers que le 
Présidial. Dans les autres juridictions, le nombre en était plus 



(1) Pour occuper un office de greffier, il faUait justifier comme pour 
les autres offices, de conditions d'âge, de bonnes vie et mœurs et de 
catholicilé. — Les greffiers du présidial et de la sénéchaussée faisaient 
corps avec la Cour ; ils avwient séance et rang après les gens du Roy. 
Quand les juges marchaient en cérémonie, les gretfiers devaient êtr(j 
revêtus « de soutane3^ robes et bonnets, d 



Digitized by VjOOQIC 



-171- 

rèdnlt ; mais dans cbàcone, il y arait an moins an gfefQer en chef» 
an greffier ordinaire et plusieurs commis. 

Sans faire ici l'èiiumèralion de tous les greffiers dont nous avons 
pu relever les noms, nous nous bornons à indiquer quelques uns 
d'entre eux : 

En 1787, Dissandes, notaire royal, était greffier en chef du Prési- 
dial et de la maréchaussée, — Dareau, greffier en chef de la séné- 
chaussée criminelle, — de Saint- Voury, greffier civil, — Goguier de 
TEtang, greffier en chef des eaux et forêts ; — Bergier, greffier de 
THôlel de Ville... En 1788, Bonnyaud était greffier en chef de la 
sénéchaussée,— Rocques, greffier du Présidial,— Halauron, greffier 
de la subdélégation, — Guyonis d'Hautefaye, greffier en chef des 
Eaux et Forêts... 

Plusieurs de ces greffiers remplissaient en même temps Fofflce de 
notaires ou de procureurs. 



HUSSIERS ET SERGENTS 



Les Huissiers étaient des officiers dont les fonctions consistaient, 
comme aujourd'hui du reste, à faire les significalions nécessaires à 
rinstruction des procédures et l'exéculion des jugements. 

A Guéret, comme partout ailleurs, chaque juridiction avait ses 
huissiers propres, qui, à part quelques exceptions, car le cumul 
existait pour ces offices comme pour les autres, ne relevaient 
habituellement que d'elle. C'est ainsi que la Châtellenie, la Séné- 
chaussée, le Prèsidial, TEleciion, la Maîtrise des Eaux et Forêts, 
etc., avaient chacune leurs huissiers spéciaux. En dehors de ces 
derniers, il existait encore des huissiers de police et des huissiers 
de 1 Hôtel de Ville. 



Digitized by VjOOQIC 



- 273 - 

Les offices d'huissiers, comme tous les autres offices, étaient 
vénaux et hérédidaires. Pour les obtenir, il suffisait de justifier des 
conditions précédemment énumérées, d'âge, de bonne vie et mœurs 
et de catholicité (1). 

Au Présidial et à la Sénéchaussée, il y avait un premier huissier 
ou huissier en chef, qui jouissait de prérogatives spéciales. Il exis- 
tait ensuite dans ces deux juridictions des huissiers audienciers de 
deux ordres différents, affectés exclusivement, les uns, au siège 
civil, les autres, au siège criminel (2). 

Les huissiers devaient être vêtus décemment « de la robe et du 
bonnet » et porter c la verge ou baguette, tant à Taudience 
qu'en l'enclos du Palais, et aussi toutes les fois que les juges 
marchaient en corps aux processions et autres cérémonies publi- 
ques ». — il n'était pas nécessaire toutefois que les juges marchas- 
sent en corps pour que les huissiers eussent l'obligation de les 
accompagner et de les escorter lorsqu'ils assistaient à une céré- 
monie religieuse. C'est là ce qui semble résulter d'un document 
que nous avons sous les yeux et qu'il nous parait intéressant de 
reproduire. Il s'agit d'un procès-verbal dressé par Dissandes de 
Bosgenest, conseiller en la sénéchaussée et siège Présidial, qui se 
plaint de n'avoir pas vu tous les huissiers de Guéret se rendre « en 
robe (le Palais », pour « l'empêcher d'être écrasé par la foule », 
à la procession de la Fête-Dieu, procession à laquelle il assistait 
lui-même « en robe de cérémonie ». 

« Aujourd'hui, vingl-el-un juin, mil-sept-cent-quatre-vingt-un, 
nous, Philippe-Jean Dissandes de Dosgenebt, conseiller du Roy en 



(1) Les huissiers ne pouvaient être ni geôliers ou guichetiers, ni 
archers de la mu réchaussée, ni hôteliers, ni fermiers des amendes, 
ni (c solliciteur de procès )>, ni notaires : mais sur plusieurs de ces 
divers ponjts, les règlements étaient loin d'être obse'^vés. Il était 
permis aux huissiers de porter des pistolets ou autres armes, lors- 
qu'ils allaient à la campagne et pour sûreté de leurs personnes »,dans 
Texercice de leurs fonctions. 

(2) Les huissiers audienciers étaient tenus a d'être assidus aux 
audiences pour y recevoir les ordres des jujçes, y faire observer le 
silence, ouvrir el fermer les portes de l'auditoire, et faire les signifi- 
cations de procureur à procureur. » (Denisarl). 

18 



Digitized by VjOOQIC 



- 274 - 

la sénéchaussée et siège présidial de Guéret, nous étant rendu en 
habit de cérémonie e:i TEglise paroissiale de cette ville, à IVffet 
d'assister, ainsi qu'il est d'usage, à la procession solennelle du 
Saint-Sacrement, nous n'avons trouvé que Bellon, second huissier 
audiencier ès-dils-sièges, Horaraedieu, premier huissier en PEIec- 
tion de cette Province, et Petit, premier huissier aui dépôts de 
sels de la ville d'Aubusson ; — Devilestivaud, premier huissier 
au dit siège présidial et sénéchaussée et autres huissiers résidant 
en cette ville étant tous absents, quoiqu'il soit d'un usage constant 
et immémorial qu'ils assistent en robe de Palais à la dite proces- 
sion, à Teffet n'empêcher la compagnie d'être écrasé par la foule. 
Et d'autant que leur absence est une négligeance de leur part et 
une omission formelle de leur devoir, de retour en notre hôtel, 
nous avons mandé le dit Bellon, le greffier ës-dits sièges, pour en 
dresser procès- verbal, lequel sera communiqué aux gens du Roy, 
pour eux être requis ce qu'ils aviseront et ensuite être rapporté 
à la Chambre, être par elle ordonné ce qu'il appartiendra, et nous 
ayons soussigné avec notre greffier et le dit Bellon ». 

Le 2 juillet suivant, sur le vue de ce procès- verbal, le Procureur 
du Roy, Couturier de Fournoue, a requiert pour le Roy qu'avant 
faire droit les huissiers, qui n'ont pas assisté à la procession, seront 
tenu de comparoir à la Chambre du Conseil, avant la première 
audience qui se tiendra, à l'effet de dire leurs raisons et les motifs, 
qui les ont empêchés d'assister à la dite procession : pour ce fait 
et mon communiqué être requis ce qu'il appartiendra ». 

Le lendemain, le lieutenant général, Condertde Sardent, confirma 
celte dernière décision : « Soit fait, écrit-il, comme il est requis 
par le Procureur du Roy ». 

Nous ignorons quelles furent pour les huissiers les conséquences 
de leur abstention d'assister à la procession de la Fête-Dieu. 

Nous n'avons relevé aucune particularité intéressante se ratta- 
chant à la communauté des huissiers de Guéret. Nous ne nous 
arrêterons donc pas davantage sur ce sujet, sinon pour dire un mot 
des sergents. 



Digitized by VjOOQIC 



— 275 — 

Ces derniers n^ètaient en réalité que des huissiers, mais dont les 
attributions étaient limitées et moins étendues que celles des huis- 
siers audienciers. Les sergents ne pouvaient, en effet, signifier 
que des actes extrajudiciaires, comme exploits d'ajournement, 
commandements, sommations, saisies exécutoires^ exercer des 
contraintes, etc., tandis que les huissiers audienciers^ outre leurs 
fonctions propres, jouissaient en outre de toutes les attributions 
des sergents. 

Au XYIP siècle, il existait à Guéret, en dehors des huissiers 
audienciers^ un grand nombre de sergents. Au cours du siècle 
suivant, cette dernière qualification semble avoir totalement dis- 
paru^ et nous ne trouvons guère que la mention de celle d'huis- 
sier. Voici les noms de quelques-uns de ces officiers ministériels, 
relevés depuis le milieu du xvii* siècle : 

16i7. — Antoine Branche; 

1652. — Jacques Branche ; 

1654. — Pierre de la Foresl ; 

1680. — Pierre Bellon ; Jean Heillet ; 

1693. — Pierre de la Croix ; 

1694. — Pierre Boutaud ; 

1695. — Jacques Bichon ; 

1696. — Charles Vergne ; 

1697. — Pierre Lacouque ; François Coudroy ; 

1698. ^ Pierre Cartier; Jean Bulejon; Antoine Bochon; Jean 

Niort ; 

1700. — Charles Rousseau ; Jean Barret, dit le Comte ; 

1701. ^ Martial Fressinet; 

1702. — Borie; 

1707. — Jean Vignay; 

1708. — Jacques Vincent ; Jean Jacquet ; 

170*}. — Penot, le jeune; Anioiue Petit; Jacques Dupeyrat; 
Jean Thomas de la Salesse ; Jean Biguay ; Léonard 
Peypou ; Jean Ménissier ; 



Digitized by VjOOQIC 



V 

^..: 



- Î76 - 

I7i6. *- Antoine Lucas ; 
^ 1719. — Gilbeit Sauceron ; 

;^ 1722. — Joseph de Vîllesliveaud ; 

t 1723. — Antoine Bussière ; Antoine Bellon ; 

^ 1729. — François Cillel; 

:' 1740. — Eslienne de Vîllesliveaud ; 

1764. — Jean-Baptiste Bellon ; 

1771. — Guillaume Guillot; 

1776. — Léonard Constantin Fargesl; Léonard Perdrix; 

1778. — Guiilaume-Barlhélemy Gerbaud ; Jean Bellon ; 

i78l. — ■ Hommedieu; Petit; 

1782. — Martial Bichon ; François Aubard; 

1783. — François Balardon ; François Auffaure 

1784. — Pierre Brunet; Harmand. 



COMMUNAUTES 

DES 

MÉDECINS ET DES CHIRURGIENS 

APOTHICAIRES ET SAGES-FEMMES 



Parler des médecins qui oiercèrent leur profession à. Guéret, 
au cours du xviii* siècle, n'est pas chose facile. Un pareil sujel, 
traité avec les détails qu'il comporte, ferait cependant Tobjei d'un 
chapitre fort curieux et des plus inléressanis, car la connaissance 
des diverses pariicularilés qui se rattachaient, à cette é()oque, à 
l'exercice de la profession médicale, ne manquerait pas assurément 
de nous initier aux habitude^ et aux mœurs des habitants de la Cité 
et de nous faire pénétrer pour ainsi dire dans leur vie intime. 



Digitized by VjOOQIC 



-277 - 

Halheureusemenl, la difficulté est presque insurmontable ; elle 
résulte surtout de la pénurie des renseignements locaux recueillis. 
Sur ce point, en dehors des faits précédemment consignés et qui 
ne concernent que le service médical de THôlel-Dieu, nous devons 
avouer que nos recherches ont été presque absolument infruc- 
tueuses. 

Ce que nous pouvons dire tout d^abord, c'est que, sans parler 
des chirurgiens dont nous nous occuperons bientôt, le nombre des 
médecins proprement dits parait avoir été toujours relalivement 
restreint dans cette ville, car il nv semble pas qu'à aucun moment 
on ait pu en compter plus de deux exerçant simultanément. Il est 
vrai d^ajouter que un ou deux médecins, auxquels s'adjoignaient un 
nombre au moins égal de chirurgiens, pouvaient amplement suffire 
et au-delà pour répondre aux besoins de la population de la Cité et 
des paroisses environnantes. 

Voici la liste des médecins dont nous avons pu relever les noms : 
la date fait connaître le moment où nous avons trouvé la première 
mention de chacun de ces noms, sans toutefois préjuger Tépoque 
de l'installation à Guéret de ces divers médecins. 

1600. — Jean-Pierre Rougier; 

1655. — Antoine Rodier ; Antoine Blandin ; 

1680. — Joseph Lejeune de Fressanges ; 

1699. — René Bouessard du Chesnat; 

1700. — Pierre Tournyol ; 
1705. — Pierre Blandin ; 
1709. — De Cathemisse; 
1733. — Jean-Baptiste Blandin; 
1742. — Joseph Pichon de Bury ; 
1763. — François-Pierre Blandin ; 
f 780. — Jean^Baptiste Pillias. 

La plupart de ces médecins étaient originaires de fa province* 
Quelques-uns cependant appatienaieni à des provinces assez élol- 



Digitized by VjOOQIC 



— 278 - 

gnëôs et avaienl été conduits dans la Cité à la suite de circonstances 
que, faute de documents, il n'est pas aisé de faire connaître. G*est 
ainsi qu'en 1699 vint s'établir à Guéret Gabriel Bouessard du 
Cbesnal, « natif d'Angers ». 

Le dix-neuf décembre de cette même année, Bouessard du 
Chesnat, pour se conformer aux édils et ordonnances, compa- 
raissait devant Louis-Antoine de Madot, lieutenanl-général de la 
sénécbausiiée et sollicitait de lui son inscription sur les registres 
du grefie, en vue d'être autorisé à exercer la médecine dans la 
capitale de la Haute-Marche. A Tappui de sa demande, il représen- 
tait « ses lettres de mai(re-és-aits en l'Université de Bourges, 
signées : Jacobus, et scellées..., ses lettres de bachelier en la 
Faculté do médecine, obtenues eu la même Université, signées : 
Alabat, Couturier, Le Blay, Guiard et Barat, et scellées..., et ses 
lettres de licencié et Docteur en la Faculté de médecine, à lui 
accordées par la même Université, signées : Alabat, de Camus, 
Couturier, Colladon, (juiard..., avec deux sceaux ». L'autorisation 
solicitée lui fui accordée. 

Les demandes d*autorisation de cette nature étaient nécessaires; 
elles avaient pour but de prévenir les usurpations de litres et 
'd'empêcher l'exercice illégal de la médecine. Elles étaient imposées 
depuis longtemps par divers édits(i), qui furent toujours confirmés 
ultérieurement par plusieurs ordonnances royales, notamment par 
celle de 1707, qui, visant toutes les décisions antérieures^ fixa en 
quelque sorte définitivement l'exercice de la médecine par un 
article ainsi conçu : « Nul ne pourra, sous quelque prétexte que 
ce soil, exercer la médecine, ni donner aucun remède» même 
gratuitement, dans les villes et bourgs..., s'il n'a obtenu le degré 
de licencié dans quelqu'une de6 Facultés de médecine. .., à peine de 



(1) Deux édits de Jean le Bon de 1352 ei 1353 font défenses d'exercer 
la médecine à toute personne qui n'avait pas pris a ses licences j» à 
l'Université. Ultérieurement, d'autres rois prescrivirent les mômes 
défenses et notamment rordonnunce de Blois (1579), qui dit, en son 
art. 87 : Nul ne pourra pratiquer la médecine qu'il ne soit docteur en 
ladite Faculté... » Parurent aussi dans le même sens des édits de 
iiOuis XII| de Henri IV et de Louis XIU. . - 



Digitized by VjOOQIC 



— 279 - 

deux cenls livres d'amen Je x>. C'est ainsi qu'en i742, toujours en 
conforroilé de ces mêmes ordonnances, Joseph Piclion de Bury, 
Docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, en venant s*éta- 
blir à Guéret^ après avoir exercé un certain temps sa profession 
dans le Limousin, dut adresser une requête, en vue d'obtenir son 
inscription sur les registres du greffe de la sénéchaussée et d'être 
ainsi autorisé à pratiquer la médecine à Guéret. Le 11 mai de cette 
même année, il se présentait donc à cet effet devant Guillaume 
Bonnyaud, doyen des conseillers de la juridiction et demandait 
l'enregistrement de « ses lettres » de Docteur. 

Pichon de Bury avait étudié la médecine à Montpellier. La plupart 
des médecins^ dont nous avons précédemment fait Ténumération, 
— sinon tous — sortaient également de la même Ecole, à l'excep- 
tion de Bouessard du Chesnal, qui avait suivi les cours de TUni- 
versitè de Bouiges, devant laquelle il avait acquis tous ses grades. 
Il semble donc qu'à cette époque, les jeunes gens de Guéret et de la 
Haute-Marche, qui se destinaient à la carrière médicale, aient eu, 
soit par tradition, soit pour tout autre cause que nous ignorons, 
une propension marquée à se diriger vers la Faculté de Montpellier, 
d*où ils revenaient imprégnés des doctrines humoristes, qui y 
étaient enseignées, ainsi du reste qu*à la Faculté de Paris et dans 
toutes les autres écoles (1). 



(1) Nul ne pouvait devenir médecin, s'il ne prouvait d'abord qu'il 
avail été regu maitre-ès-arta dans une Université, ce qui signiQait 
qu'il avail terminé avec succès ses humanités. La durée et la marche 
des études étaient différentes suivant les Facultés. A Pans, la durée 
des études était de sept années. Au bout des quatre premières années, 
l'étudiant pouvait postuler le grade de bachelier, à condition d'avoir 
vingt-cinq ans révolus et d'avoir régulièrement suivi les cours de 
l'Ecole. Le temps du baccalauréat durait deux ans et conduisait à la 
licence, qui permettait d'exercer sans nulle entrave la profession 
médicale. Mais pour faire réelement partie de la Faculté, il fallait 
être Docteur, titre qui ne pouvait être obtenu qu^en présence de tou*) 
les maîtres assemblés et après avoir traité une question proposée par 
un professeur « du banc des anciens ». — A Montpellier, les choses 
se passaient un peu différemment. Le baccalauréat pouvait être 
obtenu au bout de six années d'études. Trois mois après avoir acquis 
ce diplOme, mais à condition d'avoir suivi des cours spéciaux, le 
bachelier était admis à subir les quatre examens, qui conduiraient il 
1^ licence* Ces examens une fois passèi avec sucoéi, il pouvait, huit 
jours après, aller demander su iicenoe à révoque de Montpellier» Lf 



Digitized by VjOOQIC 



- 280- 

L*influcnce des « hameurs » dominait alors tonte la physiologie 
pathologique. C'était le règne de la lymphe, du chyle, de la bile, 
de la sucnr, elc, et par leur mélange en diverses proportions avec 
le sang, on expliquait Torigine de toutes les maladies. La (hérapeo- 
lique qui découlait de cette doctrine, Molière, après Tavoir finement 
raillée. Ta résumée en trois mois : taignare, pwgare, clytleritm 
donare,.. Si notre immortel censeur eût vécu au cours du xviiP siè- 
cle, il aurait pu aussi bien qu'au siècle pVècédent, continuer i 
exercer sn verve caustique à Tègard des médecins en général et de 
ceux de Guéret en particulier. 

Nous avons sous les yeux une note rédigée en 1729 par un méde- 
cin de Guéret et relative à une grave maladie de poitrine, dont était 
atteinte depuis longtemps une dame, femme d*un des principaux 
magistrats de la Cité. Celle note fut transmise à Paris, à Cluscard, 
médecin ordinaire du Roy, en vue de l'éclairer sur la siluation de 
la malade, au sujet de laquelle on sollicitait de lui une consultation. 
Nous en reproduisons les principaux passages, qui suffiront pour 
donner une idée des doctrines régnantes et des moyens thérapeuti- 
ques usités. 

« ... La maladie a commencée par un rhume léger dès l'hiver 
dernier, mais qui a exercé sa tyrannie dès les fêtes dernières de 
Pâques. La toulx est violente, les crachats blancs et épais, sans 
apparence de purulence mesièe, et qu'elle trouve fort salés lors de 
rexpecloration. Son teint est fort flétri et son embompoint ordinaire 
a dégénéré en maigreur....; elle a quelques sueuis sur la pointe du 
jour et est dans une insomnie habituelle... Depuis Taugmentalion de 
sa maladie, on lui a fait trois petites saignées et on Ta seulement 
purgée une fois très légèrement, usant d'une potion bèchique et du 



nouveau licencié devait ensuite subir d'autres examens pour obtenir 
le lili^ de docteur, titre dont l'obtention ne constituait plus alors 
qn'une simple formalité, et qu'on appelait « l'acte de triomphe D.Dans 
une assemblée de la Faculté, un professeur prononçait d'at>ord un 
discours et le nouveau docteur recevait ensuite a le bonnet, une bague 
et une ceinture d*or », On lui présentait alors le livre d'Hippocrate, 
sur lequel il prêtait serment. Cette prestation faite, le môme profes- 
seur le faisait asseoir sur une chaise à cOtô de lui : il rembrassait, le 
bénissait et lui donnait ainsi le « dignm 9» mtrave in docto oorport», 



Digitized by VjOOQIC 



— 281 — 

suc de réglisse, dans TespéraDce que la douce chaleur d'un prin- 
temps avancé augmenterait la transpiration, équivalerait à Fusjige 
des remèdes, qui conviennent à sa maladie. Son attente a été frustrée 
et nous prévoyons que la matière de la transpiration retenue dans la 
masse de son sang... a exalté les sels qui entrent dans sa constitu- 
tion, a dissout et le sang et la lymphe et leur a communiqué sa 
matière saline, d'où nous déduisons brièvement les symptômes ci- 
dessus, mais sans entrer dans une plus ample dissertation... ». — 
En attendant la consultation sollicitée, le praticien deGuéretajoute: 
(( nous attendons votre délibération sur le fond et jusqu'à ce nous 
purgerons légèrement Madame à trois reprises différentes, à divers 
jours. On fera précéder un clystère émollient et purgatif à chaque 
potion purgative et on lui donnera chaque soir du jour, auquel on 
Paura purgée, une potion anodine et narcotique par le sirop diacade; 
elle continuera la tisane béchique et pectorale, observant une diète 
convenable... » (1). 



(1). •— La consultation de Gluscard ne fit que confirmer la manière 
devoir du médecin de Guéret, tant au poinl de vue des appréciations 
et du diagnostic que du traitement : a II n*y a pas de doute que cette 
maladie ne soit causée par Tacreté de la masse du sang et de celle de 
la lymphe, qui se sépare dans les glandes du poumon, qui par son 
épaississement s'y ramasse, et par son séjour et par une irritation 
entretient le rhume violent dont madame est affiigée. Le mauvais état 
du sang et de la lymphe vient du chyle aigri, qui se meslant avec 
le sang i'épaissit et lui communique son aigreur, aussi bien qu'à la 
lymphe, ce qui doit être suivi de crachats blancs, épais et salés.... 
Pour la guérir, il faut s'attacher uniquement à évaquer les mauvais 
levains des premières voyes, à rendre le sang et la lymphe plus fluides 
et les adoucir. Pour cet effei, je suis d'avis qu'on commence par luy 
tirer trois palettes de sang d'un des bras, observant de luy donner 
la veille de la saignée et le lendemain un lavement composé d'une 
cbopiiie de décoction émolliente et rafraîchissante dans laquelle on 
fera bouUir un quarteron de miel commun et on y fera fondre un 
gros de ciistal minéral. Deux jours après, on la purgera avec une once 
de casse mondée, délayée dans un demi setier d'eau et deux onces 
de manne, avec un gros de sel végétal, le tout bouilli jusqu'à ce que 
la manne soit fondue, et passer par un linge pour prendre à jeun et 
un bouillon trois heures après... Elle se tiendra le ventre libre 
par des lavements ; elle se garantira du chagrin et de la mélancolie 
autant qu'il lui sera possible... On aura soin de purger Madame au 
milieu et à la fin du bouillon au mou de veau^ et on lui fera prendre 
le soir un demi-gros de thôriaque et le bouillon immédiatement par 
dessus. A PariSy le 10 juin 1729 d. Signé : a Ciuscard ». 



Digitized by VjOOQIC 



Les trois moyens coratifs, auxquels nous avons fait allusion, les 
purgatifs, les ciystëres et la saignée étaient donc en grand honneur, 
même, ainsi que nous venons de le voir par le fait relaté précédem- 
ment, dans les maladies qui, comme la phthysie pulmonaire, sem- 
blent d'une manière générale les contre-indiquer. Dans la plupart des 
autres aQections, graves ou légères, il n*y avait pas de chômage 
pour le client et sous peine de lèse-médecine il devait absorber 
force purgalions, sans trouver d'autre délassement que celui que 
pouvait lui procurer fadministration de lavements répétés. Quant 
à la saignée, nul ne trouvait giâce devant elle : on saignait en effet 
tout le monde, souvent sans motifs, les vieillards aussi bien que les 
enfants. Les personnes dont la santé ne laissait rien à désirer 
demandaient elles-mêmes à être plilèbotoniisées au moins deux fois 
par an, au printemps et à Tautomne. C'était là une tradition et nul 
ne voulait se soustraire à son observation. La saignée du mois de 
mai passait pour la plus efflcace et rhomtne le plus robuste et le 
plus vigoureux considérait cette petite opération comme indispen- 
sable au maintien de Tintëgrité de sa santé (i). 

La saignée était ainsi prescrite quotidiemment à de nombreux 
malades; mais les médecins ne la pratiquaient pas eux-mêmes : Il 
s'agissait là en effet d'un travail manuel que leur dignité ne leur 
permettait pas d'exécuter. Ils laissaient ce soin aux chirurgiens, 
qui 0[)éraient en leur présence, qu'ils considéraient en quelque 
sorte comme leurs subordonnés, et vis-à-vis desquels ils afflchaient 
lapréleniion de leur être de beaucoup supérieurs. Cette prétention 
était basée sur une interprétation de Tordonnance de Blois, à 
laquelle nous avons déjà fait allusion, ordonnance confirmée en- 



Ci) Le grand chirurgien Dionis explique de la manière suivante la 
nécessité de la saignée: a 11 est facile, dit-il, de répondre à ceux qui 
s'étonnent de ce que on saigne plus en France, et particulièrement à 
Paris, qu'en aucun lieu de l'univers ; c'est parce que Ton y fait plus 
de sang, le climat étant plus tempéré, Tair plus épais et la nour- 
riture meilleure. La grande dissipation qu'on fait dans les pays chauds 
s'oppose à la saignée, et le besoin qu'on a de conserver sa chaleur 
naturelle dans les pays fruids la défend... On fait si bonne chair à 
Paris et on y a ajouté tant de nouveaux rugouts pour exciter Tap- 
petit qu'il ne faut pas être surpris, s'y on y (aXi plus de sang qu^aii- 
leurs D. {CQurêd'opéraUonê d$ ohir\irgie). 



Digitized by VjOOQIC 



suite par de nombreuses déclarations, et qui slipulail que nul ne 
pouvait être admis à la maitrise en chirurgie, sans que son admis- 
sion eût été approuvée par les Docteurs régents en médecine ». 

Quoi qu'il en soit, une telle interprétation devait inrailllblement 
provoquer des conflits entre les médecins et les chirurgiens, qui 
s'accusaient réciproquement d'empiéter sur leurs attributions res- 
pectives. Ces accusations toutefois étaient le plus souvent formulées 
par les médecins, dont le^ doléances étaient portées devant les juri- 
diclions compêtantes. 

A Gu Tel, nous avons trouvé à maintes reprises des traces de 
pareils conflits, dont nous ne saurions donner une idée plus exacte 
qu'en rappelant les faits suivants. En 1766, il existait dans cette 
ville deux médecins, Jean-Baptiste Blandin et son flls, François- 
Pierre DIandin. Il existait en même temps trois chirurgiens, 
François Lasnier Desbarres, F»**ançuis Cusinet et Pierre Poissonnier 
des Granges. Ces derniers, paraitil, visitaient des malades c atteints 
de maladies internes, » leur prescrivaient des médicaments et les 
saignaient même, tout cela « sans ordonnance ou avis » d'un méde- 
cin. Jean-Baptiste Blandin protesta contre ces agissements et il fut 
secondé dans celte protestation par un de ses confrères, Jean Arnaud, 
médecin à Limoges. De concert avec lui, il adressa donc au procureur 
du Roy, Couturier de Fournoue, une plainte contre les trois chirur- 
giens que nous venons de citer et qui furent appelés à se défendre. 
Blandin articulait encore un autre grief, tout personnel à Pégard de 
ces derniers : il se plaignait de n'avoir pas été invité par eux à faire 
partie d'un jury chargé d'interroger les aspirants à la maîtrise en 
chirurgie^ jury dont il prétendait être membre de droit, en vertu 
de sa qualité de cr médecin ordinaire, conseiller du Roy. » Nous 
reproduisons les pièces de ce curieux procès, pièces qui sont plus 
éloquentes que tout ce que nous pourrions dire : 

et Vu l'appointement à mettre du 12 juin 1767 rendu contre les 
sieurs Blandin et Jean Arnaud, docteurs en médecine, demandeurs 
aux fins de requête, ordonnances et exploit des G et 9 décembre 
1766, et les sieurs François Lasnier Desbarres, François Cusinet et 
Herre PoisBonoier des Granges, chirurgiens d^endeurs, vu aussi 



Digitized by VjOOQIC 



- 284 - 

les édits du Roy, arrêts de son conseil et tous aulres règleiuenls 
pour la police el fonctions respectives tant des dits médecins que 
des ofQciers du Bas chœur de la médecine ^ ensemble les produc- 
tions respectives des parlyes, tout vu et considéré. 

c( Je requiers pour le Roy que faisant droit sur les demandes et 
contestations des parties formées en Tinslance, il soit dit et ordonné 
par la sentence qui interviendra que les règlements seront exécutés 
selon leur forme et teneur^ ce faisant que sans s^arrèter à celles de 
d*Arnaud, soit disant médecin de la ville de Guéret, qu'il y sera 
déclaré non recevable ou en tout cas mal fondé par le défaut de 
qualité en sa personne, lors et au temps que les demandes ont été 
formées par la requête du dit jout% 6 décembre 1765, pour n'aVoir 
point montré ses lettres aux m^ire et échevins d'établissement et 
de résidence en cette ville, attendu qu'il s'est agrégé à la Faculté de 
Médecine établie en la ville de Limoges, où il n'a cessé d*y faire 
toutes les fonctions que peut exiger son art, et qu'il ne peut avoir 
aucun intèrestdans la contestation actuelle. 

a Et qu'ayant seulement égard aux demandes formées par le dit 
Dlandin pour la même requête ès-dits notns, il soit aussi dit par la 
même sentence qu'il sera fait défense aux défendeurs, lorsqu'ils 
seront appelés dans la ville et faubourgs pour donner leurs soins 
aux malades qui auront des maladies Internes, ou pour des opéra- 
tions extraordinaires de la main, et dans le cas où il leur paraîtra 
du danger ou événement douteux sur le sort du malade, de compo- 
ser et de donner aucun remède aux malades, ni phlébotomiser, 
sans ordonnance ou avis du oit Blandin ou de tous autres médecins 
résideus, qui auront dûment montré leurs httres de licence au 
lieutenant général de police et icelles fait enregistrer en son greffe, 
ainsi qu'aux maire et échevins. 

c Le tout suivant la forme prescrite par les règlements, si ce n'est 
dans les cas où les dits médecins se t ou veraient absents, malades, ou 
hors d'état de remplir les fonctions de leur ministère, ou qu'il y 
aurait du danger dans le retard, ou un lefus de la part des dits 
médecins; en ce que néanmoins, il serait aussi dit et ordonné pour 
l'intérêt public que par provision et Jusqu'à ce qu3 11 y ait un corps 



Digitized by VjOOQIC 



- Î85 - 

d^apothicairêrie et de pharmacie dûment formé suivant les règle- 
ments rendus, quant à ce, il serait permis aux dils deffendeurs 
d^avoir des drogues et des simples, qui seront de bon alloy, pour 
composer les remèdes qui pourront être nécessaires dans tous les 
genres de maladies, tant pour la ville que pour la campagne, et 
qu'à cet effet le dit Desbarres, en sa qualité de lieutenant des 
chirurgiens de la province sera autorisé à faire la visite et examen 
des dittes drogues et simples et de tout ce qui peut intéresser la 
pharmacie et la chirurgie, tant chez les chirurgiens que tdus autres 
tnarchands droguistes et épiciers, etc., pour de celles, qui ne seront 
pas recevables, être mises dans un sac et du tout en être dressé 
procès-verbal, assisté d'un commissaire de police et être remis au 
greffe, pour, sur les conclusions du procureur du Roy y être fait 
droit |>ar le lieutenant-général de police suivant la rigueur des 
règlements. 

« Et qn*en ce qui louche la réception des aspirants à la maîtrise 
en chirurgie, il soit au surplus dit que le dit Blandin, en sa qualité 
de conseiller-médecin ordinaire du Roy, sera maintenu dans le 
droitet possession d'assister à la réception des aspirants aux seuls 
actes appelés tentatives, premier, dernier examen et à la prestation 
de serment, et y sera invité par chaque aspirant et son conducteur 
et sera reçu à TAssemblée qui se tiendra à cet effet avec la décence 
et la distinction, dues à la noblesse de la profession, ainsi que dans 
toutes autres assemblées du corps de la chirurgie, où il sera 
ap|>elé9 Id tout suivant les statuts et règlements généraux confirmé^ 
par la déclaration du S août 1730 et Tarrest de renregistrenient 
d'ycelle du 13 août 1731, avec défenses aux dits chirurgiens de le 
priver à l'avenir des dits privilèges, et que sur le surplus des 
demandes Jls en seront renvoyé; et que la sentence à intervenir sera 
exécutée, attendu qu'il s^agit d'un fait de police et de Texécution 
des règlemf nts< Fait et arrêté au parquet des gens du Roy, à Guérct, 
.le 19 mars 1768. — Couturier de Fournoue. P. du Roy. t 

Le 16 mai suivant, la Chambre du Conseil, composée de de Madot, 
lieutenant-général, Midre de St-Sulpice, Druillelte de Clierduprat, 
Pichon du Cloup, Druillette de Ceylloux, Delafond, après avoir 



Digitized by VjOOQIC 



— 28& — 

enteûdn le rapporteur, Rougler de Beaamont, rend la sentence 
suivante : 

c Disons que nous avons déclaré le dit Arnaud n'ayant fait aucune 
résidence fixe en cette ville non recevable dans sa demande; et 
faisant droit sur celle du dit Blandin, attendu qui! n*y a point de 
collège de médecins, ny corps d'apothicaires dans la ville» de Guéret, 
nous Peu avons débouté. Ordonnons ce|»endant que le dit 
Blandin, en sa qualité de conseiller-médecin ordinaire du Roy 
sera gardé et maintenu dans le droit et possession d'assister 
aux acles appelés tentatives, premier, dernier examen, et à la' 
prestation de serment des aspirants à la maîtrise de chirurgien et 
à cet effet sera invité par chaque aspirant et son conducteur et sera 
reçu a l'Assemblée ainsi que dans toutes autres, où il sera invité 
avec toute la décence due à sa profession ; faisons défense aux dits 
chirurgiens de le priver à l'avenir des dits privilèges et droits et 
les condamnons à luy payer ceux qui luy reviennent à raison des 
réceptions des nommés Rousseau et Fressinaud et les avons ren* 
voyé du surplus des demandes; condamnons le dit Arnaud aui 
dépens frais à son égard, et le dit Blandin en la moitié ed ceux 
faits à son égard; le surplus compensé et sera notre présente sen- 
tence exécutée nonobstant opposition ou appellatioc quelconque, 
attendu qu'il s'agit de fait de police ». 

Ces documents sont intéressants à plus d'un titre; ils nous ren- 
seignent tout d'abord sur les attributions respectivement dévolues 
par lesédits et règlements aux médecins, aux chirurgiens, même 
aux apothicaires et nous font voir qu'à Guéret les chirurgiens 
notamment ne pouvaient se confiner dans leur attributions propres. 
Ils nous font connaître ensuite qu'il existait dans cette ville 
un c médecin ordinaire, conseiller du Roy ». C'était là une sorte 
d'office, créé par une ordonnance royale de 1692, et donné bien 
entendu, comme tous les antres offices institués à cette époque, 
moyennant finance. Le titre ainsi conféré était purement honori-. 
fique; mais il flattait la vanité du titulaire, le distinguait de ses 
confrères, le mettait en évidence et lui donnait une considération 
plus grande, sans parler de quelques autres privilèges, tels que 



Digitized by VjOOQIC 



-287 — 

Texemplion de la collecte, de la milice, du logement des gens de 
guerre, etc., dont jouissaient également les autres médecins. 
L'obtention de ce titre en entraînait an autre, celui de médecin 
juré, chargé de faire des rapports à Texclusion de lous autres, 
« dans les affaires qui s*instruiscnt aux frais du Roy ». il est vrai 
d'ajouter qu'à côté du médecin juré, il y avait également des 
chirurgiens jurés, jouissant des mêmes attribuliotis. Cette cha^rge 
de « médecin ordinaire, conseiller du Roy », fut successivement 
attribuée, au cours du xviir siècle, à Pierre Blandin, à Jean-Baptiste 
Blandin, son fils, et enfin à François-Pierre Blandin de Longechaud, 
son petit- fils. 

Nous venons de résumer les rares et courtes notes, que nous 
avons pu recueillir, sur les médecins de Guéret; nous avons fait 
allusion à la rivalité qui existait entre ces médecins et les chirur- 
giens de la ville (1), rivalité inévitable, facile à concevoir, étant 
donnée la difficulté d'établir les limites de leurs attributions respec- 
tives. Il nous reste maintenant à parler de ces derniers et à indiquer 
certaines particularités les concernant plus spécialement et qui sont 
venues à notre connaissance. 

« Un chirurgien, dit Trévoux, est celui qui sçait la chirurgie, qui 
en fait les opérations, qui saigne, qui panse les playes » (^i). Si on 



(4) Il n'entre pas dans notre pensée de parler ici de la lutte mémo- 
rable qui durant plusieurs siècles divisa les médecins, les chirurgiens 
et les barbiers perruquiers. A un moment donné ces derniers ne 
formèrent plus qu'une seule corporation avec les chirurgiens et la 
lutte se trouva ainsi circonscrite entre médecins et chirurgiens. Les 
premiers parlaient latin, ils avaient droit de porter la robe longue et le 
bonnet carré : cela leur suffisait pour justifier le profond dédain que 
leur inspiraient les chirurgiens barbiers, qu'ils considéraient comme 
de vils adversaires, voués à un métier manuel et par cela môme 
indigne et méprisable. Ces derniers ne portaient ni la robe, ni le 
bonnet; ils ignoraient le latin; ils prêtaient serment à la Faculté, & 
laquelle ils payaient une redevance Réunis dans leur collège de 
Saint-Côme, s'ils souffraient du mépris dont ils étaient l'objet de la 
part de cette dernière, ils ne rougissaient point toutefois de leur 
métier. Ils travaillaient et ne craignaient pas de se salir les doigts, 
en ouvrant des cadavres et en faisant des opérations auxquelles 
daignaient assister les médecins, se dontiant ainsi l'apparence de les 
diriger par leur présence. Celte situation humiliée ne pouvait toujours 
durer. En 1724, un édit du Roy organisa l'Ecole de Chirurgie et y 
créa cinq places de professeurs, qui devaient ^tre uQmn^és par son 



Digitized by VjOOQIC 



— 288 - 

ne tient compte que de cette simple définition, les chirurgiens de 
Guéret^ sans avoir joui d*une grande notoriété, pas plus que les 
médecins du reste, paraissent cependant avoir été toujours à la 
hauteur de leur situation. Les grandes opérations leur étaient 
familières et les amputations de membres, le trépan, etc., ne les 
effrayaient pas; quant à la saignée et au pansement des plaies, 
c'était Tobjet de leurs occupations quotidiennes. En dehors des 
opérations auxquelles nous venons de faire allusion, en dehors de 
la saignée et des pansements, la conduite des chirurgiens de 
Gnérel vis-à-vis de leurs clients, semble avoir toujours été celle 
d'une prudente expectation, ainsi qu'en témoignent des faits nom- 
breux, parmi lesquels nous nous bornerons à rapporter le suivant : 
L*i 30 janvier 17i9, Guillaume Chanaud fut appelé par Pierre 
Peyronneau, procureur, au village de Champegaud, or éloigné d'un 
quart de lieue de cette ville, où étant allé, il trouva chez le métayer 
du sieur de Ghampegaud, le sieur Prouhet, Antoine, couché et 
étendu par terre, devant le feu ; il était mourant et à la dernière 
extrémité ». Il lui fit avaler quelque peu d'eau-de-yie, lui frotta les 
temples (sic) aussi avec de Teau-de-vie. Il remarqua qu'il « avait 
une petite contusion au derrière de la tète et sur Tos occipital de 



premier chirurgien : la Faculté de Médecin le protesta, mais en vain. 
Cette conquête fut bientôt suivie d*une seconde. En 1731, la Société 
de chirurgie fut instituée et siégea pour la première fois le 18 décem- 
bre. En 1743, parut une déclaration royale qui restituait aux chirur- 
giens tous les droits qui leur avaient été enlevés antérieurement, grâce 
aux agissements de la Faculté. Aux termes de cette ordonnance, ils 
étaient séparés à jamais de la compagnie des barbiers et la maîtrise 
en chirin-gie était relevée en môme lemps que son accès était rendu 
plus difficile par la nécessité de subir préalablement des examens. 
Enfin en 1750 parut un arrêt qui rendit définitif le triomphe des chi- 
rurgiens : « La Faculté de médecine, ni pareillement le doyen, 
docteurs et ré jren s d'icelle, ne pourront exiger à l'avenir, pour quelque 
cause ou prétexte que ce soit, aucun serment, tribut ou redevance 
des dits maîtres en chirurgie, en général ou en particulier, m les 
mander à cet etTet, ou les troubler pour raison de ce dans Texercice 
de leur profession ou autrement ». Un autre article ajoutait que les 
chirurgiens « jouiront des prérogatives, honneurs et droits attribués 
aux autres arts libéraux..., à l'etTet d?. quoi, ils ne pourront être 
compris dans les rôles des arts et métiers. Le tout à la charge 
d'exercer leur profession sans mélange d'aucun art, non libéral ou 
profession étrangère à la chirui^gie. b (2). 



Digitized by VjOOQIC 



peu de conséquence, et comme' le dit Antoine Prouet n'était pars en 
état de recevoir aucun secours... », il se relira. 

Comme partout ailleurs, dans les Tilles ^ les chirnrgietis de 
Guéret avaient pour enseigne des bassins blancs ; ils tenaient 
« boutique » où ils recevaient leurs clients auxquels ils donnaient 
des conSQ!tatiX)ns et les soins que réclamait leur état. En leur 
absence, la « boutfque lo restait ouverte et les malades ou blessés 
ataient affaire à leur garçon )» ou « apprenti ». En 1760, Antoine 
MÊtadlér était l^arçon chirurgien chez Lastiier Desbarres. 

Voici les noms dé la plupart des chirurgiens, que nous avons 
relevés depuis Tannée 1650 : 

1650. — Pierre Paillon i 

1669. — Pierre Peronny; 

1674. — Pierre Desrierges ; 

1680. — Jean Aujean ; 

1693. — Pierre Richard ; 

1*109. — Guillaume Chanaud; chirurgien juré; 

I7l5. — Etienne Branche, chirurgien juré ; 

Jacques Cyalis ; 



1716. i j rrz . 

Jean Vincent; 

( GaittaumeDarean; 

I Annet'Lnche, lientenànl des cbirnrgiens; 
lîâll — Sil^ain Péyrat, chirurgien juré ; 
1733. — Gabriel Lasnier; 
1745. — Annet Chanattd ; 
1780. — Sudre; 
1^52. — Dareaù; 

17S3. — François Lasnier Desbarres ; 
1759. — Pierre Cuslnet; 

Pierre Poissonnier des Granges ; 



' François G«isinet; 



19 



Digitized by VjOOQIC 



-290- 

<788. — François-Pierre Lasnier Desbarres ; . 
Jean-Baptiste Peyral ; 
Dardanne. 



1788. 



Dans toutes les villes où il y avait Présidial et Sénéchaussée, il 
existait un lieutenant des chirurgiens, nommé, conformément à un 
édit du mois de septembre 1723, par le premier chirurgien du Roy, 
qui avait le titre de «( chef et garde des chartes et privilèges de la 
Chirurgie et Barberie du Royaume ». Ce lieutenant des chirurgiens 
était assisté d*uu greffier, également désigné par le premier chirur- 
gien du Roy. 

La principale fonction du lieutenant des chirurgiens consistait 
d'une part, à convoquer ses collègues» lorsque cette convocation 
était nécessaire, pour procéder de concert avec eux à Texamen des 
candidats, qui aspiraient à la maîtrise en chirurgie, et, d'autre part, 
à veiller à Texécution des statuts et règlements auxquels devaient 
se conformer les membres de la corporation. Il exerçait également 
une surveillance sur les barbiers et perruquiers de la ville, auxquels 
on tolérait l'exercice de certaines pratiques chirurgicales, et qui, 
pour cette raison, étaient astreints au paiement de certains droits 
stipulés par divers édits. 

A Guéret, en 1727, le lieutenant des chirurgiens était Annet 
Luche, qui remplissait encore cette fonction en 1754. A la même 
époque, la charge de greffier était exercée par Silvain Peyrat, qui 
l'occupa jusqu'en 1759, année où il fut remplacé par François 
Lasnier Desbarres, « maître chirur^ifien ». — Ce n'est toutefois 
qu'en 1764 — le 16 février — que ce dernier demanda l'enregistre- 
ment de ses lellres de provision au greffe de l'Election, « disant 
qu'il a plu au sieur Germain de la MurtinièrQ (1), chevalier de 
rOrdre de Saint-Michel, chef de la chirurgie du Royaume, Président 



(1) Germain Pichaud de la Martinière fut attaché aux armées du 
Roy dep'jis 1730. 11 était chirurgien major des gardes françaises 
lorsqu*en 1847, il fut nommé preniier chirurgien du Roy en rempla- 
cement de Lapéronie qui venait de monrir. Il le remplaça également 
^ TAcadémie de Chirurgie qu'il présida pendant 36 ans. 



Digitized by VjOOQIC 



-Mi- 

de TAcadémie de Chirargie, garde des chartes, statuts et privilèges 
du dit art, de le commettre et instituer comme greffier de la 
communauté des maîtres en cliirurgie de cette ville, suivant ses 
lettres de provisions du premier mai 1759, signées : La Martiniëre, — 
plus bas, par mon dit sieur Leblond Dalbest, scellées du grand 
sceau de cire rouge... » Sur la réquisition de Rochon de Valette, 
procureur du Roy en TEIection, ces lettres furent enregistrées le 
même jour, « pour jouir des exemptions et privilèges dus aux 
possesseurs de semblables commissions ». 

En 1780, le même François Lasnier Desbarres était devenu lieu- 
tenant des chirurgiens ; à ce moment la charge de greffier était 
occupée par François Cusinet. 

Ces charges de lieutenant et de greffier paraissent toujours avoir 
été fort recherchées et cela ne saurait surprendre, d'abord en raison 
de la considération qu'elles procuraient, et ensuite à cause des 
avantages qui y étaient attachées, avant que ces avantages eussent 
été attribués aux chirurgiens par les lois et ordonnances (1). 
Parmi les privilèges fort appréciés, dont jouissaient les titulaires de 
pareilles charges, citons notamment Texemption de la collecte, du 
logement des gens de guerre, et de la corvée et même quelquefois 
de la taille. 

Les chirurgiens de Guéret formaient une corporation on commu- 
nauté, qui avait ses règlements et ses statuts, à la tète de laquelle 



(1) Des lettres patentes du 10 août 1756 enregistrées le 7 septem- 
bre suivant portent : 

« Que les maîtres de Tart de chirurgie qui exerceront purement 
et simplement la chirurgie sans mélange de profession méchanique 
et sans faire aucun commerce ou trafic, soit par eux ou par leurs 
femmes, seront réputés exercer un art libéral et scientifique... 

« Qu'ils seront compris dans le nombre des notables bourgeois 
des villes et lieux de leur résidence et pourront à ce titre être revêtus 
des offices municipaux au même rang que les notables bourgeois... 

c Qu'ils ne seront pas compris dans les rôles des arts et métiers, 
ni assujettis à la taxe d'industrie. 

« Qu'ils seront, les dits chirurgiens, exempts de collecte, de taille, 
de guet et de garde, de corvées et de toutes autres charges de ville et 
publiques, dont sont exempts, suivont les usages observés, les autres 
notables bourgeois... d 



Digitized by VjOOQIC 



-292 - 

se trouvait un Prévôt, et, comme toutes les communautés simi. 
laires, était placée sous le patronage de un on plusieurs saints. Les 
patrons des chirurgiens étaient Saints Côrae et Damien. Cette 
communauté avait une chambre de juridiclion, où se réunissaient 
ses membres pour traiter des affaires qui les intéressaient, et auss* 
pour faire subir des examens aux candidats à la maîtrise, candidats 
auxquels ils délivraient ensuite, en cas de succès, des lettres de 
capacité. C'est ainsi que le 3 janvier 1731, comparut devant eux 
Guillaume-Antoine Miquel, de Jarnages, qui « a fait son apprentis- 
sage sous Antoine Miquel, son père» et a travaillé l'espace de trois 
années à THôtel-Dieu de Paris » (1). Ce candidat les avait requis 
e de luy vouloir donner jour pour estre par eux procédé à ses 
exafnens et expériences ». Conformément à sa requête, en présence 
dé Branch<^, prévost des chirurgiens de la Marche, de Luche, Cha- 
nâud,5Vincenl, Cyalis et Peyrat, maîtres chirurgiens, il fut interrogé 
c sur les principes de la chirurgie..., et aussi sur Tanatomie du 
corps humain, playes de bas ventre, de teste, sur la sai^^née et 
moyen de réduire lés fractures et luxations, sur les remèdes et 
a|f)parells coiivenâblek, le tout en l*ab^ence de M« Blandîn, conseiller 
dû Roy, médecin ordinaire de Sa Majesté ». Le certificat de capacité 
qui lui fut délivré, à la suite de ses épreuves, se termine ainsi : 
« . • . Nous, en vertu des lettres à nous données par M* Hareschal, 
premier chirurgien de Sa Majesté, enregistrées en la sénéchaussée 
criminelle de cette ville, avons le dit Miquel receu et admis en 
la ville de Jarnages, y exercer le dit art, prendre enseigne, tenir 
boutique ouverte, jouir des droits et privilèges, dont jouissent 



(1) a Nous, soussignés. Docteurs Regens de la Faculté de médecine 
de Paris et médecins de rilôtel-Dieu, et nous maîtres chirurgiens jurés 
à Paris et du dit HôleUDieu, certifions à tous qu'il appartiendra que 
Je nommé Guillaume-Antoine Miquel s'est présenté au dit Hôtel- 
Dieu pour s'y instruire en qualité d'externe ; qu'après y avoir été 
a^dmis, il a assisté aux opérations avec assiduité pendant deux, ans, 
qu'il a même travaillé aux pansements sous la vue du maître et des 
compagnons pendant le dit temps, et a assisté aux exercices anato- 
miques auxffiiels il a été assidu. En foy dé quoy, nous lui avons 
délivré le présent certificat pour lui servir et valoir ce que déraison. 
P^ait à niôtèl-Dieu de Paris, le vingt-huitième juillet mil-sept-cent- 
vingl-un ». Signé : Herment, Emmoret, Méry, Lubaud, Ghomel, Afforty(?) 
fils, De Latu, Regnaut. 



Digitized by VjOOQIC 



— 293 — 

les autres chirurgiens regus pour la dite ville el avpus le dit 
Guillaume Mlquel pris et receu en tel cas requis et accou - 
tumé... » {{). 

Quels étaient les honoraires alloués aux chirurgiens? Sur ce poipt, 
pas plus que 3ur les honoraires attribués aux médecins (2), nous 



(1) Voici le procès-verbal qui fut dressé au sujet de cette réception : 

a Annet Luche, lieutenant des chirurgiens de la ville de Guéret, 
à tous ceux que les présentes lettres verront, salut. Sçavoir faisons 
que sur la requcsle à nous présenté par Guillaume-Antoine Miquel 
faisant profession de la religion catholique, apostolique et lomaine, 
âgé de trente ans, contenant que dès sa plus tendre jeunesse il s*est 
appliqué -à Testude de lu chirurgie et a fait son apprentissage soubs 
Antoine Miquel, son père, et a travaiUé l'espace de trois années à 
THôtel-Dieu à Paris, suivant le certificat attaché à la ditte requeste, 
pendant lequel temps il a acquis la capacité nécessaire pour parve- 
nir à la maîtrise de chirurgie pour la viUe de Jarnages, il nous a requis 
de luy vouloir donner jour pour estre procédé à ses examens et 
expérience en notre chambre de juridiction à Guéret, pour, en cas 
de capacité, luy e»tre délivré des lettres de maîtrise, à laqueHe 
requeste, icelles pièces attachées, nous avons renvoyé le supliant 
par devant le médecin royal, M«» Guillaume Ghanaud, Estienne Bran- 
che, prévost, Jacques Cyalis, Jean Vincent et Sylvain Peyral, tous 
maîtres de la ditte communauté, pour luy faire subir les examens à 
la manière ordinaire. En conséquence de quoy il s'est présenté en 
notre chambre de juiidiction à Guéret, a été intérogé le trois janvier 
sur les principes de la chirurgie par nous tous maîtres susdits, et 
aussi sur l'anatomiedu corps humain, playes de bas ventre, de teste, 
sur la saigné» et moyen de réduire les fractures et luxations, sur 
les remèdes et appareils convenables, le tout en l'absence de 
Monsieur Blandin, conseiller du Roy, médecin ordinaire de Sa Majesté. 
Le dit Guillaume Miquel retiré, après advis de l'assemblée qui Ta 
trouvé capable, nous, en vertu des lettres à nous données par Monsieur 
Mareschal, premier chirurgien de Sa Majesté, enregistrées en la séné- 
chaussée criminelle de cotte ville, avons le dit Miquel reçu et admis, 
recevons et admettons M* chirurgien juré pour résider en la ville de 
Jarnages, y exercer le dit art, prendre enseigne, tenir boutique 
ouverte, jouir des droits et privilèges dont jouissent les autres 
maîtres chirurgiens reçus pour la ditte ville, et avons du dit Guillaume 
Miquel pris et receu le serment en tel cas requis eX accoutumé. 
£t en témoignage de ce, avons signé les présentes. Fait en notre 
chambre de juridiction à Guéret, le troisième janvier mil-sept-cent* 
trente-un. d 

(2) Au sujet des honoraires médicaux, nous n'avons recueilli que 
des renseignements peu explicites et insufQsants pour nous faire 
connaître le prix d'une visite ou d'une consultation médicale. A titre 
do document, voici une note d'honoraires payés au médecin Fitlias 
en 1781, par les héritiers de Madot ! « Je soussigné-, reconnais avoii' 
reçu de M. de Sardent, tuteur des enfants de Mé de Madot, ta' somme 



Digitized by VjOOQIC 



ne possédons de renseignements. Ce que nous pouvons dire seule- 
ment, c'esl que le prix qu'ils réclamaient, pour chaque saignée par 
eux pratiquée, était de dix sols, quelquefois quinze sols. Ce que 
nous pouvons ajouter aussi, c'est que la pratique chirurgicale ne 
semble pas> pour ceux qui s'y livraient exclusivement, avoir 
jamais été fort lucrative : elle ne parait pas, tout au moins, avoir 
suffi seule pour les conduire à la fortune, ni même, pour quelques 
uns, à la simple aisance. En 1761, nous voyons en effet le chirurgien 
Jean Vincent aller mourir à Tliôpital à Tâge de soixante et un ans, 
après avoir exercé son art pendant plus de 35 ans, tout en étant en 
môme temps cabaretier. D'autres comme Jean Vincent, à l'exercice 
de leur art, joignaient diverses occupations, susceptibles de leur pro- 
curer des ressources, qui venaient s'ajouter aux honoraires chirur- 
gicaux. Ainsi procédaient Annel Luché, Dareau et Sudre, qui, tout eu 
pratiquant la chirurgie, étaient, le premier, fournisseur aux dépôts 
de sel et fermier de la Commanderie de Maisounisses, — le second, 
notaire et greffier en chef de la sénéchaussée criminelle, — le troi- 
sième, marchand et fournisseur aux dépôts de sel. En 1708, le 
chirurgien Cyalis ne se bornait pas à saigner ses clients; il les rasait 
aussi et soignait leur chevelure : sur le livre de dépenses du Prési- 
dent Bonnet, nous relevons en cUet la note suivante, très explicite 
à cet égard : « Payé à Cyalis, chirurgien, pour me raser, essencer, 
poudrer mes perruques, 4 livres 10 sols — à son fratrer, 6 sols, — 
en tout 4 livres 15 sols ». 

Les chirurgiens avaient encore une autre ressource : aux termes 
de la requête du Procureur du Roy, requête relatée précédemment, 
il sembfe qu'ils jouissaient de la faculté, simplement tolérée, il est 
vrai, en l'absence d'un corps d'apothicaires, a de tenir des drogues 
simples et de bon algi, pour composer les drogues nécessaires, tant 
pour la ville que pour la campagne ». D'après les règlements anté- 



de 150 livres, tant pour le traitement d'une fièvre tierce qu'eût feu 
M. de Madot... que pour celui de sa dernière maladie, ainsi que pour 
les soins que j'ai donnés au fiU du vivant de son père« — Dont 
quittance. 

a Ce 22 décembre 1781. 

a FZLUAS D. M. M. » 



Digitized by VjOOQIC 



— 295 - 

rieurs, les apothicaires avaient en effet seuls le droit exclusif de com- 
poser et de vendre des médicaments, de préparer les tisanes et les 
potions ordonnées ou formulées par les médecins. Des arrêts du con- 
seil des 20 juin et 8 juillet 1724 établissaient cependant quelques 
exceptions et spécifiaient quelles espèces de remèdes les chirurgiens 
pouvaient «faire et tenir chez eux pour les plaies, tumeurs, fractures 
et autres maladies externes qu'ils traiteront, sans toutefois qu'ils 
puissent vendre et débiter aucun remède ji>. Une ordonnance du 12 
avril 1749 vint encore confirmer celte dernière disposition, en 
défendant à la fois aux médecins et aux chirurgiens « de composer, 
vendre ou débiter aucun médicament ou remède destiné à entrer 
dans le corps humain ». Sur ce point, d'après le document auquel 
nous venons de faire allusion, les chirurgiens de Gueret se trou- 
vaient priviligiés, au détriment des apothicaires. H est vrai d^ajou- 
ter que ces derniers trouvaient une compensation, car ils ne se 
gênaient guère et ne se faisaient aucun scrupule de pénétrer dans 
le domaine de la médecine et de la chirurgie, lorsque l'occasion se 
préseniait. Nous pourrions citer de nombreux exemples de ces 
incursions illégales commises par des apothicaires, entre autres par 
Pierre Richard, (fui se dénonce lui-même, n ... Mandé le 30 janvier 
1719 par les parents du sieur Antoine Prouliet, chanoine, pour 
l'aller voir dans une maison du village de Champegaud, od on 
l'avait porté du communal, où on l'avait trouve mourant et à 
l'extrémité..., l'ayant examiné, il le trouva mourant et à l'agonie, 
qui ne parlait et n'avait aucun sentiment. Il lui donna de l'élixir 
pour ranimer sa chaleur naturelle et mettre son sang eu mouve- 
ment, mais cela ne fit rien, comme il avait bien jugé... ù U attribua 
l'état du moribond « à la rigueur du temps qu'il avait fait la nuit 
et au vin que le chanoine avait bu le jour précédent, ne luy ayant 
connu aucuns coups qui eussent pu lui causer la mort... » 

Dans les villes un peu importantes, et lorsqu'ils étaient en 
nombre suffisant, les apothicaires formaient utie corporation, qui 
était tout à la fois un collège d*eûseigaeaieat, un jury de réception 
pour les grades, uu corps disciplinaire, une société ayant des droits 
et des prérogatives et organisée en grande partie, dans uQ but de 
defoiise, quaud les intérêts professiouueis étaient eu Jeu. Rieu do 



Digitized by VjOOQIC 



semblable n*eusU.à Goéret^eùle Qooibre4es apalbieabre6.n!§xcé(la 
jamais simullanémeot le cbîffre de deux. Ceoi qui viorenU'établir 
daus cette ville au cours du xviii* siècle avaieut pris leurs.grades 
un peu partout, à Paris, à Metz, à Verdua ou ailleurs, ^aiosi que 
nous Tavons indiqué à propos de quelques-uns en parlant de 
rHôtel-Dieu (1). 

Les attributions des apothicaires n'étaient pas toutefois exclusive- 
ment limitées à la composition et à la vente des remèdes (2); lis 
avaient encore un rôle très important à remplir, rôle fonda|uenlal. 



(1) Ce n'était pas une petite aftaire que d'avoir à gagner la maîtrise 
avec le titre de maître apothicaire Juré et le droit d'exercer la profes- 
sion. ~ Il faUait tout d'abord être issu d'une bonne famille, avoir 
appris la gramiqaire \ il fallait ensuite acquérir le Mtre d'< appreuti» 
dans une t apolhicairerie t , où il était indispensable de rester de longues 
années c sans discontinuation », — puis passer en présence d'un 
médecin un premier examen c sur la généralité de l'art, l'élection, 
la préparation et la mixtion des médicaments d, en subir un second 
o sur les explications des ordonnances latines des médecins... d, — 
confectionner ensuite un chef-d'œuvre, c'est-à-dire exécuter une 
formule pharmaceutique, secundum aricm ; enfin, une fois cette 
dernière épreuve subie « glisser la culotte courte, armer la tète de 
la perruque à trois tours, fourrer ses pieds dans des souliers à bou- 
cle d'argent, et aller rendre une visite respectueuse au lieutenant 
général de police, entre les mains duquel le nouveau maître apotlii- 
caire prêtait le serment accoutumé ». 

(2) Nous croyons devoir reproduire à titre de renseignements, les 
différents prix de remèdes simples ou composés, vendus par 1^ 
apothicaires de Guéret. D'après un mémoire de « drogues et médica- 
ments fournis dans la maison de Madot par l'apothicaire Poissonnier 
et sur ordonnance de M. FUlias j», nous relevons les prix suivants : 

cr Un large emplâtre de vésicatqire pour lui metl,re à. la 

nuque 1 1. 10 s. 

a L'avoir purgé avec son sirop ordinaire 1 1. 12s. 

a Une forte médecine 21.158. 

a Une purgation ordinaire 21, 5s. 

jt Une forte prise d'émétique , 6s. 

a Une prise de tartre siibée.... • 58. 

a Un lavement purgatif 158. 

a Deux lavements émoUients à M. de Madot ^s par 

ordre de M. Filli^ 11. 48. 

a Une once de quinquina bouilli dans une chopine 1 1. 10 8. 

a L'avoir purgé avec le séné moudé, la rhubarbe du 
Levant, le sel d'Angleterre, la manne et le sirop de fleurs 

dépêcher 11. 58. 

€ De^x bouteilles de M^ue sudoriflque... ....... ••••••• 3L 



Digjtized by VjOOQIC 



~..M7 - 

s'il est permis de parler ainsi. A Guéret^ap^si ^l^ien q/ae parloot 
ailleurs, on les voyait en effet tous les jqfirs, cliaque malin et 
chaque soir, au lever et au couclier du soleil, quitter leur boutique, 
parcourir la ville et aller visiter leurs clients, portant gravement un 
étui su^peqdu à leur cqu parunebandouillère. C'est <i|in3i que pous 
apparaît Tapotbicaire Claude Voysin, lorsque en 17Q5, lors de 
rémeute suscitée ^ar une saisie faite par dés huissiers, il intervint 
pour protéger le commis aux fermes, Pérou : il était assurément 
revêtue de sa bandouillère. Que contenait Tétui qu'elle retenait? 
On le devine sans peine : il renfermait Tindispensable instiniment 
qui servait à Tapothicaire « à glisser sous le secret de Talcove un 
iiquide chaud à point, lulo^ cito et jucunde )>, opération à la suite 
de laquelle il devait parfois attendre patiemment le moment où il 
lui serait permis de pouvoir apprécier, — car tout n'était pas rose 
dans le métier, — si la matière était louable ou non. 

Qo^ls furcint les apptMcairçs appelés à e^^ejcer ainsi leur miiiis- 
tère?MQUsne les connaissons p^s tous et nogs ne^puuvqqs que 
donner la liste suivante, sans doute bien incqmplë*.e : 

4640. — Jean Voysin, sieur de la Vergue ; 
1655. — Jean Abert ; 
1680. — Anthoine Richs^rd ; 
1692. — Philippe Forest; 

( Jean Voysin ; 

( Gilbert Laurent ; 
16«0. — Pierre. Rich^d; 

i André Cbillon ; 

( Claude Voysm; 
niO. — Olivier Guéret ; 
, 17SM). — Antoine Braache ; 
r.îS. — Christophe Fayolle; 
1730, . Joseph Richard (fils), dit Beausoleil ; 
173&. — Léonard Poissonnier des (Àrai^ges; 



Digitized by VjOOQIC 



'1 



— 298 — 
Joseph Peyrat ; 



' LasDier Desbarres ; 
1780. — Poissonnier. 

Avant de terminer ce paragraphe, pour être complet autant que 
possible^ il nous reste à dire un mot des matrones ou sages-femmes 
et, bien que les documents qui les concernent soient extrêmement 
rares, à rappeler les noms de quelques-unes de celles qui ont exercé 
à Guéret au cours du xviii* siècle. 

Il est probable, il est certain même que les premières sages- 
femmes furent des personnes compatissantes et charitables, qui, 
témoins à diverses reprises des souffrances et des angoisses de 
quelques-unes de leurs voisines en travail, cherchèrent tout d'abord 
à leur venir en aide, à les soulager et à hâter leur délivrance. Il y a 
lieu de penser qu'ensuite un certain nombre d'entre elles, instruites 
par Texpérience, voulurent utiliser les connaissances qu'elles 
avaient acquises et se créer ainsi une profession. Ce fut là ce qui se 
passa sans doute dès le commencement du monde, et nous ne 
craignons pas d'ajouter qu'au début du xvin* siècle, à Guéret, les 
choses ne se passaient pas autrement. Alors, dans cette ville il 
n'existait pas de sages-femmes, au sens précis du mot, tel qu'il 
s'entend aujourd'hui; on ify voyait que quelques matrones, des 
« ventrières », comme on les appelait dans les siècles précédents. 
Qu'était-ce donc qu'une ventrière? « C'est, dit Barthélémy de 
Glanville, une femme qui a l'art d'ayder à la femme quand elle 
eafante, afln qu'elle ayt l'enfant légèrement et que l'enfant ne soit 
en péril. Elle oingt le ventre de la femme qui enfante d'aucun 
oignement pour faire yssir l'enfant plus tost et à moins de dou- 
leur. Quand Tenfant naist, elle le reçoit et lui couppe le nombril 
du long de quatre doigts, et le noue; et puis elle lave l'enfant pour 
en oster le sang, et après elle le frotte de sel et de miel pour 
seicher et conforter les membranes, et Tenveloppe en blancs 
drappeaulx » (1). 

(1) De proprietUihuB rei*um, 1350* 



Digitized by VjOOQIC 



— 299 — 

A la fin du XYii* siècle, il élait d'un nsage à peu près général, en 
France tout au moins, d'appeler des chirurgiens auprès des fem- 
mes en couches. Au commencement du siècle suivant, une tenta- 
tive de rèaclion se produisit contre cet usage et le promoteur de 
cette tentative fut le doyen de la Faculté de médecine de Paris, le 
D' Hecquet. Ce dévot, pour complaire, dit-il, « à quelques dames 
chrétiennes », qui, « pour ne point se laisser réduire à Tusage 
presque établi aujourd'hui de se faire accoucher par des hommes, 
ont demandé à s'instruire sur celte coutume qui blessait leur 
pudeur et offensait leur piété », publia un petit livre sur « Tindé- 
cence aux hommes d'accoucher les femmes... » (1). Quels furent 
les résultats de cette tentative? C'est là un point sur lequel il est 
inutile de nous appesantir ici. Disons toutefois que Topinion de 
Hecquet n'est point partagée par le chirurgien Dionis, qui vante les 
accoucheurs et décrit avec complaisance l'attitude extérieure que 
doivent présenter ceux qui veulent excercer fart obstétrical (2). 

Quoi qu'il en soit, ce qui demeure positif, c'est qu'à Guéret, au 
cours du xviii« siècle, il exista toujours simultanément une ou 
plusieurs matrones, dont les noms, pour quelques-unes, sont venus 
à notre connaissance, en analysant les registres paroissiaux. Dans 
les registres de l'année 1729, notamment, nous avons relevé le nom 
de deux d'entre elles, qui figurent là comme marraines ou assistantes 
et déclarent la naissance d'enfants illégitimes. L'une portait le 
nom de Laranne (3), l'autre s'appelait Anne -Françoise Banas- 



(1) 1708. 

(2) (c Celui qui embrasse les accouchements, dit Dionis, doit être 
bien fait de sa personne, n'ayant aucun défaut corporel, ni rien de 
choquant dans son visage. Il faut qu'il soit fait de manière qu'une 
femme puisse se mettre entre ses mains sans aucune répugnance. 
Il ne doit être ni trop jeune^ ni trop vieux ; il faut qu'U soit dans la 
vigueur de son &ge et qu'il ait de la force pour pouvoir faire un 
accouchement laborieux, qui le met quelquefois tout en sueur. » 
(Traité général de$ accouchements), 

(3) ff Le 13 octobre 1729 a été baptisée... Françoise, fille illégitime 
de François Robert du village de Villechenille^ paroisse de Giény,et de 
Jeanne Jouneau, du village de Bruffnat, paroisse d'AJain, demeurant 
ci*devant chez le dit Robert, qu'elle a déclaré le pore de la dite 
Françoise, en présence de la eage^femme ditte Laranne,,^ » 



Digitized by VjOOQIC 



- qpo - 

,3at (l)..^n ce qui concerne leurs aptitudes prpfessipqneyes, poas 
ne possédons absoluiQent aucun renseignement. 

Plus tard, vers 1750, nous trouvons une autre matro|^e,la femme 
Lacroix, qui, à cette même époque, cherche à initier à Part des 
accouchements sa belle-(ille, Antoinette Renard, fjsmme de Niçois 
Lacroix, tailleur d'ha))ils pour hpmmes. Antoinette R^q^rd paraît 
avoir eu du goût pour sa profe$siQn. A un moment dpnné, elle éprouya 
même le besoin de perfectionner sou instruction et c'e^t ainsi qu'en 
1761 elle se rendit à Moulins poursuivre les leçous que prufes^$\it 
alors c a^^ du Coudray, Qn cette ville pour les accouchements o(i). 
Il est vrai d*ajouter qu'elle fut encouragée dans cette entreprise p^r 
le corps municipal de Guéret, qui lui alloua une somme de soixante 
etidouze livres, « pour payer les dépenses de son voyage et séjour 
en la ville de Moulins et de §on retour » (3). 

{{) a Le dixième jour du mois de décembre 1729 a été baptisé 
Jean, fils illégilime de Jeanne Cyallis, fille de Martial Cyallis, huissier, 
lequel est né le sixième du présent mois ; ~ a été son parrain, Jean 
Colombeyron, masson du faubourg de la Gasne, lequel m'a dit c|ue la 
ditte Jeanne Cyallis lui avait déclaré que Jean Echerant, trompette du 
régiment de ViUeroy, de la compagnie de M. Vaucorbeil, était le père 
du dit baptisé, et la marraine Jeanne-Françoise Banassat, les^quels 
ont déclaré ne savoir signer de ce requis, — Fait le jour et an que 
dessus en présence de Sylvain Banassat, meunier, soussigné et de 
Anr^e Banassat^ femme-sage. » 

(2) Il s*agit de M"^ Le Boursier du Coi^dray, auteur d*un « Abrégé 
de l'art des accouchements, dans lequel on donne les préceptes 
nécessaires pour le mettre heureusement en pratique o 1759. — 
tf Après avoir appris dans la Capitale Tart que je professe, dit cet 
auteur, et Tavoir exercé Tespace de seize ans, mon sort me conduisit 
en Province- » M»» du Coudray séjourna en difTérentes villes, à 
Clermont, à Moulins, etc. Là, elle donna gratuitement des leçons et 
pour rendre ces dernières plus pratiques elle prit le parti, dit-elle, 
« de faire manœuvrer ses élèves sur une machine que je construisis 
à cet eCTet et qui représentait le bassin d'une femme, la nature, son 
orifice, ses ligaments, le conduit appelé vagin, la vessie et l'intestin 
appelé rectum. J'y joignis, ajoute-t-elle, un modèle d'enfant de gran- 
deur naturelle, dont je rendis les jointures assez flexibles pour pou- 
voir le mettre dans des positions différentes, un arrièrerfaix, ayec 
les membranes et la démonstration des eaux qu'elles renferment, le 
cordon ombilical... > 

(8) Nous avons relevé sur les registres paroissiaux de 1758, le nom 
d'une autre matrone, celui de Marguerite Aubaile, c femme-sase a, 
que nous voyons opérer à Maindigouret baptiser ensuite < par nlces- 
Bité D un enfant nouveau-né dans ce village. 



Digitized by VjOOQIC 



-301 - 

Le nom d^one autre sage-femme nous est parvenu, c'est celui de 
Marie Baratbon, qui vivait vers 4775 et qui était alors qualifiée 
a maîtresse sage-femme ». Marie Barathoii habitait la rue du Pral; 
elle parait avoir joui d'une certaine réputation; elle était tout au 
moins fort occupée et sa profession ne lui laissait ((uère de loisirs. 
£n 1780, elle fut exemptée du logement des g'^ns de guerre, a en 
considération de ce que son état la mettait souvent dans Tobligation 
de quitter son logement et de ce qi/il y aurait beaucoup d'inconvé- 
nient pour elle à le laisser occuper par des soldats d. 

Quels étaient les honoraires attribués aux sages-femmes? Sur ce 
point encore, pas plus que sur Jes honoraires des médecins et des 
chirurgiens, nous ne sommes nullement renseigné. Tout ce que 
nous savons c'est qu'en 1703 une somme de sept livres huit sols 
fut payée à la sage-femme, qui avait assisté la femme du Président 
Boimct pendant son accouchement, donné ensuite des soins c à sa 
fille Valérie » et <c avait porté cette dernière à l'église pour y être 
baptisée. » 

Docteur F. VILLARD. 
(A suivre). 



Digitized by VjOOQIC 



GUÉRET. — IBCPRIMERIE AMIAULT, PLACE DU MARCHÉ. 



Digitized by VjOOQIC 



MÉMOIRES 



DE LA 




lîIE m SCIEICIS 



pLATURELLES & yfliRCHÉOLOGïQUËS 



»>!iCî>fe »<yH 



Digitized by VjOOQIC 



La Société n'entend être responsable ni des opinions 
émises par les auteurs des Mémoires, ni de la forme de leur 
rédaction. 

MM. les Membres de la Société sont priés d'adresser au 
Président, avant le !•' Avril, les Mémoires qu'ils se propo- 
seraient de faire insérer dans le BULLETIN. 



ifr 



Digitized by VjOOQIC 






MÉMOIRES 



DE LA 




fÏATURELLES & y^RCHÉOLOGIQUES 



FONDÉE EN 1832 



DEUXIÈME SERIE. — TOME NEUVIÈME 

(XIV« de la Collection) 

DEUXIÈME PARTIE 



C2-><T^ 





GUERET 
Imprimerie P. AMIAULT, Place du Marché. 

1904 



Digitized by VjOOQIC 






Digitized by VjOOQIC 



AU CONSEIL GÉNÉRAL 



Monsieur le Préfet, 

En réponse à votre lettre du !2 juin courant, j'ai l'honneur de 
vous adresser le comple-rendu des opéralions de la Société des 
Sciences Nalnr elles et Archéologiques de la Creuse, pendant Tannée 
1903-ig0&. 

bulletin. — Le Bulletin est en cours d'impression. Il contiendra 
des articles du regretté Louis Guibert, de MM. Beuufranchet, 
Delannoy, Lacrocq, Pérathon ; un important travail de H. Gabriel 
Martin sur la ville d'Aigurande, qui présentait celte particularité 
d'être moitié en Berry et moitié en Marche; la fin des Notes sur 
Guéret au xviii* siècle, par M. le Sénateur Villard. Noire Bulletin 
ne sera donc pas moins intéressant que ceux des années précé- 
dentes. J'espère donc que le Conseil général nous continuera son 
allocation de 800 francs. 

Dons au Musée. — La liste générale de ces dons sera insérée à la 
fin du volume de celte année. Pour le moment je me bornerai à 
citer les plus importants : 

Tableau de Deshayes (école 1830), paysage, donné par M. Alexis 
Rouart; 

Portrait de femme (très beau), signé L. Leprévost et daté de 
!827, donné également par M. Rouart ; 

Lot de tissus provenant des fouilles d'Antinoë, envoyé par le 
Ministère, 

Acquisitions. — Sans parler des acquisitions faites par la Biblio- 
thèque, je citerai parmi celles du Musée : 

Burette très élégante el plateau. 

Cbrisl bjfsaniin, émail cbamplevè du XV siècle. 



Digitized by VjOOQIC 



-. 308 - 

Nous sommes malheureuseraenl obligés de réduire outre mesure 
les acquisilions, en prévision des dépenses qu'entraînera Tinstalla- 
lion du nouveau Musée. Il sera indispensable de faire redorer tous 
les cadres, de mettre les meubles en état, et surtout de faire réparer 
certaines tapisseries, par exemple celle du CoUin Uaillard^ dont 
une portion de Tencadrement doit être refaite. Pareil panneau 
provenant de la collection Leclercq, vient d'être vendu 16.500 fr., 
le l**^ juin 1904, à THôtel Urouoi. Nous avons fait récemment 
réparer la tapisserie du Martyre de Sainle-Dai be^ et cette réparation 
nous a coûté plus de 1.800 francs. 

Nous ne pouvons songer à réduire Timporlance de noire Bulletin, 
très apprécie des Sociétaires et du public ; ce serait funeste pour 
notre Société, qui verrait certainement diminuer le nombre de ses 
membres. 

Musée. — La loterie, autorisée pour la construction du Musée, 
parait avoir complètement réussi. Les derniers billets viennent 
d'être envoyés à l'agence Fournier,et Ton peut espérer qu'ils seront 
placés pour le 15 juin, date du tirage. 

Le bruit circule qu'on emploierait l'argent de la loterie à acheter 
la maison Tixier-Lacliassagne pour y installer la Mairie et qu'on 
céderait au Musée rUèlel de Ville actuel. Ce serait une grande 
faute, tant au point de vue artistique qu'à celui de la conservation 
et de l'installalion des collections; et surtout ce serait absolument 
contraire aux dispositions du décret^ qui n'a autorisé une loterie 
qu'à la condition d'en affecter le produit total à la construction de 
bâtimenls neufs et à rinslallation des galeries. Il ne saurait être 
question d'en distraire tout ou partie pour lui donner un autre 
emploi. Le seul prélèvement à faire est celui que nécessiteront le 
transport et Tinstallalion des collections dans les nouveaux bâti- 
ments, 

Guéret, Ie7juinl904. 

Le Président, 

DELANNOY. 



Digitized by VjOOQIC 



PROCÉS-VERBAL 

DE 

L'Assemblée générale du 14 avril 1904 



Présidence de M. DELANNOY 

Sont présents : HH. Delannoy, Commandant Laroche, Maurice 
Pineaa, de Cessac« D** Gomot, Lefour, Gallerand, D' Bordier, 
Autorde, Lassarre, Cusinet, de Corbier, Chanlrelie, Paquet, Pineau 
de Hontpeyroux, Auclair, Dufoussat, Jaraot, des Clieises. 

MM. Germouty, Queyrat, Amiault, Goubaud ; M™'» Picard de 
Grandchamp, Fourest et de Fournoûe ont exprimé leurs regrets de 
ne pouvoir assister à la réunion. 

La séance est ouverte, et après la lecture et l'adoption du procès- 
verbal de rAssemblée générale du 24 avril 1903, M. le Président 
prend la parole : 

c Messieurs, celle année notre Société a été durement éprouvée, 
r et la mort a fait de nombreux vides parmi nos membres titulaires. 
« Nous avons perdu MM. Agabriel, Courly, Martinet, Florand. 

« MM. Agabriel et Courly, sans prendre directement part à nos 
« travaux, s'intéressaient à tout ce qui nous concernait. H. Martinet 
« a été noire président pendant sept années, et en reconnaissance des 
or services rendus, vous lui aviez conféré Tboiforariat, M« Florand, 
c notre doyen, faisait partie de la Société presque depuis sa fonda* 
c tion ; il a exercé pendant de longues années les foDctioos de 



Digitized by VjOOQIC 



- 310- 

c Trésorier, el ne les a quittées qu*en 1898, à cause de son grand 
« âge, et après s'être assuré un digne successeur : vous lui aviez 
ce conservé jusqu'à sa mort le litre d'administrateur. 

« Nous avons également à déplorer le décès d'un de nos membres 
et correspondants les plus distingués, M. Louis Guibert, si connu 
« par ses beaux travaux sur Thistoire du Limousin : il m'avait 
a adressé, au mois de novembre dernier, uu intéressant article : 
« Histoire des Sorciers, qui sera publié dans le Bulletin de cette 
c année. Une souscription ayant été ouverte pour élever un monc- 
ment sur la tombe de M. Guibert, nous avons souscrit pour 
« 20 francs; tout en regrettant que la nK)dicité de nos ressources 
« ne nous permette pas de faire plus, j'offre au nom de la Société, 
« les plus sincères condoléances aux familles de nos collègues 
« décédés, v 

M. le Président présente alors les comptes de l'année 1903. 



RECETTES 

En caisse au 31 décembre 1902 2.345 60 

Don de l'Association de la Creuse 100 d 

Subvention du Département 800 »- 

— de la Ville de Guéret 600 » 

Vente de Bulletins 9 50 

Cotisations des Sociétaires 1.040 » 

Restant des 500 francs retirés de la Caisse d'Epargne 

pour l'achat (à 489 fr. 25) de 15 francs de rente 21 75 

Deux Coupons de titre de rente. 7 50 

ToUI 4.924 35 

(Le livret, fia décembre 1004 réduit à 1.034 fr. 41). 



Digitized by 



Google 



p^-^ 



- 3H - 



DÉPENSES 

Les dépenses sonl représentées par 21 mandais : 

lo Facture Adenis 33 3» 

*» — - 11245 

3» Cotisation Association Française iO » 

4° Dethias, imprimeur 18 10 

5"" Maugenest Mitterand 42 50 

6* Vincent... 9 i 

7» Betoulle 104 65 

8"» Alhéritière 20 » 

90 Annales du Midi 12 > 

iO® Facture Dureisseix 59 65 

i 1* Mandat Dercier 50 j» 

12<» Maugenest et Mitterand li n 

13* Facture Reyer et Ci« 65 80 

14* — Amiault 984 7« 

15<» — Tixier 38 » 

le^" Mandai Jorraud 1 .000 » 

17* Facture Kopf. i » 

18« — de M. Pineau 38 85 

19* — Lefour 52 30 

20* Mandat Rémy 200 j& 

2P — Quincaud 200 » 

22* Facture Vincent. ... ! 10 ï> 

230 — Quincaud 16 50 

24* Mandat Dercier 50 » 

Les dépenses s'élèvent à 3.204 2S 

Balance de Teiercice 1903 : 

Recettes 4.924 35 

Dépenses 3.204 25 

Reste en caisse au 31 décembre 1903. . . • 1 .720 10 

(Livret ;l.Û34fr. 42). 



Digitized by VjOOQIC 



-- 312 — 

Conformémenl aax Statuts, MM. Cusinet et Louis Lassarre sont 
désignés par M. le Ptésident pour vérifier les comptes séance 
tenante. Les mandats, factures et quittances sont mis à leur dispo- 
sition. Les comptes de 1903 sont déclarés exacts et approuvés par 
TAssembiée. 

M. le Président soumet ensuite le projet de budget pour 1904 : 



RECETTES 

En Caisse au i" janvier 1904 1.720 10 

Cotisations i.OOO » 

Subvention de la Ville 600 » 

— du Département 800 » 

— de la Société Amicale de la Creuse. ..... 100 * 

Total 4.220 10 



DÉPENSES 

Bulletin i.OOO » 

Gravures 100 » 

Salaire du concierge et des gardiens 250 • 

Abonnements et cotisations 40 » 

C«)nservation des collections, ports, aiïranchissements. 200 > 

Réparation de la tapisserie Sainte-Barbe (complément), 500 d 

Achats pour le Musée 200 » 

Bibliothèque et reliures 100 d 

Fouilles et recherches 150 b 

Dépenses à prévoir pour mise en état des collections, 
nettoyage, réparations, dorures, etc.. lors de Tinstalla- 

tion du nouveau iMusée 1 .530 10 

Total •. 4.220 10 



Digitized by VjOOQIC 



r 



- 313 — 

M. le Préfet de la Creuse nous a fait savoir que le Conseil général 
nous avait accordé une. subvention de 800 fr. ; la Société Amicale 
nous a fait un nouveau don de 100 francs; des remerctments sont 
volés à M. le Préfet, au Conseil général et à la Société Amicale de 
la Creuse. 

Depuis notre dernière réunion, le bureau a admis six nouveaux 
membres : M"" Picard de Grandchamp, 28 juillet 1903; MM. Cbarles 
Désiré, curé de Sainl-Sulpice-le-Guérélois, iA décembre 1903 
Gatumeau (Emile), intendant militaire en retraite, 27 janvier 1904 
Charles de Léobardy, 27 janvier 1904 ; D' Queyrat, 26 mars 1904 
Louis Auclair, 26 mars 1904. 

L'Assemblée ratifie toutes ces admissions. 

H. Charriëre nous a adressé sa démission, mais il nous a exprimé 
en même temps tous ses regrets. 

Des remerctments sont votés pour dons faits au Musée, à MM. 
Masquelez, le buste en terre cuite de son père, ancien administra- 
teur du Musée, et de son oncle Auguste-Joseph Masquelez, colonel 
tué à l^ennemi à Tâge de 33 ans; Guimet, membre honoraire; 
Alexis Rouard; André Porthaud; Autorde; Paquet; Paul Piot ; 
Besse et à M. Ducourtieux, pour dons faits à la Bibliothèque. 

La Loterie du Musée est en bonne voie, la moitié des billets est 
déjà placée; et, d'après l'agence Fournier, c'est dans les deux der- 
niers mois que la vente est la plus active : du reste si Topération 
n'est pas terminée au mois de juin, nous demanderons un délai de 
trois mois pour le tirage. 

M. Tabbé Dercier a continué ses fructueuses recherches. Il a 
trouvé de nouvelles monnaies, d'autres constructions et d'autres 
statues malheureusement mutilées. L'une d'elles, que notre collè- 
gue attribue à Jupiter, devait être d'une grandeur double de la 
taille naturelle, d'après la tète et une main qui ont été retrouvées. 
M. le Curé de Saint-Goussaud regrette de ne pouvoir, comme il Ta 
fait Tannëe dernière, vous faire connaître lui-même ces détails. 

L'ordre du jour comporte la nomination du bureau dans lequel, 
M raison de la mort de H. Florand, il manque un Administrateur* 



Digitized by VjOOQIC 



- 3U- 

Les membres sortants sont d*abord réélus par acclamation : 

Président : M. Delannoy, 0. * ; 

Secrétaire : Commandant Laroche, 0. 'f^ ; 

Vice-Secrétaire : D'' Gomot ; 

Trésorier : M. Lefour; 

Administraient s : MM. Aulorde, Gallerand, D^" Bordier; 

Ensuite M. Rouart, bienfaiteur du Musée, est élu à Tunanimité 
Administrateur en remplacement de M. Florand ; 

M. Mirguetest désigné par le bureau comme bibliothécaire ; 

MM. Maurice Pineau et de Cessac, en première ligne, et MM. Jamot 
et Lassarre, en deuxième ligne, seront proposés à la nomination du 
Conseil municipal, comme conservateurs du Musée. 

M. le Président donne la parole à M. Pineau, pour une communi- 
cation qu'il résume ainsi : 

« Le 11 avril, H. Besse m'a prévenu que Ton venait de décou- 
« vrir un cimetière Gallo-Romain dans une terre appartenant à 
« M. Marteau, adjoint au maire de Ponlarion, et, à moins de 50O 
« mètres de celte localité, c'est un laboureur qui le premier a mis 
« au jour un bloc de granit enfoui^ à quelques centimètres seule- 
c ment, et présentant une cavité remplie de cendres et d'ossements. 

« Depuis, une quinzaine de blocs du même genre, les uns cylin- 
c driques, les autres cubiques, ont été découverts; l'un, entre 
f autres, par M. Besse, qui avec des ossements et des cendres 
« renfermait une médaille^ complètement fruste du reste. 

« On a trouvé également une quantité considérable de tuiles 
€ romaines et des débris de poteries, mais aucun réceptacle ne 
t renferme d'urne. 

m Le communal ancien où a été faite cette découverte n*est qu'à 
if une petite distance de Guéret; il sera possible, avec l'autorisation 
9 du propriétaire» d'y pratiquer quelques fouilles raisonnées. d 

Un membre ayant alors demandé ci le Musée avait été compris 
lur la liste des établissements que visitera H. le Mioislre de TAgrU 



Digitized by VjOOQIC 




— 315 - 

^Iture, pendant son séjour à Gaéret le 22 Mai? H. Delannoy 
répond qu'il u'a pas ëtë informé de cette visite: à ce propos, 
l'Assemblée Lonsnltèe décide qae pendant ie concours spécial le 
Musée restera ouvert au public. 

Personne ne réclamant la parole, Tordre du jour étant épuisé» 
M. le Président lève la séance. 

Lé Secrétaire^ 
Commandant LAROCHE. 



Digitized by VjOOQIC 



9ISEBVATI0IS IETEOROLSSIIIIIES 



FAITES PENDANT L'ANNÉE 1902 



— -ax5Vï>>»^ 



Extrait dn rapport dressé le f6 Août 1903 par M. Le Sbcq-Destour- 
NELLES, Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées^ membre de la 
Commisssion météorologique de la Creuse. 



La Commission météorologique, însUluée par arrêté de H. le 
Préfet de la Creuse du 12 mai 1879, s'est trouvée désorganisée en 
1888 en raison de démissions ou de changements de fonctionnaires. 

Le Conseil général ayant décidé, dans sa séance du 20 août 1891, 
que ce service serait réorganisé, un arrêté préfectoral du 10 mars 
1893 a reconstitué cette Commission, et il serait désirable, ainsi que 
nous Tavons demandé, dans les précédents rapports, qu'elle pût se 
réunir régulièrement, au moins une fois par an, ce qui n'a pas eu 
lieu depuis longtemps. 



Digitized by VjOOQIC 



- 317 - 

Qiioiqull en soit, nous présentons pour Tannée 4902 le compte- 
rendu tles observations pluviomélriques, therinométriqueS) baro- 
luélriques el celles relatives aux orages. 



PLUVIOMÉTRIE 



1* Qmnlité de pluie 



Les 13 stations, qui ont adressé des observations pluviomélriques 
compièles, comprennent le service spécial des Ponts et Chaussées et 
les stations de Chénérailles et de La Souterraine. 

La hauteur moyenne de pluie en 4902, pour les 43 stations, est 
de 897»™, S. 

Il est tombé plus de 4,600»'* d'eau à Gentioux ; 
— 4,000 — Guéret; 

•^ 900 

— ■ 800 



— La Souterraine, Aubusson ; 



-p^ 700 

Et 668"».7 à Chénérailles. 



Boussac, Pontarion, Felle- 
tin; 

Chambon, Dun, Ahun, Béné- 
vent, Auzances. 



SI Ton compare les 21 années pour lesquelles il a été fourni des 
relevés d'ensemble : 



Digitized by VjOOQIC 



-318 - 

1881 qui a donné 690«"6 

1883 939.1 

1884 80Î.9 

1885 963 . 3 

1886 949.2 

1887 878.6 

1888 802.2 

1889 819.7 

1890 791.6 

1891 834.3 

1892 917.1 

1893 667.8 

1894 706.5 

1895 812.4 

1896 840.2 

1897 950.2 

645.7 

682.1 

1900 910.8 

1901 863.9 

1902 897.2 



Moyenne des 21 années 826 . 9 



On arrive à celle conclusion que 1881, 1893, 1894, 188«S et 1899 
onl été des années de sécheresse, 1883, 1885, 1886, 1892, 1897 et 
1900 des années pluvieuses, et, enfin, 1884, 1887, 1888, 1890, 1891, 
1895, 1896, 1901 et 1902 des années moyennes. 



Digitized byCjOOSlC 




-319- 



V Nombre de jours de pluie 



Pour les 13 slaiions doiil les observations sont complètes, le nom- 
bre de jours de pluie a varié entre 99 et 178. 

La moyenne e$t de 138, suit plus de un jour sur 3. 

Nous donnons d*au!re part : 

l-< Le tableau des quantités d'eau tombées aux diflérentes stations 
pluviomètriques. 



Qfl 



Le relevé mensuel des jours de pluie. 



Digitized by VjOOQIC 



- 920- 



^ 


■a 




fli 


il 


ft 


Q 


'■S 
















t 


l 


i 


"^ 








â 






jiinSjiog 


ft 


A * ^ 




«( ft ft 


ft 


ft • • 


A 


st 






r-ÇO«0 


Cï^aft 


çD 


94094 «^ 


















"? 


10011^9 


ifi 


SAO^IA 





r^r^«i 


91 


Oi-t^ eo 


00 


o^r* 


^ 


l>»l>»05 


Lft 


aOCOCd 94 


s. 






^ 51 «1» i 


^^ 


Tl 






r^^c^ — 


Oi ^ Od 


•C)i 


t^OOift 





i 


SNinif 


s 


é*^é à 




§ 


^^£ 










w 1 


- 1 


2" 






ses:© lit 


krt 


sffafta» ao 


OOàft 


iro 


^ 


Killl13i 


i 


r^ ci art 


''H 


§f3§S 


^SK 


s 


S 










^* 


n 1 




^* 


.0 






-^00 


r-^5çD 


•r> 


9iaG;o co 1 


S2 

9 


Mipjijqo 


i 


iC ^1 L'î 

coaft — 


i 


eôcoi> 


•4 


co^co 









— 9^ « 


-" \ 






a- 






«••OO àO 


OOO-Ti 





o-^t- 


— 


•2 


1KÏA3»I39 




-roo •«* 


Si^ 


S 




S 






— •»! 




■" 




*"" 




KOIUMM 


2 


coo 1 


r 
dd — 







.0 


15 


<* 


OOt^Oï 


? 


cocoo 


co 


i 






•^ i-OO Oi 


«'l^ Oi 


ao 


ooooao 


.^ 




00 












S 


mp9 




C0 5C co — 


SS5 


s 


d^ 

(M*?J<CO 







'^ 






— — co 


1 ^ — 5^ l 


^i^I 






05005 


00 


aocs-a»- 


00 


r-00 — 





•« 


MIIHV 


2 


— ?ô »c 


d 


0: oc t- 


lÔ 


co -^ iC 


Î5 


}^ 


*^ 


çosr^oo 





co t^o 


(»l 


^91^ 


co 


;d 








*i 


1 -^ 9^ 1 




^ 


« 






— ;ft05 


arî 


lit coco 


■^ 1 


0^0^ 


co 


^ 


K0SS08I1V 


^ 


OO-ÏI — 


-Vl 


r- co 05 





CiO(W 


l^ 


S 


•^ 


t-JO — 


«^ 


aft oc»i 


r- 


cOcor- 


r>» 


1 




»* 


(Ji 




^ 




^* 


^ 




g 


OOCD 


^ 1 


ao co »o 


co 


OkO ao 


2 


ovssfloa 


l^ -M w 


^ 1 


(W oco 


•x> 


— C5 00 00 




co 


3C <t — 




ç-l^O 


CO 


coçor>. jr- 


:ïr 








oi ' 


— (W 1 


1 ^* 


« 






^" X 05 iGO 1 


oa« 


r- 


r-coo 




«Drejjajnos x] 


co 


d îti îtJ d 

00 ao 


;C ^ — 


cô 
1^ 


00 r^ lO — 


«^ 






«iF- '(>| 1 


^ -»- <H ' 


■"" 


"^ 






lO 1 ac5 1 


] ^C5 00 — 1 


— 'MOO 1*^ 


•^«* 




ifi 












NIlû 


iO 


S§Sï 





1 <*• »C t^ 06 1 


•^o<» o> 


^ 


co 


•s* 


1 -^00 co 1 


-*^^ao 


« 






^ J^ 1 




«— • 


I/^ ■ 


^* 








aOOr- 


'Tl 


0:£ 


Ci 


•*« 


00 Ci 


00 


'A-Jns-Doqonno 


<}• "^ 05 





CO co ^1 


C5 


•^r^o 





2 


co 


05 


oafloo 


0» 


•^cooo 


'M 


-S 








— 




— 


^ 


s 




• 


• • • e 
. . . .— 


I , 


* 'z: 


: : £ .= 


^ . 




CA 








-S ** 


é2 






> E ^ -^ 




•il 


-• : s ^ 

nr *3 Q* — - 
3 g 












B 



Digitized by VjOOQIC 



-351 - 



S 



i 



^^CO 






in^Tû 



— t- o 
t>. ;0 t>. 



00 

o 



o o -c)i <0 












-^ •«!« o 00 









co 



aoooo 



ao ao aft co 



^s 



a» 



s* 



05 



00 

cô 



cço co t^ 



t^ o 



o — a^ 



coco 
00 r' 



OOO 



COO- 



O 



(5^ o CO o 



o Od 



^ o 

o t^ 



ao o — ;D 



o 00 



co — 



<w 



CO 



o o o o 



00 o CO 

^ "^ "^ 



o 



ocaft ^ 






^ 



Oi aft — ^ 
^ o o o 
co Sî <w ^ 



afto 



00 



00 00 o t^ 
o ao cô ^ 

o 2J co 00 






aoor- 


*! 


oooor^ 


i 


ooao 


lo 


îSSg 





ao *sJ* îO «yi 

«i O r^ -^ 

-* t- l^ CO 

(W -^l — <>l 



^1 



Oi CO ao lO 

«^ o 00 o 

•^ co r- co 

'î'i 3^ — (5^ 



i 

00 



0'^-«!' 100 

00 O r^ lO 



00 t** o 00 

o cô — cî 

o r-* (M a» 

^ -j^ — (M 



co 



aft 



^coo 



O 

^1 



:a!oo:3: 
oot^oo 



ao -i- — co 

o 00 ^ l> 

•eJ» co o o 

'Ti (3 ^ - ^ 9^ 

3^ ao 00 -^ 

o os o r- 

O C» 0^ -^ 

-* — — -1^ 



^ 






2£ 



£1-1 i 
-§11 -g 



43 5 



Digitized by VjOOQIC 



- 322- 

Belevé mensuel des jours de pluie dans les stations çt/t 
ont fourni des renseignements complets. 



STATIONS 



Ghambon 

Dun 

I La Souterraine. . . 

Boussac 

Aubusson 

» 

Ahun 

Guéret 

Pontarion 

Bénévent 

Ghënérailles 

Fellelin 

Auzances 

Genlioux 



t 



16 14 



ti; 10 

40 13 



U 

•20 

17 
20 

il 

20 
48 
!6 
10 
21 
11 
21 



TOTAL 
pendant 
Tannée 



129 
162 
178 
150 
157 

111 
152 
142 
132 
100 
157 
99 
168 



TEMPERATURE 

Des observations thermonaétriques complètes ont été faites dans 
6 stations : La Souterraine, Aubusson, Guéret, Pontarion, Auzances 
et Genlioux. 



Digitized byCjOOSlC 



- 323 - 

Les moyennes des H dernières années ont été de 10° en 1862, 
9».2 en J893, 9».4 en 1894. 9».2 en 189S. 8°.4 en 1896, 10 .2 t-ii 1897, 
lOo.l en 1898, 10».5 en 1899, 9".8en 190U, 1U«.4 en iWl eL lU'.S 
en 1902. 

Températures minima. 



on 

E 
< 


STATIONS 


ce 






< 


1 


- 


'5 


3 


S. 
t 


Oclobre , 
Novembre 


2J 


Z 


1 i 


-1.7 


0.9 


0.8 


4." 


8,3 


6.4 


5.6 


1 , 
0.5 2.7 


0.3 


2.3 


434Aubusson.J-i 0-8.0| 0.1 


^.0 


5.9 


10. H 


11.6 


n.o 


9.(t 


b.0-1.5 


-0.4 


3.7 


453Guèret '-2. 9-10. 9 >0. 6 


3.7 


8.4 


12.1 


14 5 


11.4 


8.8 


3.3-1-0 


'0.4 


3.8 


465Pontarion..!-0.3.7.3; 1.4 


5.1 


8.3 


9.8 


10.7 


9.8 


10.8|3.1-1.4 


'ÛJ: 


4.1 


SCOAuzances... 


-1.9-8.3.-1.1 


4.1 


6.5 


10.7 


12 


9.8 


9 13.1-2 1 


^0.2 


3.7 


850 


Gentioux... 


-4.8 


-8.8 

i 


-1.6 


i.3 


7.1 


11.6 


12.8 


12.3 


10.8 


5.1-1 8 


1 


3.9 



Température maxima et moyenne générale de l'année iOOf. 



Sta- 

tiODS 



378 U Sont. 
434 inbossoii. 



453 
465 



Giéret.. 

PoitarioD 
560|iaz&Bees 
850iG'eDtiottx 



•c 

>■ 
te. 



u 
< 



5.1 

9.0 

7.5 



0.5 6.917.0 



5.8;-0.6 6.415.8 

6.3 1.6| 6.514.4 

4.4 1.6 3.811.9 



o 
o 

< 



a. 

W3 



6.6 I2.ffll6.8l6.0]22.228. 325 821.6 
3.o' 7.«l8.020.023.o'26.ol27.022.0 



18.621.5,24 



19.123.324.523.7 



18.722.' 



25.425.422.215 8 9.96.8 



.a 
o 

O 



S 

> 
o 



24.820.1 



19.3 



14.3 9.96.1 

15.0|l0.ÛB.0 
13. 8| T.eJô.O 

13 D e.oiï.i 



19 



16.5;20.62I.621.917.4 

Moyenne Générale 



11.3 4.8 




U.l 3.8 10.3 
\m.[ 9.3 
U,63,7 10.9| 
H.63,9, 7.7| 

10,6 



14.1 



3,5 



Digitized byCjOOSlC 



— 324 - 



PRESSION BAROMÉTRIQUE 



nés obi^ervalïons qtiotidieanes ont été hiîm cofiiplèlameiu àux 
stallijasde la S^uteiTaine, Aubussoti» Guérel, rorUanoii, Âuzanci^ 
et Genliôiix. 

Le tableau d - dessous motilre que la hauteur bar0méln(|U0 
moyeane varie entre 716 à Gentioux et 737 à la Saulerrai»« ; 



o 



C/3 



%^ 


. 


> 




p^ 





> 



es 






?^ 




li 


^ 


>3 


£ 


j:3 


c 

^ 


a, 


^ 

^ 
^ 


e 


1 


o 


^ 


*^ 


C/2 




z 


a 



8 



3îSU Sofll,ÏS8.»j729.» 
43Uiite!i!D726.)>7l7.« 
4D3(iiléf(l..7âG.iij7l(K.> 

g5{)Gentiogi|7lG.»707.)) 



7;tb.tt73vt...p34.... 
7i3.«'727.))'722.« 
7d2.»72;).v2i.» 
722.»'724.o'7i3..> 
7l7.»'7i8.«|7i2.» 
711»!" 16.» 7 14.» 



73».» 

727.» 



739.. 741.» 

727.» 72»." 

727.))'72ï».»727.« 

727.ft729.»727.» 



721..) 723.. 
7»7.m!7I8.» 



7*i. 
730. 

72'J. 
2».u 



721.» 723.» 
7l7.»720.)i 



740.i»7:«t.»74<>.(i' va 

Î28.>.72i.»72î).»|7» 
i27.»723.*727,» lîS 
•28..|722,»727.» îtt 
7i3.B717.»'7ia.« m 

7iy.»'7ic.»'rio.» (Il 



®î<4>^ 



Digitized byCjOOÇlC 



- 325 — 
ORAGES 



Les bulleLîns d'orages u*ont été envoyés que par MM. Decouchon 
à Cliénéi ailles, Maltt^rre à Pontarioii el Bellet à La Souterraine; 
ntaisiVun autre cùte les auireB observateurs ont aussi consigné sur 
leurs feuilles mensuelles el sur des registres spéciaux des rensei- 
gnements à ce sujet. 

Nous donnons ci-après la nomenclature des orages constatés soit 
par ies tmlleiins, soit par les feuilles ou registres. 



DATES 


STATIONS 


OBSERVATIONS 


i8 Février... 


Bou^sac, 


Tonnerre et éclairs, la 






nuit. 


i*' mars..,. 


Crocq, Sairit-Oradour-de 
Cliiiouze, 


Orage peu imporlantdans 
la soirée. 


14 — 


Suil-Estdu département. 


Temps orageux. 


12 avril 


Crocq. 


Orage dans la soirée. 


13 — 


CharaboïL 


Quelques éclairs. 


19 - 


Boussac. 


Orage peu important à 
11 h. du soir. 


27 - 


Ch:injbon, Crocq, La 
Nouai Ile, Uoussac, La 
Souterraine et cora- 


Orages dans la soirée. 




munes voisines. 




& mai 


Pontariott, Uoussac, La 
Souterraine. 


Orages peu importants. 


18 - 


Crocq, St*Oradour-de- 
Cljirouze, Montbou- 
cher, Clîarnl)on. 


Orages» avec pluie el 
grésil à Cliambon. 


19 - 


Est et Nord du dèparte- 
laeuu 


Orages fréquents el vio* 
le.nts. A Ghénérailles. 
la foudre est tombée 
sur le clocher el sur 
uae maison. 



Digitized by VjOOQIC 



- 326 - 



DATES 


STATIONS 


OBSERVATIONS 


20 mai 


Chénérailles, Puii, Bous- 
sac. 


Orages, avec forte pluie. 


21 - 


La Souterraine, Dun, 
Chaïubon, Aubusson. 


Pluieet grêle à Aubusson. 


23 - 


Crocq. 


Orages dans la soirée, 
avec forte pluie. 


29 - 


Dun. 


Temps orageux. 


30 - 

• 


Ponlarion, Soubrebost, 
Cbambon. Sanient, 
Monlboucher, La Sou- 
terraine, Gentioux. 


Orages peu importants. 


3« - 


Dun. 


Pluie d'orage. 


2 Juin 


Hontboucher. 


Temps orageux. 


3 -- 


Tout le déparieraenl. 


Orages fréquents et assez' 
violents, avec pluie et 
grêle à La Nouaille. 


4 - 


Monlboucher. 


Orage à 4 b. du soir,avec 
forte pluie. 


6 - 


Monlbotfcher, Pigeroiies. 


Orages violentsavecgrêle 
abondanteà Pigeroiies. 


12 - 


Montboucber. 


Orage à 2 b. du soir avec 
forte pluie. 


14 et 15 - ... . 


Bourganeuf. 


Temps orageux dans la 
soirée. 


27 - 


Aubusson, Sl-Oradour- 
de-Cbirouze, La Nou- 
ailie, Dun, Guéret. 


Orages peu imporlants. 


29 - 


Dun. 


Temps orageux dans la 
soirée. 


30 - 


Tout le département. 


Orages violents et fré* 
quenis. A Chambon et 
à Bûussac, les récolles 
sont bacbées par U 



Digitized by VjOOQIC 



327 - 



DATES 


• STATIONS 


OBSERVATIONS 






grêln. L'établissement 
des bains d'Évaux a 
beaucoup soufTert. A 
la Cellelte, la foudib a 
incendié une maison. 


1" Juillet.... 


Chénérailles, Sl-Oradour 
Felleiin,Gnérel, Bous- 
sac, Aubusson. 


Orages, avec forte pluie à 
Aubusson. 


7 - 


La Nouaille, Sl-Oradour 


Orages peu importants. 


8 — 


Fellelin. 


Orage dans la soirée, 
avec grêle. 


9 - 


Cliambon, Crocq, Saiiil- 
Oradour, Boussac. 


Orages dans la soirée. 


10 - 


Auzanccs. 


Eclairs fréquents dans la 
soirée. 


U — 


Dun. 


Temps orageux. 


18 - 


Cliambon, Aubusson, 
Saint-Oradour, Crocq, 
Duii, Gentioux, Pelle- 
lin, la Nouaille. 


Orages fréquents, etassez 
violents, avec grêle à 
Aubusson, Crocq et La 
Nouaille. 


16 - 


Est du déparlement. 


A Hérinchal la foudre a 
tué deux vaches dans 
un troupeau. 


17 - 


Cbénérailles, Auzances. 


Orages peu imporlanls. 


23 - ...... 


St-Merd-la-Breuille. 


La foudre a détruit une 
grange et son contenu. 


24 - 


Crocq, Sl-Oradour, Gen- 
tioux. 


Orages. 


27 - 


Gentioux. 


Orage peu important. 


l«'aoûl 


Moitié Ouest et Sud du 
département. 


La foudre est tombée à 
LaBussiére, un homme 
est resté près d*utte 

. heure sans connais* 



Digitized by VjOOQIC 



- 828 



DATES 


STATIONS 


OBSERVATIONS 






sance, la faucille qu'il 






portait a été fondue. 


5 Août 


Guéret.' 


Orage. 


6 - 


Crocq, St-Oraciour. 


Orages dans la soirée. 


7 - 


Bénévent,Ahun,Pioimat 
Cressat, Sailli-Laurent, 
Guéret, Auzances, La 
Souterraine. 


Orages peu importants. 


8 - 


Guéret. 


Orage. 


9 - . ... 


Crocq. 


Orage. 


15 - 


Chénérailles. 


Orage le soir. 


16 — 


Tout le déparlement. 


Orages fréquents et trèt 
violents à Ëvaux et à 
LaNouaiile la grêlera 
vage les récoltes. A S(- 
Éliei.ne-de-Fursac, la 
fondre incendie une 
maison. Dans plusieurs 
communes, quantité 
d'arbres fruilii-rs sont 
déracinés ou brisés. 


17 - 


Guéret, Saint-Oradonr. 


Orages assez violents ; à' 




et cantons de Chéné- 


Chard, la foudre dé- 




railles et d'Auzances. 


truit une grange et son 
contenu. Grandsdégàls 
à Peyrat-la-Nonière. 


20 - 


La Nouaille, St-Oradour, 
Gentioux. 


Orages. 


23 - 


Cbambon. 


Orage peu importanldans 
la soirée. 


25 - 


Guéret. 


Orage. 


28 - 


Chénérailles* 


Orage. 


• y ^ • t * • • 


Est et Nord du déparle- 


Orages fréquents et viol 




. menti 


lente, A Guéret et #| 



Digitized by VjOOQIC 



- 329 — 



DATES 


STATIONS 


OBSERVATIONS 






Pontarjon, beaucoup 






d'arbres déracinés. 






Tempête violente a 






(Chénérailles de 4à5h. 






du soir. 


3 sepUnbn . . . 


Boussac. 


Ora<çe peu imporlanl. 


4 — ... 


Tout le département. 


Dégâls importants à La 
Souterraineet à Grocq.. 
An Quéroy. commune 
de St- Maurice, la fou- 
dre est tombée sur une 
maison et sur une êta- 
ble où 7 brebis ont été 
tuées ; à Bussière-Nou- 
velle, 6 maisons, 4 
granges et 7 écuries 
ont été détruites, perte 
33.000 fr. 


5 - ... 


Chénèrailies. 


Orage peu important 
dans la soirée. 


10 - ... 


Chénérailles. 


Éclairs dans la soirée. 


Ilell2- ... 


Est du département. 


Temps orageux. 


23 - ... 


Guéret, la Nouaille, Sl- 


Orages, avec forte pluie 




Oradour, La Souter- 


à Guéret. 




raine, Fellelin, Ponia- 






rion. 




24 - ... 


Hontboucher, Dun, Gen- 
tioux. 


Orages peu importants. 


26 - ... 


Chambon. 


Temps orageux. 


28 — ... 


Montboucher. 


Orage dans la soirée. 


30 - ... 


Grocq. 


Orage. 


6 octobre... 


Boussac. 


Éclairs dans la soirée. 


9 - ... 


Saint-Oradour. 


Orage peu important. 


14 - ... 


Chénérailles. 


Temps orageux. 


6 Novembre. 


Saint-Oradour. 


Manifestalionsorageuses. 


|30 - 


Saint-Oradour. 


Éclairs et tonnerre à 9 h. 


1 


* ^^B^^^^ï^*»^ W^ * 


du soir. 



Digitized by VjOOQIC 




AU XVIII* SIÈCLE 



Nous avons lu récemmeni un Factnm de 4755, qu'il nous pardtt 
intéressant de reproduire en partie, comme pouvatil donner une 
idée des mœurs judiciaires de l'époque. CVst un Mémoire du sieur 
Hoy de PierrefiU«, négociant à Felletin, contre le sieur Masson- 
Dumas^ mattre Mosnier do Gazon, procureur en la Cour et divers 
autres, accusés de faux témoignage el subornation. Ce Mémoire de 
53 pages in-quarto, a été rédigé par Tavocat Marchand et imprimé 
à i^aris, ciiez Grange, rue de la Parcheminerie. 

Commençons, avec Tauteur du Mémoire, par faire connaître les 
principaux personnages du procès : 

(( Le sieur Roy de Pierrefitte est un négociant établi à Felletin, 
en Marche, où il fait un gros commerce ; il est fils du sieur Roy 
qui, pendant trente ans, a été un des subdélégués des Intendants 
du Bourbonnais. Il a un frère Roy de Marceleix qui, depuis quel- 
ques années, a exercé par commission Torfice de Greffier en la 
Châtellenie de Felletin. 

« Le sieur Masson-Dumas, garde de la Porte, esl domicilié dans 
la même ville. C'est un homme dont le père, tiré du sein de la 
mendicité, fit fortune à Paris dans les révolutions du système; il 
était flis d'un cnrdeur de laines et n'arh^ta une charge chez le Roi 
que pour exercer impunément ses excès ccmtrede pauvres paysans, 



Digitized by VjOOQIC 



- 331 - 

à qui il imposait par son litre et le droit de conmitiimus (1) qui y 
esl attaché. 

ff Le 12 juillet 1748, Masson-Dumas attaqua, sur le grand clie* 
rniu, le sieur Roy de Marceleix, il lui donna plusieurs coups d'épée 
dans le visage et le poursuivit, le pistolet à la main. Marceleix 
rendit plainte de ces faits, mais Dumas trouva le. secret, par ses 
intrigues, d'arrêter le cours des poursuites faites contre lui. La 
procédure est encore subsistante au greffe de la sénéchaussée de 
Guéret. » 

Ceci ne fait pas Téloge de la justice du temps, si certaines 
influences, même de peu de poids, suffisaient à en interrompre le 
cours. 

a Masson- Dumas se fit encore plusieuis autres procès criminels 
pour des violences exercées contre ses concitoyens, entre antres pour 
délits très graves commis contre le sieur Bandy de la Brousse, 
ofQcier dans le régiment qui était alors au prince Camille. L'instruc- 
tion de cette affaire fut portée devant le sieur Myomandre de 
Saint- Pardoux, homme qui a de la fortune et qui, depuis quelques 
années, avait/icquis les charges de lieutenant civil et assesseur en 
la Cliâlellenie de Felletin. Dumas chercha à se faire un appui au 
moyen d'une alliance qu'il contracta avec le sieur Myomandre. 
En effet, ce dernier épousa la sœur de Masson-Dumas; ce mariage, 
comme l'on croit aisément, ne servit qu'à ralentir le cours de 
rinstruction. On fut obligé de la faire apporter en la cour, et elle 
fut renvoyée à Guéret, où elle se poursuit actuellement par les 
ordres de M. le Procureur-Général. Masson-Dumas fut décrété de 
prise de corps. 

Ce décret ne parait pas avoir été suivi d'effet, car nous allons 
retrouver Dunias à Paris, avec son beau-frère, occupé à la pour- 
suite de ses procès. C'est que, à cette époque, les sentences d'un 
tribunal n'étaient valables que dans le ressort de sa juridiction ; 



(1) Droit de plaider devant un tribunal spécial, les Requêtes du 
palais, pour les officiers attachés à la maison du roi. 



Digitized by VjOOQIC 



- 332 - 

elles ne devenaient exécutoires dans un autre ressort qu'en vertu 
de lettres Aepareatis. A défaut de ces letlres, les condamnés, pour 
échapper à la punition, n^avaient qu'à changer de province. Nous 
avons vu Aubailly, condamné à mort par le Présidial de Guéret, 
s'installer comme pâtissier à Moulins (1), et même Bouard, égale- 
ment condamné par le même tribunal, venir tranquillement habiter 
lo village de Gorse, à la porte de Guèret (2). 

Mais revenons à notre procès : 

Le sieur Myomandre avait aussi des procès personnels. Il avait 
poursuivi de ses tracasseries le nommé Brice, procureur à Felletin 
et avait presque réduit à la mendicité cet officier chargé d'une très 
nombreuse famille. Brice avait rendu plainte contre lui de fait^odieux, 
entre autres d'avoir fabriqué un faux engagement, au moyen duquel 
il se flattait de. le faire enlever. Le sieur Myomandre a un oncle 
soldat aux Gardes françaises, nommé Parinet, qui était accusé d'être 
du complot. La confrontation des témoins avait été ordonnée par 
arrêt de la Tournelle, du mois 1752, mais Myomandre avait trouvé 
moyen d't^n éluder Pexéculion. Par arrêt du 27 janvier 1753, il fut 
décrété d'ajournement personnel, et renvoyé en la Châtellenie de 
Bellegarde, où l'on procède actuellement. 

cr Enfin Myomandre avait rendu, les 21 novembre et 5 décembre 
1750, deux sentences par lesquelles il interdisait Brice pour tou- 
jours des fonctions de procureur. Brice voulut avoir des expéditions 
de ces sentences, pour les faire réformer par les juges supérieurs; 
il s*adressa au sieur Roy de Marceleix, qui avait tenu la plume à 
Taudience (3). Celui-ci faisait ces expéditions quand survint Myo- 
mandre qui, en piésence de plusieurs témoins, enleva de force le 
registre. Poursuivi pour cette violence Myomandre fut condamné. 



(1) Bulletin de la Société des Sciences Naturelle» et Archéologiques 
de la Creuse, XII, 383. 

(2) Bulletin de la Société des Sciences Naturelles et Archéologiques 
de la Creuse, XIII, 84. 

(3) (ï Roy de Marceleix avait été commis à l'exercice du greffe 
par .Vl« Biindy son beau-père, greffier en chef, et en cette qualité, 
il avait prêté serment devant (e sieur Myomandre ». 



Digitized by VjOOQIC 



à Guëret, à rétablir les minutes du greffe, quil avait soustraites 
et même altérées. Son appel en la Cour fait la matière d'une autre 
instance, qui depuis longtemps est en état d'être jugée-; elle est 
entre les mains de M. de Graville, substitut de M. le Procureur 
général. 

« Ces faits établissent les principes de Tassociation des sieurs 
Myomandre et Masson-Dumas; ils font également connaître Tinté- 
rêtqui unissait les sieurs Hoy de Marceleix, Bandy et Brice, qui 
formaient tous des plaintes contre les deux premiers. 

« Tous vinrent à Paris, vers le commencement de 1753, pour 
veillera la poursuite de leurs procès. Roy de Marceleix fut accom- 
pagné de son frère, Roy de Pierrefltte, qui jusqu'alors n'avait eu 
aucun procès, ni aucune discussion avec personne. 

« Les sieurs Hyomandreet Masson-Dumas s'associèrent le nommé 
Dufrançeix, qui fait ici le rôle princi[)al, et qu'il est essentiel de 
connaître. Ce Dufrançeix est fils d'un laboureur, qni tient un cabaret 
dans un village voisin de Felletin : il est sans fortune, sans éduca- 
tion, sans talents ; cependant il a toujours vécu dans la plus grande 
iniiniitè avec Myomandre et Dumas. Il n'était jamais venu à Paris ; 
il s'y rendit dans le temps que le sieur de Myomandre était pour- 
suivi civilement et criminellement par ses adversaires. Leur liaison 
devint encore plus grande, ils vivaient tous trois habituellement 
ensemble. 

ff Le 18 février 1753, les frères Roy, les sieurs Brice et Bandy, 
passant vers les 2 heures après-midi par la rue Galande, rencon- 
trèrent Dufrançeix. Après quelques pourparlers, il s*éieva entre eux 
une rixe ; un des sieurs Roy, craignant qu'il ne fit usage de son 
épée, la lui arracha, la cassa et la jeta par dessus une muraille voi- 
sine. Dufrançeix rendit plainte de ces faits pardevant le commis- 
saire la Fosse, il exposa que les Roy l'avaient attaqué et que, sans 
le secours de plusieurs personnes, il aurait été dangereusement 
blessé. 

<c Dufrançeix ne manqua pas d'aller rendre compte de ce qui' 
s'était passé à Masson-Dunias, qui alla se concerter avec M*' Mosnier 



Digitized by VjOOQIC 



- 334- 

de Gazon (i), Procureur en la Cour, chargé du détail des affaires 
deMyoraandre. Il fut conclu entre eux quMl fallait profiter de la 
rixe qui s'était élevée, pour perdre les adversaires de Myomandre 
et de Masson-Duroas, ou les contraindre à la nécessité de renoncer 
i toutes Ipurs poursuit^^s contï'e eux. Dufranceîx devint, dès ce 
moment, Tobjet de l'obsession de Dumas, qui le poussa à faire une 
addition à sa plainte et à y comprendre Brice et Bandy. Dufranceîx 
représenta inutilement que Bandy, qui est son ami, avait pris son 
parti pendant la querelle, et que Brice s'était retiré avant qu'elle 
commençât : on redoubla d'efforts pour surmonter sa répugnance, 
enfln Dufranceîx se laissa vaincre par les sollicitations. Cependant, 
arrivé chez le commissaire la Fosse, il refusa de se prêter à la 
calomnie qu'on exigeait de lui : pour lors Masson lui proposa d'aller 
prendre l'avis du commissaire Renard. Ce commissaire complaisant 
fit écrire par son clerc, sous sa dictée, le projet de l'addition de 
plainte ; on retourna ensuite chez le commissaire la Fosse, à qui on 
dicta le supplément qui venait d'être fabriqué. Il y fut dit que les 
Roy avaient attaqué Dufranceîx parce qu'il avait déposé contre eux 
dans plusieurs informations et, en outre, qu'ils étaient accompa- 
gnés des sieurs Bandy et Brice. Ainsi, voilà par les soins de Masson 
tous les adversaires de Myomandre englobés dans l'accusation, et 
c'était le but qu'on s'était proposé. 

f La plainte de Dufranceîx fut suivie d'une information, et Masson- 
Dumas fut plusieurs fois chez le commissaire la Fosse pour presser 
la confection de cette information. Les accusés furent décrétés 
d'assigné pour être ouï ; M* Mosnier de Gazon tenta de surprendre 
à la Tournelle criminelle un arrêt sur requête, qui convertit ce 
décret en décret de prise de corps, mais la Cour se contenta de 
renvoyer à l'audience. 

<r Dufranceîx ne soutint pas vivement le personnage qu'on vou- 
lair lui faire faire; il fut voir les sieurs Roy, mangea avec eux et 



(]) « Mosnier de Gazon est de la province de la Marche ; il y possède 
un bien (la terre des Ecures) d'environ 30,000 livres, conquis sur un 
client auquel il avait consacré ses travaux, » 



Digitized by VjOOQIC 



leot* promir formellement d'abaDdonner sa procédure. Cette tiédeur 
ne cadrait nullement avec le système de Masson et de son conseil; 
il fallut donc recourir à des ressources extraordinaires, pour abu- 
ser Dufranceix et ranimer le feu de ses poursuites. 

« Dufranceix était logé dans une auberge située rue des Coquil- 
les; il était facile de l'alarmer, il ne se piquait pas de bravoure. 
On s'efforça donc de lui persuader que les Roy et Brice avaient 
formé Todieux projet de le faire assassiner. Pour Tintimider par 
des apparences plus frappantes, on suscita des soldats aux Gardes(l) 
qui, à trois reprises difTérentes, lui firent des insultes, disant qu'il 
serait assassiné s'il ne retirait pas sa plainte. Il parait encore que, 
pour fortifier son erreur, on avait écrit ou supposé des lettres de 
province, par lesquelles on l'avertissait que ses jours étaient mena- 
cés par les Roy. Masson et Mosnier le déterminèrent à rendre 
plainte devant le commissaire Renard, disant qu'il se tiouveiaii des 
témoins instruits du complot. 

a Masson conduisit lui-même Dufranceix chez le commissaire, 
qui était absent; son clerc rédigt^a la plainte, d'après le modèle 
qui avait été fourni. Dufranceix y expose que les Roy et Brice 
avaient formé l'affreux |)rojel (suivant ce qui a été rapporté) de 
lui brûler, ou faire brûler la cervelle d'un coup de pistolet. Il 
raconte les trois attaques des Gardes Françaises, la scène de la rue 
Galande, les avis reçus de sa province. )» 

Il ne restait plus qu'à trouver des témoins complaisants. Dumas 
et un de ses cousins, Delarbre, compagnon maçon, se chargèrent 
de ce soin. Delarbre procura un manœuvre Corvisi, et un peintre 
en bâtiments Destapes, qui lui devait de l'argent; le premier reçut 
6 livres et le second 3 livres. Il faut convenir que les faux témoins 
ne coûtaient pas cher, et cependant ils risquaient la corde. Dumas 
trouva un laquais sans condition, nommé Virloy ou la Jeunesse, 
et xMeunier, garçon tapissier, tous deux réduits à la plus grande 
misère. 



(1) On soupçonna Parinet d'avoir suscité ces comparses. 



Digitized by VjOOQIC 



- 336 - 

Ces témoins préparés allèrent déposer devant le commissaire 
Renard^ dès le lendemain de la plainte. 

Les deux premiers, passant par la me de la Draperie, avaient 
entendu deux particuliers qui parlaient haut et avec chaleur^ disant 
qu'il fallait absolument se défaire de Dnfranceix et du lieutenant de 
Fell^tin. Destapes ajouta que, ayant eu occasion d'aller à Thôle' 
Saint' Maurice, rue Saint- Séverin, il y reconnut un des particuliers 
de la rue de la Draperie (1). 

Virloy dépose que, dînant à Tauberge Durand où il loge ainsi que 
Dufranceix, il entendit deux ouvriers prévenir Dufranceix qu'on 
avait formé le complot de Tassassiner et que celui-ci fut assailli, le 
soir même, *in rentrant à son auberge. 

Meunier fut encore plus explicite. Le 12 mars, il était dans un 
café de la place de Grève, où il y a pour enseigne le Duc de Bour^ 
gogne, A la table voisine étaient « deux particuliers, l'un vêtu de 
noir, l'antre vêtu d'un habit blanchâtre, avec une veste écarlate 
galonnée, portant épée et coiffé d'un chapeau bordé d'or (2), 
lesquels prenaient du café avec deux soldats aux Gardes » ; il les 
entendit proposer de l'argent aux soldats pour assassiner Dufranceix. 
La lendemain, il apprit que ce dernier avait été atlaqué, la veille au 
soir, par deux soldats aux Gardes. 

Lorsque l'information fut terminée, le clerc du commissaire, 
accompagné de Dufranceix emporta la minute avec celle de la 
plainte chez Mosnier de Gazon ; re procureur, après les avoir exa- 
minées en présence de Mas^on, trouva beaucoup de corrections à 
faire dans l'une et rautn», pièce; on fit nombre de ratures et de 
renvois. 

« La fable était grossièrement imaginée : il fallait supposer des 
gens assez fous pour comploter hautement, dans les rues et dans 



(t) Destapes ne connaissait pas les frères Roy. On avait cm lui 
faire désigner Roy de Marceleix, à qui on en voulait réellement. Mais 
ce dernier avait quitté Paris, ce fut son frère qui devint victime de 
la machination. 

(2) C'étaient Brice et Roy de Marceleix qu'on avait voulu désigner. 



Digitized by VjOOQIC 



— 337 — 

les cafésj contre la vie de particuliers dont ils publiaient le nom ; 
il fallait adopter les jeux du hazard qui, en moins de deux fois 
vingt-quatre heures, avait rassemblé cinq personnes qui ne se 
connaissaient pas, et dont quatre avaient entendu fortuiiement une 
machination dont la cinquième était Tobjet. 

« Tout ce brigandage ne laissa pas d'enfanter, le 25 mars suivant, 
quatre décrets de prise de corps, qui furent lancés contre deux 
quidams, dont un vêtu de noir et Paulre vêtu de blanc avec une 
veste galonnée en or, tous deux portant Pépée, et deux autres 
quidams, soldais aux Gardes, qui devaient être, indiqués par la 
partie civile. » 

Le 28 mars, Roy de Pierrefitte fut incarcéré au Châlelet et inter- 
rogé par M. Guéretde Voisin, qui accorda sa mise en liberté sous 
caution, malgré les efforts de Mosnier de Gazon. 

« Roy était à peine sorti des prisons qu'il fut assigné à Teffet de 
s'y remettre, pour être confronté aux témoins qui Pavaient chargé, 
Masson et ses émissaires avaient employé leur temps à manœuvrer 
auprès des témoins auxquels ils donnèrent encore 72 livres ». 

La confrontation eut lieu le lendemain. Destapes varia dans sa 
déposition; pressé par M. le Noir, lieutenant particulier, il fl-nit par 
avouer qu'il avait menti, ainsi que les autres témoins. <x II déclara 
qu'il avait déjeuné, le matin même, avec Dufranceix, et qu'on lui 
avait donné 36 livres pour déposer ; il ajouta que sa déposition lui 
avait été donnée par écrit, qu'il était ivre (i) quand il la porta au 
clerc du commissaire pour la transcrire; il dit que Dufranceix Pavait 
conduit chez un procureur demeurant rue de Bièvre, et que Masson 
lui avait plusieurs fois recommandé la suite de cette affaire ». 

Les trois autres témoins persistèrent dans leur déposition et 
furent mis au cachot. Ils maintinrent leurs dires pendant plusieurs 
jours et se décidèrent enfin à avouer or qu'ils n'avaient aucune 
connaissance des faits dont ils avaient déposé ». 



(1) Il était tellement ivre qu'il se laissait tomber sur le bureau du 
commissaire, et le clerc était obligé de lui relever la tête de temps 
en temps pour Paider à se soutenir. 



Digitized by VjOOQIC 



- 338- 

« Dufranceii ne voulut affirmer ni disconvenir de la réalité du 
complot. Il se retrancha à soutenir que Masson el Mosnier lui 
avaient assuré que les Roy avait comploté contre sa vie et celle de 
Myomandre, qu'ils Pavaient déterminé à rendre plainte de ces faits, 
sous la promesse de lui fournir des témoins qui en déposeraient, il 
nia fermement avoir corrompu aucun des témoins ». 

Le lieutenant particulier lança un décret de prise de corps contre 
Masson el un décret d'ajournement personnel contre Mosnier de 
Gazon. Le premier fut arrêté el on trouva sur lui des lettres faisant 
connaître des intelligences criminelles. Mosnier fut aussi décrété de 
prise de corps (i), « et constitué dans les prisons » avec le clerc du 
commissaire R<^nard ; le commissaire lui-même fut décrété d'ajour- 
nement personnel. 

« Au mois de septembre 1753, Mosnier de Gafcon, Masson, Delar- 
bre et Dufranceix se pourvurent à un tribunal extraordinaire nour 
tâcher d'obtenir leur liberté. Cette demande fut rejelée vi la procé- 
dure continua d'être instruite au Châtelel. Destapes et Corvisi 
moururent avant le prononcé du jugement (2). 

« Enfin, le 17 janvier 1755, intervint au Châtelel sentence, par 
laquelle Dufranceix a été condamné à être rompu ; Virloy, dit la 
Jeunesse, et Meunier ont aussi été condamnés à être pendus; et Ton 
a sursis au jugement des autres accusés jusqu^aprés l'exécution de 
ces criminels avérés (3). Le sieur Roy a été déchargé de la calom- 
nieuse accusation qu*on lui avait suscitée ; et sur la plainte rendue 
contre lui, à l'occasion de la rixe survenue dans la rue Galande, 
les parties ont été mises hors de cour. 



(1) Il avait eu le temps de faire disparaître ses papiers compromet- 
tants, notamment les lettres qu'il recevait, presque chaque jour, de 
Miomandre. 

(2) Les coupables, et même les accusés, étaient trop souvent plon- 
gés dans d'infects cachots humides et snns oir, où ils ne recevaient 
qu'une nourriture ioisufUsante. Le palais de Fresnes n'était pas 
encore construit. 

(3) Attendre, pour juger les suborneurs que les suhoniés aient 
disparu. Singulière manière d'arriver à la découverte de la vérité ! 



Digitized by VjOOQIC 



— 339 — 

Sur l'appel de celte senlence, Roy présenta sa requête en la Cour 
et conclulà ce que la justice lui accordât solidairemeul, contre les 
coupables, des réparations civiles proportionnées aux peines, aui 
chagrins et aux pertes qu*il a éprouvées par la plus insigne des 
perfidies. Sa fortune a éprouvé un dommage de plus de 60.000 
livres, soit en pertes réelles, soit en occasions utiles dont il ne lui 
a pas été permis de profiter. 

« Inutilement le sieur Roy aspirerail-il à obtenir les réparations 
civiles qui lui sont dues, si riosiruction se bornait à la conviction 
de Dufranceix et des faux témoins. Ils sont accablés de la plus 
grande misère ; c'est cette misère môme et l'espoir de la soulager, 
qui ont occasionné le personnage inique qu'on leur a fait soutenir. 
Ils ont été subornés, conséquemment il y a eu des suborneurs inté- 
ressés à les corrompre à prix d'argent. C'est le point essentiel que 
la justice doit absolument éclaircir, et Ton espère qu'il se trouvera 
des indices assez forts, pour que les premiers coupables n'échap- 
pent pas à ses lumières, a 

Ces conclusions ont-elles été adoptées? Le jugement du 17 janvier 
1755 a-l-il été réformé ? Nous n'en savons rien. 

Myomandre n'avait pas été mis en cause; il semble n'avoir pris 
qu'une part assez légère à l'affaire, dont les détails lui sont peut-être 
restés inconnus. 

CesontMasson-Dumas et Mosnier de Gazon qui ont tout conduit. Il 
pourrait se faire qu'il ne fussent pas aussi coupables que le prétend 
le Mémoire, Dans les documents de cette nature, les faits sont sou- 
vent dénaturés et toujours exagérés. Il n'est pas facile de discerner 
la^vérité, même quand on a sous les yeux les Mémoires des deux par- 
ties. Quand l'un dit blanc, l'antre dit noir, sur le même fait, et tous 
deux affirment la sincérité de leurs dires. 

Quoi qu'il en soit, Roy de Pierrefitte l'a échappé belle. Il eût été 
fort probablement condamné à mort, si Destapes avait, comme ses 
complices, persisté dans son faux témoignagne. 

H. DELANNOY. 



Digitized by VjOOQIC 



HISTOIRES DE SORCIERS 



La croyance à la sotxellerie et aux sorciers est universefle :. 
on peut dire qu'elle remoule presque à l'origine du monde. Dès 
les temps les plus reculés nous la voyons se manifester et 
elle se trahit aui époques de civilisation raffinée et de haute 
culture intellecluelle. Dans les pays de littératures classiques, 
comme chez les peuples réputés harbares, tout atteste la crainte 
inspirée par les puissances occultes, la foi dans refiicacité de 
certaines pratiques, dans les vertus de certaines préparations, dans 
Taction que, par divers moyens, un homme peut acquérir sur les 
êtres supérieurs et sur les éléments. 

Les poètes de Tantiquité nous initient à maintes superstitions 
dont quelques-unes ne sont pas tout à fait éteintes de nos jours. 
Les historiens les plus graves témoignent que certains personnages 
ont possédé des secrets merveilleux, un pouvoir surnaturel^ qu'on 
leur a attribué des accointances mystérieuses avec les Dieux, les 
génies, les esprits d'en haut et d'en bas. Les conteurs anciens, 
Apulée en particulier, font de la magie, de la sorcellerie, des 
croyances populaires répandues dans tout le monde païen au sujet 
de l'existence de dénions, bons ou mauvais, un des ressorts habi- 
tuels des aventures à travers lesquelles ils promènent les héros, 
souvent peu recommandables, de leurs romans. Les Pères de 
TEglise, enfin, mentionnent souvent des faits de cet ordre auxquels 
ils paraissent attacher foi et, en maint endroit de leurs œuvres, 
signalent, pour les condamner, les mille pratiques supeislitieuses 
de leurs contemporaini. 



Digitized by VjOOQIC 



- 3il — 

Le soufDe bienfaisant el moralisateur du chrislianisme ne put 
dissiper ces vieux rêves et effacer des légendes dont plus d'une, 
sans nul doute, enveloppait d'exagérations el de détails fantasti- 
ques un fait réel. La superstition trouve partout son aliment : 
les diables se substituèrent aux démons et aux génies, et il n'y eut 
pas grand'cbose de cbangè dans les caucliemars banlant Timagina- 
tion populaire. Nos pères du pays de France ont cru à la sorcellerie, 
et ils y ont cru ferme. Des histoires extraordinaires flottaisnt 
dans Tespritdetous: savants et ignorants. Beaucoupse persuadaient 
quils avaient vu les choses merveilleuses dont ils parlaient. Â côté 
d'Imposteurs éhonlés, un grand nombre de malheureux fanatiques 
ou crédules à Texcès, affirmèrent qu'ils avaient assisté aux scènes 
les plus ignobles et les plus extravagantes, s'accusèrent eux-mêmes 
des pratiques les plus condamnables^ des crimes les plus affreux, 
et moururent réconciliés avec TEglise et confessant encore sur le 
bilcber toutes ces horreurs. Et chaque siècle, à son tour, nous a 
laissé des récits dans lesquels, à côté de la preuve des égarements 
et de la scélératesse de certains êtres, de la folie de certains autres 
et de la malice toujours en éveil du d Père du L'éché», on trouve 
réclatant témoignage de la persistante et inépuisable crédulité de 
rhomme(l). 



(1) Cette crédulité n'a même pas encore disparu de nos jours, dans 
notre pays. 

Le parquet de Bourges s'est transporté à Saint-Martin-d*Auxigny, 
le 14 avril 1904, pour instruire une étrange affaire. 

« Un vieillard de sorxanie-cinq ans, du nom de Mérot, demeurant 
a à Saint-Georges-sur-Mouloy, avait voué à un nommé Janet, âgé de 
« quarante-cinq ans, domicilié au hameau de la Pipièr^ une haine 
« des plus violentes. 

« Mérot était convaincu que Janet était sorcier et il attribuait à ses 
« sortilèges deux maladies qu'il avait eues successivement. 

« Loin de chercher à le dissuader, le pseudo-sorcier ne cessait de 
a plaisanter à ce sujet sa prétendue victime et alla même jusqu'à lui 
a déclarer que ses tourments étaient loin d'être unis. 

a Cette menace exaspéra Mérot qui résolut, pour faire cesser ces 
(( sortilèges, de tuer le sorcier. 

« Et mettant aussitôt son projet à exécution Mérot se rendit ches 



Digitized by VjOOQIC 



— 342 — 



Nos vieilles-chroniques, nos chansons de gestes, nos livres de 
piété et d'édification contiennent des milliers d'histoires à dormir 
dehout, dont la plupart furent assurément prises, même par nos 
ancêtres, pour ce qu'elles valent, mais dont beaucoup ont été 
prises pour l'expression de la vérité. Un certain nombre de ces 
récits témoignent de la haute idée qu'on avait alors des arts magi- 
ques et de la terreur qu'inspiraient leurs adeptes. Au moyen-âge la 
sorcière est restée telle que nous l'ont représentée les écrivains 
de l'antiquité et qu'ils nous la montrent dans les antres mystérieux 
de la Thessalie, le pays par excellence des prodiges et des sorti- 
lèges. Comme son aïeule de Tépoque classique, c'est parfois une 
stryge, une lamie, un être presqu'en dehors de l'humanité; mais 
c'est toujours une ouvrière en maléfices et une empoisonneuse. 
Elle connaît les vertus secrètes des herbes : il en est de bienfai- 
santes; mais il en est aussi de terribles. La sorcière à qui on 
s'adresse pour se procurer la plante qui fait réussir dans une 
entreprise ou celle qui éveille l'amour, vend aussi celle qui débar- 
rasse d'un ennemi ou d'une rivale. Le poison a joué dans tous les 
siècles un rôle qui, pour être infârne, n'en a pas moins été fort 
important. Le moyen-âge en a usé plus qu'on ne le croit commu- 
nément. 

Il est souvent parlé dans notre histoire de personnages qui 
meurent « polionaii », ayant pris un breuvage malfaisant, tantôt 
c'est un innocent remède auquel on a mêlé quelque venin 
terrible, tantôt du' vin préparé par des mains criminelles; c'est 



a Janet. lui fit les reproches les plus vifs et, au cours de la querelle, 
a le frappa à la tête d'un violent coup de bâton. 

<r L'infortuné Janet roula sans connaissance sur le sol ; puis après 
a avoir repris ses sens s'alita, eut une syncope et expira. » (Petit 
Pan$ien). D. 



Digitized by VjOOQIC 



— 343 - 

Dn fruit dont la saveur exquise n'a pas été altérée par deux ou 
trois gouttes d'une drogue mortelle; c'est une mauvaise sauce, 
un mauvais bouillon : on ne peut encore, à cette époque, parler de 
« mauvais café ». Le mot de potio, qui avait eu d'abord un sens 
général et pour ainsi dire indifférent, s'^ppliquanl à toutes sortes 
de préparations, salutaires ou pernicieuses, finit par n'être plus 
employé qu'en mauvaise part, et polionare signifia uniquement 
<s. empoisonner ». 

Les femmes et les clercs surlout recoururent à cette arme 
déloyale et lâclie, sûre néanmoins et contre laquelle il n'y avait 
pas de défense. En face des épées et des lances, qui étaient dans la 
main des forts, c'était proprement leur arme, à eux les faibles. 
Ils savaient en user. Personne ne pouvait se flatter d*ètre à l'abri 
des empoisonneurs. Dans notre région comme ailleurs, les chroni- 
ques mentionnent, presque à chaque page, quelque moit soudaine 
attribuée à un breuvage criminel. C'est lantôt un baron, tantôt un 
évéque ou un abbé, dont un ennemi, un compétiteur, un parent, 
se débarrasse en recourant à l'art qui rendra plus tard célèbre le 
nom de M"^"* Lafarge et celui de la triste maison de Glandier. Les 
moines de Saint-Martial qui ont tour à tour tenu registre des 
événements de leur temps, imputent souvent au poison les morts 
soudaines et suspectes qu'ils rapportent. Feuilletons leurs livres. 
Nous y lisons que le roi Lotbaire, à son retour d'Aquitaine, est 
empoisonné — veneno extinclus — par sa femme, et que son fils, 
Louis y, succombe aussi après avoir bu quelque potion infernale, 
potio maleficii. Notons cette pensée d'intervention des puissances téné- 
breuses, maléfice qui accompagne souvent la mention de ces empoi- 
sonnements. Nous parlerons plus loin de l'envoûtement, pratique 
pour ainsi dire parallèle, et relevant uniquement des arts occultes. 
— Continuons notre dépouillemenL En 1100, Guillaume d'Uriel, 
évéque de Limoges, meurt à son tour, victime d'un crime analogue. 
En 1207^ Roger Falastel ou Pallasteau, de Dun (on sait que la petite 
ville roarchoise a conservé le nom de ses anciens seigneurs accolé 
au sien) est l'objet, à La Joncbère, d'une tentative semblable. Il est 
empoisonné avec deux autres personnes, dont Tuue est un ceitain 
Gainier du Dognon. C*eit ia femme de Gasnier qui^est Tauleur» 



Digitized by VjOOQIC 



- 344 — 

tout au moins Tinspiratrice du crime ; mais précisément le mari de 
l*e[upoisonneusc reçoit des soins immédials el échappe à la nioit. 
Le ciironiqueur ne dit pas ce qui advint de la coupable. En 1210, 
TaLbé de Fonlgombaud est enlevé avec une foudroyante rapidité, 
on âllribue Tévénement à quelque breuvage; en 1216, c'est le tour 
du loi Jean Sans-Terre, qui succombe de la même façon ; en 1295, 
Jt^an de Brouilles, prévôt de La Souterraine, meurt à son tour 
potionatus, Hugues Gérald, évéque de Cabors, est accusé en 1317 
d'iivoir commis des empoisonnements — buperpotiouibiis. Convaincu 
ÙB plusieurs crimes, condamné à être dégradé du sacerdoce, livré 
au bras séculier, il est écorcbé et on (raine, sur une claie, son corps 
puiiLelant au bûcber. 

La sorcière n'était pas seulement une mégère vendant aux unâ 
â^s philtres, aux autres des poisons. Elle conservait tous les secrets 
redoutables de la magicienne anlique et se livrait en particulier à 
i'envoûlemenl, opération connue des âges les plus reculés et qui, on 
le sait, avait été une des pratiques favorites des contemporains 
d'Ovide et de Catulle. Ces images de cire ou de terre que (antôl on 
perçait de longues aiguilles, tantôt on faisait fondre à la chaleur 
d'un brasier ou on enterrait avec des reptiles et des herbes véné- 
neuses, les abandonnant à Thumidité et à la pourriture, — étaient 
dans la plus pure tradition de Tantiquité. Plus d'un procès du 
moyen-âge, plus d'une affaire célèbre du seizième et du dix-septième 
siècles font revivre Canidie et les autres sorcières qu'Horace, 
Apulée et tant d'autres ont dépeintes sous des traits si noirs. 
Néanmoins les magiciennes françaises, italiennes, espagnoles, 
alU mandes, ne paraissent pas être en possession de toute la puis- 
lance de leurs devancières du monde païen et des pays du Nord. 
Elles ne commandent pas aux astres ni aux éléments; — bien peu 
se glissent la nuit dans les maisons bien closes el vont, redoutables, 
Buccuber, épuiser en quelques moments tout h sang d'un être 
bîeji portant el vigoureux; rarement elles évoquent les morts, et 
seuls les fantômes des « mauvais f, de ceux qui ont entendu de la 
huuchc) du Christ l'arrêt suprême de condamnation, surgissent de 
lu tombe à leurs adjurations. C'est en général dans une sphère 
pluîi leslreiule et plus modeste que s'exeixe leur influence, qu'elles 



Digitized by VjOOQIC 



— 345 — 

réussissent à dominer la nalure, à diriger ses forces, eU pour 
employer l'énergique expression du poêle ialin, à faire violence 
aux Dieux : 

Vim factura Diis... 

Celle réserve faite, les sorcières, vieilles ou jeunes, du moyen- 
âge, ne diffèrent guère de leurs devancières : ni leurs réputations, 
ni leurs mœurs ne valent mieux. Elles appartiennent à la même 
famille. Après lout, le Sabbut tel que le représentent des milliers de 
descriptions émanant d'accusés bu de témoins, dans les procès de 
sorcellerie, depuis le quinzième siècle, procède en droite ligne de 
deux traditions, de deux courants : Tun d'origine méridionale, 
l'autre conçu dans les brumes du Nord. On y retrouve à la fois les 
réunions mystérieuses que tenaient, la nuit, les ouvrières en sortilèges 
de Rome, dans le grand cimetière des pauvres, au Honl-Esquilin, 
et les chevauchées des déesses et demi-déesses Scandinaves et des 
sorcières gauloise^ à travers les airs. En général, les servantes du 
Diable, au moyen-âge, sont toutefois moins batailleuses et moins 
altérées de sang que les guerrières d'Odin et les fidèles suivantes de 
Benzonia. 



II 



On trouve, jusque dans nos temps modernes, jusqu'à nos jours, 
les héritiers des sorciers et des magiciens de tous les siècles, les 
observateurs de toutes les folles superstitions et les imitateurs de 
toutes les inimaginables pratiques des âges les plus reculés. La 
Pythonisse d'Endor comme les enchanteurs de Pharaon, Pythagore 
et Apollonius de Tyane, comme le fameux Simon et les théurges 
des siècles suivants, ont leurs continuateurs dans les villes aussi 
bien qu'aux champs, sur les territoires nouveaux comme au fond 
des quartiers mystérieux de nos vieilles ciiés Européennes et des 
obscurs dédales des temples ruinés de rinde ; sur toute la surface 
âu mondai 



Digitized by VjOOQIC 



— 346 — 

Aux dernières pages de sa chronique, si précieuse pour noire 
liistoire d'Aquitaine, Adémar de Chabannes raconte ce qui advint 
à Guillaume II, comte d'Angoulème, son contemporain. Robuste et 
bitJi portant, ce seigneur senlil tout à coup ses forces diminuer et 
siiti èuergie s'éteindre : La vie peu à peu {^abandonnait. On accusa 
une magicienne avérée d'avoir employé contre lui les lessources 
diahtiliquts de son art artes maleficas contra eum exercuisse. Elle 
fut jetée en prison ; mais on ne put tirer d'elle aucun aveu et on 
eui recours au jugement de Dieu pour arriver à connaître la vérité. 
Un duel judiciaire fut ordonné. Le champion de la sorcière suc- 
comba ; on remporta hors de la lice dans Tèlal le plus pitoyable. 
I/:ucusèe n'en persista pas moins à refuser de parler. On eut beau 
la soumettre à la toiture : le démon lui gardait la bouche fermée 
comme il lui tenait le cœur endurci et on ne put obtenir d'elle un 
seul mol. Enfin, trois femmes qui Pavaient assistée dans ses téné- 
breuses opérations se décidèrent à révéler ce qu'elles savaient. 
LcJ tni^gicienne avait envoûté l'infortuné baron. Les dénonciatrices 
liviONvrirent aux officiers du comte une cachette d'où on tira des 
ligures en terre, presque pourries par suite de leur séjou** prolongé 
dans le sol, — qwisdam faniaslicas ex limo imagwos jim pultefac- 
ins ditilnmilale. Le comie déclara qu'il voulait qu'on fit gtâce à la 
coupable : mais il ne se rétablit pas et s'eleignit le 6 avril 10S8. 
La sorcière et ses complices furent, peu après sa mort, brûlées, 
horâ des remparts d'Angoulème. 

Au moyen âge, les lépreux et les juifs étaient considérés par le 
fieijple comme se livrant communément à des opérations occultes 
et ilepositaires de maints secrets de magie. Le vulgaire attribuait 
Hiorrible mal qui rongeait les premiers à un^ cause surnaturelle, 
el volontiers s'imaginait qu'entre le démon et eux, devait pres- 
que nécessairement, se nouer des relations. De plus, c'était une 
croyance générale que des bains de sang humain pouvaient seuls 
les guérir. Le célèbre roman d'Awis etAmiie fournit à cet égard de 
ctjrieuses indications. Ans 1 accusail-on les hôles des maladreries 
de voter les enfants pour les pgorger. La même accusation, on le 
sait, pesait sur les juifs, à qui on prêtait certains rites sanguinaires: 
ils |iraliquaienl du reste l'alchimie et aus&i la kabb&le,qu1l8 avaient 



Digitized by VjOOQIC 



- 347 - 

empruntée aux Chaldéens. Enfin la profanation des hoslics consa- 
crées, qu'on leur imputa souvent, et plus (i'une fois, seml)le-t-il, 
avec raison, devait, dans Tesprit des populations, tes amener à 
entretenir un coupable commerce avec Satan. Ils étaient en quel- 
que sorte les uns et les autres, ses alliés naturels dans leur guerre 
au Christ. 

Néanmoinsce fui surtout comme empoisonneurs qu'au quatorzième 
siècle on redouta et on poursuivit les lépreux, et que s'acharna 
conlr'eux l'opinion publique, plus d'une fois ils avaient été accusés 
de l'empoisonnement des eaux. Ces imputations prirent, vers 1320, 
un caractère plus précis et pli»s grave. On prèleiidit qu'ils avaient 
comploté de jeter, des substances d'une violence extraordinaire 
dans toutes les sources et tous les puits, afin que les chrétiens qui 
s'y désaltéreraient périssent aussitôt ou fussent atteints de la lèpre. 
S'il faut en croire plusieurs de nos chroniqueurs, un lépreux d'im- 
portance — quidam magnns leprosus — confessa pendant le séjour 
du roi Philippe V à Poitiers, en 1321, qu'un riche juif lui avait pro- 
posé une somme considérable pour déterminer ses compagnons 
d'infortune à commettre un aussi abominable forfait. Il déclara que, 
dans la composition des drogues dont on devait se Servir à cet eilet, 
entraient du sang humun, de l'urine et trois espèces d'herbes qu'il 
ne sut ou ne voulut pas dé>igner avec précision. Le Seigneur de 
Parthenai envoya au roi le texte même de ces aveux, revêtu de son 
sceau. Ce fut partout une explosion d'indignation et décolère. De 
toutes parts on signala des faits qui étaient plus ou moins de nature 
à confirmer les déclarations du juif. Le continuateur de la chroni- 
que de Gérald de Frachel, qui donne le récit, conforme du re^te à 
celui laissé par d'autres écrivains du temps, du fait rappelé plus 
haut, raconte à ce propos qu'une lépreuse traversa un bourg du 
Poitou où il se trouvait à ce moment lui-même» cette femme, crai- 
gnant d'être prise, s«^ débarrassa d'un petit paquet qu'elle portait, 
plie dans un linge. Ce paquet fut remis à la justice : on y trouva la 
tête d'un serpent, les pattes d'un crapaud, et quelque chose qui 
parut être des cheveux de femme, le tout imbibé d'un liquide vis- 
queux, noir et fétide. 



Digitized by VjOOQIC 



--^y^p- 



— 348 - 

On sait qn'à la snile d'une ordonnance de Philippe V, du 21 juin 
132!, les lépreux furent arrêtés dans toute la France et empri- 
sonnés. Le peuple était exaspéré contr'eux, et Tautorilé royale sem- 
1)]g avoir en cette occurence subi la pression de Topinion. Du reste 
les exécutions avaient, dans maintes provinces, devancé les ordres 
du sonverain : dans le diocèse de Limoges, les lépreux adultes 
avaient tous été mis à moit, et une chronique de Tabbaye d'Uzer- 
cbe« récemment publiée, nous donne le détail des exécutions qui se 
succédèrent pendant un mois: du 13 mai au il juin, quarante-cinq 
de ces malheureux montèrent sur le bûcher dans ie seul territoire de 
In jnsrîce du monastère, on ne fit grâce qu'aux enfants et aux fem- 
mes eitceintes. Il en fut ainsi dans plusieurs provinces voisines, 
notamment en Quercy, en Périgord, et dans l'Agénois. 

Ces mesures d'extermination, qui, en Allemagne et dans d'autres 
pays de l'Europe orienlale, avaient été à la même époque prises 
coîitre les juifs, ne se renouvelèrent pas. Elles furent même, en ce 
qui concerne du moins les lépreux Limousins, dont les survivants 
avaient été marqués au fer rouge et étroitement renfermés dans 
certaifies maladreries, suivies presque immédiatement d'une détente 
inexplicable. Quelques semaines après les exécutions barbares que 
nous venons de signaler, nos lépreux virent s'ouvrir les portes de 
leur s prisons. Ils continuèrent à vivre à part, dans des établisse- 
menUs spéciaux ; mais ils n'y étaient pas continuellement séquestrés. 
Pi [}ouvaient sortir, en se conformant à quelques prescriptions, en 
porttitit notamment, comme les juifs, sur leurs habits, une marque 
disilnciive apparente. Beaucoup reprirent leurs habitudes de vaga- 
bondage. Leur nombre avait diminué; ils avaient perdu leur 
arrogance et ne menaçaient plus. On les laissa en paix. 

Quant aux juifs, ils avaient été chassés par les Evèques, dès les 
premières années ilu onzième siècle, du territoire du diocèse, et 
depuis cette époque, on ne trouve que fort peu de Iraces de leur 
présence dans le Limousin et dans la Marche. On assure toutefois 
qu'une petite colonie subsista à Bellac ; mais elle fit peu parler 
dVIle. 



Digitized by VjOOQIC 



-349 - 



III 



Les procès de sorcellerie de la dernière période du moyen âge 
ont lai>sè moins d'échos dans notre région qne ceux des seiz ème et 
dix-seplième siècles. Néanmoins nous savons que dès le quatorzième 
et surtout au cours du suivant, dans le peuple, comme parmi les 
clercs, les pratiques de la magie se répandirent de plus en plus. Les 
adeptes des aris occultes devinrent légion, un sorcier de Paris, le 
célèbre Trois- Echelles, contiuiporain d*Henri H et de Charles IX, 
n'évaluait pas à moins de cent mille, le nombre de personnes 
adonnées à cette époque aux arts occultes, dans le seul royaume de 
France. 

La Renaissance, a remarqué un observateur très documenté et 
très judicieux, un homme de lettres d'une érudition rare et d'une 
merveilleuse sagacité, le regretté Emile Montégut, fut la période de 
la crédulité par excellence et le règne de la magie. Et il justifie ce 
jugement, qui pourra causer quel(|ue surprise à beaucoup de per- 
sonnes ayant seulement une notion superficielle de l'histoire de cette 
étrange époque qui fut loin de réaliser un progrès moral et d'être 
marquée par un rplèvemenl des âmes. Dans la curieuse étiide qu'il 
consacre à John Aubrey, en tête de ses Hruresdelecinre, notre com- 
patriote écrit ces lignes d'une incontestable vérité: « Loin de 
a détruire les superstitions, la Renaissance, au contraire, leur prêta 
a main forte... Ce n'est pas au moyen âge: C'est au seizième siècle 
« et dans la première moitié du dix-septième que la sorcellerie a 
« trouvé ses historiographes et ses statisticiens ; et ceux-là ne sont 
« pas d'obscurs exorcistes ou des moines ignorants: ce sont <les 
€ savants sérieux, dont quelques-uns presque illustres... » 

Une véritable épidémie de sorcellerie s'abbattit en effet, précisé- 
ment à celte époque, sur les pays les plus civilisés de l'Europe. A la 
cour des derniers Valois, toutes les vieilles pratiques de la magie 
d*Orient et de Rome furent i émises en honneur, pendant que les 



Digitized by VjOOQIC 



aîèges royaux et les justices féodales qui subsistaient encore antè- 
rfeurciïit^ntà Tordonnance de Moulins, poursuivaient sans pitié les 
sorciers ut les sorcières. Des bûchers s'allnniaienl partout : à Paris, 
à Rouen, à Aix, à Rennes, à Bordeaux. Le parlement de Toulouse 
pnmonr?!, au cours du seizième siècle, un nombre prodigieux de 
cuiuiajuïî;i Lions pour actes se ratlachant à l'exercice des arts occultes. 
Nous avons noté quelque part ce fait inouï qui mériterait confirma- 
UoiJ ei qui^. nous ne rappelons que sous toute réserve : par un seul 
mi'él, celte cour aurait envoyé quatre cenls femmes à la mort. Mais 
si crueilMs qu'aient été les exécutions en France, elles restèrent au- 
dessous de ce qu'on devait voir un peu plus tard en Angleterre. Les 
liistorlens n'onl pas évalué à moins de quarante mille le nombre 
des (ïersoiines condamnées au dernier supplice pour sorcellerie et 
crimes s^ rapportants la pratique de la magie, au cours du dix- 
seplièm*^ siècle, dans l'étendue de ce royaume. 

Ufjiis Itiwiii la réj'ion du centre, la croyance au pouvoir des sor- 
ciers, à l'influence des sortilèges, la terreur qu'ils inspiraient étaient 
la même que dans les landes de la Gascogne ou sur les côtes de la 
llreNigiie. L'accusation de sorcellerie, que la législation de l'époque 
b3rl)srri iHinissait d'une grosse amende quand elle ne pouvait être 
jiïblitiee, fut souvent portée par haine ou par esprit de vengeance 
romre des gens inofTensifs ou du moins très innocents de tout com- 
nit^rce avtx le mauvais esp.**it. Beaucoup réussissaient à se défendre 
vi parfois à rejeter sur.leurs accusateurs les terribles conséquences 
de eus imputations. Dans quelques documents on trouve mention 
iU* prtM'ts intentés par les victimes aux auteurs des calomnies, des 
deiiurKiîitions, des bruits mis en circulation sur leur compte. On 
po*iî^C(ii' notamment (ies monitoires de l'autorité ecclésiastique rela- 
lîf« à des affaires de ce genre. Nous devons à l'obligeance de M. du 
Verdier de Marsilly, ancien commissaire du gouvernement au Con- 
seK di5 ^^iierre du là*» corps, commuiiicalion de curieuses lettres de 
l'official de Bourges, datées du 31 mai 1644 et ayant trait au sujet- 
(|iii lum^ occupe. Un nommé Claude Jaulhat, sa femme et sa fille, 
n gi IIS lift labeur » à la Presclie, paroisse de Givrelle, (aujourd'hui 
conimuiie de Domérat, Allier) s'étaient plaints de ce que des gens 
im\ iiitei'tionnés les représentaient comniedes sorciers allant toutes 



Digitized by VjOOQIC 



~ 3K1 - 

les nuits au sabbat, (( conférant et communiant avec les diables et 
pactisant avec eux d. On leur reprochait même d'avoir a par leurs 
sortilèges fait geler les vignes et causé Tenlière perte des fruits du 
pays ». Il y en avait assez pour les faire massacrer par leurs voisins. 
Désireux de se laver de ces accusations, Jaulhat et sa famille s'étaient 
adressés à Tautorité ecclésiastique qui fit par trois dimanches 
publier à la messe paroissiale des monitoires, invitant tous ceux 
qui auraient connaissance de la vérité ou de la fausseté des faits 
imputés à la malheureuse famille, à les révéler au curé. Nous igno- 
rons le résultat de cette espèce d'enquête et ne saurions dire si 
Jaulhat réussit à se débarrasser d'une réputation de sorcier, fort 
dangereuse sous l'ancien régime et qui pouvait mener un homme 
très loin — au bûcher par exemple, comme le prouveront les his- 
toires très véridiques, dans leur dénouement tout au moins, que 
nous rapporterons plus loin sur Tautorité d'auteurs graves et 
connus. 



IV 



Sorcier ou loup garou, c'était tout un, aux yeux des gens de la 
campagne, en beaucoup de pays du moins. On a cru, dans toute la 
région, et beaucoup de paysans croient encore que certains hommes 
peuvent se changer en loup et courent la nuit, attaquant les chiens, 
les déchirant à belles dents, sautant sur les épaules des passants 
attardés, les chevauchant sans pitié, les contraignant à fournir des 
courses interminables à travers la campagne, les égaraiU dans les 
landes, les bois, les marécages, les abandonnant enfin, brisés, 
meurtris, affolés, presque morts de fatigue et de peur, dans 
quelque lieu désert, au pied d'une vieille croix ou d'un tronc 
d'arbre frappé par la foudre. Les opinions en cette matière sont du 
reste très diverses. Pour les uns, le loup garou n'est qu'un sorcier 
pouvant à son gré prendre la forme d'une bête fauve ou seulement 
se revêtant d'une peau de loup et vagabondant ainsi pour le seul 
plaisir de faire du mal aux hommes et aux animaux. Pour d'autres, 

4 



Digitized by VjOOQIC 



— 382 - 

lô loup garou est une variété de vampire, s'échappant du tombeau 
potir tourmenter les vivants, jusqu'à ce qu'on Tait délivré de sa 
peine par des prières, ou qu'on ait fait subir à son cadavre cer- 
taines mutilations, mais le plus grand nombre le considèrent 
comme sorle de Juif Errant, objet d'une malédiclion spéciale et 
exécutant un arrêt auquel il ne peui se soustraire. 11 faut que 
chaque nuit il courre et alianne, exposé à toute espèce de dangers, 
aux poursuites, aux coups, aux plus cruelles mésaventures. Son 
sang coule souvent. Parfois, il laisse un de ses membres sur la 
place et rentre mourant à son logis, où sa blessure Je dénonce à 
rhorreur des siens et à la vengeance du voisinage. Plus d'un de 
ces malheureux a été brûlé comme sorrier. On connnîi l'histoire de 
celte dame, femme d'un seigneur de rAuvergne,qui toutes les nuits 
courait le pays, sous la ligure d'un loup, terreur des bergers et des 
passants. Un ami de son mari, chassant dans les environs du 
ctiûleau de celui-ci, se laissa un jour emporter à la poursuite de je 
ne sais quel gibier après le coucher du soleil. Il errait dans un 
bois, cherchant à retrouver son chemin à travers les ténèbres 
grandissantes^ lorsque tout à coup, une énorme louve se dressa 
devant lui. Le chasseur était sur ses gardes : d'un vigoureux coup 
dM couteau» il abattit net la patte de l'animal, qui s'enfuit en 
poussant des hurlements de douleur. Le veneur se remit en che- 
min et ne tarda pas à atteindre le manoir où l'attendait un cordial 
acf'ueil. Il conta à son ami son aventure et voulut lui montrer la 
pylte de la louve, qu'il avait ramassée. Quel ne fut pas leur 
étonnement et leur horreur à tons deux, quand l'arrivant lira de 
sa gibecière une main de femme dont nn des doigts portail un 
Hiineau. Le châtelain reconnut en frémissanl l'anneau de sa propre 
femme, celle-ci justement venait de le faire prévenir qu'un malaise 
subit l'empêchait de quitter ses appartements. Le mari terrifié, 
€$u?rdn, en proie à une angoisse épouvantHl)ie se précipita vers la 
chambre de la sorcière, la trouva pâle, défaite, à demi morte, 
renversée sur un coussin et le bras enveloppé de linges sanglants. 
En vain la dame chercha à dissimuler sa blessure. Elle fut livrée à 
là justice et périt sur le bûcher. 
Nous ne donnons ce récit que comme un échantillon des contes 



Digitized by VjOOQIC 



— 353 — 

qui ont couru un peu partout, et que, dans nos provinces du 
centre-, en Berri, dans la Marche el le Limousin, en Bourbonnais, 
en Poitou, on entend encore répéter dans les veillées, où ils sont 
toujours assurés du même succès. 

Hais souvent on ne parvient pas à démêler si, dans les fantasti- 
ques histoires qui font frissonner de peur Tassistance, il est ques- 
tion de loups garons, ou d*animaux féroces. Il semble que plus 
d'une fois, les héros des aventures transcrites ainsi par les vieux 
conteurs aux oreilles des jeunes générations, n'aient pas su au 
juste à qui ils avaient eu affaire. La même incertitude se trahit 
dans les documents relatifs à certains événements dont on ne peut 
guère mettre en doute l'authenticité. Ainsi il résulte d'une lettre 
écrite aux magistrats municipaux de Limoges par un médecin de 
Marvéjols, du nom de Rochevalier, au moment où les courses et 
sanglants exploits de la fameuse bêle du Gévaudan frappaient 
d'épouvante la population tout entière de trois ou quatre provinces^ 
qu'en 1699, un animal féroce d'une espèce inconnue avait exercé 
des ravages analogues et causé en Limousin une semblable panique 
et que l'autorité avait dû organiser conlr'elle des battues formida- 
bles. {liuUelin de la Société Archéologique el Hislorique du Limousin, 
t. XXX, p. 97). Les registres paroissiaux de Saint-Fiel notent qu'en 
1712, « il a couru dans le pays quelques lougaroux, qui ont mangé 
plusieurs enfants : ce qui est arrivé en 4610, et enfin la même 
chose arriva en 1668 ». La Cure de Sainl-Fiel^ par S. Dardy, ch. 
(àJémoires de la Société des Sciences Naturelles et Archéologiques de. 
la Creuse, f* série, tome 6, page 106). 

Le rédacteur de ce curieux nfemento ajoute qu'on a pourchassé 
les terribles animaux, mais sans pouvoir leur donner la mort : 
« ce qui fait croire, rjoute-t-il naïvement, que c'est des sorciers ». 
A la même catégorie ont appartenu sans doute la bête féioce, 
innommée, qui, en 1619, dévora plusieurs personnes en Limousin, 
et celle qui, en 1698, aurait fait périr une centaine d'hommes, 
femmes ou enfants au témoignage des registres de la par<^ isse de 
Saint- Vaury : la même, il faut le croire, qui, d'après une note du 
curé de Vallières^ aurait en 1699 mis à mort une douzaine de 



Digitized by VjOOQIC 



- 354 - 

pauvres petits et blessé plusieurs adultes (1). Le fonds constilué 
aux Archives de la Haute -Vienne, par les précieuses copies 
d'Auguste Bosvieux, contient plusieurs mentions de ce genre. 

Antre est le loup garou, dont nous venons de conter les sanglants 
exploits : le loup garou hideux, malfaisant, féroce, que Texcellent 
J.-F. Bonnafoux, dans son précieux et pittoresque opuscule sur les 
Légendes el Croyances superstitieuses conservées dans le département 
de la Creuse (Guéret, veuve Betoulle, 4867), nous montre tapi dans 
Tombre auprès de la fontaine Piquerelle et guettant sa proie; 
autre est le «r meneur de loups o, qui possède de merveilleux 
secrets pour commander aux bêles lauves el les détourner des 
troupeaux, des domaines et des villages qu'il a sous sa protection. 
Lui aussi est un sorcier, et passe pour vagabonder souvent comme 
ses pareils. C'est parfois un vieux berger qui, la nuit, paît d'autres 
troupeaux que ceux qu'il conduit le jour, et qu'on rencontre cou- 
rant au clair de lune à travers les bois et les landes, escorté 
de loups maigres, affamés, hurlant, bondissant autour de lui. 
Néanmoins il est généralement bienfaisant et modère son troupeau 
au lieu de l'exciter. Les incantations qui lui sont familières, et qu*il 
révèle, sur la fin de sa vie, d'oniinaire à son lit de mort seulement, 
à un de ses enfants ou à une personne de son choix, sont toutes 
puissantes : le loup est dominé, subjugué, saisi, « enclavelé » par 
la redoutable formule, et se trouve contraint de suivre la direction 
que lui impose la volonté souveraine du maître. 

C'est surtout des men**urs de loups, des guérisseurs, des metzer 
au geste ample et au regard profond, et aussi des vieux rites du 
culte des eaux et des pratiques christianisées mais où certains 
détails caractéristiques lai^^sent reconnaître une origine païenne, que 
traite iM. Gaston Vuillier, dans une série d'articles publiés il y a 
trois ans par le Tour dn Monde ei illustrés de dessins d'une fan- 
taisie saisissante. Dans cette visite chez les Magiciens el les Sorciers 



(I) On ne peut guère douter que l'animal signalé aux registres de 
Sainl-Vaury et de Vallières ne soit celui auquel fait allusion la lettre 
du médecin Rochevalier rappelée plus haut. 



Digitized by VjOOQIC 



— 385 — 

de la Corrèz^^ où il est notre guide, il consacre des pages attachan- 
tes aux euclateleurs et nous montre à Tœuvre une catégorie parti- 
culière de sorcières, très différente de celle dont nous avons, dans 
ces dernières pages, narré les naéfaits. 

Des loups garous et des meneurs de loups, nous passerions par 
une transition toute naturelle à la chasse volante, appelée ailleurs 
chasse gaiière, chasse infernale, lé Grand Veneur etc. Mais cet 
ordre de phénomènes pas plus que lout ce qui a trait aux fées aux 
ondines, aux sylphes, aux femmes blanches, aux demoiselles ne 
rentre pas dans le cadre de notre élude et nous transporterait dans 
le domaine des apparitions fantastiques qui n'ont souvent aucune 
relation avec les sorciers et la sorcellerie. Aussi nous arrêterons- 
nous sur ce chemin où il est aisé de s'égarer, et nous bornerons- 
nous à renvoyer aux ouvra^^es généra^ix, et pour notre pays, à la 
brochure de M. Bonnafoux que nous avons déjà citée, aux Esquisses 
Marchoises {\e M. Louis Duval, aux bulletins de nos Sociétés Savan- 
tes et à quelques feuillets épars des ouvrages consacrés aux mœurs 
d'autrefois et aux croyances superstitieuses de notre pays. Néan- 
moins parmi les apparitions qui ont frappé d'une façon toute parti- 
culière rimaginatiun du peu()le dans notre province, nous mention- 
nerons les cortèges funèbres dont il est souvent parlé aux veillées : 
ces visions importunes et qui parfois se reproduisent avec une 
persistance obsédante, de convois escortés de prêtres, de personnes 
connues, souvent d'êtres ayant un caractère fantastique; — et cette 
fameuse a procession de Bellac )>, moitié religieuse, moitié païenne, 
composée d'un nombre incalculable de fantômes et qui se montra, 
sous le règne de Louis XIII, aux regards terrifiés d'un ecclésiastique 
et à% trois marchands poitevins, dans une plaine à peu de distance 
de la vieille capitale de la Basse-Marche. Cette apparition a été 
longuement décrite par l'auteur d'une rare plaquette, imprimée 
en 1621 à Paris' et portant ce titre : Signes merveilleux apparus en 
forme de procession, arrivé pfès la ville de Bilac^ en Limousin (sic). 



Digitized by VjOOQIC 



- 356 — 



Le JèsuKe belge Martin Deirio a entassé dans les éditions succes- 
sives ùe fion fâineui livre sur la Magie {Disqnisitionum magicarum 
Libri iej) imprimé pour la première fois à Mayence en 1S93, 
quantité li'liisloires à fnire frémir. Il en a emprunté bon nombre à 
d'aiUres écrivains du seizième siècle, entr'autres à un conseiller au 
Partenieni de Bordeaux, Florimond de Raymond qui jouit d'une 
certaîaa iiutoriété en matière de démonomanie et de possession. 
C'est dans un ouvrage de ce magistrat VAnlcchrùl (les bibliographes 
u'onl pu jusqu'ici découvrir un seul exemplaire de la première 
êdilioi) de ce livre) qu'il a trouvé le récit d'un procès de sorcellerie 
dont il a jugé intéressant de conserver le souvenir. 

Uue jeune femme, Jeanne Bosdeau, avait été accusée de sorcelle- 
rie et traînée devant le juge ordinaire de la châtellenie de « Soli- 
grjac n en Limousin ; car nous ne connaissons de Salignac qu'en 
Pèrigord (i) et en Saintonge. Les sorciers n'étaient pas rares de ce 



(!) li s'apit, je crois, du Grand-Bourg de Salagnac, qui jusqu'à la 
Rt'voïiïtiôii a fait partie de la province du Limousin. M. Guibert,à qui 
i avais soumis cette observation, m'a répondu le 12 novembre 1903 : 
H J'nvfiis |. ensé comme vous, à propos de l'appel porté devant le 
Pî^rlenient de Bordeaux; mais je m'étais figuré que le Grand-Bourg 
tjlait dattri la Haute- Marche, et il aurait alors ressorti dans ce cas du 
Parlement de Paris. Néanmoins il est aisé d'ajouter en note que 
peut-éïlre s'agit-il de Salagnac ». 

Le nom de Bodeau, encore aujourd'tiui, n*est pas rare dans la 
Creuse ; je connais deux Bodeau à Saint-Sulpice-le-Guérétois. 

La Miiidie avait aussi ses sorciers. On lit dans une pièce de pro- 
cédiire d(^ 1473 (fonds des Ternes) : L'étang de Valensanges, acheté 
pKP les leligrieux des Ternes en 1466, fut péché par eux en 1467 et 
1470, et cela sans opposition du sieur de la Voreille, a qui estait au 
pays, ciir il fit lors brusler deux filles sorcières qui estaient en ses 
prisons, et en les faisant brusler tomba de sa haquenée ». C'est 
seuleQierU loi^s de la pêche de 1473 que le sieur de la Voreille, Jacques 
de Rocliedragon, réclama une partie du poisson; d'où le procès. Les 
deu3t llUes sotciôres ont donc été brûlées en 1467 ou 1470. 

La Voreille est un hameau de la commune de Peyrat-la-Nonière* 

D. 



■ Digitized by VjOOQIC 



- 387 - 

côté, et nous verrons pins loin que le Sabbat s'est souvent tenu 
dans une lande à peu de distance du Yigen. 

L'accusée fut convaincue par ses propres aveux d'avoir eu com- 
merce avec le démon et condamnée à mort. 

Les sorciers tiennent à la vie comme les autres hommes. Jeanne 
Bosdeau appela au Parlement de Bordeaux de la sentence du juge 
ordinaire de Solignac. Elle était évidemment peu au fait des dispo- 
sillons des magistrats de cette cour suprême^ qui furent au dix- 
septième siècle et qui étaient dès lors les ennemis les plus implaca- 
blés des magiciens. Jeanne Bosdeau, nous Tavons dit, ne niait pas, 
mais, rapporte le magistral bordelais, confessait tout au contraire 
avec une merveilleuse franchise et naïveté. Elle raconta à la Cour, 
sans qu'on eût besoin de recourir à la question, comment elle avait 
été débauchée par un italien et amenée par lui, la veille de la 
Saint-Jean, sur les minuit, au milieu d'une lande où son compagnon 
traça avec une baguette^ un grand cercle, en marmottant des 
paroles mystérieuses qu'il lisait dans un livre noir. Soudain 
apparut un bouc de haute taille, aussi noir que le livre; deux 
femmes raccompagnaient. Puis se montra auprès de ce groupe un 
homme habillé en prêtre. 

— « Qui est cette fille » demanda le bouc à l'Italien ? — « Je te 
la conduis pour être des tiennes » répondit celui-ci. Alors on ilt 
faire à Jeanne le signe de croix avec la main gauche, et le bouc lui 
ordonna de le saluer. 

Tout le monde sait quel ragoûtant hommage on rendait au 
diable dans les assemblées tenues jous sa présidence. Du reste, les 
choses ne se passaient point dans les ténèbres, et il y avait, au 
moins autour de l'Esprit Malin, un luminaire sufflsant. Le bouc — 
c*ëtait-en général sous la forme caractéristique du puant animal 
que le démon se montrait dans ces réunions — portail une chandelle 
noire plantée entre ses deux cornes. Il l'allumait en « tirant du 
feu de dessous sa queue )), et les personnes présentes, à qui une 
sorcière distribuait des chandelles, venaient tour à tour les allumer 
à la sienne. Chacun après avoir donné au bouc le baiser d^usagOi 
jetait son offrande dans un plat d*argenti 



Digitized by VjOOQIC 



— 358- 

Puis sorcières, sorciers et diables dansaient en rond, se liant 
ensemble de mille manières et se tournant le dos on tournant le 
dosa Satan, demeuré au milieu du c cerne ». Quand ils étaient las 
ils s'asseyaient autour d'un festin qui n'avait rien d'appétissant pour 
des gens qui ne se sont pas <]onnés au diable. On y mangeait des 
enfants, raconteul les uns, des restes de cadavres exhumés et tontes 
sortes de rebuis sans nom, assurent les autres. Puis « on distribuait 
les métiers de sorcellerie, et chacun rendait compte de ce qu'il 
avait fait. Les eslats estoienl pour empoisonner, ensorceler, lier, 
guérir malades avec charmes, faire perdre les fruicts de la terre et 
telles autres mescbancetez ». 

La cérémonie capitale du Sabbat était la parodie de la messe. 
L'offlciant, revêtu d*une chappe noire sans croix^ tournait le dos 
à l'Autel. L'hostie était faite <r d'un rond de rave noire ». On mettait 
de Teau dans le calice, et à rËlévation, tout le monde criait : 
« MuUre, aide-nous! » A la fin de la cérémonie, le diable asper- 
geait l'assistance d'un liquide infect qui, on peut l'imaginer, n'était 
point de l'eau bénite... 

Jeanne reconnut avoir eu des accointances toutes particulières 
avec le démon, qui avait demandé une boucle de ses cheveux. Elle 
donna même sur ctt abominable commerce certains détails que 
leur naturalisme ne nous permet pas de reproduire. D'autres 
sorcières, favorisées aussi des préférences de Satan, ont fait des 
déclarations analogues. 

La sentence du juge de Solignac fut confirmée, et Jeanne Bosdeau 
périt sur le bûcher. Nous ne connaisons du reste aucune des parti- 
cularités de son exécution, et l'histoire de la malheurese sorcière 
serait oubliée si Raymond et Deirio ne nous avaient pas conservé 
le récit de ses aveux. 



Digitized by VjOOQIC 



— 359 - 



VI 



On sera peut être surpris d'apprendre que les prêtres suspects de 
se livrer aux pratiques de la sorcellerie irétaient pas rares. Dans 
les procès jugés tant à Paris qu'à Toulouse et à Bordeaux, on en 
rencontre un certain nombre. Plusieurs avouèrent, furent condam- 
nés et périrent dans les flammes. La parodie de la messe consti- 
tuant la cérémonie capitale du Sabbat, il était de croyance générale 
que cette messe « noire » ne pouvait être célébrée que par un 
mauvais prêtre, si Satan ne se chargeait pas lui-même de ce soin. 
Aussi les sorciers accueillaient-ils volontiers, recherchaient- ils 
même les ecclésiastiques pour les associer à leurs pratiques sacri- 
lèges. L'Esprit mauvais^ quand on lui présentait un prêtre au 
Sabbat, le recevait avec une satisfaction notable, et souvent s'etlor- 
çait de se rattacher par des engagements spéciaux, en lui accordant 
des faveurs et un pouvoir qu'il ne donnait qu'exceptionnellement à 
ses fidèles. 

Un des livres les plus singuliers qui aient été écrits sur les sor- 
ciers, leurs pratiques et leur châtiment, est le célèbre ouvrage de 
Pierre Delancre, conseiller, comme de Raymond, au Parlement de 
Bordeaux. Ce volume a été publié en 1613 à Paris^ chez Nicolas 
Buon, sous ce titre : Tableau de rinconstatice des mauvais anges et 
démons, où il est amplenienl traité des sorciers et de la sorcellerie. 

Le traité de Delancre, aussi souvent cité que la Démonomanie de 
Bodin, et dont quelques pages offrent des récits absolument décon- 
certants, prouve que les hommes éclairés, les magistrats les plus 
sérieux et les plus expérimentés n'avaient pas moins foi que les 
ignorants dans la puissance des sortilèges. On trouve dans cet 
instructif volume plusieurs faits qui se rapportent au Limousin. 

L'auteur conte notamment qu'en 1598 un prêtre du village de 
Las Fossas, paroisse de Pageas, près Cbâlus, Pierre Aupetit, âgé 
d'environ cinquante ans et depuis trente ans dans les ordres, fut 



Digitized by VjOOQIC 



- 360 - 

accusé de sorcellerie. Le vice-sénéchal procéda à une information 
contre lui. L'accusé qui avait été décrété de prise de corps, refusa 
de répondre aux interrogatoires et se borna à demander son renvoi 
devant l'autorité ecclésiastique; mais le Présidial prononça qu'il 
apfiartenait bien au vice-sénéchal de procéder, avec le concours 
toutefois d'un représentant de la juridiction diocésaine. Le magis- 
trat fut donc assisté de l'offlcial ou de son assesseur, et d'un conseil- 
ler du nom de du Peyrat. 

Il y avait eu, de toute évidence, des dénonciations fort explicites 
contre Aupetit, car les instructeurs lui posèrent une série de 
questions extrêmement précises. On lui demanda s'il n'était pas 
aile cr au Sabbat de kb'mciras (1) et lande appelée au Devert, 
paroisse du Vigen », s'il n'avait pas vu « messire Antoine du Mons 
de Saint-Laurent, qui fournissoit de chandelle au Sabbat pour 
radoialion »; si lui même a ne portoil pas le fusil pour allumer 
jesililes chandelles», et s'il ne demanda pas au diable un talisman 
de séduction; ne se^rottait-il pas d'une certaine graisse que les 
familiers des pratiques occultes désignaient sous le nom significatif 
de liberlé. Etait-il allé au Sabbat dans la lande de Matliegoute, près 
Saint-Junien ? Ne savail-il pas a embarrer et désembarrer, se rendre 
invisible estant prisonnier i^. Ne se souvenait-il pas qu'un jour, à 
Muihegoute, « lisant un livre, il fit venir un grand nombre de 
fuclions qui cryaient a force et luy respondoient : Titan, liran, 
Hamassien, Ramitssien, nous demandons cercles et cernes pour faire 
iUiMsemblée que nous l\wons promis. • 

Le malheureux déclara qu1l ne savait ce qu'on voulait dire. Il 
n'en fut pas moins « condamné par sentence du vi-seneschal et 
Presidiaux » à être brûlé vif, après avoir été envoyé à l'évoque 
pour être dégradé du sacerdoce. L'arrêt disposait qu'avant le 
supplice il serait appliqué à la cr question et torture ». 

Une fois de plus, <lans celte affaire, la question arracha des 
aveux au patient. Aupetit, livré aux mains du tortionnaire, reconnut 

(1) Eit-ce une mauvoUe leotui*e| pour Ménlèra0« 



Digitized by VjOOQIC 



— 361 - 

être allé au Sabbat à Mathegoute, où « TAveagle les mandoit à 
rassemblée », et ailleurs, notamment au Puy-de-Dôme. Il déclara 
qu'il faisait usage d'un !ivre a escrit comme un imprimé, avec des 
mots estranges et qu'il n'entendoit nullement ». Le diable, ajoutait- 
il, se montrait ordinairement sous la forme d'un « mouton plus 
noir que blanc jd, disait lui-même qu'il était le mauvais Esprit, 
demandant aux personnes présentes ce qu'elles voulaient de lui, 
si elles croyaient en lui. Aupetit raconta la céiémonie classique de 
Tadoration et de l'hommage. L'esprit du mal, dit-il, distiibuait 
lui-même « les chandelles » à ses serviteurs. 

Il fallait que le sorcier abandonnât spécialement au Démon quel- 
que membre de son corps. Ainsi Aupetit commença par lui faire 
don de son petit doigt que Satan prit, « tourna » et a lequel depuis 
il n'a jamais peu plier », puis d'un autre de ses doigts, puis d'un 
autre encore. Finalement, à un Sabbat tenu dans la lande de 
Mathegoute, il se donna tout entier, corps et âme, et oblint ainsi 
du Diable de nouvelles faveurs, un pouvoir plus étendu. 

Aupetit avait été, comme tant d'autres, victime de l'ardent pro- 
sélytisme qu'on trouve souvent chez les ))ersonnes qui pratiquent 
les arts occultes, « feu Gratoulet, insigne sorcier de son temps», 
l'avait initié aux secrets magiques et lui avait appris à emharrer^ 
c'est-à-dire à rendre les -mariages stériles, à nouer l'aiguillette 
comme on disait, à étanclier et à arrêter le sang et diverses autres 
pratiques. Il sut plus tard « faire perdre les châtaignes et autres 
fruits, faire mourir les hommes, les femmes et les enfants... guérir 
des fièvres frénétiques » et de beaucoup d'autres maladies; jeter 
les personnes dont il voulait se venger dans une langueur dont rien 
ne pouvait les tirer, enfin, avoir les femmes sur lesquelles il avait 
jeté son dévolu. C'était là une des grandes faveurs que le diable 
promettait à ses fidèles. On imagine avec qu'elles instances celle-ci 
était sollicitée. 

Pour obtenir ces résultats, le sorcier recourait à certaines for* 
mules et employait de mystérieux procédés que le démon lui-même 
lui enseignait. Il y avait aussi une poudre noire d*une puissance 
Urribiei II suffisait d'en Jeter quelques grains dans les vôtements 



Digitized by VjOOQIC 



— 362- 

d'une personne bien pjrlante pour qu'elle mourût aussitôt. Dans 
beaucoup de cas, le sorcier devait faire des signes de croix, mais au 
au nom du diable. Pour donner du mal à quelqu'un, il disait : 
a malheur te soit donné au nom de Beeizebut, Vach, Vech, Stest, 
Sty, Stu... » Il traçait souvent des cernes, des cercles, soit autour 
des arbres, soit autour des jardins, pour faire périr les fruits. 
Le a cerne o avait des vertus cabalisliqu«>s, c'était en c cerne x> 
que se rangeaient les sorciers au Sabbat. Le diable se tenait au 
centre. 

Le sorcier pouvait appeler Satan quand il avait besoin de lui. 
Celui-ci se montrait d'ordinaire sous la forme d'un « mouton»; 
mais il apparaissait aussi sons les traits d'un homme noir; d'autres 
fois quand Âupetil voulait guérir un malade, le malin esprit pour 
l'accompagner prenait la forme d'une grosse mouche et bourdonnant 
à son oreille, lui disait ce qu'il fallait faire et lui suggérait! de pro- 
noncer des mots d'une vertu extraordinaire dont le guérisseur ne 
comprenait pas le sens. D'antres fois c'était d'un papillon que Satan 
prenait le corps. Ce n'était pas là toutes les métamorphoses du 
mauvais Esprit, qui se montrait sous Taspect de n'importe quel 
animal. Il était apparu en chat dans « l'estude » de Gratoulet. — 
Sa voii ressemblait à celle a d'une personne renfermée ». Il parlait 
aux sorciers « en langage vulgaire », aussi bien et aussi distincte- 
ment que pouvait parler Aupetit lui même. 

Celui-ci avoua qu'il s'oignait, quand il allait au Sabbat, d'une 
certaine graisse et que, au moyen de cette seule pratique, en 
c disant le nom du diable ï>, il pouvait voyager dans les airs e^ 
traverser des espaces considérables pour se rendre à l'assemblée. 
Le voyage s'effectuait très rapidement et « luy sembloit qu'il avoit 
des ailes ». Il n'est nulle part parlé du fameux balai, qu'en certains 
pays chevauchaient les sorciers. Parfois c'était le diable lui-même qui 
oignait ses suppôts ou les transportait. Les sorciers étaient avertis 
des réunions diaboliques par une nuée « au dedans de laquelle il 
se voyoit comme un mouton ». Et le Sabbat se tenait à Mathegouta 
ou ailleurs a oi!i l'assignation en étoit baillée »• 

Malgré ses fréquentes relations avec le Diable^ Aopetlt déclara 



Digitized by VjOOQIC 



- 363 - 

qu^il n'avait jamais pu se défendre d'éprouver de la frayeur quand 
le Malin Esprit s'approchait de lui ; Satan ne manquait pas de le 
rassurer. 

Nous aurions désiré trouver dans l'ouvrage de Delancre plus de 
renseignements sur ce Gratoulet, qui avait été le premier maître du 
prêtre de Pageas, surtout sur les relations d'Aupetit lui-même avec 
d'aulres sorciers et sorcières et sur les mèfails dont il s'élait rendu 
coupable en usant du pouvoir obtenu de Beizébnth ; mais l'écrivain 
bordelais ne s'énonce en termes catégoriques que sur un seul fait : 
Le prêtre a jeié un peu de la fameuse poudre noire « dans le sein à 
un nommé Picliin de La Jourdanie » (près Pageas), qui est mort 
aussitôt. Il en a aussi « baillé autrefois à un Jean de Maum à qui il 
voulait mal 0. Mais il n'indique pas si son mauvais dessein à l'égard 
de cet honime produisit le même effet. Plus loin, il est vrai, le 
sorcier déclare que tous ceux contre lesquels il a eu recours aux 
sortilèges ont succombé. Il confesse aussi avoir « embarré une 
Harsale de Majoubert », paroisse de Pageas, m en mettant un liard 
dans une esguillelte et invoquant le nom du Diable ». Il reconnaît 
au surplus qu'il a (( faict de grands maux et commis plusieurs 
maléfices... ayant faict mourir ceux qu'il a nommés et languir 
plusieurs autres de diverses maladies ». 

C'était pourtant un sorcier guérisseur, qui pratiquait la médecine 
diabolique pour de l'argent. Ayant la faculté de guérir sur le champ 
ou de retarder la guérison, « lorsqu'on le payoit bien, il guéris- 
sait les malades tout aussitôt, sinon il les faisoit languir jusqu'à ce 
qu'ils l'eussent bien contenté 9. 

Aupetit se livra-t-il lui aussi au prosélytisme et chercha-t-il à 
recruter des serviteurs au Diable? Cela semble résulter d'un pas- 
sage de ses aveux dans lequel il déclare que « si Bourdeau d'Aixe 
se fust voullu graisser de ladite graisse (la graisse du Sabbat)» il luy 
eust montré le Diable i>. D'autres peut être, moins avisés que 
Bourdeau, s'étaient laissés persuader. Mais il n'en est pas parlé au 
livre de Delancre, ni dans les divers recueils où sont rapportés, 
d'une façon moins complète, les aveux du sorcier de Las Fossas. 

L'affaire d'Aupetit acquérait aux yeux du juge une gravité parti- 



Digitized by VjOOQIC 



- 364 - 

culîère à cause du caractère sacré dont le sorcier était revêtu. On 
lui demanda comment il avait pu continuer, par le plus horrible 
àt'% sacrilèges, à célébrer le service divin tout en entretenant des 
nipporLs suivis avec le Démon. Il confessa que « par Tordre de 
Sat^n I», il disait la messe « plus en intention de prier le Diable que 
non à I honneur de Dieu ;;, et qu'au lieu de prononcer les paroles 
dB Un consécration, il invoquait Belzébutb, suivant la recommanda- 
tion que celui-ci lui en avait faite au Sabbat... Mais Thomme a de 
sinj^uliers retours sur lui-même et la conscience d'Aupetit le tour- 
na' iH;^ît quelquefois. 11 lui prenait des remords terribles de ses 
crirnt'S, des velléités d:; revenir au bien. Parfois même il arrivait 
à l iadîgne ecclésiastique d'essayer de célébrer « par dévotion » les 
sîiirtl^ rnyi'téres. Soudain « Beelzebut se presentoit a luy en forme 
de (iHfullon et luy deiïendoit de dire les paroles de la messe, ains 
c*i\\o^ qu'il lui avoit apprises : si bien qu'il luy brouilloit l'entende- 
ment pour l'ipduire à faire comme auparavant ». Et si le malbeu- 
rtîux i'î)Ouvanté de ses trahisons et de ses sacrilèges « s»; vouloit 
cûr»reNserou faire autres actes de dévotion » le Diable, se montrait 
aussitôt à lui n et faisoit tant qu'il Tempeschoit et le lourmentoit... 
et surtout le lourmentoit lorhqu*il estoit sur le point de se repentir 
et demander pardon à Dieu ». 

L^ prêtre Aupetit persista dans sa confession jusqu'à la mort. Il 
ExMi le supplice du feu auquel il avait été condamné. Ce fut pro- 
bablement à Limoges qu'eut lieu l'exécution. Nous n'avons néan- 
moins trouvé aucune mention du fait dans les documents de nos 
archives locales. 

Vers la même époque, on poursuivit sous l'accusation de sorcel- 
lerie, plusieurs ecclésiastiques du Poitou, du Bourbonnais et de 
rAuvt^rgne; la plupart furent, condamnés et exécutés. Citons un 
n ligieux du nom de Vidal de la Porte, qui aurait été convaincu de 
^'él^c servi de sortilèges en mainte occasion et à qui on imputait 
ta sti'iililé de plusieurs mai inges : Il avait « embarré » l'époux on 
rèjuMise. Les juges de Hiom le condamnèrent à être pendu, puis 
POU norps brûlé. On connaît l'histoire dramatique d'Urbain Grandier, 
curé de Saint-Pierre-du-Maiché à Loudun, racharneuaent de ses 



Digitized by VjOOQIC 



- 365 -^ 

ennemis, les scènes oifieuses dont le cotivent des UrsiiUnes de 
celte ville fut le ihéâtre, répou van laide procès doiil les écfios ne 
sont point encore entièrenoenl éteinte. Une seule alï.iire de sorcrel- 
lerie peut-être a eu plus de retentissenjenl que celle là : le procès 
du fameux prêtre, Louis Gautlridi île la paroisse des Accoules à 
Marseille, condamné au feu, en !611, par lerarlement de Provence, 



VU 



Les aveux d'Aupetlt et les détails sur le Sabbal, les apparitions 
du Diable, le pouvoir donné par lui â ses adeptes, qu'arraclièrent 
au malheureux les mogis^trals de Mrnogrs, ^e retrouvent presque 
textuellement en des procès jugés ranuée suivante parle siège séné- 
chal de Montmorillon, en Poitou. Toute une f.^niilie de s{)rciers des 
environs fut traduite devant les membres de co tribunal, qui u>n 
étaient pas, senible-til, à leurs débuts rians la poursuite des adeptes 
des arts occulies ; cette famille se composîdl du ibef de la maison, 
Pierre Bonnevault, cultivateur; de sa femme Jeanne lie Taiilelroux; 
de son frère, Jean, et d'un, parent, Malhiirin, qui porlalL le intime 
nom. Une curieuse plaquette: DwortM softtmnire des fortilèges et 
vénéfices tirés des procès criminels jugé» an stt^ge toyfjt de Monimo- 
rt7/o/i, nous a gardé le récit de cette affaire et tle quelques autres 
de la même nature. Nous pouvons y constater ce fait qui résulte de 
maint autre document : on était sorcier de père en flis. Pierre 
Bonnevault confessa qu'il avait été riiené au sabbat par ses parents 
eux-mêmes ; qu'il donnait à Satan le nom tle inattre et qu'il avai^ 
obtenu de lui diverses faveurs, entr'autres le cadeau d'une petite 
provision de cette terrible poudre, dont nous avons entendu Aupelil 
expliquer les propriétés malfaisantes. Bonnevault avoua eti avoir 
fait usage et donné aussi la mort à plus^ieurs personnes; son frère 
Gt des déclarations analogues. Il était sauvent allé an sabbat et 
paria, à peu près dans les mêmes termes qu'Aupelit, de l^homuiage 
rendu au Diable dans ces réunions, descbandt-lles qu'on y allumait, 
des désordres qui s'y commettaient. Il raconta que le démon s'étaU 



Digitized by VjOOQIC 



- 366- 

tour à tour montré à lui sous la forme d*un homme noir, d'un chat 
el d'un chien. Le sorcier ne se servait ni du balai classique, ni 
d'aucune autre monlnre pour se rendre aux assemblées de sorciers: 
Il se frottait avec la fameuse graisse dont nous avons eu déjà occa- 
sion de parler, et un souffle puissant, une sorte de vent Tenievait 
de terre pour le déposer dans Tendroit où se tenait le sabbat. Jean 
reconnut qu'il y avait mené un jeune homme et que celui-ci avait 
promis au dinble un des doigts de sa main. Dans ce détail encore 
nous retrouvons comme un écho des déclarations du prêtre de 
Pageas. Jean Bonnevault, qui se reconnut coupable de la mort de 
plusieurs pauvres gens, voulut donner à ses juges, au cours même 
de l'audience, une preuve de la puissance du démon. Il l'appela à 
son aide et celui-ci Tenleva de terre à une hauteur de cinq pieds; 
mais II te laissa ensuite retomber, et ke sorcier déclara au tribunal 
que le serment prêté par lui à la justice avait fait perdre à son 
patron le pouvoir de le tirer des mains des magistrats. 

Jeanne de Tailletroux avait été conduite au Sabbat par son mari, 
et depuis vingt-cinq ans elle fréquentait rassemblée diabolique. 
Le « maître » lui avait demandé, comme à Jeanne Bosdeau d'être 
sienne, et elle lui avait donné un petit morceau de sa robe comme 
gage de cette possession. Ainsi que la sorcière de Solignac, celle de 
Montmorillon avait élé l'objet des carresses particulièrres de Satan, 
qu'elle avait vu, au début de leurs relations du moins, sous la forme 
d'un homme noir. Celle-là encore avait jeté des sorts, fait avorter 
les récoltes, périr des hommes et des animaux. 

Le parent impliqué dans le procès, Mathurin avait été, lui, mis 
en rapports avec le mauvais esprit par sa première femme, Beitbo- 
mée de La Bedouche, sorcière et fille de sorciers. Toutefois, dès 
l'âge de seize ans l'accusé s'était livré à des pratiques criminelles. 
Cette Berthomée était une vraie magicienne d'Apulée, dans le goût 
classique, et Mathurin conta aux juges royaux, qu'il l'avait un jour 
surprise en train de faire sécher dans un four des crapauds et des 
serpents, pour préparer les abominables mixtures dont elle se ser- 
vait dans ses maléfices. Bertliomée conduisit son mari au Sabbat, 
qui, assura le malheureux, se tenait quatre fois par an : le Hardi- 



Digitized by VjOOQIC 



-867- 

Gras, la veille de Pâques, la veille de la Saint-Jean et la veille de 
Noël. Malhurln aiirail ëlé convaincu, s'il faul en croire le Discours 
Sommaire, d'avoir donné, par ses sortilèges la mort à sept person- 
nes au moins. 

Toute la famille fui condamnée au feu. 

Les magistrats de Montmorillon firent encore brûler une vieille 
mendiante de quatre-vingts ans, que Malburin Donnevault avait 
dénoncée, affirmant l'avoir vu au Sabbat. Elle s'appelait Léonarde 
Chastenet et pouvait bien être d'origine Limousine. Ct'lle-ci, 
comme Jeanne de Taiiletroux, avait été présentée au diable par son 
mari, au contraire de Malhurln qui avait été initié, tout au moins 
conduit aux assemblées de sorciers par sa femme. 

Léonarde avait été, elle aussi, une des favorites du Diable, qui 
lui demanda de ses cheveux. Elle donnait du reste, sur ce com- 
merce, des renseignements identiques à ceux qu'on trouve dans les 
aveux de presque toutes les femmes ayant été l'objet de la prédilec- 
tion de Satan : prédilection qui n'avait rien de bien flatteur s'éten- 
dant tour à tour à toutes ou presque toutes les habituées des réu- 
nions diaboliques. La vieille mendiante raconta les détails du 
Sabbat tels que nous les avons recueillis dans d'autres confessions. 
Elle déclara qu'elle y avait vu souvent le démon sous la forme d'un 
grand bouc mal odorant. Elle s'était défendue d'avoir fait usage des 
poudres qu'il lui avait données. Mais des témoins la chargèrent. 
Une femme l'accusa de l'avoir rendue malade à l'aide d'un sorlillège. 
Dix-neuf personnes assurèrent qu'elle avait donné par ses malé- 
fices la mort à cinq laboureurs el fait avorter trois femmes encein- 
tes, crever des bestiaux, périr des récolles. Elle finit par recon- 
naître, en partie du moins, la vérité de ces imputations. Elle ajouta 
que le diable rétait venu visiter dans sa prison sous la forme d'un 
chat, l'avait réconfortée, et, comme elle lui disait qu'elle voudrait 
être morte, il lui avait remis deux petits morceaux d'une substance 
ayant l'aspect de la cire, assurant que si elle en mangeait, elle 
mourrait aussitôt. Malgré la triste perspective qu'elle n'entrevoyait 
que trop clairement, la mendiante recula devant le suicide ; elle 

5 



Digitized by VjOOQIC 



-368 - 

livra aux juges la drogue infernale. On ne put savoir de quoi au 
juste elle était composée, et la cire fut brûlée avec la sorcière. 

Peu d'années auparavant, en 1583, Jeanne Bonnel, de Boissy en 
Forez, était montée sur le bûcher pour s'être vantée d'avoir eu com- 
merce avec le malin Esprit. On la prit au mot, et elle paya de sa 
vie les merveilleux récits dont elle avait voulu éblouir ses voisines. 



VIII 



Les juges de Montmorîllon examinèrent d'autres sorciers que 
ceux dont nous avons parlé plus haut. Quelques-uns réussirent à 
sortir vivants des griffes de la justice. Il s'en trouva du reste qui, 
par dégoût ou par remords, avaient depuis longtemps rompu tout 
commerce avec le malin esprit. De ce nombre était une nonagénaire, 
Jeanne Lescorière, qui sans doute radotait un peu. Elle avait jadis 
fréquenté le Sabbat et vu à l'assemblée maudite le diable qui s'y 
montrait tantôt sous la figure d'un bouc, tantôt sous la forme 
humaine. Elle lui avait donné le galon qui nouait ses cheveux 
et en avait reçu un écu en échange. Elle entretint longtemps 
des relations avec lui, le faisant venir auprès d'elle à son gré. La 
j nuit, c'était un chat qui répondait à son appel ; le jour, c'était un 
chien. La vieille femme assura ne s'être jamais servie de la fameuse 
poudre noire, dont Satan lui avait cependant donné une provision ; 
elle avoua néanmoins qu'elle avait un jour prié le maître de la dé- 
barrasser d'une voisine et qu'il avait exaucé cette demande; qu'une 
autrefois traversant un village et étant poursuivie et mordue par 
les chiens, elle appela à son secours le diable; aussitôt la meute 
hurlante fut foudroyée. 

Sur le Sabbat, Marie Lescorière fit des récits de tous points sem- 
blables à ceux que nous connaissons déjà ; mais elle déclara que, 
croyant en Dieu et ne voulant pas obéir au Démon qui recomman- 
dait par dessus tout à ses adeptes de ne jamais prier elle avait 
renoncé à tout rapport avec Satan et cessé de se rendre aux assem- 



Digitized by VjOOQIC 



blées nocturnes des sorciers. Le « maître » l'en avait durement 
réprimandée. Il s'était même efforcé tan lot par des promesses, tan- 
tôt par des menaces et par de mauvais traitements, de la faire sortir 
de la bonne voie où elle était rentrée, et de la ramener au nombre 
de ses fidèles. Une fois, il lui- avait jeté des pierres ; une autre fois, 
elle Tavait vu apparaître la nuit dans sa chambre, sous la forme 
d'un gros chat; il sauta sur sa poitrine et tenla de Tétouffer ; mais 
elle s'en débarrassa et persévéra dans sa conversion. Quand elle 
parut devant les magistrats de Montmorillon, elle affirma que depuis 
quarante ans elle n'avait mis le pied au Sabbat. 

La sorcellerie paraît avoir été à cette époque 1res répandue dans 
les campagnes du Poitou. Les juges de cette province ne se mon- 
trèrent pas moins rigoureux que ceux de la Gu^enne^ de la Gasco- 
gne et de la Provence. C'est encore en vertu d'une sentence du 
siège sénéchal de Montmorillon que BerlhoméduLignon^dii Cham- 
pagnal, subit le dernier supplice. Celui-là encore avait été amené 
au Sabbat par ses parents. Il y avait vu le diable apparaître sous la 
forme d'un bouc noir. Il avait assisté aux scènes dont les Bonne- 
vault et Âupelit avaient été témoins. Il les rapporta d'une manière 
identique : comme les autres il avait vu Satan, allumé des chandelles 
en son honneur, reçu des poudres malfaisantes. Il confessa du reste 
avoir, par l'emploi de ces drogues diaboliques, causé la mort de 
plusieurs animaux et même de plusieurs honrjnes. Berlhomè 
déclara qu'il appelait le démon quand il avait besoin de lui, et que 
celui-ci répondait à son appel. Il arrivait vers le sorcier « comme 
un tourbillon de vent », passant à travers les murs et les portes. 
L'accusé avoua même aux magistrats que, comme la vieille men- 
diante dont on a lu plus haut la confession, il avait reçu la visite du 
maître dans sa prison ; mais le malin Esprit, si habile et si puis- 
sant qu'il fût. ne pouvait malgré les belles promesses faites à ses 
suppôts, les tirer des mains de la justice, quand celle-ci s'était 
emparée d'eux. 

Tous les pauvres diables qui défilèrent devant les magistrats de 
Montmorillon étaient des paysans ou des habitants de petites bour- 
gades. Mais la population des villes ne croyait pas moins fermement 



Digitized by VjOOQIC 



-370- 

que celle des campagnes au pouvoir des sorciers et à Tinfluence de 
leurs maléfices. C'est encore à Delancre que nous devons Thistoire 
d'une boulangère de Limoges qui, un certain matin de Tannée 1609, 
retira de son four du pain « si noir, si insipide el si infect )> que 
i( chacun avoit quasi horreur de le voir, à plus forte raison d'en 
manger j». La pauvre femmf*, n'y comprenant rien, fit part de celle 
mésaventure à son confesseur et ne lui cacha pas qu'elle soupçon- 
nait de ce méchant tour une sienno ennemie ayant du reste <x quel- 
que bruit et réputation de sorcière ». Le prêtre lui conseilla de 
jeter dans sa pâte quelques menus fragments d\Aguu$ Dei en cire : 
ce qu'elle fit. Son pain se trouva le meilleur « qu'elle eut faict en 
sa vie ». Croyant l'effet du maléfice détruit elle cessa de mêler des 
bribes d'agnut dans sa farine : la pâte a se trouva si noire et puante 
que du fumier. Et le bruit du sortilège en courut par toute la ville]). 
Ou ne dit pas si la sorcière eut, à la suite de cette aventure, des 
démêlés avec la justice. 



IX 



Nous arrivons au plus important de tous les procès de sorcellerie 
qui se soient déroulés dans notre région, c'est du moins celui qui 
eut te plus de retentissement et qui parait avoir laissé le plus long 
souvenir. 

L'auteur des Annales Manuscrites de Limoges eldipv es lui lecarme 
Bouaventure de Sainl-Araable, au troisième volume de sa copieuse 
el indigeste Histoire de Saint-Marlialy donnent quelques déifiiissur 
celte affaire, dont les péripéties principales se déroulèrent à Limo- 
ges même et qui eut pour dénouement le supplice de six malheureux, 
trois paysans et trois femmes. Comme nous le disions plus haut, le 
procès paraît avoir laissé une vive impressien dans iVs[)ril des con- 
temporains : il a été du reste le sujet d'un petit opuscule apparte- 
nant à celle très curieuse collection de récits populaires et édifiants, 
publiés sous le titre de « Miracles... Prodiges... Estrange récit... 



Digitized by VjOOQIC 



-â7i - 

Choses merveilles adoennes...)y parus enlre 1600 et 1640, répaûdiis à 
un très grand nombre d'exemplaires jusque dans les campagnes, et 
dont la maison Louis Perrin, de Lyon, a réimprimé des fac-similé il 
y avingl-cinq ans. 

La brochure porte pour tilre : « Récil véritable des choses eslran- 
ges et prodigieuses arrivées en Vexécution de trois sorciers et magi- 
ciens deffaits en la ville de Lymoges le vingt quatriesme d'avril mil 
six cens trente. A Bourdeaux, par J. Ducoq, demeurant en la rue 
S. James, à l'enseigne du Coq.— Jouxte la copie imprimée à Lymo- 
ges ». — Nous devons dire que nous ne connaissons pas un seul 
exemplaire du prototype Limousin ici mentionné et que nos biblio- 
philes les plus autorisés, M. Fray Fournier, M. René Fage, M. Paul 
Ducourtieux ne sont, sur ce point, pas plus avancés que nous. Il 
n'est pas impossible que cette prétendue édition n'ait jamais existé 
et que l'imprimeur de Bordeaux ait simplement voulu, par celte 
mention, accréditer son livret en présentant la brochure comme la 
reproduction d'un récit publié dans la ville même où s'étaient pro- 
duits les faits extraordinaires annoncés au lecteur par un titre 
aussi alléchant. 

En réalité, l'affaire elle-même est assez banale. Il s'agit de pau^ 
vres ensorceleurs de campagne, trois paysans, trois vieillards dont 
le plus jeune avait soixante ans : Galletou, Jassou etPaulier. ^ Une 
veuve, Jeanne Rouilhat, qui possédait une métairie à Erain, près le 
château de Rochefort (aujourd'hui commune de Séreilhac), accusa 
Pautier, son voisin, d'avoir j^lé un sort à son neveu et à sa jeune 
servante. Le premier était tout à coup devenu hydropique et 
atteint de paralysie; la seconde paraissait, à certains mometiEs, 
avoir complètement perdu l'esprit. Hors d'elle-même, elle courait 
de côté et d'autre en poussant des cris épouvantables. Son corps 
tout entier était secoué par d'affreuses convulsions. Elle touninit 
« la tête devant derrière, rapporte VAnnalisie, et « sortait la langue 
de la bouche de façon esirange ». La veuve Rouilhat ayant quIUé 
Erain, oii elle ne séjournait sans doute que dans la belle saison, 
retourna dans sa maison de Limoges, située près de l'Arbre d'Aigou- 
lèae. Lola de s'améliorer, Télat de la domestique empira. Les crisei 



Digitized by VjOOQIC 



-â7î- 

qui secouaient la malheureuse fille devinrent plus fréquentes et plus 
violentes à la fois. Le bruit se répandit bientôt dans la ville, qu'il y 
avait une fille possédée du démon dans le quartier des Arènes. 
Naiiibie de personnages notables vinrent se rendre compte par 
eux-jLièmes de la réalité des faits. Ils assistèrent à des scènes 
extniordinaires, analogues à celles dont le couvent des Ursulines de 
Lou(iun devait être deux ans plus lard le théâtre. A plusieurs 
reprises, les religieux Récollets allèrent chez la veuve Rouilhat et 
tentèrent sans doute d'exorciser la malade. Celle-ci dénonça les 
trois paysans comme les auteurs du sortilège, affirmant qu'ils 
étiiienl la cause des souffrances qu^elle endurait, et répétant qu'elle 
les apercevait distinctement (( accompagnez de plusieurs démons 
effroyables ». Au cours de ces séances les assistants voyaient « jeter 
des pierres à diverses foys » sans pouvoir se rendre compte d'où 
elles venaient. Sous leurs yeux, la jeune fille se tordait, et on lui 
entendait pousser de véritables hurlements. 



La Justice finit par s'émouvoir de ces faits. Elle interrogea la 
Veuve Rouilhat, dont les déclarations confirmèrent celles de sa 
ilurni^siîque. Galletou, suivant elle, aurait un jour dit que Pautier 
« avojt baillé ce malheur ». Il n'en fallut pas davantange. Deux 
memlires du Présidial se rendirent à Séreilhac : les trois paysans 
fur^-'iil arrêtés et jetés en prison. On ne les sut pas plus tôt sous les 
verrous que les langues, jusque là paralysées p^r la crainte, se 
délièrent et se donnèrent carrière : les plaintes affinèrent : il ne se 
présenta pas moins de quarante-cinq témoins pour charger les trois 
sorciers. Interrogés l'un après Tautre, les accusés comparurent 
devant la cour avec un maintien assuré, (( bien que ce ne fust que 
des tiiiots et rustiques paysans ». Néanmoins, on releva, au cours 
de leurs divers interrogatoires certaines contradictions entre leurs 
dires. Le premier, Galletou, qui était le plus âgé, fut appliqué à la 
queËtion; il se fit « grandement presser », sMl faut en croire le 



Digitized by VjOOQIC 



-373- 

récit imprimé à Bordeaux, à ce point que « trois cordes se rompi- 
rent » pendant que les magistrats le tinrent dans la diambre de la 
torture. Comme il était encore devant eux, une mouche vint se 
poser sur sa joue. Il déclara que c'était son démon, appelé Xibertj 
et que celui-ci Tempêcliait de parler. Toutefois, menacé d'être de 
nouveau tourmenté^ il se décida à avouer, malgré la présence du 
Diable se reconnut « sorcier et magicien », et déclara que Pautier 
était bien Fauteur des maléfices. 

Jassou à son tour, après avoir « asprement enduré » les tour- 
ments auxquels il fut soumis par le bourreau, confessa qu'il était 
allé au Sabbat el y avait vu Paulier; il reconnut avoir « donné et 
commis plusieurs maux par sa maudite sorcellerie ». 

Les magistrats firent appliquer Pautier à la question ordinaire et 
extraordinaire, mais sans pouvoir obtenir de lui aucun aveu. 
Comme dans le procès de la sorcière d'Angoulème le démon s'oppo- 
sait à ce qu'il confessât ses méfaits. C'était la règle. 

Pendant les interrogatoires qui avaient précédé la torture, on 
avait fait venir au Palais la domestique et le neveu de la veuve 
Roulihat, et on les avait mis en présence des trois paysans. La vue 
de ceux-ci redoubla leurs tourments. La domestique surtout entra 
dans de véritables convulsions, donna aux juges le plus horrible 
spectacle et poussa des cris qui n'avaient rien d'humain. Tous deux 
déclarèrent de nouveau qu'ils voyaient des démons autour des 
sorciers, ajoutant que l'un d'eux faisait signe que le sort avait bien 
été jeté par Paulier. 

Par sentence de la Cour, les trois accusés furent condamnés à 
a estre pendus et estranglez, chacun en une potance, pour estre 
brusiez, et les cendres au vent », après avoir fait amende hono- 
rable. 

L'exécution eut lieu le iï avril 1630. Les trois condamnés furent 
d'abord conduits devant la porte de Téglise de Saint-Michel-des- 
Lions, et là, agenouillés sur la pierre, un énorme flambeau allumé à 
la main, ils demandèrent pardon à Dieu, au roi et à, la Justice. 
De là, tenant toujours la torche au polug, iU furent menas juiqu'aa 



Digitized by VjOOQIC 



-3^4- 

creux des Arènes, où le supplice devait avoir lieu. On voyait, sur la 
vieille place qui avait entendu les sermons de Saint-Antoine de 
Padoue trois potences plantées, et un grand bûcher dressé à côté 
du gibet. 

Galletou, qui fut exécuté le premier, confirma ses aveux et témoi- 
gna un grand repentir; il en fut de même de Jassou* Ils étaient 
assistés par des religieux Récoliets, qui leur avaient inspiré les 
sentiments de contrition les plus touchants. Quant à Pautier, il 
résista jusqu'à la fin aux pressantes instances des fils de Saint- 
François. Deux d'entr'eux, le vicaire du couvent et le P. Benoist 
ne qtiUlèreut pas le patient et jusqu'à la dernière minute, s'effor- 
cèrent d'attendrir son cœur, d'obtenir de lui, sinon un aveu^ du 
moins un témoignage de repentir de ses fautes et de confiance en 
Dieu. Pendant la demi-heure que dura l'exécution de ses coujpa- 
gnons, les religieux redoublèrent leurs supplications. Quand le tour 
de Pautier fut venu, un des Récollets se tint longtemps sur réchclle 
auprès du condamné ; il Tadjura encore une fois d'imiter ses deux 
complices, qui étaient morts, comme le Bon larron en détestant 
leurs crimes et en se réfugiant dans les bras de Dieu. Les magistrats 
qui assistaient à celte scène joignirent leurs instances à celles des 
religieux et supplièrent le malheureux de dire un mot de contrition 
avant d'être précipité par le bourreau dans réternité. Ce fut en vain. 
On se d?cida enfin à donner le signal, et l'exécuteur « j^ta » le 
pendu, c'est-à-dire le laissa tomber du haut de l'échelle, la corde 
au cou, on vit alors, s'il faut en croire les divers récits que nous 
possédons, s'envoler « de dessus l'espaule droite de Pautier, proche 
de l'aureille, son démon en forme d'un moucheron de la grosseur 
d'une noix, qui passa sur la potence en ciflant, traînant une petite 
queue après luy en forme de fumée : ou l'exécuteur, le voyant, eust 
comme frayeur, et cria : Jésus! Maiie ! la potence venant à trem- 
bler; ce qui fust veu par plus de deux mille personnes. Et fust 
entendu un murmure en l'air, en forme d'un tonnerre, a 

L'auteur des Annales manuscrites, qui note un certain nombre de 
détails qu'on ne trouve pas dans la brochure, parle aussi de ce 
ctgro8 frelon». Il assure que celui-ci n'avoit pas quitté Pautier 



Digitized by VjOOQIC 



-376 - 

le jour du supplice, quMl s'était posé sur son épaule, et s'était mis 
ensuite à voler autour de la tête du malheureux. Le bourreau avait 
en vain cherché à le chasser... Nous avons vu. au procès du prêtre 
Aupetit, le diable se montrer au sorcier sous la figure d'une m(»u- 
che. C'était dans la tradition. On sait au surplus que Belzébuth, 
forme corrompue de Baazebub, signifie : Baal des mouch<>s ou 
BaaI-Houche. 



XI 



Les deux ensorcelés, qui avaient, placés près du gibet, assisté à 
Inexécution, déclarèrent qu'ils avaient vu « six diables » emportant 
l'âme de Pautier. La domestique de la veuve Rouilhat demeura 
quelque temps « comme hébétée », mais e!ie se remit ensuite et se 
trouva délivrée pour toujours des horribles accès qui Pavaient 
pendant plusieurs mois torturée. Quant à Fenfant, il resta à peu 
près muet et paralytique jusqu'aux ostensions de l'année suivante, 
où il fut miraculeusement guéri. Le vendredi, 9 mai 1631, sa mère 
l'avait porté à la basilique de Saitit-Martial, où il vénéra le chef de 
l'apôtre d'Aquitaine. Dans la nuit il se réveilla, et, à la grande 
surprise de tous les siens, on l'entendit parler distinctement. Il 
priait qu'on le ramenât le lendemain à la collégiale visiter les reli- 
ques : ce qui fut fait. Il n'eût pas plus tôt posé les lèvres sur le 
crâne du patron de la ville que son mal disparut; il jeta ses 
béquilles, et alla sans avoir besoin d'aucune aide, baiser avec 
ferveur les restes des autres saints exposés dans le sanctuaire. 

Galetou et Jassou avaieni dénoncé, comme se livrant aux prati- 
ques de la sorcellerie, un certain nombre de personnes de leur 
voisinage; celles-ci furent arrêtées et se trouvaient renfermées, au 
moment du supplice des trois paysans d'Evain, dans les prisons 
royales do Limoges. Les magistrats de notre Présidial ne se mon- 
trèrent pas moins rigoureux que les parlemen'aires de Bordeaux. 
Us C0Qdamn6i*eDl trois de ces accusés — trois femmes — au dernier 



Digitized by VjOOQIC 



— 376 - 

supplice. Deux d'enlr'elles furent brûlées aux Arènes quelques 
jours après la mon (Ii3 Taulier et de ses compagnons. On ne 
connaît ni le lieu ni les circonstances de Texécution de la troisième. 

Il ne semble pas que, depuis cette époque, aucun procès de 
sorcelkrie présentant quelque intérêt ait été porté devant les juges 
locaux et royaux de notre province. Plusieurs malfaiteurs furent 
accusés d'avoir eu recours à des sortilèges, et un voleur qui s'était 
fait une certaine réputation et qui fut roué ou pendu à Limoges, 
vers le milieu du dix-huitième siècle, après une série d'exploits 
analogues à ceux qui, vers 4850, illustièrent le fameux Burgou^ 
se vantait de connaître un talisman, irrésistible pour ouvrir les 
serrures les plus solides. Hais ce côté de Taflaire ne paraît pas 
avoir beaucoup excité la curiosité du public et le détail ne serait 
probablement pas arrivé jusqu'à nous sans une mention de l'abbé 
Legros^ insérée, si nous ne nous trompons, à sa précieuse Conli- 
HuattQu des Annales. Notons au surplus que plus d'un voleur et 
plus d'un escroc ont exploité les dispositions superstitieuses de nos 
paysans et se sont donnés pour sorciers, afin de mieux persuader 
et de [iiieux dominer leurs dupes. Le légendaire Burgou^ dont nous 
avons prononcé plus haut le nom et dont la bande terrorisa, par 
ses exploits aussi Qudacieux que variés, l'arrondissement de Koche- 
chftuart et les cantons voisins de la Charente, de la Dordogne et de 
la Haute-Vienne, prétendait posséder de merveilleux secrets et 
avait réussi à en convaincre les paysans. Cette réputation de 
sorcier ne contribua pas peu à assurer le succès de ses opérations 
et â reculer le moment ou les gendarmes se saisirent de lui et où la 
justice put enfin lui demander des compies. Il fut condamné; mais 
ronitiie voleur, point comme sorcier, on ne l'envoya pas au bûcher. 
Nlhis nous rappelons avoir, il y a quelque trente ans, rencontré, 
sur la route, à peu de distance de Saint-Junien, ce personnage 
presque célèbre, qui nous fut présenté par le Procureur de la 
République lui-même. L'aspect du voleur-sorcier était plutôt misé- 
rable et il ne paraissait pas avoir conservé avec le malin Esprit de 
sérieuses relations. Le pauvre diable mendiait : il salua jusqu'à 
terre le magistral qu*il connaissait bien ; nous lui dounftmes quel« 



Digitized by VjOOQIC 



- 377 - 

ques sous; il nous remercia poliment et s^éloigna, courbé en deux, 
tout cassé et geignant, appuyé sur son bâlon, mais flallé de Tatlen- 
lion dont il était Fobjet et de la crainte qu'il lisait dans les regards 
des paysans sur son passage : crainte qui, mieux que piiiè, arra- 
chait au campagnard Taumône sollicitée par le vieux nieud iatil. 
Ainsi finissent de nos jours les sorciers. 

Louis GDIBERT. 



Digitized by VjOOQIC 



Sir lis MM% hplim im la Crsuse 

PENDANT LA RÉVOLUTION 

(suite) (1) 



III 
Société Popoiaire de Guérel 



I gg-ttim I 



L^s Archives Départemenlales possèdent deux registres des déli- 
béralions de celte société (2). L'un (in-quarto, 21 pages) conlienl les 
procès-verbaux depuis la première séance (21 mars 1793) jusqu'à 
celle du 23 avril suivant. L'aulre (in-folio, 232 pages) conlienl les 
procès - verbaux depuis une séance de septembre 1793 dont la 
date est illisible mais qui est antérieure au 15, jusqu'à celle du 26 
prairia! sans date d'aimée, mais de l'an II certainement. Comme 
il existe douze pages blancbes à la fin du registre, et qu'il n'est pas 
vraisemblable qu'on ait abandonné un registre non fini pour en 

(1) Voir la i'»"» partie de cette étude dans le Bulletin 2» série, tome 8, 
1" partie, pages 197 et suivantes. 

(2) Ces registres étaient considérés comme perdus (Duval. Archi- 
ves révolutionnaires de la Creuse, p. 222). Ils étaient heureusement 
devenus la propriété de M. Masembert, qui habite à Saint- Geo rges- 
de-Cousmiers (If- ère). M. Masembert les avait trouvés dans la 
bibliothèque de l'un de ses ascendants, M. J. Louis-Claude Coland de 
la Salcette, qui fut préfet de la Creuse du 13 avril 1802 au mars 1807, 
il l6â a aimablement offerts aux Arcbites en septembre 1887. 



Digitized by VjOOQIC 



- 379 - 

commencer on autre, il y a lieu de supposer que cette séance du 
26 prairial an II est la dernière lenue par la Société ou du moins 
la dernière dont on ait rédigé le procès-verbal. Nous sommes donc 
en présence d'un document presque complet, la seule lacune cer- 
taine allant de la fin d'avril au milieu de septembre 1793. 

A raison de la longueur de ce document, de la multiplicité des 
faits qu'il relate, il nous a paru difOcile d'en faire l'élude sous une 
forme synthétique comme nous avons pu le faire pour le court 
registre de Vallières. Nous allons donc en présenter une analyse 
complète, en suivant Tordre des séances et en citant i?* eaienso les 
passages les plus importants. 

C'est le il mars 4793 que, dans la salle électorale du département 
de la Creuse, la Société populaire de Guéret a été fondée sur l'ini- 
tiative du citoyen Marc-AntoineHuguet.dépuléde la Creuseà la Conven- 
tion Nationale,par plusieurs palriotesqui voulaient «ressérer^parl'ins- 
« truction, les liens qui doivent unir tous les véritables Français et 
c déjouer les trames des ennemis de la chose publique. » 

Amabie Faure, procureur général syndic, fut élu président par les 
40 présents. Champagne, garde magasin du timbre, Yillard et 
Planier furent nommés secrétaires. 



Séance du 24 mars 1195 

i° Communication de la « Société des amis de la Liberté, qui fra- 
cc ternisent avec la Société Centrale séant aux ci-devant Jacobins à 
« Paris ». — On décide de lui faire parvenir la souscription de 14 
sous par membre qu'elle demande (objet non indiqué). 

2<^ Communication de la « Société des amis de la République de 
Nevers ». — Approbation de son adresse à la Convention. 

3* Communication d'une lettre du ministre de la marine sur la 
culture du chanvre. — On invite l'Administration à en faire impri- 
mer un extrait pour le répandre dans les campagnes afin d'encou- 
rager cette culture. 



Digitized by VjOOQIC 



-380- 

24 adhésions nouvelles : dont Lafont et Sylvain Rousseau, prëlres, 
et Mau[ias, curé de Glény. 

Un membre dit : 

■ Citoyens, ce sont les vertus civiques qui forment la base la plus 
« i^tabie d*un gouvernement républicain. Si vous les honorez digne- 
c ment, bientôt vous verrez naître parmi vous les beaux jours de 
a Lacédémone. » 

Il propose d'afficher et publier « la liste des citoyens généreux 
fit de ia commune de Guéret qui se sont inscrits volontairement 
« pour repousser les ennemis de la liberté qui ont souillé le terri- 
« toire de la République en se présentant à main armée dans les 
■ départements de la Vendée et des Deux-Sèvres. » 

Mm is ce titre froisse des susceptibilités. On efface l'épilhète de 
généreux • parce que tous les véritables amis de la Républiquedoi- 
a \e\\i l'être par essence. » 



Séance du 25 mars 
On vote le règlement ainsi conçu : 

Réglemeot de police de la Société Popalaire Répabliciioe de Gnérel 



Préambule 



Piop^iger Tamour de la Liberté et de l'Egalité, en faire sentir tout 
le prijt; concourir avec zèle uu maintien de la République une et 
indivisible; tel est le but que se propose la Société; tous ceux qui 
semni pénétrés de cet esprit et animés du môme zèle pourront y 
être admis dès l'âge de 18 ans, si la pureté de leur civisme est certi- 
fiée par si:ç de ses membres. 



Digitized by VjOOQIC 



\-^\m '• 



-381 - 

Respect et obéissance à la loi, voilà le flambeau qui dirigera la 
Société ; elle ne se donne donc de règlement que pour mettre de 
Tordre dans la tenue de ses séances. 

ART. 1er 

La Société sera présidée par un de ses membres, qui, après avoir 
occupé le fauteuil pendant un mois, sera remplacé par la voye du 
scrutin à la pluralité absolue ; il ne pourra être réélu qu'après un 
mois d'intervale. 

ART. 2m* 

Il y aura trois secrétaires et trois commissaires de correspondance 
dont un tiers sera renouvelle de quinzaine en quinzaine, par la voye 
du scrutin à la [pluralité relative, de manière que chacun reste en 
exercice pendant un mois et demi, à Texception des deux premiers 
renouvellements, où les plus jeunes d'âge sortiront successivement. 

ART. 3«»e 

La Société adopte pour la police de ses séances, la discussion des 
matières, le recueil des opinions, la rédaction, la lecture et la signa- 
ture des procès-verbaux, Tordre qui s'observe dans les assemblées 
primaires. 

ART. 4n»e 

Les dépenses seront réglées avec économie, et pour y subvenir 
chaque membre déposera la somme de cinq livres entre les mains 
d'un trésorier membre de la Société, nommé par la voye du scrutin à 
la pluraUté absolue, qui se concertera avec les commissaires sur le 
règlement des dépenses ordinaires dont il pourra faire l'acquittement 
sans consulter la Société. 

ART. 5me 
Le trésorier sera remplacé tous les six mois et pourra fttre réélu. 



Digitized by VjOOQIC 



.882- 



ART. 6«« 

Il y aura un scrutin épuratoire à la première séance du mois de 
mai prochain, lequel sera renouvelle de deux mois en deux mois. 

ART. 7n« 

La Société tiendra des séances publiques les jeudi et dimanche de 
chaque semaine à 5 heures du soir; mais pour être à portée de con- 
naître ie vœu des membres sur les matières qui seront mises en déli- 
bération, ils occuperont une partie de la salle distincte et séparée de 
celle qui sera destinée au public. 

ART. 8«o 

L'Assemblée ne sera censée formée, que lorsqu'elle sera composée 
d'un nombre égal au tiers des membres domiciliés dans la ville de 
Guéret. 



Séance du 57 mars 

Tenue en présence du citoyen Chambon, député du département 
de la Corrèze. 

On procède à la constitution du bureau. Sont nommés : 

Président : Ainable Faure, procureur général syndic du 

département. 
Commissaires: Purat, jugeau tribunal. 

Champagne, garde magasin du timbre. 

Gerbaud, accusateur public. 
Secrétaires : Martial Villard, fils, négociant. 

Planier, ingénieur des Ponts-et-chaussés. 

Baret- Beau vais, officier municipal. 
Trésorier : Dumarest, jug3 au Iribunal. 

Admission de trois jeunes gens qui n'ont pas encore « Tâge com- 
pétent ». 



Digitized by VjOOQIC 



- 383 — 



Séance du 50 Mars 

Tenue en présence des citoyens Monestier elPeliljean(l) commis- 
saires de la Convention, auxquels le président souhaite la bien- 
venue. 

Un des secrétaires prononce un discours dans lequel, « après 
c avoir parcouru les plus mémorable3 époques de la Révolution, il a 
« présenté quelques réflexions sur la stérilité du sol du déparle- 
« ment, le fardeau trop onéreux des impositions et la nécessité de 
9 vivifier du moins par le commerce un pays assez peuplé, mais où 
« la terre ne produisant pas les denrées de première nécessité, 
« force une porlion très considérable de ses habitants à aller, cha- 
cr que année, offrir leurs bras et feur travail dans les autres dépar- 
« lements, afin de se procurer les moyens de subsister. » 

« Le citoyen Monestier s'étant levé, a répondu que l'esprit public 
« lui avait paru bon dans le département de la Creuse, parce que 
« les mœurs y étaient douces et les hommes vertueux, et que toutes 
« les fois que ce concours existait, les administrations en comman- 
a dant au nom de la loi ne portaient que des parolles de paix et de 
a consolation. 

« Il s'est ensuite étendu sur Tobjet des Sociétés populaires qui 
(( doit être d'éclairer le peuple en lui apprenant à lire dans le livre 
9 des lois — dans ce moment il a ajouté: 

a Si les lumières arrivaient au peuple comme les rayons du soleil, 
« il serait dans Tordre politique ce qu'il est dans l'ordre animal ; 
« mais combien d'hommes voués par étal à le livrer à Terreur, 
« d'abord les journalistt^s ({ui n'écrivent jamais pour la gloire mais 
« pour la cupidité, les prêtres insermentés qui, au nom du Dieu de 



(1) Monestier (J.-B. Benoît), député du Puy-de-Dôme à la Conven- 
tion, Peliljean (Claude-Lazare), député de VAllier à la Convention, 
avaient été nommés commissaires près la Creuse et le Puy-de-Dôme 
par décrets du 9 et du 12 ujars 1793 (V. Duval. Archives révolution- 
naires de la Creuse, p. 144). 

6 



Digitized by VjOOQIC 



-384- 

et paix soufflent sur lui les poisons de la discorde, et la ci-devant 
« caste privilégiée, qui n*a point encore renoncé au fol espoir de lui 
c donner de nouveaux fers. 

« Voulant détruire les erreurs qu'on avait cherché à répandre à 
f Toccasion du jugement de Louis Canet, il a dit que la Convention 
« n'avait point cumulé tous les pouvoirs, puisque rassemblée légis- 
« laiive en commençant la procédure avait fait les fonctions de 
« jury d'accusation. A Tégard de la liberté des opinions il a prouvé 
« qu'elle existait à un tel point même dans le sein de la Convention» 
« que ceux des députés qui n'ont pas pensé devoir voter la mort 
ff du Tyran, n'ont pas essuyé la plus légère persécution tandis que 

< Michel Lepelletier a été immolé. 

« Il a encore applaudi aux mesures prises à Guéret pour Parres- 
c talion des personnes suspectes. 

« Enfin après avoir parlé des gouvernements, il a fait voir que 

< la République une et indivisible est le seul mode qui nous con- 
cr vienne sous tous les rapports, et qu'en conséquence il engageait 
« tous les Français, tous les véritables amis de la liberté et de Téga- 
a lité à se rallier autour de la Convention. » 

On décide, après avoir vivement applaudi le discours deMonestier, 
d'adresser aux autres Sociétés Populaires du département une lettre 
pour les inviter à correspondre avec celle de Guéret. 

Puis, sur la question de déportation des prêtres, Monestier pro- 
nonce un second discours, ainsi conçu : 

« C'est le plus grand acte de sagesse qu'ait pu faire la Société que 
« de mettre cette question à l'ordre du jour. Les Rois de la terre 
ce n'eussent été que des hommes, si les prêtres ne leur avaient pas 
a persuadés qu'ils étaient des Rois. Oui citoyens! les prêtres quand 
(( ils ne sont pas parfaitement bons sont de tous les hommes les 
€ plus pervers, soit par leurs habitudes, soit par leurs intérêts, soit 
f< enfin par leur envie de dominer en gouvernant les consciences. 
« C*est ici qu'il faut avouer qu'il ne peut pas exister de parti 
a moyen. Voyez-les tantôt disant aux peuples avec Tapôtre Paul, 
a toutes puissances viennent de Dieu et soyez y soumis, mais c'est 



Digitized by VjOOQIC 



-385- 

« de la leor qu'ils entendent parler, tantôt enfin tronquant Tévan- 
a gile, le plus sublime des livres, et où Ton trouve les véritables 
« principes de la liberlë et de régalité, pour le faire servir à leur 
« ambition et à leurs fureurs. x> 

cr Dans ce momenl des applaudissements très multipliais ont înler- 
(( rompu Torateur qui a continué en ces termes : La nation^ fallguèe 
« de tant d'hypocrisie et des maux incalculables qui en rèsutlaieni, 
« leur avait dit : nous ne vous demandons pas compte i\ti vos opt- 
« nions qui nous importent peu, mais de nous avouer ^i vous 
« aimez la liberté et Tégalitéque vous prêchiez aux hotniues uvaiit 
« la Révolution. Ont-ils voulu en faire le serment? et liuns le 
c moment où la nation entière en leur tendant les bras, leur disait 
« soyez encore nos consolateurs dans nos afflictions, porioz-nous 
a des paroles de paix et de bienveillance au nom du Dieu des aiisé- 
c( ricordes, n'ont-ils pas semé le trouble et la désolatiojj dans les 
« familles, et cherché à allumer les torches de la guerre civile ? » 

a Voilà, citoyens, les hommes pervers contre lesquels la Cot^ven- 
« tion a été obligée de prendre des mesures de rigueur; vous étiez 
« perdus si elle ne IVût pas fait ; il faut donc qu'on fasse exéiiiter 
« avec un bras de fer la loi pour la déportation des prêtres valides 
a et celle concernant la réclusion des inflrmes. Sans celii vous ne 
« devez plus espérer ni repos ni bonheur. » De nombreux applau- 
« dissements donnés de nouveau à l'orateur, ont dû lui prouver la 
9 profonde impression qu'il a faite sur la Société et fo!il regretter 
« aux secrétaires de n'avoir pu saisir que les traits les pi us frappants 
« de ce discours. » 

Proposition d'un membre de demander à la Convention (rétendre 
la mesure concernant les prêtres valides aux prêtres infirmes et 
sexagénaires, aux proches des émigrés et à tous ceux qui troublent 
Tordre public. 

Séance du 7 avril 

Communication d'une lettre (objet non indiqué) des amis de la 
Liberté et de l'Ëgalité de Gray. 



Digitized by VjOOQIC 



Vûte d^achal de journaux < écrits dans des principes purs ». On 
s'abonnera aux Débats des Jacobins et au Républicain. 

Lemoyne, vicaire épiscopal, est choisi pour les lire au peuplé 
t tous les jours de fêles et les dimanches à Pissue des vêpres ». 



Séance du 44 avril 

Lecture de lettres des sociétés des départements. « On remarque 
avec satisfaction qu'elles sont toutes dans les meilleurs principes d. 

Le trésorier est autorisé à prélever sur la caisse 14 .sous par 
chaque membre pour les adresser à la c Société des amis de la 
Libi^i Lé et de rEgalité qui fraternise avec la Société centrale séant 
aux ci-devant Jacobins de la rue Saint-Honoré, à Paris. » 

Un membre demande la dénonciation à la Convention du ministre 
îg rintèrieur qui n'a pas encore fait parvenir aux corps adminis- 
ttalifs le décret sur la déportation des prêtres. 

Adopté. 

Séance du 21 avril 

Moîiestier demande qu'on raye du procès-verbal de la séance 
préi^édente une proposition tendant à décacheter les lettres des 
suspecta. Elle est contraire à la loi, dit- il, et d'ailleurs inutile. 
« Ecrira qui voudra, recevra qui pourra ». 

Adopté. 

(Au procès-verbal précédent, la phrase sur ce sujet est effacée 
coLiipiéLenient et rendue illisible). 

Communication de lettres de Rennes et Poitiers (objet non indi- 
qué). 

Communication d'une lettre de Boussac ; la nouvelle société 
populaire demande son affiliation ; — Accordée. 



Digitized by VjOOQIC 



— 387 - 

Moneslier se plaiol vivement qu'il soit a honteux que le recrule- 
« ment se fasse aussi mal dans ce déparlement d ; il demande que 
le contingent fourni par Guéret (36 hommes) soit augmenté de 15. 

Le citoyen curé de La Souterraine c attribue la lenteur du 
« recrutement aux manœuvres des ci-devant nobles, des prêtres, 
« des aristocrates et des modérés. r> 

Monestier annonce qu'il va quitter la séance pour affaires admi- 
nistratives et invite les membres à assi&ter à l'exemple d'égalité 
qu'il va donner en interrogeant un ci-devant noble (( qui avait trop 
longtemps abusé de son autorité)» avec plus de justice que a sa caste 
n'en avait jamais montré» (1). 



Séance du 25 avril 

Proposition que tous les ci-devant nobles fussent tenus de rap- 
porter leurs litres « pour les joindre à l'auto-dafé qui doit être fait 
« du procès-verbal qu'ils avaient fait dresser en 1789 pour la 
« convocation des États généraux. » 

Un des commissaires de la Convention fait observer qu'en agissant 
ainsi la société sortirait de son tôle. « Les sociétés populaires, dit-il, 
a ne sont que des sentinelles qui ne peuvent, en aucun cas, avoir 
« aucune puissance exécutrice. » 

Il propose seulement de faire une adresse à la municipalité pour 
rinviter à se faire rapporter les titres des nobles, et d'envoyer copie 
de cette adresse aux autres sociétés du département pour les inviter 
à en faire autant. 

Proposition d'un autre membre pour une adresse du même genre 
au Conseil général du département. 

Le tout est adopté. 



(1) Il s'agit de rinterrogalolre de Henry-François deLigondais, dont 
le procès-verbal a été intégralement reproduit dans Duval, Archives 
révolutionnaires de la Creuse, p. 145 et suiv. 



Digitized by VjOOQIC 



- 388 - 

pj oposilion que tous les membres de la société ci-devant nobles 
déposent leurs titres sur le bureau. 

Le citoyen Baret-Beauvais dit « q^i'il avait à la véritéeu le malheur 
i de faire ci-devant partie de la caste nobiliaire par une acquisition 
4f qu'avait faite feu son père, mais que depuis longtemps il en avait 
et tellement abjuré les erreurs qu'il offrait avec le plus grand plaisir 
t la remise de tous ses titres. » 

L'assemblée Tapplaudit et, un moment après, il rapporte ses 

litres. 

Un commissaire de la Convention s'étonne qu'on n'ait pas élevé 
dans le département une seule pierre pour perpétuer le souvenir du 
martyr de la liberté, « Timmortel Michel Lepelletier (i) ». 

Prochainement la Société recevra une gravure représentant le 
monument que la Convention lui a élevé. Le jour où cette gravure 
arrivera devra être consacré uniquement au souvenir de Lepelletier; 
cVst autour de sa tombe qu'on doit « brûler les restes de la ci- 
devant noblesse » (2). 



Séance du 43 septembre 

ÉLECTION DU BUREAU 

Lemoyne, président; 

Faure, vice-président ; 

P.-J. Planier, 

J.-P. Baret, \ secrétaires; 

Bourgeois, 



(t) Michel Lepelletier de Saint-Fargeau, député à la Convention, 
assassiné le 20 janvier 1703, par le garde du corps Paris. 

(2) Ici finit le premier registre. La séance, datée iliisiblement, qui 
commence le deuxième registre, n'otlVe aucun intérêt. 



Digitized by VjOOQIC 



Parot, J * 

Rochon, / commissaires; 

Micheiet, ) 

Dumarest, juge, trésorier. 



Séance du 30 septembre 



Lecture d'une lettre du district de Guëret à la municipalité « dans 
« laquelle on demande des renseigneraenls sur la conduiie de 
« Balhéon-Verlrieu, émigré». On invile les ciloy^iis pi êseiils à en 
fournir, a Plusieurs donnent de nouveaux témoignages de son 
incivisme ». 

Vote d'une adresse à la Convention « portant approbation des 
« journées des 31 mai, 2-3 juin derniers et pour i'c^rïgager à rester 
c à son poste jusqu'à la paix ». 

Vole d'une pétition à la municipalité pour rengager à ne permet- 
tre à aucun étranger de s'établir dans cette ville sans avoir justifié 
d'un certificat de civisme. 

Lecture et vote du règlement qui est identique à celui déjà votéj 
sauf les modificalions suivantes : 

Art. 4.— Le chiffre de cotisation n*est pas indiqué et Chacun 
déposera ce qu'il jugera à propos ». 

Art. 5. — Le trésorier sera remplacé tous les mois. 

Art. 6. — Un scrutin épuratoire aura lieu au mois d'ocïobre, 
on le renouvellera de mois en mois et toutes les fois que It mem- 
bres le demanderont. 

Art. 7. — Les séances publiques seront tenues las mardis et 
vendredis à 7 heures et le dimanche à 4 heures, 



Digitized by VjOOQIC 



-390 — 



Séance du 23 septembre 

Commtiincatîon d'un arrèU' ^ii dêpnriemeiitqni prescrit la forma- 
lîon if iHi comité îles snhâiî^Laiices de 4 membres dont un doit être 
pm parmi k's sociélalres non foncLionnaires publics. 

On apporte U loi du 11 septembre sur les subsistances, parvenue 
à llosl^iit p^r lin ^^ourrier extraordinaire. On en fait lecture « aux 
a cris mille fuis répètes île vive la Convention Nationale! vive la 
<r Morita^ruî ! n 

Un commissaire fait Fi^voir que la municipalité de Guéret a pris 
un ïirrtHe rorjforrne îiu vft'U de la société au sujet des étrangers. — 
Deux adreï^ses ù b Cotiveiitloo sont votées : 



h heïhè [tnptiUirc ilr duni à la Conveotioi Nalionale 



Nous as*oMS nntôiKîu lire avec indignation une pétition du nommé 
Batliùon-VorLrieu, éitiigro, Ueit^ouraiit à Paris depuis 4 ou 5 mois, 
dans liir|uoUiî il dtîmatide à juâtitïei" île sa résidence afin que son nom 
soiï. rayé sur la liste des émigrés de notre département. 

Noire sia^ièlé ne portera jamui:? à Tégard de ses concitoyens que 
des (larolets de pnïx et de liicnveillance. Mais quand elle verra le 
fauteur de tuoLes les éraigraliooa qui ont eu lieu dans cette ville 
Vfojloir recouvrer par des sui>lerfuges les droits d*un bon citoyen, 
elle fera entendre ses justes réclamations. 

Bwlhéon» nidif de Lyon, et eïivoyé ici en 1781 par lettre de cachet, 
aprit^s avùJr été cliM^isé dn régiment ci-devant appelé Roi-Cavalerie, 
y a eoïi$tatJHiienl njsidê jusqu'au mois de juin 1791, époque à laquelle 
il se retira à Paris avec les nommés Rebière, mari et femme. Peu de 
temps après son arrivée d fit émigrer Rebière et passa lui-môme à 
Cobifcnu. Cejieiidnnt, comme son objet était probablement de faire de 
nouvelles recrueS|il revint à Paris et y séjourna jusqu'au 30 août 1792. 
Il ee rendit ensuite à Rouen avec ia femme Rebière où il passa seu- 



Digitized by VjOOQIC 



— 391 — 

lement quelques mois. Enfin il alla s'établir à Boulogne-sur-Mer 
parce qu'il était plus à portée d'entretenir des relations avec la nation 
anglaise, au sein de laquelle il avait autrefois demeuré. 

La loi sur Témigration ayant été émise, ce particulier ne justifia 
d'aucuns certificats de résidence et fut par conséquent inscrit sur la 
liste des émigrés. Il se pourvut quelque temps après et en envoya de 
Boulogne-sur-Mer. Mais comme un décret avait déclaré qu'on ne 
devait avoir aucun égard aux passe-ports qui avaient été délivrés 
dans cette commune, la vente de son mobilier fut ordonnée au mois 
d'avril dernier par un arrêté du département, délibérant avec les 
commissaires de la Convention Nationale, Monestier et Petitjean. 

Aujourd'hui cet individu se présente de nouveau muni de certificats 
de résidence de la même municipalilé. Mais Fi la loi a prohibé les 
passeports émanés d'elle, peut on ajouter foi à ses certificats de 
résidence ? 

Tels sont, représentants du Peuple, les motifs de l'adresse des véri- 
tables sans-culotes de la ville de Guéret. Ils vous demandent d'éten- 
dre la loi sur les passe-ports de Boulogne-sur-Mer aux certificats de 
résidence de la même municipalité, en confirmant l'arrêté pris par le 
Directoire du département délibérant avec les commissaires de la 
Convention. 

Le moment est arrivé, représentants du Peuple, où la clémence 
envers nos ennemis cesse d'être une vertu. Il faut que nous périssions 
tous ou que la République survive à leurs infâmes complots. Il faut 
enfin voir renaître le règne de la loi qui punit le seul coupable, pro- 
tège le faible et venge l'innocent. 



Deoiième adresse à la Coore otioo 

Les sans-culottes de Guéret ont applaudi, dans le temps, aux évé- 
nements du 31 mai et jours suivants ; ils ont adhéré avec empresse- 
ment à tous les décrets émanés de la Convention à ce sujet ; ils ont 
vu avec transport les heureux effets qui en sont résultés ; ils ont 
célébré avec enthousiasme le triomphe de la Montagne. 

Les brouillards fangeux, qui s'élevaient du Marais, n'ont plus, 
depuis cette époque, mis d'obstacles à la dilatation de Tair pur et 



Digitized by VjOOQIC 



salutaire (|ue respiraient les Montagnards, Le soleil qui viviAait le 
sommet de la Convention a répandu ses rayons bienfaisans sur la 
plaine ; la souveraineté du peuple s'est fait entendre ; les tables de la 
constitution ont été tracées, elles ont servi de point de ralliement à 
tous les républicains, et l'acceptation unanime de cette constitution, 
tant attendue, est devenue Teffroi des despotes. 

La trahison de Custines a stimulé l'ardeur guerrière des defTen- 
seurs de la Patrie ; elle a excité le zèle et la surveillance des repré- 
sentants ; nos armées marchent de succès en succès; les sages 
mesures que prennent les commissaires de la Convention dans les 
départements déjouent tous les complots et jamais le gouvernement 
n'a développé autant d'énergie. 

Continuez, braves Montagnards, à remplir dignement votre mis- 
sion ; vous êtes investis de la confiance du peuple; répondez à ses 
désirs en guidant pour son utilité la marche de la Constitution qui 
est votre ouvrage. 

Le peuple, qui est l'unique souverain, maintient ses représentans 
à leur poste. Il exige d'eux qu'ils ne le quittent qu'après avoir 
écrasé la tête du fédéralisme, qu'après que le sol de la liberté sera 
balayé des ennemis extérieurs et intérieurs qui le souillent, qu'après 
eifln que les soldats des tyrans coalisés, las de vivre dans l'escla- 
vage, auront plongé dans le cœur de ces monstres le fer dont ils les 
ont armé pour égorger les hommes libres. 

Proposition de former un comité de surveillance à cause du peu 
d'ordre dans la tenue des séances. Ajourné. 



Séance du 24 septembre 

Deux secrétaires offrent en don chacun une sonnette. 

Lecture d'un défenseur de la patrie dans Tarmèe du Rhin qui 
donne des nouvelles satisfaisantes de l'affaire de (f Kell j» et ce de la 
valeur acoulumè de nos troupes. » 

Nomination de trois commissaires (Dumarest, Pollier, Daret* 
Beauvais) au sujet des secours à accorder aux parents des défen- 
seurs de la pairie. Ces commissaires a les aideront de leurs lumières 



Digitized by VjOOQIC 



a et même de leurs bourses, s'il le faut, sauf à être remboursés de 
« leurs avances sur les fonds de la Société 9. 



Séance du 25 seplembre 

Entrée d'Ingrand, représentant du peuple et commissaire de la 
Convention dans Tlndre et la Creuse (1), accueilli aux cris de vive la 
République! vive la Montagne et les jacobins! Le président lui 
offre le fauteuil; il refuse en disant qu'il est venu seulement en sa 
qualité de jacobin et présente le diplôme de a la Société mère. ï> 

On votePimpression d'un avis qui sera envoyé aux municipalités 
pour leur faire connaître la nomination des commissaires (barges 
de s^occuper des parents des défenseurs de lu pairie pour qu'elles 
puissent avoir recours à eux en cas de besoin. 

Pétition à la municipalité de Guéret pour qu'elle s'assure que les 
« ci-devant chevaliers dits de Sl-Lonis » ont fait le dépôt (confor- 
mément au décret) de leurs croix et de leurs brevets. 

Séance du S6 seplembre 

Proposition analogue à celle relative aux chevaliers de St-Louis 
pour les titres féodaux dont « le seul nom révolte )> celui qui fait 
la proposition. Ajournée. 

Séance du 21 septembre 

(Séance qualifiée au procès-verbal de permanente) 

On veut procéder au scrutin épuraloire. On consulte le représen- 
tant du peuple sur la manière d'y procéder. Il indique le système 



(1) Ingrand (François-Pierre), député de la Vienne à la Législative 
et à la Convention. 



Digitized by VjOOQIC 



— 39i — 

(le (( la Société mère » : nominalion de censeurs qui opèrent en pré- 
sence de la Société. Accepté. On fiie le nombre des censeurs à 13 à 
choisir par le Président. Ils commencent leurs opérations; la séance 
se prolonge jusqu'à 2 heures du matin. 



Séance du 38 sepleinbre 

Séance reprise à 9 heures du matin. 

Nomination de commissaires pour célébrer le lendemain la fête de 
la Montagne, y inviter le représentant du peuple et faire une distri- 
bution de pain aux indigents. 

Les commissaires envoyés auprès d'Ingrand rapportent qu'il leur 
a observé a que ses moments étaient pressés et qu'il était obligé de 
(( partir le lendemain, mais lorsqu'ils l'ont engagé de rester au 
fi nom de l'humanité et de la philantropie, il a ajouté que toutes ses 
c( affaires cédaient a leur voix. » 



Séance du 29 septembre 

Les censeurs communiquent le résultat de leurs opérations (non 
indiqué). Arrive le représentant du peuple; il prend le fauteuil de 
la présidence et improvise un discours. Puis on se rend sur la place 
de la Révolution où la fête commence à 5 heures. Voici la descrip- 
tion de cette fête : 

Les tambours et un cœur de musicien précèdent les citoyens de 
tous les états portants ou revêtus des signes caraclérisliques de leur 
proffession. Ici le magistrat du peuple donne la main à l'honnête 
agriculteur ; là, l'utile artisan, si longtemps et si injustement opprimé, 
conduit l'époque {aie). Plus loin l'administrateur conduit les pas 
chancellans du verlueuxvieillard. Le représentant du peuple Ingrand, 
qui termine le cortège, conduit d'une main la femme la plus pau- 
vre de cette citée et de l'autre la plus âgée ; les enfans de ces deux 
mères de famille l'environnent. Jamais spectacle plus beau ot plus 



Digitized by VjOOQIC 



-396- 

majestueux n'avait été donné. Oui ! s'écriait le peuple, c'est aujour- 
d'hui la fête de Tégalité. Bon représentant, jouissez des bénédictions 
du pauvre et portez ces vœux à la Convention. 

Cependant on arrive au lieu de la fête. En face de Tarbre de la 
liberté, on avoit élevé une montagne. Dans ces flancs caverneux on 
voyait les tombeaux du despotisme, du féodalisme et de tous ces 
animaux impurs qui ont fait pendant tant de siècles le maliieur des 
Français. Des couronnes à moitié enfouis dans la boue et servant de 
repaire aux crapauds et aux couleuvres étaient Talégorie dont il 
s*étoit servi pour perpétuer la mémoire des glorieuses époques de 
la Révolution depuis les journées du 10 août 1792. 

Sur un des côtés delà montagne, une charrue annonçoit les travaux 
des agriculteurs et à côté on lisoit : w voilà le service que le peuple 
infatigable rend à la Société. » Sur le côté opposé, on avoit placés 
des sacs de bled sur lesquels on avoit écrit m Loi du 11 septembre 
1793 concernant les subsistances. Félicité publique assurée. » 

Le sommet de la montagne étoit terminé par une piramide. Sur 
Tune de ses faces on avoit gravé : « Sans la montagne nous ne pou- 
vons nous sauver » et plus bas : or Vive le Représentant du Peuple ! » 

Le contour de la montagne étoit deffendu par une haye de piques, 
image des sentiments des habitans de la ville de Guéret qui sont 
prest à verser jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour la deffen- 
dre contre ses ennemis. 

Enfin un faisceau de piques égales au nombre à celui des départe- 
ments avoit été placé sur le devant de la montagne et sur le ruban 
tricolor qui les unissait, on avoit écrit « Notre force est dans l'union 
de tous. ». 

Dans les différents groupes, des citoyens et citoyennes portaient 
des piques ornées des inscriptions suivantes : 

a Peuple, la Constitution est dans la sauvegarde de tes vertus. » 

« Vieilles.se nous t'honorons, » 

€ Compagne de. nos travaux, que vos enfans succent avec votre 
a lait le saint amour de la République. » 

« Organes de la loi, nous vous sommes soumis. » 

a Citoyens qui vous êtes dévoués pour combattre les tyrans, votre 



Digitized by VjOOQIC 



-396- 

t mémoire sera éternelle et leurs noms seront en horreur à tous les 
f siècles. A 

(c Peuple qui fut opprimé, connais le prix de la liberté. 

flf A.rts utiles à la Société, vous n'aurez plus à gémir sous les fers 
M de Tesclavage. » 

« Génie, émanation de la divinité, apprends aux hommes de tous 
tr pays leurs droits et leurs devoirs. 

Le Représentant du Peuple se place en face de la montagne. Alors 
le Président de la Société prononce un discours dans lequel il exprime 
avec énergie les vœux de la Société pour la République une et indi- 
visible, pour la Montagne, pour le Représentant du Peuple, et sa 
haine pour les tyrans. Il voue en même temps sa reconnaissance la 
plus inaltérable et l'amitié la plus sincère à nos frères de Paiis et 
leur témoigne notre reconn naissance à l'occasion de l'accueil frater- 
nel qu'ils ont fait à nos frères, les envoies des assemblées primaires. 

Ce discours terminé, quelques nuages s'élèvent du sommet de la 
montagne. Le peuple garde le plus profond silence. Mais bientôt on 
voit poindre quelques rayons de lumière. A leur aspect les nuages 
disparaissent, l'astre du jour s'élève majestueusement et dans son 
orbite on lit ces mots: « Constitution républicaine librement acceptée 
<ï par le peuple français le 10 août 1793. » 

Dans cet instant on entend plus que les cris bruyans et sans cesse 
répétés de vive la Constitution ! Vive la République ! Vive la Montagne! 
Vive le Représentant du Peuple ! on chante Thimne des Marselliois 
El le même cortège parcourt la ville. A tous les carrefours, des com - 
niissaires de la Société distribuent à leurs frères infortunés le pain 
que la Société avoit fait préparer. Amis, elle eut désirée que ses 
facultés eussent égalés son civisme : alors elle vous eut fait préparer 
un festin et le plaisir d'être avec vous.eut été une de ses plus douces 
jouissances ! 

Le même ordre a été observé en reconduisant le représentant du 
peuple. Un des secrétaires a recueillie ses dernières paroles. Il les 
transmet à la Société : 

Bons citoyens, s'est-ii écrié, je n'oublirai jamais la fête que vous 
u m'avez donnée puisque vos cœurs en avoient fait les aprèts. 
fl Soyés toujours ce que vous avez été jusqu'à présent. L'union et la 
« paix reigneront dans votre cité. Voilà le vœu d'un citoyen qui 
demande votre amitié, d 



Digitized by VjOOQIC 



-397- 



Séance du y*' Octobre 

On décide d'envoyer des copies de la description de la* fête à la 
Convention, anx Jacobins de Paris, à Ingrand vt anx Sociétés du 
département On décide de faire imprimer des cartes dVnirée pour 
reconnaître plus facilement les membres de la Société et « maître 
plus d'ordre dans la tenue des séances. » 



Séance du 4 Octobre 

On agite la question de savoir si les séances continueront d'être 
tenues dans la salle du tribunal ; un membre propose d'en Ilmut 
une dans la salie électorale, celle du dimancbe. Rejeté. 

On décide la formation d*un comité de surveillance composé de 
12 membres. 

Séance du 6 Octobre 

Ajournement de cette nomination, a rause du petit nombre de 
membres présents. 

Un membre invite tes sociétaires à fournir tous renseignements 
de nature à faire connaître les citoyens suspects, le président insiste. 
(T Personne ne s'est présenté. » 

Séance du 8 Octobre 



On abandonne l'idée d'un comité de surveillance, le président 
faisant observer qu'il ferait double emploi avec celui établi dans la 
viUe, conformément à la loi. 



Digitized by VjOOQIC 



- 398 - 

Lecture de l'adresse au district relative aux décorations et brevets 
a dont les despotes amusaient la solte vanité de leurs esclaves, j» 

Mention honorable du civisme du citoyen Vachez flls et de la 
femme Simonet qui oiit déposé sur Tautel de la Patrie le premier 
3 livres, la seconde 24 sous. La citoyenne Guichard offre 30 sous. 

Dénonciation de Pigeaud, commissaires aux subsistances, pour 
avoir dit à un boulanger : <n Ayès soin de moi, j'aurès soin de vous ». 
On entend la justification de l'accusé. 



Séance du 49^ jour du dernier mois de l'an second 
de la République C^) 

Lecture de trois pétitions relatives à la citoyenne Dechaizes, à la 
citoyenne Martin femme Coudert, à la citoyenne Zégre (objet non 
Jntiiqué). Renvoi au comité de surveillance. 

CIraudon, receveur d'enregistrement, offre 5 livres pour la fête 
rie la Montagne; comme il ne fait point partie de la Société, une 
rnontion honorable est faite de ce don. 

Lacugne offre 6 livres pour subvenir aux besoins de la guerre et 
refuse la mention honorable. 

Ouverture d'un registre de bienfaisance pour venir au secours 
dfis infortunés. 

Discussion pour savoir si les citoyennes membres de la Société 
auront voix déiihérative ou consultative, u Cette discussion devient 
€ très orageuse; le président se couvre, le calme renaît, p Question 

ajournée. 

Discussion sur le cas d'un citoyen qui avait caché de la farine 
il^ns ses fagots. On décide que la solution de cette affaire regarde 
utiiquement les autorités. 



(1) Cette date est évidemment erronée ; c'est premier mois qu'il faut 
lire, au lieu de dernier. 



Digitized by VjOOQIC 



- 399- 



Séance du 22^ jour du /" mois de la Uépublique (sic) 

Lecture d'une lettre d'un citoyen de Guéret contenant un assi- 
gnat de 50 livres qu'il offre pour sa contribution à la fêle de la Mon- 
tagne. Il demande que si son don élait rejeté — « vu qu'il a été 
effacé de la liste des sociétaires », — son nom soit ignoré. 

Les censeurs, au sujet de l'épuration, exposentqu'il n'ont entendu 
donner que leur opinion, laissant à rassemblée le soin de <)écider. 
Approuvé. On fait l'appel nominal. 

Rjchon, Marambault, Fillias, Leyraud, Coudert-Lavillatte et 
Peyronneau père sont rétablis sur la liste de la Société. 

Un membre propose une pétition au comité de surveillance pour 
obtenir que « la fille Layrequi devait être conduite à Blessac comme 
« suspecte soit mise en liberté et se marie avec le citoyen Barretqui 
c( promet la ramener aux principes républicains. » Adoplé. 

Séance du 2i^ jour, /" mois an 11 

Annonce de la prise de Lyon par l'armée de la République : « de 
« bruyants applaudissements expriment la vive allégresse des sans 
« culottes. » On se rend « en course » à l'arbre de la liberté, on 
danse la farandole autour, puis on parcourt la ville en chantant 
riiymne des Marseillais. 

Admission de Grand, Administrateur du département, sur présen- 
tation de son diplôme de la Société de Bourganeuf, affiliée à celle 
de Guérel. 

Désignation, à la demande du commandant de la garde nationale, 
de quatre membres pour accompagner les femmes qu'on doit trans- 
portera Blessac. — Ceux désignés offrent de faire le voyage à leurs 
Irais et de donner aux pauvres leurs rétributions (i). 



(1) Il s'agit des femmes arrêtées comme suspectes et qui subissaient 
leur détention à Blessnc, district d'Aubuàsoii, localité désignée parle 
Comité de surveillance établi près le Directoire du département 
(Arrêté du 7 octobre 1793, art. 5). — Sur les arrestations de suspects 
V. Diival. Archives Révolutionnaires de la Creuse, 2n»8 partie. Les 
Comités Révolutionnaires, Passim. 



Digitized by VjOOQIC 



— 400 — 

Nomination de commissaires, à la demande du district, pour 
hâter dans les municipalités la confection des rôles de secours aux 
parents des défenseurs de la Patrie. 

Renouvellement du bureau. 

Président : le sans culotte Purat; 
Vice-Président : le sans culotte Lemoyne ; 
Lacugnes, j 

Voilant, > Secrétaires. 

Dissandes François, ) 

Séance du 7^ jour, 5* décade /" mois an II 



Lecture du Dullelin du Journal de la Montagne. La Société y voit 
n avec satisfaction l'acte d'accusation contre Marie-Anloinette. » 

Admission d'un membre de la Société de Moulins, d'un membre 
de la Société des Jacobins, et d'un de la Société de Bonssac. 

Remise des 120 francs représentant Tindoranité de ceux qui sont 
allés à Blessac. Cette somme sera distribuée aux pauvres. 

Invitation au district do taxer le lait, les œufs, les cbâtaignes, 
les pommes de terre, les fruits et « autres comestibles »; — péti- 
tion à la municipalité pour qu'elle défende aux aubergistes, 
revendeurs et regratiers d'entrer au marché avant une heure déter- 
minée, et à tous citoyens et marchands d'acheter ailleurs qu'au 
marché. 

Les sans culottes Grand, Bergier et Polier sont nommés secré- 
taires. 

Vacher fils, Viveaud, commis au département et Simonet, cen- 
seurs. 



Digitized by VjOOQIC 



- 401 - 

Séance du 28 Vendémiaire an 1! 

Dénonciation au district de Léobon et Louis Améaiime, de la 
Paroisse de Saint- Léger, comme accapareurs de beurre. 

Le sans culotte Desmarets est maintenu comme trésorîen 

Séance du 9"« jour 5" décade /•' mois an H 

Admission et affiliation de Bourgeois, membre de la Société de 
Saint-Pourçain. 

Après une longue discussion, qui avait commencé à ta séance 
précédente, pétition au district pour qu'il établisse la lihtt^ ths non 
propriétaires qui, d'après la loi, ont dryil à un arpeîit de tFTrain 
soit des communaux, soit des biens des émigrés; — peiitioii au 
même pour que les biens des émigrés soient divisés en portions 
dont la valeur n'excéderait pas 500 francs « afin que chacun des 
citoyens eut la faculté de devenir propriétaire. » 

Séance du dej^ier jour 5* décade (sic) 

On revient à la question des subsistances disculée aux deux pré- 
cédentes séances. 

Un membre rappelle que, d'après les renseignements mômes de 
Padministration, la situation du département est mauvaise, que 
<r chaque individu n'a à manger par jour qu'environ 8 onces de 
pain. » 

On décide de charger les députés du département de remetire 
des adresses au président de la Convention, au comité des suhsis^ 
tances et au Ministre de Tlntérieur afin que le dépnrlemtiat soit 
pourvu de graias et de farines^ 



Digitized by VjOOQIC 



-402-^ 



Séance du 1*^ jour 1^ décade 2^ mois an II 

Lecture d'une letire du général en chef de rarnr)ée de la Vendée 
« contenant Thourense nouvelle de la prise de Cholet, un des 
cf repaires des brigands avec de nombreuses pièces d'arlillerie. » 

Invitation à la municipalité de faire des visites domiciliaires chez 
tous les débitants (dont plusieurs, depuis la taxe, ont fermé leurs 
caves) pour s'assurer de leurs provisions et les obliger, pour la 
vente, à se conformer à la loi. 

Un membre propose d'adopter la même mesure pour tous les 
marchands. Adopté. 

Dénonciation de Pijaud pour avoir vendu à la citoyenne Jean- 
donnet une paire de sabots 15 sols, tandis que la taxe est de 8 sols 
6 deniers. 

Pijaud répond c que lorsqull avait vendu les sabots, il n'avait 
pas entendu publier la taxe, que d'ailleurs il n'était pas étonnant 
que des sabots artistement brodés, ce qui demandait beaucoup de 
temps, se vendissent au-delà de la taxe d et il dénonce de son 
côté la fille Jeandonnet pour lui avoir vendu le même jour une 
bouteille de vin blanc t fr., tandis qu'il n'était taxé que 8 sols. 

La Société décide qu'elle ne se chargera pas de la dénonciation 
(un membre avait observé que les contrevenants pouvaient être de 
Ixmne foi). Le Président dit que les dénonciateurs pourront dénon- 
cer eux-mêmes, « la dénonciation étant une vertu nécessaire, sur- 
tout lorsqu'elle tend au maintien de Tordre public. » 

Nomination de trois commissaires pour faire, conjointement avec 
la municipalité, la distribution des grains et farines, plusieurs 
citoyens s'étant plaints de la façon dont cette distribution est faite. 

Séance du 4* jour Z'® décade S*" mois an II 

Discours d'un membre qui déclare avoir été trompé dans sa 
dénonciation contre la municipalité pour la distribution des grains. 



Digitized by VjOOQIC 



- 403 - 

Il reconnaît qae les (c corps administratifs de celte cité sont animés 
des sentiments de véritables républicains » ; insertion du discours 
au procès-verbal. 



Séatice du Séjour /'• décade ^ mois an II 
Dénonciation d'accapareurs de beurre au Poat-à-la-Dauge. 

Séance du Séjour 1'^ décade ^ mois an II 

Pétition à la municipalité pour qu'elle élève sur la place du 
marché une colonne sur laquelle on affichera les lois et les actes 
administratifs. 

Nomination de 20 commissaires qui iront, les jours^de marché^ à 
rentrée des roules pour surveiller les accapareurs. 

Lecture d'une lettre contenant ce les détails les plus intéressants d 
sur la fin des guerres de la Vendée « ce boulevard de Tanglomanie et 
du royalisme. • 

a Trois envoyés du pouvoir exécutif présentent des lettres de 
« recommandation de nos frères les Jacobins de Paris. La Société 
« les accueille avec transport ; le président leur donne le baiser 
« fraternel. » 

Un membre propose : i^ Que la Société fasse au peuple, « pour 
réclairer » la lecture de la déclaration des Droits de THoDome et de 
la Constitution; S"" le vote d'une adresse à la Convention pour Tin- 
viter à « envoyer des missionnaires qui se rendront dans les cam- 
<x pagnes et en éclaireront les habitants sur leurs droits et leurs 
ff devoirs. x> 

La première proposition est seule votée ; la Société se borne à 
recommander aui municipalités de redoubler de zèle et de vigilance 
pour instruire le peuple. 



Digitized by VjOOQIC 




-404 - 



Séance du 7* jour /" décade 2^ mois an II 

Dénonciation à Taccnsaleur public du la municipalité de St-Vaury 
qui a violé la loi en faisant arrêter les « trois citoyens qui avaient 
conduit les restes de Valéry Dargier » (1). Volé à runanimité. 

Lecture d'une lettre de Tentrepreneur de la route de la Châtre qui 
annonce Touverture de son atelier pour le mardi suivant ; les 
ouvriers nécessiteux sont invilés à s'y rendre. 

Lecture d'une lelUe d'Ingrand, représentant du peuple, qui rap- 
porte l'accident qui lui est survenu depuis son départ de Guéret et 
« voue de nouveau à la Société son amitié la plus inaltérable ». — 
Vote de remerciements et de félicitations pour avoir échappé à l'ac- 
cident. 



Séance du 8^ jour y® décade 2^ mois an 11 



Vole d'une adresse au Ministre pour l'informer qu'il y a à Guéret 
des canonniers sans emploi et sans subsistance a depuis la prise de 
Saumur par les brigands de la Vendée, o 

Pétition à la municipalité pour qu'on fasse des visites domiciliai- 
res chez (( les gens riches » qui accaparent les subsistances et pour 
qu'on ne puisse acheter qu'en vertu de bons délivrés par la munici- 
palité. 

Le comité des subsistances est chargé d'étudier les mesures utiles 
pour obliger les marchands à s'approvisionner. 



(1) Valéry Dargier avait été guillotiné la veille à Guéret, sur la place 
Marchedieu, à 5 heures de raprès-midi, « pour avoir émigré, c'est-à- 
dire portf'j les armes contre la République. » (Journal manuscrit de 
J.-B. Niveau, publié dans le Bulletin de la Société des Sciences 
Archéologiques de la Creuse^ tome VII, page 411). 



Digitized by VjOOQIC 



-408 — 



Séance du 9^ jour /'• décade Si"" mois an II 

Renvoi au comité des subsistances d'une motion ayant pour objet 
(( d'interdire toute espèce de pâtisserie et de ne permeltrela fabrica- 
nt tion que d'un seul pain appelé pain de règalité. » 



Séance du 4^' jour 2^ décade St^ mois an II 

AfQIialion de la Société populaire de Bénévent. 

Rapport des commissaires au sujet d'une pétition qu'à une séance 
précédente, ils avaient été chargés de faire au district pour la taxe 
des voitures à bœuf qui vont chercher du vin aux vignobles. — Le 
directoire les a autorisés à dire à la Société : i^ que chaque voiture 
allant à Monlluçon et revenant chargée de trois pièces de vin serait 
taxée à raison de 30 livres; 2" que les mêmes voitures allant eu 
Berry seraient taxées à raison de 40 livres à cause de la difficulté 
des chemins. 

Séance du 2^ jour 2^ décade S^ m^is an 11 

Rapport de deux commissaires : 

Au Pont de Glénic ils ont rencontré un homme portant dans un 
sac trois boules de beurre qu'il cherchait à déposer dans une mai- 
son. Ils lui ont demandé ce qu'il voulait faire de ce beurre et pour- 
quoi il ne le portait pas au marché de Guéret. Il leur a répondu que 
ce beurre n'était pas à lui ; qu'il se nommait Léonard Baudet, du 
village des Epinards, commune de Châtelus, mais qu'il ne connais- 
sait pas celui qui lui avait remis le beurre, c ce qui a fait présumer 
aux commissaires que ce particulier était en contravention. )> 

On Invite le district à sévir. 

Les commissaires ajoalent qu'il résulte de leurs Informations que 



Digitized by VjOOQIC 



- 406 - 

c les accapareurs se plaçaient près d'un arbre situé sur une émi- 
« nence au-delà du pont de Glény dont ils étaient à portée de voir 
« venir de loin les personnes qui pouvaient les surveiller. » De 
plus, pendant qu'ils exerçaient leurs surveillance hors de la ville, 
plusieurs particuliers profilaient de leur absence pour déposer 
leurs denrées dans les premières maisons. 

On décide de nommer d'autres commissaires pour surveiller les 
accapareurs au-delà du pont de Glény et en ville. 

Un membre observe que les personnes qui portent leurs denrées 
au marché sont cr tellement obsédées par les acheteurs » qu'il est à 
craindre que bientôt te marché ne soit dégarni. Il faudrait comman- 
der « une garde exprès pour prévenir les abus. » — On décide de 
s'en rapporter à la sagesse de la municipalité. 

Séance du Séjour 2^ décade 2^ mois an II 

Un membre observe que le local de la Société est insuffisant ; la 
municipalité en a bien olTert un autre, mais la Société est trop pau- 
vre pour payer les réparations dont il a besoin. 

On décide de déléguer à Paris le citoyen Lemoine pour représen- 
ter au Gouvernemetit Textrème disette « où se trouve notre départe- 
ment. » 

Séance du 4^ jour 2^ décade 2^ mois an II 
(séance extraordinaire) 

Afin de rétablir la confiance et de ramener les approvisionne- 
ments sur les marchés d'où la taxe les a éloignés, pétition au dis- 
trict pour qu'il fasse comprendre aux habitants des campagnes 
qu'il est de leur intérêt et de leur devoir de conduire leurs denrées 
au marché. 

Un membre se plaint que le citoyen Cassier ait fait deux fois des 
déQoacialions inexacies à propos d'accaparements. 



Digitized by VjOOQIC 



- 407- 



Séance du 4® jour 2^ décade 2^ mois an II 

Pétition au district pour l'engager à accorder: i°un boisseau 
de blé par quinzaine pour chaque individu âgé de plus do 12 ans; 
2^ un demi boisseau pour chaque individu âgé de moins de 12 ans. 

Un membre rapporte qu'un propriétaire de Lavergne lui a dit 
qu'il avait 40 setiers (iebléen sus de son approvisionnement, qu'il 
voulait les conduire au marché de Guéret, mais qu'il eo était 
empêché par l'opposition formelle de la municipalité de Sainte- 
Feyre. — Pétition au district pour que ce blé soit conduit à Guéret. 

Séance du 6* jour 2^ décade 2^ mois an 11 

Dénonciation à la Convention, au comité de sûreté générale, au 
ministre et au directoire du déparlement de l'Allier, des adminis- 
trateurs du district de Hontiuçon pour avoir iliégalemeiU élevé la 
taxe du vin. 

Proposition pour une pétition au comité de surveillance tendant 
à la mise en liberté de Zëgre, maître de musique. Rejetée. 

Les citoyens qui veulent travailler à faire des « sarols o pour 
les défenseurs de la Patrie sont invités à se faire inscrire. 

Séance du 48 Brumaire an II 

Ouverture d'un registre pour l'inscription des citoyens qui vou- 
dront être employés à battre des grains. 

Envoi de commissaires au district pour que l'autorisation soit 
donnée « aux commissaires nommés par la Société pour surveiller 
(( les accapareurs, d'étendre leur surveillance dans les communes 
(( voisines, y saisir les contrevenants et leurs marchandises et y 
« constater les contravention! )»• 



Digitized by VjOOQIC 



— 408 — 

Dénonciation d'un citoyen pour êlre aile dans les campagnes 
acçijparer les denrées. — Un membre observe que « le délinquant 
<ï étant reconnu pour n'avoir pas le jugement très sain » il suffit de 
sîgui^ler le fait à la municipalité. — Adopté. 



Séance du 49 Brumaire 

Conformément à la proposition faite à loules les Sociétés popu- 
laires par celle <^ cy-devant Saint-Denis, aujourd'hui LaFranciade », 
on ouvre deux registres, Tun pour Fenrôiemeut de ceux qui veulent 
!>ervir dans la cavalerie, Taulre pour les souscriptions destinées à 
équiper les cavaliers. 

Pétition au comité de surveillance pour l'engager à fournir des 
guérites et des eu potes aux factionnaires préposés à la garde des 
pt:;rsonnes enfermées à la maison d'arrêt ; et à faire placer des 
réverbères ou des pots à feu à l'extérieur de celte maison « afin que 
tf les sentinelles soient à môme de prévenir toute malveillance. » 



Séance du 20 Brumaire 

La municipalité fait savoir qu'elle ne peut donner à chaque habi- 
Laiil, selon le désir de la Société, la quantité de blé indiquée à une 
séance précédente, mais qu'elle a pris des mesures pour que le 
samedi suivant il soit conduit au niarchè 30 setiers de grains. 

On décide de demander au citoyen Ingrand que le superflu des 
grai»s du département de la Vienne soit conduit dans celui de la 

Creusa. 

On se plaint que les commissaires aux accaparements s'acquittent 
ma] lie leur mission, et on décide que tous les sociétaires participe- 
ront par quinzaine à ce service. 

Sur la proposition delà municipalité de Dijon on fait une pétition 
auK corps administratifs et à la municipabté pour qu'on, prenne 



Digitized by VjOOQIC 



- 409 — 

f les mesures les plus promptes et les plus efflcaces pour empêcher 
« la circulation de ralmanach intitulé Le Véritable âlessager boiteux 
(( de Berne pour Tannée 4794, de faire une proclamation pour [né- 
« venir les effets du venin que distille cet ouvrage ou pamphltit 
cr infâme et déclarer suspect quiconque vendra ou achètera œ même 
« almanach. » 



Séance du 2i Brumaire 

Un membre se plaint qu'on ne puisse se procurer de la chaudella 
chez les marchands. « Eiant allé chez le citoyen Simonel qui la 
fabrique, il y a vu une quantité considérable de suif, appartenoiit 
au citoyen Charles, Receveur de Châtelus, destiné à être mis eu 
œuvre. » Comme ce citoyen n'a pas besoin de tout ce suifjl y a lieu 
de lui livrer son nécessaire et de distribuer le surplus sur le |i[ed de 
la taxe. 

Une commission est nommée pour régler cette question avec la 
municipalité. 

Séance du 32 Brumaire 

Sur rinvitation du département, la Société se rend «r à une fête 
funèbre préparée pour les mânes de Beauvais »(!). Les corps adraî- 
nislralifs sont venus au-devant d'elle. Le citoyen Plaiiictisihc a 
prononcé un discours; puis on a déposé sur le buste de Beauvais 
une couronne civique et a chanté plusieurs couplets en mémoire de 
ce digne représentant du peuple. » « Enfin le Président dcî la 
« Société a prononcé un discours terminé par une inviLuitmi de 
« tous les spectateurs de jurer sur les mânes de Beauvais de mou- 



(i) Beauvais de Préaux (Charles-Nicolas), député de Paris h la 
Législative et à la Convention. Envoyé en mission à Toulon, il y ftit 
arrêté quand la ville fut livrée aux Anglais et mourut des mauvais 
traitements qu'il avait éprouvés dans sa prison. 



Digitized by VjOOQIC 



— 4i0 - 

<r rir plutôt que de renoncer à la Liberté si chère à tous les cœurs. ï> 
Ce serment est prèle par tous les assistants aux cris répétés de 
« vive la Convention! vive la Montagne ! » 

Il est rendu compte dos explications que le citoyen Simonet a 
fournies à la municipalité. Il est exact que Charles lui a remis 
132 livres de suif pour les convertir en chandelles. La municipalité 
a jugé cette quantité trop considérable pour les besoins de Charles; 
elle a décidé qu'on lui délivrerait 50 livres de chandelles ; le sur- 
plus sera délivré aux citoyens au prix de la taxe. 

On décide l'envoi à la Convention, à la Société des Jacobins et à 
toutes les Sociétés qui correspondent avec celle de Guère! d'un 
procès-verbal imprimé relatant la fête civique dont il est question 
plus haut. Un membre voudrait que ce procès-verbal contint le 
texte des deux discours prononcés. Mais devant la résistance des 
orateurs qui donnent contre l'impression de leurs discours <{ des 
motifs qui ont paru plausibles lo, on se bornera à une simple 
mention. 

On se plaint de la lenteur apportée par les commissaires nommés 
à déposer leur rapport sur la taxe des denrées. 

Les commissaires protestent. La cause du retard est le peu 
d'empressement de leurs concitoyens à leur donner « les notions 
générales et particulières d qu'ils attendaient d'eux. Sur l'observa- 
tion d'un membre que ce travail n'est pas aussi difficile que le pré- 
tendent les commissaires, ceux-ci sont invités à fournir leur rapport 
dans le délai de trois jours. 



Séance du 23 Brumaire 

Lecture d*une lettre accompagnant Tenvoi à la Société de U 
exemplaires d'une adresse du département à ses concitoyens ; on 
applaudit au sentiment républicain de cette adresse; — d'une lettre 
du district demandant à la Société de lui fournir tous renseigne- 
ments utiles pour la formation de Tétat des biens des émigrés et 
de leurs parents. 



Digitized by VjOOQIC 



- 411 - 

Invitation à la municipalité d^envoyer à la Convention tous les 
vases d'or et d'argent et les ornements galonnés d'or et d'argent qui 
se trouvent dans les églises de la commune et ceux appartenant aux 
ci-devant religieux ; — de faire disparaître au plus tôt l'autel qui 
est dans l'antichambre du ci-devant Palais de Juslice. 

La citoyenne Reby dépose sur le bureau, pour Tusage des soldais 
de la République, deux chemises qu'elle dit provenir de la famille 
Du Rochat. La Société décide que l'offrande doit être faite à la 
commune de Saint-Vaury où réside la famille Du Rochat. La même 
citoyenne promet de fournir quatre chemises pour la même desti- 
nation. 

Un membre annonce que le citoyen Binet a déposé à la Messagerie, 
à Paris, les bustes de Marat et de Lepeiletier qu'il envoie à la 
Société. 

On décide que tous les Sociétaires qui ont été députés à la fédé- 
ration de 1790 devront déposer la médaille qui leur fut alors 
donnée. Séance tenante, le citoyen Volant remet la sienne. 

Un nouvel admis, le citoyen Simon-Jude Lavaud dépose sur le 
bureau une médaille en argent frappée à l'époque du mariage de 
Louis XV. 

On décide que tous les Sociétaires qui faisaient partie de l'ancien 
ordre judiciaire devront déposer les provisions dont ils étaient 
pourvus et leurs costumes. La municipaliiè est invitée à se faire 
rapporter toutes les provisions et tous les parchemins signés de la 
main du ci devant roi. 

Dans la huitaine, sous peine de radiation, tous les prêtres socié- 
taires devront déposer leurs leltn's de prêtrise et « abjurer un 
« état qui n'avait pour but que de proléger le fanatisme. » 



Séance du 26 Brumaire 

Demande d'affiliation par la Société populaire de La Chapelle- 
TailleferL L'affiliation est accordée. 



Digitized by VjOOQIC 



- 412 — 

Le citoyen Lafont, prêtre, dépose sur le bureau ses lettres de 
prêtrise; c il prononce un discours d'énergie et de patriotisme dans 
« lequel il déclare formellement abjurer ses fonctions qui ne 
« respire que le charlatanisme. » Copie de ce discours et du procès- 
verbal de la séance sera envoyée à la Société des Jacobins et à 
toutes les Sociétés populaires affiliées à celle de Guéret. 

Renouvellement du bureau. Sont nommés : président : Gerbaud- 
Malganne; secrétaires : Aubreton, Lavaud et Monnel. 



Séaïice du 27 Brumaire 

Un membre propose de rapporter la décision prise à la séance du 
23 Brumaire c tendant à obliger les prêtres fonctionnaires publics 
« à déposer sur le bureau de la Société leurs litres de prêtrise. » 
On lui répond qu'il n'appartient pas à un seul membre de protester 
contre un « arrêté de la Société, arrêté d'aulantplus sage qu'il a été 
« imité par la Société des Jacobins » Inquelle a présenté un travail 
à la Convention sur ce sujet. La décision du 23 Brumaire est main- 
tenue. 

On nomme six censeurs parce que les trois en fonctions ne suffi- 
sent pas c pour maintenir Tordre et la tranquillité de la Société. » 

Les citoyens Lacroix et Voilant déposent deux plaques de bonnets 
de grenadiers portant des emblèmes de la royauté. Ils invitent leurs 
camarades à faire semblables dons. 

Lecture par un commissaire de la liste des objets omis dans la 
taxe des denrées. Ce travail est approuvé et transmis au district. 

On décide d'exclure des séances les enfants au-dessous de 45 ans. 



Séance du 28 Brumaire 

Les citoyens Raby, Pinaud et Loriol déposent leurs médailles de 
|a fédération de 1790. 



Digitized by VjOOQIC 



— 413 — 

On décide que les citoyens ivres seront expulsés des séances. 

Le citoyen Tourniol, capitaine d'une compagnie de la première 
réquisition, offre une garde de cinq liommes pour maintenir Tordre. 
Offre accejitée. 

Le citoyen Nesmond dépose « différents titres de prétendue 
noblesse, el un assignai de cinq livres à litre de don. Dès qu'il aura 
retrouvé ses litres de prêtrise d il les déposera ; dès maintenant il 
abjure, ne voulant être que ta le prédicateur de la morale et de la 
Taison. » . 

Le citoyen Lemoine dépose ses lettres de vicaire et un secrétaire 
lit l'extrait du procès-verbal de la municipalité de Guéret relatif à 
son abjuration. La Société, satisfaite de la conduite de Lemoine, 
décide renvoi du procès-verbal à la Convention. 

Adresse au district pour la nomination d'un garde champêtre. 

On communique à la Société le résultat de la pétition du 23 Bru- 
maire : « les hochets de la superstition ont été enlevés de toutes 
« les églises; les ci-devant Darnabites ont été au-devant des com- 
« missaires et se sont montré en vrais républicains en apportant 
c eux-mêmes les différents vases tant en or qu'en argent qui ser- 
a vainiit au culte. » 

On dénonce à la Convention le district de Montiuçon qui s'obstine 
à défendre aux vignerons de vendre du vin aux personnes n'habi- 
tant pas ce district. 



Séance du 29 Brumaire 



Lecture d'une lettre de la Société de Clermonl-Ferrand qui invite 
celle de Guéret à déléguer or des commissaires vrais républicains 
« qui aient passé au scrutin épuratoire », pour assister le 30 Bru- 
maire, à l'inauguration des bustes de Marat, Chalier et Deauvais. 
Remerciements à « nos frères » de Clermont pour leur « invitation 
bonnète » qui arrive trop tard. 



Digitized by VjOOQIC 



- 414 - 

Le citoyen Seîglière fait déposer sur le bureau un calice avec sa 
patène, une monture d'épée, deux paires déboucles et deux cachets, 
le tout en argent, pour que le prix provenant de la vente soit 
employé à Téquipement d'un cavalier. 

Le citoyen Baret fait déposer des parchemins qui constatent sou 
èlnt de prêtre et une letlre où il s'excuse de ne pouvoir faire ce 
iU*\)6i lui même, renonçant, dit-il, à loules fondions ecclésiastiques. 
h est invité à faire son abjuration devant la municipalité et il faudra 
qu'il en rapporte un extrait en forme pour que la Société la consi- 
dère comme authentique. La même observation est faite pour 
l'abjuration des citoyens Lafond et Nesmond. 

On propose qu'à l'exemple des prêtres a les avocats, procureurs 
et tous individus tenant à des ci-devant corps judiciaires x> soient 
tenus de déposer les titres et pièces relatifs à leurs fondions. 

On propose que tous les Sociétaires soient tenus de déposer deux 
chemises « pour servir à nos frères d'armes. » 

Un Sociétaire demande la démolition du clocher de la commune, 
le prix de la vent) des matériaux dovant être employé à secourir 
les malheureux. Il ajoute que si on veut lui en faire l'abandon il 
oiïre i.OOO livres, prenant à sa charge les réparations de la voûte. 

Un autre membre fait observer que la Société n'a pas le droit de 
vendre une propriété communale et on passe à Tordre du jour. 

La dénonciation contre le district de Moiitluçon ne semble pas à 
un Sociétaire rédigée en termes assez pressants. Il demande qu'on 
tu nio<iine et qu'on l'envoie à un des nienibres de la Société actuel- 
temenl à Paris pour qu'il la présente lui-même à la barre de la 
Convention, au ministre et aux Jacobins. 

Dépôt par le citoyen Purat de ses lettres de bachelier et de sa 
prestation de serinent, par le citoyen Perdrix de sa provision de 
Procureur en la justice de Brouille et par le citoyeu Coudert de ses 
lettre de bachelier, de licencié avec sa prestation de serment et ses 
provisions de maître particulier, le tout accompagné de 20 livres en 
numéraire qu'il destine à rèquipement d'un cavalier. 



Digitized by VjOOQIC 



-418- 



Séance du 50 Brumaire 



Communication de deux lellresde la commission des subsistances. 
Tune demandant des renseignements sur le maximum fixé par le 
district, l'autre demandant des noms de vrais sans culottes pour 
remplir les fonctions de commissaires et d'agents dans les départe- 
ments. Renvoyé à la séance suivante. 

Lecture d'une proclamation des représentants du peuple à l'armée 
du Rhin. Une pétition sera adressée au département pour que cette 
proclamation soit réimprimée et envoyée à toutes les communes 
avec invitation aux districts et aux Sociétés populaires de nommer 
(les commissaires pour expliquer aux habitants des campagnes les 
principes de la morale et de la raison. 

Les commissaires sont invités à rappeler à la municipalité qu'il 
faut démolir l'autel de l'ancien palais de justice et qu'il y a lieu 
également de démolir les croix existant dans les rues pour employer 
les matériaux en provenant à construire une pyramide où on affi- 
chera les lois. 

Dépôt par le citoyen Lafond, ci-devant prêtre, de 24 livres en 
numéraire destinées à l'équipement d'un cavalier, de différentes 
lettres du ci-devant évêque de Limoges et d'un extrait du procès- 
verbal de son abjuration. 

Pétition à la municipalité pour qu'elle adresse à la Convention 
l'extrait des procès-verbaux d'abjuration. 

Dépôt par divers Sociétaires de diplômes et de titres relatifs à 
leurs anciennes fonctions. Le citoyen Dumarest joint aux siens une 
paire de boucles de souliers et un cachet en argent <r aux empreintes 
des armoiries adoptées par sa famille. » 

Pétition au comité de surveillance pour qu'on enlève des maisons 
de réclusion tous les objets relatifs au culte et qu'on y place des 
sentinelles aux portes extérieures et intérieures jusqu'à ce que la 
visite ait été régulièrement faite. 

8 



Digitized by VjOOQIC 



-416 - 



Séance du 2 Frimaire 

Un membre demande la formalion d'une armée révoluliounaire 
pour pourvoir à rapprovisionnemenr. On lui répond que cette 
formalion esl inutile puisque les corps administratifs ont mis à 
exécution la loi sur les subsistances. On passe à Tordre du jour et 
c la Société invile à ne plus faire pareille motion. » 

On décide de charger le comité des subsistances formé par le 
déparlement de répondre aux lettres de la commission lues à la 
séance précédente. 

Un membre propose d'inviter les citoyennes sociétaires à faire 
des bas pour les volontaires de la première réquisition qui sont sur 
le point de partir. Séance tenante 19 citoyennes se font inscrire. 

Dépôt de titres divers (lettres de bachelier et du licencié, provi- 
sion d'huissier, lettres en l'art de chirurgie). Le citoyen Fayolle 
offre six livres en numéraire, le citoyen Lafond 48 livres, le citoyen 
Tixier deux paires de boucles en argent* 

Thomasson, prêtre, fait dire par un sociétaire qu'il est prêt à 
déposer ses titres de prêtrise. Il demande que la «Société s'intéresse 
<( à lui pour le faire payer d'un traitement qu'il croit lui être dû ». 
La question est ajournée jusqu'à ce qu'il ait déposé ses titres. 

Un citoyen expose que le trésorier du ci-devant corps des avocats 
de cette ville a des comptes à rendre et demande qu'on l'invite à le 
faire. Le citoyen trésorier promet de se conformer à ce désir. 

Séance du 3 Frimaire 

Lecture d'une lettre du citoyen Lemoine, membre de la Société, 
actuellement à Paris, où il dit « qu'il ne doute pas que la Société 
(( renonçant au culte extérieur, fruit du fanatisme et de la supers- 
« tition, n'ait arrêté une pétition à la commune pour Tinxiter à 
« mettre bas les hochets d'or et d'argent, sans exceptet un calice 



Digitized by VjOOQIC 



-417 - 

« appartenant à la commune que le citoyen Fêry a emporté à la 
« campagne. » Si on veut lui envoyer ces objets, il les déposera 
lui-môme sur i^autel de la Patrie. 

On décide de lui répondre que <f la Société a prévenu ses vœux, 
« que tous les hochets de la superstition sont à Las a et qu'on va 
inviter la municipalité à lui adresser sur le rhanip les matières 
d'or et d'argent avec extrait des procès- verbaux d*ab]uralion des 
prèlres. 

Féry demande la parole. Le calice dont i! se sert à la campagne 
appartient au citoyen Rochon. Quant aux deux qui maiiqueiiL à la 
commune, Tun est chez le citoyen FayoUe, l'autre au ci-devant 
évèché. Il dépose ses litres de prêtre et de prieur de l'abhaye du 
Palais avec une médaille de la fédération de 1790. On Tinvîte à faire 
son abjuration. 

Communication du procès-verbal de Tinîiugij ration du buste de 
Le Pelletier célébrée à la Société populaire de Moulins en présence 
du représentant du peuple Fouché. 

Lecture d'un décret de la Convention invitant les citoyens à 
donner des chemises, des bas et des souliers pour les défenseurs de 
la Patrie. 

Offrandes diverses : médaille de la fédération, 4 cht^mlse^ï^ deux 
paires de bas, 10 livres 4 sols en numéraire. 

Le citoyen Lacugne, envoyé par le départemenl auprès du repré- 
sentant du peuple Ingrand, remet une Ultre de celui-ci faisant 
savoir qu'il ne peut fournir de blé à la Creuse, le département d^ la 
Vienne en étant dépourvu par suite des fournitures qu'il a faites à 
l'armée. 



Séance du 4 Frimaire 



Un membre propose d'inviter la municipalité à convoquer la 
commune pour procéder à la réélection des membres compos:int lo 



Digitized by VjOOQIC 



- 418 - 

comité de surveillance, ceux qui le composent étant en partie des 
fonctionnaires publics. 

Un autre membre fait observer que le comité de Guérel n'est pas 
seulement local, mais qu'il a pour mission de correspondre avec les 
autres comités du déparlement. 

Une pétition sera adressée au département pour qu'il communi- 
que à la Société, dès qu'il Taora reçue, la loi sur le renouvellement 
des comités de surveillance. 

A raison du tumulte qui régne dans l'Assemblée, on tiendra désor- 
mais les séances dans la salle électorale. 

Oflrandes diverses : le citoyen Fillias donne dix livres en assignats 
pour le soulagement des sociétaires les plus nécessiteux, le citoyen 
Fortune une plaque de bonnet de grenadier, le citoyen Finet flis 
un christ en cuivre et une plaque de bonnet de grenadier. 

Le citoyen Lemoine est rappelé à l'ordre pour s'être servi du mot 
« paysan ». Le président lui fait observer que « n'y ayant plus de 
« seigneurs, il n'y avait plus de paysans. » 

Un membre propose de frapper d'une amende d'un sol <r les 
« sociétaires qui ne se tutoieraient pas en parlant à une seule 
c personne ». La Société passe à l'ordre du jour pour cette propo- 
sition. 



Séame du 5 Frimaire 



Le citoyen Féry, ci-devant vicaire épiscopal, est dénoncé pour 
avoir employé dans son acte d'abdication « des expressions restric- 
tives qui ne remplissent pas les vœux et arrêtés <ie la Société ». 
Il est rayé du tableau de la Société et le procès-verbal de sa 
« fausse abdication » sera envoyé au comité de surveillance. 

Un membre de la commune annonce à la Société qu'il a été déposé 
sur Taulel de la patrie, par deux citoyens, 20 cuillers et deux 
grandes cuillers à ragoût en argent. 



Digitized by VjOOQIC 



- 419 - 

Le citoyen Létang, administrateur du département, est désigné 
pour être adjoint au citoyen Lemoine actuellement à Paris afin 
d^offrir à la Convention ccies hochets du fanatisme et les dons des 
bons citoyens » de la commune de Guéret. Il sera porteur d'une 
lettre à la Convention exprimant la pureté des principes républi- 
cains de la Société. 

Offrandes diverses : deux chemises, 2i livres en numéraire, deux 
paires de boucles en argent. Le citoyen Dumarest est nommé com- 
missaire à la réception des dons. 

Un membre expose que ec les commissaires nommés par la muni- 
« cipalité pour la recherche des hochets du fanatisme ont, malgré 
^i leur vigilance, oublié un calice à Tbôpital et un buste du ci- 
ce devant Béat Pardoux. s. Cette question est ajournée. 



Séance du 6 Frimaire 

Nombreux dons (boucles, couverts, cachets d'argent, chemises, 
bas, 42 livres en numéraire). 

Desbordes, juge de paix du canton de Compreignat, district de 
Limoges, dépose les pouvoirs qui lui ont été donnés par Lanot(i), 
représentant du peuple dans la Haute- Vienne et la Corrëze. Il pro- 
nonce un discours dans lequel cr il trace à grands traits le système 
a perfide des prêtres, ces vils charlatans qui cherchent encore 
« à s'élever sur les décombres du fanatisme. Grâce aux heureux 
« effoi-ts de la Montagne leur hypocrisie est dévoilée à jamais. Le 
« flambeau de la raison a éclairé PUnivers et le peuple ne veut plus 
(( ni les fers des tyrans, ni ceux des prêtres. i> 

On Tapplaudit et on vole Timpression de son discours qui sera 
ftnvoyé à toutes les Sociétés populaires et aux communes du dépar- 
lement. 

(1) Lanot, député de la Corrè2e à la Convention. 



Digitized by VjOOQIC 



— 420 — 

Féry, rayé du tableau de la Société à la séance de la veille, vient 
afiirraer son repentir et « promet de renoncer pour toujours à sa 
funeste doctrine, i» 

Un membre expose que « la calomnie n'a point épargné le ver- 
tueux Ingrand, représenlant du peuple » et qu'on viont de le 
dénoncer au Comité de Salut Public. 

<r Un mouvement d'indignation saisit l'Assemblée. » Plusieurs 
sociétaires prennent In parole pour affirmer le civisme d'Ingrand 
et les preuves qu'il en a données à Guéret On décide : !<> d'envoyer 
une adresse au Comité de Salut Public pour le désabuser « sur les 
fausses inculpations faites à Ingrand • ; i"* d'inviter Lanot à venir 
prendre connaissance de Tesprit public dans la Creuse. 

Un sociétaire dit alors qu'on n'a pas dénoncé seulement Ingrand; 
une dénor.ciation contre le département de la Crense a été faite à la 
Société populaire de Limoges, et elle a été insérée dans un numéro 
du Journal de la Hante-Vienne. L'administration du département de 
la Creuse a protesté par une lettre. 

La Socitité, après avoir « manifesté la plus grande surprise » 
approuve la con<Iuite des administrateurs et décide qu'une copie du 
procès-verbal de la séance sera envoyée aux représentants du peu- 
ple Ingrand et Lanot, ainsi qu'à la Société populaire de Limoges. 

Un membre demande que Desbordes reçoive du Président, au 
nom de la S)clèté, l'accolade fraternelle. Le Président embrasse 
Desbordes qui dit : 

(( Frères et amis, ce jour est le plus beau de ma vie puisqu'en 
remplissant ma mission, je puis rendre justice au Montagnard 
Ingrand, à vos administrateurs ainsi qu'à vous. Je porterai dans le 
sein du représentant Lanot et de la Société populaire de Limoges 
vos sentiments républicains et votre attachement inviolable à la 
Constitution et à la Montagne. • 

On invite la commune à demander : l'^ que tout le vieux linge se 
trouvant dans les maisons de l'arrondissement soit réuni ; i^ qu'on 
le remette aux mères de famille afin que celles-ci, aidées do leurs 
enfants, en fassent de la charpie dont on a besoin aux armée». 



Digitized by VjOOQIC 



- iîl - 

Un socielaire annonce qu'on vient de découvrir encore une 
custode^ deux calices, une croix et « la partie en argent du Béat 
Pardoux ». Tous ces objets seront envoyés à la Convention avec 
Targenterie des églises. 

Séance du 7 Frimaire 

Communication par le Président : 

1<> D'une adresse des sans culottes de la Société révolutionnaire 
de Cliarlres à la Convention. On en approuve « Tesprit et l'expres- 
sion » et on en fait mention honorable au procès-verbal ; 

2" D'une lettre du Comité de Salut Public à la Société l'invitant à 
fournir Tétat nominatif des citoyens du district qui peuvent digne- 
ment remplir des fonctions publiques; 

3° D'une lettre des administrateurs du disirict qui demandent à 
la Société de nommer deux commissaires devant se joindre à ceux 
désignés par les autorités constituées pour établir l'elat que le 
Comité de Salut Public a également demandé au disirict. 

La Société « s'en rapporte au bureau pour le choix de ces commis- 
saires. x> Le bureau choisit les citoyens Planier et Raby aîné, qui 
acceptent « leur pénible commission et promettent de la remplir 
<K avec ce zélé et cette impartialité dignes du vrai républicain. » 

Dons divers (chemises, boucles d'argent, couverts, 12 livres en 
numéraire, 5 en assignats). Jean Péronneaud, trésorier du ci-devant 
corps des avocats, offre le reliquat de sa caisse (chiffre non indiqué). 

Féry vient réitérer son abdication. On le réintégre sur la liste des 
sociétaires. 

Lecture du procés*verbal de a l'abdication du charlatanisme 
sacerdotal » faîte par Paul-Ambroise Sudre et Jean-Pierre Fuyolle. 
Ces abdications devront être réitérées devant la Société. 

Le ci-devant prêtre Lafund prononce un discours énergique (non 
reproduit). On l'applaudit, on en vote l'impression et l'envoi à la 
Société des Jacot)ins de Paris et & loules celles afilliéesi 



Digitized by VjOOQIC 



— «2- 

Yote d*ane adresse de félicitations à la Convention pour « les 
t moyens sages qu'elle vient d'employer pour nous débarrasser de la 
or secte sacerdotale, en invitant les ministres à l'abjuration de leur 
« erreur. » 

Plaintes au sujet de la mauvaise tenue des procès-verbaux des 
séances par les secrétaires. 

A raison du grand froid dont on souffre dans la salle électorale, la 
Société demandera au département l'autorisation de tenir ses 
séances dans l'église des ci-devant Barnabites. 



Séance du 9 Frimaire 



Offrandes diverses en nature et en numéraire. 

Leclure par le Président a d'une lettre du citoyen Lacelle, d'Ajain, 
€ ci-devant noble ; elle porte l'envoi de douze couverts en argent et 
€ d'une croix du ci-devant ordre des chevaliers de Saint-Louis. 
« L'auteur de celle lettre prie la Société d'agréer son offrande. » 
L'offrande est acceptée et on enverra au citoyen Lacelle copie du 
procès- verbal. 

Communication de la réponse du département qui consent à 
prêter l'église des Barnabites. 

Pour répondre à la lettre du Comité du Salut Public, relative à la 
désignation des fonctionnaires publics, on décide de nommer i3 
commissaires à une séance suivante. 

On décide : 1® que les citoyennes qui feront de la charpie devront 
se servir do linge blanchi à la lessive; 2«* qu'elles travailleront dans 
un appartement désigné par la municipalité; 3"^ que, là, le citoyen 
Desbarres père, ofûcier de santé, visitera les linges et les embaU 
lages. 

Les sociétaii*es qui avaient des chaises dans la ci-devant église 
sont invités à les apporter dans la salle des séance». 



Digitized by VjOOQIC 



— 423 — 



Séance du iO Frimaire 

Un membre fait observer que le nouveau local choisi par la 
Société pour la tenue de ses séances est inbabilôbie à raison de la 
rigueur de la saison. Il demande qu'on tienne séance dans la salle 
d'audience des tribunaux. La question est renvoyée à une autre 
séance avec invitation aux sociétaires de « trouver le moyen d'évi- 
er ter rinconvénienl de changer si souvent le lieu des séances. » 

Nombreux dons patriotiques. 

Ouverture d'un registre pour inscrire ceux qui voudront se vouer 
à la défense des criminels détenus dans la maison de justice. 

Dépôt d'un procès-verbal de la municipalité constatant la remise 
par le citoyen Pradon (( de ses lettres de lieutenant des perruquiers 
€ de cette ville, de l'effigie de Louis-le-Racourci et du discours par 
« lui prononcé lors de son acceptation de la Constitution de 1789.» 

Lecture d'une lettre que le citoyen Cressant, volontaire du l«f 
bataillon dans l'armée de la Moselle, a écrite à son père. La Société 
applaudit au courage de ce défenseur de la République dont la 
lettre sera annexée au procès-verbal. 

Nomination des commissaires qui doivent se rendre sur les 
avenues pour surveiller l'accaparement les jours de foire et de 
marché. 

Séance du U Frimaire 

Rejet d'une proposition tendant à rayer les sociétaires qui n'au- 
ront pas assisté à la séance. ' 

Lecture d'une lettre du citoyen Garant, non sociétaire, qui 
annonce l'envoi de 18 couverts, 3 grandes cuillers à ragoût, un 
calice et sa patène, un porte-huilier^ le tout en argent, et 18 che« 
mises. L'offrande est acceptée. 



Digitized by VjOOQIC 



-424- 

Un membre propose (llnterdire « les visites domiciliaires des 
« noces, ceux qui les rendent n'allant pas ordinairement chez tous 
« les citoyens, » 

Un autre demande que la parole ne soit pas donnée plus de trois 
fols sur un même sujet, au même membre dans une seule séance. 

Après une longue discussion on passe à Tordre du jour sur la 
première proposition et, sur la seconde, on maintient le règlement 
en vigueur. 

Séance du 42 Frimaire 

Nombreux dons (chemises, bas, montre à boîtier d'or, épée à 
poignée d'argent, etc.) 

On admet à la séance, sur présentation de sa carie, un sans 
culotte de la Société populaire de Limoges. 

Communication d'une adresse des représentants du peuple com- 
posant le Comité d'aliénation des biens des émigrés, qui demande 
îles renseignements sur ce sujet. 

Communication d'une lettre du comité des décrets demandant des 
renseignements sur le suppléant de Guyer, représentant du peuple, 
décédé depuis peu. Ce suppléant est le citoyen Faure, procureur 
général du département. La Société « rend bommage à son civisme 
soutenu et inaltérable, jd 

Nomination des treize commissaires qui doivent s'occuper de 
dresser la liste de pjésentation des fonctionnaires. 

Sont nommés : Lacugne, Dumarest, Purat juge, Lavaud, Coulis- 
sou, Lassaussay, Cboinel, Lafond, Lemoigne, Raby aîné, Pollier, 
Pural aine. (Celui qui obtient le plus de voix, Lacugne, en a 41). 

Séance du i5 Frimaire 

Nombreux dons (Vergne donne une tabatière de femme, un 
boîtier de montre, les garnitures d*un cbaiielet, le tout en argent; 
Alexis Darrct remetO cbemises ei 102 livres en numéraire). 



Digitized by VjOOQIC 



— 425 — 

Désignation de Laurent et Barret de Beauvais pour remplacer 
deux des treize commissaires (Rei>y et Pural, juge) qui ont été 
nommés commissaires aux mêmes fins par le district. 

L'afQlialion demandée par la Sociélé populaire de Sainle-Feyre 
est accordée. Cette demande a été présentée par quatre députés de 
cette Société ; Tun d'eux, le sans culotte Rousseau, prononce un 
discours. Le Président donne l'accolade fraternelle aux députés. 

Nomination de commissaires pour s'occuper des travaux de la 
route de Guéret à La Châtre. 

Séance du H Frimaire 

Nombreux dons et dépôt de titres. 

Lecture d'une lettre annonçant qu'il a été accordé à la Creuse 
40.000 quintaux de grain à prendre dans la Vienne. 

Lecture d'une pétition communiquée par le district aux termes 
de laquelle François Silvain Couder-Lavillalte restreint à 100 livres 
la somme qu'il demande pour cession de terrain nécessaire « à la 
commodité de la route de Guéret à Sainle-Feyre. i» Le district invite 
la Sociélé à ouvrir une souscription pour régler celle réclamation. 
Imuiédialement on trouve une somme bien supérieure et Couder 
déclare a que son inleulion était que cette somme fut distribuée à 
« la classe de nos frères les plus indigents. i> 

On arrête de nouveau l'ouverture d'un registre pour recevoir les 
noms des citoyens n qui ont des talents d et qui voudront se charger 
de la défense des criminels. 

On décide la clôture du registre destiné à mentionner le dépôt des 
titres relatifs aux différents étals et méliers. Tous les membres qui 
n'auront pas effectué le dépôt prescrit seront rayés. Il est interdit 
aux secrétaires, à peine de radiation, de délivrer des extraits de ce 
registre. 

Un membre expose que la salle oi]iron tient les séances est incom- 
mode, qu'on n'y peut maintenir l'ordre. Il propose de se réunir à la 
maisou commune, la question est ajournée. 



Digitized by VjOOQIC 



— 426 - 



Séance du 4 G Frimaire 

Dons divers. Dépôt de litres universitaires, de lettres de juge et 
de procureur, elc. 

€ Une leltre sera écrite au citoyen Ingrand pour le féliciter 
d'avoir été lavé, par un décret de la Convention des inculpations 
failtes contre luy. » 

On décide de tenir les séances à la maison commune, la munici- 
palité ayant donné son assentiment. Sous la direction de plusieurs 
commissaires, on fera dans ce local les réparations « utiles et 
commodes x> ; on demandera des boisures et des bancs à la munici- 
palité et on invitera les menuisiers à y travailler. 

Pour distribuer la somme de lOO livres abandonnée par le citoyen 
Couder Lavillatte, une commission est nommée. 



Séance du /7 Frimaire 

Dons divers. 

Demande d'affiliation de la Société populaire de Dun. Celte 
demande est ajournée parce qu'elle n'est pas accompagnée d'un 
extrait du procès-verbal de cette Société. 

Un membre propose que, pour subvenir aux frais de la guerre 
on réunisse o tous les vieux livres de cbicane » et qu'on les envoie 
dans les papeteries pour servir à la fabrication de nouveaux papiers. 
Cette proposiiion est rejetée par le motif qu'il existe un décret pro- 
hibant la destruction des vieux livres. 

Pétition au district pour que les greffiers des anciens tribunaux 
criminels déposent sur l'autel de la Patrie les matières d*or et d'ar- 
gent et antres objets utilisables qu'ils peuvent détenir. 

Admission du citoyen Meunier, père de deux enfants défen- 
seurs de la Patrie, qui avait été refusé au scrutin épuralolre. Hais 



Digitized by VjOOQIC 



-427- 

depuis ce temps, sa conduite a été irréprochable et plusieurs mem- 
bres afflrment son civisme. 

Dénonciation d'un citoyen non nommé pour avoir vendu de 
l'huile de noix 30 sols au lieu de 13. Le citoyen dénoncé reconnaît 
le fait, mais c'était de Phuile « propre à faire de la salade », et la 
municipalité lui avait dit que la taxe ne frappait pas cette huile. 



Séance du i8 Frimaire 

Les deux sociétaires qui ont porté à la commune de la Chapelle- 
Taillefert Textrait du procès-verbal constatant Taffiliation de la 
Société de cette commune avec celle de Guéret rendent compte de 
cette mission. « La Sociélé de la Chapelle leur a témoigné toute 
« TafTection dont des véritables frères sont capables, leur a donné 
a Taccolade et les a invité à un banquet patriotique dans lequel ils 
« ont bus en véritables et sincères républiquains et ont portés 
<!r maintes et maintes santés à la Convention, à la Montagne, à la 
a Liberté, TEgalité, TUnité, rindivisihilité de la Répnblique, à la 
« Société des Jacobins, à Funion des Sociétés de la Chapelle et de 
« Guéret. enfin à tontes les Sociétés et vrai frères français. « 

Un sociétaire fait remarquer que. bien que le dimanche ne doive 
plus être observé, a il a vu avec indignation et la dernière surprise 
« que ces jours là, la ci-devant église paroissiale était ouverte 
€ et que quelques citoyens poussaient encore la fatuité jusqu'à 
« faire brûler des cierges qui pourraient être plus ut ilementemployé 
(( vu la rareté de la lumière. Il a demandé que ladilte église soit 
(C clause tous les jours, sauf les jours de décade. » 

Cette proposition est adoptée à rnnanimité, sauf par *( quelques 
« femmes bigotes qui ont témoigné leur mécontentement en se 
« retirant, » 

Désignation de six orateurs (Gerbaud, Lavillatte, Legrand, Pla- 
nier, Polier et Cartaud) « pour prêcher les jours de décade les prin- 
a cipes de la raison et de la philosophie. » Ils comipenceropl le §0 
frimaire, 



Digitized by VjOOQIC 



-428- 

On vote une pétition à la municipalité < tendant à ce que tous les 
(( citoyens soient enterrés dans le même lieu et non les uns au 
« calvaire et autre lieu, afin de détruire cette distinction de pêni- 
« tents noirs ou blancs, c;ir puisqu'il n'y a pas de distinction pen- 
« dant la vie, il ne doit pas y en avoir après la mort. » 

Proposition de remplacer la croix du cimetière par une statue 
« représentant le sommeil avec une inscription analogue. » Sur l'ob- 
servation que la Convention « s'occupe à piendre à cet égard les 
mesures nécessaires d, on ajourne la question en décidant seule- 
ment d'inviter la municipalité â faire supprimer la croix du cime- 
tière et toutes les autres croix. 

Proposition d'inviter les tailleurs d'habits, qui « depuis la Cons- 
titution ont beaucoup travaille et gagné à proportion » à faire cha- 
cun gratis « deux sarrauds ou habits uniformes ». Cette motion est 
adoptée malgré Tobservation d'un sociétaire au sujet du travail 
qu'ont les tailleurs pour les uniformes des volontaires, travail dont 
il vaudrait mieux ne pas les distraire. 

Un sociétaire dit qne sans prévenir Huguet, ci-devant évèque de 
la Creuse, la municipalité a transféré ses bureaux dans la maison 
qu'il occupait précédemment. Comme Huguet fait partie de la 
Société, celle-ci devrait exiger qu'on lui écrivit pour lui demander 
son assentiment. On passe à l'ordre du jour par le motif que 
« la municipalité est trop sage pour avoir fait des déniarches 
irréfléchies. » 

Le citoyen Faure, appelé à la Convention, est chargé de déposer 
les offrandes de la commune sur l'autel de la Patrie. 

Dénonciation de Louis Dalby, dit Virematin, des Salles, commune 
de Sainte-Feyre, pour vendre journellement chez lui de l'huile à 
brûler au-dessus de la taxe. Aucune décision n'est prise parce que 
d'autres dénonciations se produisent contre le citoyen Rochon et la 
citoyenne Duvernel. Les divers dénonciateurs sont invités à se 
rendre chez les secrétaires pour s'expliquer; la Société examinera 
ensuite leur dénonciation. 



Digitized by VjOOQIC 



-429 - 



Séance du 49 Frimaire 

On décide d'enlever de l'arbre de la Liberté les drapanx anglais 
et américain el de les remplacer par le seul drapeau tricolore ; de 
planter un ai bre delà Fralernilé « avec racine » en prenant cet 
arbre dans le bois de Lâge appartenant à Tournyol, émigré. Trois 
commissaires sont nommés pour s'enlendre avec la municipalité 
quant au cboix de Templacenjent et à l'organisation de la fêle. 

On passe à l'ordre du jour sur la proposition de porter au pied 
de l'arbre de la Liberté les corps des patriotes, en privant de cet 
honneur ceux des aristocrates et des suspects. 

On règle les détails de la fête qui sera célébrée le jour où arrive- 
ront les bustes de Maral et deLepelletier : on préparera des piédes- 
taux, les bustes seront portés en triomphe au chant de l'hymne 
a veillons au salut de l'Empire! ));des détachements de gardes natio- 
naux, de vétérans el de gendarmes iront à leur avance, et les Socié-* 
tés populaires du district seront invitées à envoyer deux commis- 
saires pour la cérémonie de l'inauguration. 

Le citoyen Berger chante une chanson patriotique très applaudie 
el dont l'impression est votée. 

Pétition à la municipalité pour que les bouliques soient fermées 
les jours de décade, à l'exception de celles des perruquiers, et pour 
que les citoyennes de la commune soient invitées à célébrer les 
décades. Le président invile les citoyennes sociétaires à soigner leur 
toilette ces jours-là et non les ci-devant dimanches et fêles. 

Lecture dune lettre du citoyen Lagra vêlais, maire d'Azerables, et 
du procès-verbal d'une fêle civique qui a lieu dans cette commune. 
Des félicitations sont votées. 

Séance du 20 Frimaire 

Un sociétaire se plaint que l'on n'ait pas discuté en séance publi- 
que la dénonciation portée contre Rochon. On précise cette déqon- 



Digitized by VjOOQIC 



- 430 - 

cialion : Rochon a dit que la Convention n'était plus libre depuis les 
journées des 31 mai, !«' et 2 juin. Finet flis aine affirme que Ton a 
cherché à corrompre Langniland, le dénonciateur de Rochon, pour 
l'empêcher de parler. Lui-même, Finet, se fait le dénonciateur de 
Rochon qui, dit-il, a exprimé à Paris le désir de voir organiser la 
guerre civile dans la République. Po.tier ajoute que l'opinion a Gué- 
ret considère Rochon comme a un Feuillant, un royaliste, un giron- 
diste, partisan des Guadet, Vergniaud, Gensonné et autres. » Fina- 
lement et pour suivre l'exemple de la Société des Jacobins, on décide 
d'attendre le retour de Rochon afin qu'il puisse s'expliquer contra- 
dictoirement avec ses dénonciateurs. 

Un membre voit « avec chagrin )) que plusieurs citoyens se dis- 
pensent de porter la cocarde tricolore. Pétition à la municipalité 
pour que ces citoyens soient rappelés au respect de la loi. Le pré- 
sident invite les sociétaires à dénoncer ceux qui n'obéiront pas. 

Dons divers. 

Communication d'une lettre du Directoire du département invi- 
tant les citoyennes sociétaires à se rendre le lendemain matin à 
8 heures, dans la salle du Conseil, pour travailler au raccommodage 
des sacs à grains. Celles qui ne pourront pas faire le sacrifice de 
leur temps seront payées. 

Lecture d'une lettre contenant demande d'affiliation au nom de la 
Société populaire de Jarnages. Ajournée jusqu'à ce qu'un procès- 
verbal constatant la demande ait été envoyé. 

Séance du 2i Frimaire 

Lecture d'une lettre du citoyen Létang, officier du second batail- 
lon de la Creuse, datée de Strasbourg, contenant des nouvelles 
satisfaisantes de l'armée. 

Un sociétaire se plaint qu'on ne corresponde plus avec les Jaco- 
bins. On lui fait remarquer qu'on leiir a envoyé, il y a tout au plus 
15 ji)urs, le procès-verbal concernant Ingrand et que sa plainte est 
donc mal fondée, 



Digitized by VjOOQIC 



- 431 — 

On adresse à la Société de Sainte-Feyre des félicitations pour 
Tempressenjent qu'ejle a mis à faire déposer au district « les diffé- 
« rents hochets d'or, d'argent et de cuivre et son adiiésion aux 
« journées des 31 mai, 1<»' et 2 juin. » 

Affiliation de la Société de Donnât représentée par deux commis- 
saires auxquels le président donne l'accolade fraternelle. 

Lecture d'un procès-verbal, déposé par « un citoyen étranger * 
relatant une fête civique célébrée à Drive, département de la Gorr 
rèze, en Thonneur des martyrs de la Liberté. On vote des remercie- 
ments à ce citoyen et on charge le président de lui donner le baiser 
fraternel. 

Un sociétaire dit que les gardes nationaux de la commune portent 
encore des boulons a aux armes du ci-devant ». Ils sont invités à 
les enlever le plus promplement possible. 

Un sociétaire propose que les femmes soient exclues de la Société, 
ainsi que les citoyens qui ne sont pas sociétaires. Le président lui 
objecte que, d'après la loi, les séances des Sociétés Populaires sont 
publiques. Un autre membre demande alors que les personnes non 
sociétaires soient séparées des sociétaires, car il est impossible, 
avec l'organisation actuelle, quand on met aux voix une motion, de 
savoir si ceux qui votent ont le droit de le faire. Le président recon- 
naît l'exactitude de l'observation mais on ne peut y faire droit à rai- 
son de l'exiguïté du local. Il invite les commissaires à hâter Tamé- 
nagement du nouveau local avec d'autant plus de raison que le 
dimanche suivant le tribunal criminel doit commencer à tenir 
séance dans le local actuel de la Société. 

Louis LACROCQ. 
(il suivre). 



Digitized by VjOOQIC 



AFFRANCHISSEMENTS 

pAR LES ^EIGNEURS DE pLAlRAVAUX 



Ciaîr.ivaux, ou Ciaravaud, Clarœ Vallès, aujourd'hui simple vil- 
lage chtif-lieu tienne commune du canton de La Courtine (Creuse), 
étint au rtt{»yf^ii-âge une petite ville assez considérable. Suivant la 
IruJition, elle fut détruite par les Anglais vers le milieu du quin- 
zième tiède. Son territoire, silué aux sources de la Creuse, était 
partie en Marche, partie en Franc-Aleu. Dépendance de l'aucien 
arcliiprélié d Aubusson,Clairavaux fut donné, en i09i. à Tabbaye de 
Siitjl-M.iilial de Limoges. Le 22 octobre 1250, Gui II, vicomte d'Au- 
btisf^ori, corïfîrma une cession de droils qui avait été faite par son 
pèn*, le vicoîïjle Raînand VI, au prieuré de Notre-Dame de Claira- 
vaiJ\ {[). 

Au fïoinl de vue féodal, Clairavaux qui relevait prinntivement de 
in baronnie d'Herment fit pariie, à dater du mois d'août 1335, du 
doriiïiirie des ducs de Bourbonnais. Son château qui existait encore 
à la fiii tiu dix-septième siècle, avec ses tours et ses mâchicoulis, 
était le siège d'une justice de fief très imporiante, et, le seigneur de 



(t) MM. Leroux, Molinier et Thomas, Documents concernant la 
Murchô et le Limousin, Limoges, 1883, tome I«'', page 182. 



Digitized by VjOOQIC 



— 433 - 

Clairavaux, à la veille de la Révolution, prëlendait au titre de pre- 
mier baron de la Marche attribué traditionnellement aux vicomtes 
d'Aubusson-La Feuillade. 

Au mois de juin de Tannée 1270, Imbert de Beaujeu, connétable 
de France, seigneur de Montpensier, d'Herinent et de Clairavaux, 
et Rampnoul du Pont, co-seigneur de Clairavaux, donnent à cette 
commune une charte de franchises en langue vulgaire (4). Cette 
concession fut confirmée, le 6 août 1364, par un autre seigneur 
de Clalravaux, Aymar, sire de Batmont (2). 

De 6 août 1335, Pierre, comte de Dreux et sire de Montpensier, 
vend à Louis, duc de Bourbonnais, comte de Clermont et de la 
Marche, pour 10.400 livres tournois, la châtellenied'Hefment avec 
ses dépendances, et le fief de la ville de Clairavaux que lient de lui 
Le Bidantde Brnymont. Dès le lendemain, le comte de Dreux prie le 
roi de recevoir du duc de Bourbonnais l'hommage de la terre d'Her- 
ment et du fief de Clairavaux qu'il lui a vendus et délègue Albert 
Loup, sou chevalier, pour mettre le duc en possession des dites 
terres. Dans le cours du même mois, Philippe VI, roi de France, 
ratifie la vente faite au duc de Bourbonnais par le comte de 
Dreux (3). 



(1) M. L DuvAL, Chartes communales du département de la Creuse, 
Guéret, 1877. 

(2) Barmont, château détruit, commune de Mautes, canton de Belle- 
garde (Creuse). Vers 1019, Hugues Gareil de Gourson avait épousé 
Aine de Barmont. Leur fille, Ermer garde, fut la femme de Bernard, 
vicomie de Gomborn. Dans une donation d*Ermengarde à l^abbaye 
d'Uzerche, en 1068, il est rapporté que sa mère, Aine de Barmont. 
ayant abandonné l'habit séculier, s'était faite religieuse au monastère 
d'Uzerche. Avnnt 1170, Hugues de Barmont et Aimoin, son neveu, 
abandonnent leurs droits sur le mas d'Arnet, en présence de Rigaud 
d'Aubusson. (Gart. d'Uzerche). En novembre 1231, Roger de Barmont, 
chevalier, fuit hommage à Archambaud, sire de Bourbon, de rente 
assise en la chàtellenie de Sermur, sauf la fidélité due au comte de 
la Marche, au vicomte d'Aubusson et au sire de Montpensier, 
(M. Huillard-Bréholles, litres de la maison ducal3 de Bourbon). 
Annette du Puy, danie en partie de Barmont, fut mariée, en 1402, 
à Roger de la Rocheaymon, et, depuis cette époque la seigneurie de 
Barmont est restée dans la famille de la Rocheaymon. 

(3) M. Huillard-Bbéholles, Titres de l'ancienne maison ducale 
de Bourbon, tome I, n*» 2096 et suiv. 



Digitized by VjOOQIC 



-434- 

Guillaume de Barmont est Seigneur deClalravaux en 1370. 

Jean du Puy, seigneur de Barmont et de Clairavaux était mort en 
1432. Sa fille, Jacquette du Puy, dame de Ciairavaux, épouse Ber- 
nard de la Tour. 

Le 20 mai 1485, les consuls de la commune de Clairavaui rendent 
aveu et déclaration à leur seigneur, Antoine de la Tour, écuyer, 
sous le scel royal et baillage de Moniferrand. Les consuls réclament, 
en môme temps, la confirmation de leurs anciens privilèges. Lecture 
en est faite par le procureur d'Antoine de la Tour et ils sont insérés 
à la suite de la déclaration (i). 

Au seizième siècle, Gilbert de Jarrige, chevalier, est seigneur 
d'Aubière, de Clairavaiix et de Saint-Avit-le-Pauvre. Il fonde une 
vicairie dite de Saint-Jacques dans la chapelle du château de Saint- 
Avit (le Pauvre), en 4564. Sa femme, Claudine de Montmorin, 
nomme à une vicairie dans Téglise de Chavanat, en 1557. Jarrige 
porte « d'or à la fasce de sable. » 

Annet d'Aubière, baron d'Aubière, Clairavaux et Mallevai, était 
lieutenant-général au gouvernement de la Marche à l'époque de la 
Fronde. Agé de plus de quatre-vingts ans et incapable de mettre la 
province à l'abri de toute tentative du parti de Condé, d'Aubière» 
consentit à donner sa démission et sa charge fut donnée, le H 
février 1652, à Antoine de Salignac, marquis de Fènelon. 

Gilberle de Jarrige, dame de Clairavaux, avait épousé Annet de 
la Rochcbrianl (2). Leur fils, antre Annet de La Rochebriant, marié 
en 1632 à Isabelle de Chabannes, fut père dt^ François-Annet, qua- 
lifié comte de Clairavaux, qui épousa, en 1664 Antoinette de Lan- 



(1) M. L, DuvAL, loc. cic. — Terrier de Clairavaux de 1485. 

(2) La maison de La Rochebriant est originaire du château de ce 
nom, situé près de la Roche-d'Anibur. En 1208, Raoul de La Roche- 
briant, vicomte de La Rochebriant, et ses enfants, donnent àTabbaye 
de Saiîit-Alyre, près de Clermont, tout ce qu'ils possédîiient à Saiiit- 
Mart (Royal). Les descendants directs de Raoul de La Roche prirent, 
au commencement du xiv® siècle, le nom de La Rochebriant. Leurs 
armes sont : Ecartelé d'or et d'azur. (M. Ambroise Tardieu, Diction- 
naire historique et généalogique de la Haute-Marche). 



Digitized by VjOOQIC 



- 435 - 

geac. Leur fils, Gilbert-Âmable de La Rochebriant, chevalier, sei- 
gneur marquis de Clairavaux, par contrat passé à Aubusson par 
devant M« Michel Finet, notaire royal, le il février 1698, épouse 
Marie- Rose de Panipelune de Livry, fille de Claude de Pampelune 
et de Marie Tixier du Bost(l). Il était mort en 1750 et sa veuve 
habitait la ville d'Aubusson. Cette dame était supérieure de la 
société des dames de la Charité d'Aubusson, et des dames reli- 
gieuses de Blessac. {Archives de la Creuse^ Hospice d' Aubusson). 

Dans racle d'affranchissement du il mars 1750, parait leur fils, 
Louis-Amable de la Rochebriant, marquis de Clairavaux, qui avait 
été marié à Marie de Bouliuiergues, fille de Léonard de lioutinier- 
gues, seigneur du Tlieil, conseiller au presidial de Guéret, mort en 
janvier 1751. 

En 1681, Antoine de Douliniergues, seigneur de la Vialle, con- 
seiller au présiiiial de Guéret, avait acheté la terre du Theil, paroisse 
de Saint-Aignan, près Crocq, àMaximlliendeVillelume. Ses armes, 
a d*dzur à un lion passant d'or », furent enregistrées, en 1696, dans 
VArmorial général. Il épousa Gabrielle Robichoii qui appartenait à 
une famille d'ancienne bourgeoisie de la ville d'Aubussou (2), il 



(1) Marie Tixier, fille de Laurent Tixier, sieur du Bost, près Magnat, 
président châtelain d'Aubusson dès 1G35, avait été mariée, en 1672, à 
Claude de Pampelune, écuyer, sieur de Livry. Devenue veuve, trois 
ans après le mariage de sa fille Marie-Rose de Pampelune, avec 
Amable de la Rochebriant, marquis de Clairavaux, elle épousa, par 
contrat reçu Finet, notaire royal à Aubusson, le 1»*^ juin 1681, 
M*' Charles-Alexandre de Beaufort de Ganillac, seigneur des Tours. 

La famille de Pampelune de Livry est étrangère à notre province. 
On lit dans le Dictionnaire Héraldique : a Pampelune en Champagne, 
d'argent à trois étoiles de gueules au croisant d'azur en cœur». Nous 
avons retrouvé ces armoiries sur plusieurs tapisseries d'Aubusson de 
la fin du règne de Louis XIV. — Une demoiselle de Pampelune était, 
en 1753, prieure du prieuré de Blessac de l'ordre de Fontevrault. 

(2) En 1528, Denys Robichon était tapissier à Aubusson. Cette 
famille habitait le quartier de la Roche où Pierre Robichon, apothi- 
caire, possédait une tour, dite de Perpignan, qui servait de lazaret 
en temps d'épidémie (1535). Le 8 novembre 1644, Gilles Robichon, 
conseiller du roi et son procureur en la cliéttellenie d'Aubusson, 
devint acquéreur devant la sénéchaussée de la Marche du fiof de 
poux, paroisse de Saint^Amand, ancien domaine de la maison 
d'Aubusson. Antoine Roblcboni fils de Gilles, seigneur de Poux et 



Digitized by VjOOQIC 



— 436 - 

vivait encore en 1706. Il eut de son mariage deux filles : 1^ Margue- 
rite, qui épousa noble Jacques Cartaud, sieur de la Villatte. Celle-ci 
étant veuve et tutrice de François Cartaud, son fils mineur, eut à 
défendre ses droits dans la succession d'Antoine Robiclion, seigneur 
de Poux, dont elle était héritière présomptive; 2* Anne de Bouti- 
niergues, mariée à Louis-Amable de la Rochebriant, marquis de 
Clairavaux, sieur de Lavaud, Bonneuil, etc., lieutenant des maré- 
chaux de France, dont une fille, Marie-Rose de la Rochebriant, 
mariée en 1758, à Nicolas Martin, comte d'Aulier. 

Le dernier représentant mâle de la branche des La Rochebriant, 
seigneurs de Clairavaux, le marquis Yves de La Rochebriant, substi- 
tua son nom et ses armes à son neveu, le comte (PAulier. au moment 
de son mariage, en 1786. Celui-ci est Tancèlre de M. le comte 
Roger d'Autier, marquis de la Rochebriant, demeurant au château 
de Barmontet (Puy-de-Dôme), où sont conservées les archives de la 
seigneurie de Clairavaux, et, en particulier, son terrier de 1483. 
(M. A. Tabdieu, loc. cit.) 



II 



L'esclavage formait Tune des bases de la société nntique : son 
remplacement par le servage fut TcBuvre du moyen-âge. Le servage 
était une transition nécessaire pour déterminer le changement de la 
propriété foncière et réaliser son organisation définitive à l'époque 
moderne. A partir du douzième siècle, on ne trouve, en France, 
aucune trace de l'esclavage proprement dit, et la condition des 
paysans non libres s'est singulièrement améliorée. 



des Granges, chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis, mourut 
sans postérité, le 12 octobre 1719. Pierre Robiebon, archiprôtre de 
Combraille et curé de Lupersat, était curé d'Aubusion. en 1640. 
A la même époque Michel Robichon, conseiller du roi, était élu en 
l'Elecllon de Poitiers. 



Digitized by VjOOQIC 



- 437 - 

A la différence de Tancien colon, le serf avait aux yeux de l'église 
la même valeur que son maître. Il était admis aux sacrements, il 
contractait un mariage religieux, il pouvait acquérir des proprièlès. 
En certains lieux, il pouvait disposer d'une partie de ses biens par 
testament. L'église s'efforçait de multiplier les affrancliissements, et 
Ton voit le concile de Limoges de 1031 en déterminer les modes 
et usages. « L'abbaye de Solignac, institution démocratique au 
premier chef, revêlait de rUabil monastique des esclaves de toutes 
nations (1) ». Dès l'an 971, l'abbaye de Beaulieu avait des serfs 
pour juges, pour vigiers, pour régisseurs, et, à m lins d'indignité 
ou de malversation, non seulement les biens de ces ofdciers, mais 
leur chirge même, passaient à liur fils aine (*2). Lo cartulaire de 
l'abbaye (rU/.ercbe, en particulier, montre que, au xi* siècle, les 
actes d'affranchissement (cjr/cp absolationis servor a>a) Qiniewl fré- 
quents en Limousin, et permet d'apprécier la part considérable que 
prirent les moines à cette transformation (3). 

La plupart des serfs admis à la prêtrise étnent anciens serfs de 
monastère, le droit de propriété des maîtres ne permettant pas 
d'ordonner les serfs des autres. 

Sous Louis le Débonnaire, le serf ordonné prêtre était affranchi 
de droit. Le coulumier connu sous le nom d'Elnblissements fieSainh 
Louis (1270), surtout en ce qui concerne le mariage des serfs, 
consacré et protégé plus qu'il ne l'avait encore élé, constitue un 
progiès nouveau. Dès lors, les affranchissements de personnes 
deviennent de plus en plus fréquents, en attendant les concessions 
de franchises aux communautés d'habitants. 

Toutefois, de même que le colon ancien, le serf était attaché à la 
terre qu'il cultivait. Il était soumis à des services personnels et 
féodaux qui devaient subsister longtemps encore. Ces corvées, ces 
rentes et redevances foncières résultaient des anciennes conventions 



(i) M. Ludovic Drapevrok. 

(2) M. Louis OuibehTi Réoits de l^hlstoire du Limousin. 

(3) M. J.-D. Champeval, Curtul. de l'abbaye d'Uzerohe, Tulle, 1901 # 



Digitized by VjOOQIC 



- m - 

faites efitre les seigneurs el les particuliers, diaprés lesquelles les 
seigneurs avaient déiaissé en pure propriété, à certaines personnes, 
des fonds vi héritages, pour en jouir comnae de leur chose propre, 
a condition d'acquitter les redevances convenues. Moins favorisés, 
les habitants de quelques provinces voisines, ceux du Berry et du 
Combraille, étaient assujettis à la servitude personnelle d'origine et 
de suite, soit qu'ils possédassent des héritages mouvants du sei- 
gneur, ou qu'ils eussent transporté leur domicile en d^autres pro- 
vinces ou lieui éloignés. Dans ces conditions, la servitude atteignait 
à la fois les hommes et les propriétés. 

Par redit du mois d'août 4779, Louis XVI abolit la servitude 
personnelle dans les domaines de la couronne. Il adoucit en même 
temps la condition des serfs du royaume par Tabolition du droit de 
poursuite ; toutefois le servage ne devait disparaître définitivement 
que dans la nuit mémorable du 4 août 1789. 

On a déjà signalé un certain nombre d^aflfranchissemenls ou 
d'abandons dtî privilèges consentis dans notre province (1). D'autres 
actes de même nature sont inédits ou n'ont pas été intégralement 
publiés. Quelquefois ces renonciations aux droits seigneuriaux éma- 
naient de la libre générosité du châtelain, mais, le plus souvent, 
elles étaient consenties moyennant finance. Par acte du 5 février 
1487, Jean de Lamn, seigneur d'Ajain, affranchit tous les champs 
qui avaient été tenus jusqu'à ce moment en serve condiiion. On 
voit aussi un seigneur affranchir les biens de son tenancier pour 
reconnaître un service rendu. Au xviii'» siècle, un des enfants du 
seigneur d'Ajain étant tombé dans le fossé du château, le métayer 
n'hésita pas à se jeter à l'eau et fut assez heureux pour sauver la 
vie au jeune imprudent. Malgré toutes les offres de son mattre, il 
ne demanda pas d'autre récompense que l'affranchissement de son 
bien qui lui fut accordé à l'instant (2). 



(1) M. Louis Duval, loc. cit. 

(2) Abbé Daroy, Histoire d'AJain, paroisse et séminaire^ IlmogeSi 
Imp. Duoourtieux, 1902| page 28. 



Digitized by VjOOQIC 



— 439 - 

Par des causes très diverses, les rentes seigneuriales, très consi- 
dérables à Torigine, diminuèrent singulièrement aux xvii" et xviiP 
siècles, et beaucoup de seigiieurs fureht obligés d'aliéner une partie 
de celles qui leur restaient. Aussi, les deux actes d'affrancliissemetit 
consentis par les marquis de Clairavaux, que nous avons relevés, 
constituent de véritables ventes moyennant un prix déterminé. 

Cyprien PÉRATHON. 



III 

AffraDcliissemeDl de Pierre de Lavaieix 

En 1695, Gilbert-Amable de la Rocbebriant, cbevalier, seigneur 
de Clairavaux, stipulant en présence de Pierre de Lavaieix, labou- 
reur, du village de Lifaud, paroisse de Poussanges (i), fait abandon 
des droits de servitude qui lui appartiennent sur le village de Lifaut, 
pour la somme de six cents livres. 

(Archives départementales de la Creuse, Série E, Titres d^ 
famille, n^ 1052). 

L'acte suivant émane de la veuve et du fils de Gilbert-Amable de 
la Rochebfiant. 

IV 

AffraDchissement des habilaiits de Chanssidoux 

11 mars 1750. Furent présentes en leurs personnes haute et 
puissante dame Harie-Rose de Pampelune de Livry, veuve de haut 

(1) Poussanges, canton de Felletin (Creuse). 



Digitized by VjOOQIC 



- 440 - 

et puissant seigneur Messire Gilberl-Âmable de Larocbebrian, ehe- 
valier, seigneur marquis de Clairavaux, deuieurant en ceUe ville 
(i'Aubussou, el haut et puissant seigneur Hessire Louis-Amable de 
Larochebrian, marquis de Clairavaux, seigneur de Laveaux, de 
Bonneuil el du Tlieil, donnataire contractuel de iadlle dame sa mère, 
demeurant eu son château du Theil, paroisse de Salnt-Aignan, 
lesquels de leur gré et volonté, solidairement Pun pour Taulre, 
vendent seul pour te tout, sans division ny distraction de bitMis y 
renonssant, outre reconnaissent et confessent avoir quitté, déchargé 
et affranchi, comme par ces présentes ils quittent, déchargent et 
adranchissent purement el simplement, dez maintenant et à perpé- 
tuilè, Louis Ringuel, Jean Belial, à cause de Léonarde Bonneyral sa 
femme, Françoise Ringuet, veuve de Louis IMiilippon, Ëslienne 
Vallelle, à cause de Léonarde Uinguet sa femme, Pierre Brifoulier, 
Michel Dumonleil, Antoine Bourderie et Annet Palloly, tous gents 
de labeur demeurant au village de Choussidoux, paroisse de Saint- 
Maixent (1), à Pexception dud. Valleite qui demeure actuellement 
au village de Mouliéras en lad. paroisse de Saint-Maixent, el dudit 
Dumoaleil qui réside à présent au village d'Ourdaux, paroisse 
d'Alleyrat, tous présents, stipulants et acceptants pour eux, leurs 
hoirs, successeurs ayant droit et cauzes. 

C'est à sçavoir lous les fonts et hérilages généralement quel- 
conques qu'ils ont tenu et possédé, tiennent et possèdent à présent 
dans le lennement de Vergniaf.iux situé en ladite paroisse de Saint- 
Maixent (!e la directe et serve condition qui appartient à ladite dame 
de Pampelune de Livry, ensemble de la quotité du cens seigneurial, 
rentes et autres devoirs qu'ils avoient accoutumé payer pour raison 
dudit lennement, dont lesdits acceptants demeureront à l'avenir 
exempts et affranchis envers ladite dame de Livry et le seigneur son 
fils donnataire: 

Le présent affranchissement ainsy fait moyennant le prix et 
somme de six cents quarante-une livres et treize sols neuf deniers, 
de laquelle led. Louis Ringuet en a payé prèsenlement comptant, 

(1) Saint-Maixent) oanton d'Aubusson (Creuse). 



Digitized by VjOOQIC 



— 44< — 

réellemenl en bonne espèce ayant cours, celle de cent vingt-sept 
livres douze sols ; led. Michel Dumonleil celle de vingt six livres 
cinq sols; led. Antoine Bourderie celle de vingt-neuf livres quatre 
sols; led. Annet Paltoly celle de seize livres seize sols six deniers, 
lesquelles quatre sommes cy-dessus payées comptant ont estées 
prizes et retirées par lesd. dame et seigneur, confessant s'en estre 
contentés et en outre quitté d'autant lesdits acceptants. Et pour les 
quatre cents quarante-une livres seize sols trois deniers restants, 
lesdits acceptants et solidairement Tun pour Pautre, un d'eux seul 
pour le tout, sans division ni distinction de biens, y renonçant, ont 
promis et s'obligent payer et porter auxdites dame et seigneur 
confessants ou à l'un d'eux ladite somme de quatre cents quarante- 
une livres seize sote trois deniers, sçavoir sans déroger ny donner 
atteinte à la solidité cy-dessus stipulée, sans quoy il n'auroil été 
accordé ny terme ny division, au jour et feste de Saint-Jean-Baptiste 
prochain, celle de cent livres par ledit Louis Ringuet, de ce jour- 
d'huy en deux ans prochain, celle de cent quarante-deux livres sept 
sols neuf deniers par ledit Estienne Vallette, celle de quarante sep 
livres trois sols neuf deniers par ledit Pierre Briffoulière et celle de 
dix-neuf livres dix-sept sols par letlit Jean Bellat, de la fin en trois 
termes de payements égaux d'année en année, à commencer le 
premier payement de ce jourd'huy en un an, celle de cent quarante 
deux livres sept sols neuf deniers par ladite Françoise Ringuet, sans 
intérêts pendant lesdits termes, lequel aura néantmoins lieu à 
l'échéance d'iceux sans demande ny interpellation^et moyennant ce 
ladite dame et seigneur confessants se sont dessaisis et desvestis 
desdits droits à eux appartenant de directe servitude et autres 
qu'ils avoient et pouvoient avoir sur ledit tenement de Vergniafaux 
pour les héritages seulement que lesdits acceptants y tiennent et 
possèdent, étant fait réserve expresse de ceux qui appartiennent au 
domaine de Gubeyrat-le-Grand avec leurs parts et portions des 
fraux? et communaux, et outre fait toutes vendition et tradition 
requizes et nécessaires pour l'effet du présent affranchissement, car 
ainsi Tout voulu lesdites parties, et à Pentretennement de ces pré* 
sentes elles ont respectivement obligé tous leurs biens présents et 
. futurs. 



Digitized by VjOOQIC 



- 442 - 

Fâil et passé en cette ville d'Aubusson, maison de ladite dame de 
r^impeluiie de Livry, pardevant te notaire royal soussigné, le onze 
ni^rs rail sept cent cinquante, avant midy, en présence d'Antoine 
Janicaud, M« tisserant habitant de cette ville témoin soussigné avec 
lad. dame de Livry, ledit ss' de Larochebrian, led. Louis Ringuet, 
Antoine Bourderie et Pierre Briffoulière, et encore en présence de 
Just^ph Levedeux, maître chapelier aussi habitant cette ville, autre 
témoin, lequel et les autres parties ont déclaré ne sçavoir signer, 
de ce requis et interpellés. 

Signé : De Livry Cleravaux. — Larochebrian. — Antoine Bourderie. 
"— Loui^ Ringuet.— Antoine Janicaud.— P. Driffoulier.— Bertrand^ 
notaire royal héréditaire. 

ControUé et insinué au centième denier, à Aubusson, le 23 mars 

1750. 

Reçu 11 livres 19 sols. De Seiglière. 



Digitized by VjOOQIC 



NOTES COMPLÉMENTAIRES 

Sur Histoire k FAHije k hêmii 

(Pour faire soite à la Notice de M. FAbbé ROY-PiERREFim) 



L'ouvrage, malheureusement inachevé, et devenu très rare, que 
le savant abbé Roy-Pierrefltte a consacré à l'Etude des Monastères 
du Limousin et de la Marche (1), contient un important chapitre sur 
l'Abbaye de Notre-Dame de Prébenoit (commune de Bètèle, canton 
de Châtelus-Malvaleix). De nonibreux documents, imprimés ou 
manuscrits ont permis à l'érudit auteur de reconstituer Thistoiie 
de ce monastère depuis i 140, année de sa fondation, jusqu'à la 
Révolution. Toutt^fois, lorsque M. Roy- Pierrefitte composa son 
recueil, il ignorait absolument que Prébenoit eût eu à souffrir des 
guerres de Religion (page 16) et ce n'est qu'après l'impression de 
son travail qu'il eût connaissance d'un procès-verbal de visite, 
jusque-là inédit, et que l'archiviste l'Indre venait de découvrir. 

C'est à dater de Tépoque où se rapporte cette pièce, et même en 
reprenant les choses d'un peu plus haut, que nous allons essayer, 
au moyen du résultat de nos recherches personnelles et des décou- 



ds Etudes Historiques sur les Monastères du Limousin et de la 
Marche par l'Abbé Roy- Pierrefitte. Limoges et GuéreL, 1857-1863, 
l**" volume seul paru, in-8o de 713 pages. 



Digitized by VjOOQIC 



- 444 — 

vertes que nous avons.eu la bonne fortune de faire tant dans nos 
propres archive^ que dans celles des notaires des environs, de 
compléter le travail de l'éminent liistorien. 

Il résulte du document précité que les Huguenots s'emparèrent 
du couvent de Prébenoit le jour de la fêle de saint André, 30 novem- 
bre i590,.en chassèrent les moines, brûlèrent le terrier, saccagèrent 
le mobilier du Monastère et celui de TEglise, mirent le feu aui 
bâtiments, démolirent les voûtes, coupèrent les magnifiques futaies 
des alentours et rompirent les chaussées des étangs (1). 

Depuis de longues années, Tahbaye était du reste menacée. L'on 
savait que, dès le commencement des troubles sanglants qui agi- 
tèrent la France à cette époque, les seigneurs de Saint-Julien, dont 
plusieurs furent abbés de Prébenoit (Jean VI de Saint-Jùlien, abbé 
régulier en 1490, Olivier II de Saint-Julien en 1522, François I^'ile 
Saint-Julien en i548, Louis W de Saint-Julien, abbé commenda- 
taire en 1572 et enfin Jean de Saint-Julien en 1599), avaient pris 
TAbbaye sous leur protection, et y entretenaient une garnison, 
puisque, d'après le P. Bonaventure, cité par M. Roy-Pierrefitte, ils 
portèrent jusqu'en i 599 le litre de gardiens du Monastère. Nous 
avons découvert il y a quelque temps un curieux document qui 
nous donne bien Fidee des précautions minutieuses prises par les 
Religieux et leurs protecteurs contre les surprises ou les attaques 
du dehors. Nous le reproduisons ici textuellement, pensant qu'on 
le lira avec intérêt : 

ff Le 17 mars 1588, s'est comparu en sa personne Religieuse 
personne Jehan de Maulmynit (peut-être ilaumigny ?) se disant 
Prieur de l'Abbaye de Lorron, ordre de Ciieaulx, docteur en téolo- 
gie et vicaire général du Re\érendissinie abbé de Citeaulx, lequel 
m'a dit et déclaré que cejourd'hy, autour de deux heures après-niidy 
il s'est transporté en personne, avec relllgieuse personne Frère 
Nicolas Huicmille, Prieur de l'Abbaye des Pierres et Jacques 



(1) Le nom de « l'Etang rompu » que porte encore un pré voisin de 
l'Abbaye et dans lequel ou distingue les amorces d'une ancienne 
chaussée, a perpétué jusqu'à nous le souvenir de ces déprédations. 



Digitized by VjOOQIC 



- 445 - 

Flearîot, Prieur de TAbbaye de la Preu, au-devant de la grande 
porte de TAbbaye de Prébenoist, située en ce pays de la Marche, 
pour entrer en ladicte abbaye afin de faire sa visite et reconnais- 
sance, suivant les ordonnancées accoulunnées, rooinne il lui est 
permis et commande, tant de la pari du Roy noslre Sire par 
autorité de ses Edilz royaulx, à luy octroyés et à tous autres visi- 
teurs dudict ordre, que de la part dudict Révérenciissime abbé de 
Citeaulx, où estant, ayant frappé à ladicte Grande Porte, il s'est 
présenté ung jeune homme de l'âge de H ans ou «ntourl, qui est 
venu (ficelle abbaye à ladicte porte, lequel interpellé par ledict de 
Haulmynit de lui dire qui il était, il lui a fait réponse qu'il était en 
icelle Abbaye serviteur de la part et par le commandement du sei- 
gneur de Saint-Vaulrit (i), et qu'il avait commandement exprès 
dudict s»' de St-Vauirit de n'ouvrir ladicte porte à quelque personne 
que ce soit, Relligieuse ou ordinaire, et néantmoins nonobstant 
ledit de Maulmynit a sommé et requis ledict serviteur rii tant qu'il 
a peu etdeû de par le Roy et de par ledict se' abbé de Cilaulx de luy 
faire ouverture de ladicte porte, luy déclarant qu'il estoit venu 
pour faire la visiie susdite, ce que ledict jeune homme n'a voiilu 
faire. Ei sur ce propos, «si venu de la<licte Abbaye à ladicte poite 
un Relligieiix (ie ladicte abbaye nommé Frère Robert Leuiëre, 
auquel icelluy de Maulmynit a faict semblable sommation qu'il avait 
cy dessus faicte audict serviteur de luy faire ouveiture de ladicte 
porte, à quoy ledict Lemère a été nffusant, quelques injonctions 
que ledict de Maulminil luy aye faites. Ce que voyant, icelluy de 
Maulmynit a été conirainct se retirer dudict lieu avec lesdicts 
Prieurs sans pouvoir parvenir à faire aulcune visite, et se sont 
retirés en ce bourg de Genouillat pour y loger et coucher la nuit 
prochaine seiillement, pour cerliffier les choses susdirtes, l.sdicts 
Huictmille et Fleuriol, prieurs susdicts ici présents ont dépposé et 
attesté moyennant serment par euix et chacung d'eulx sur ce faict 
preste que les choses sus déclarées par ledict Maulmynit estoicnt 
véritables, et qu'ils ont dict savoir pour avoir assisté avec icelluy 



(I) On sait que les Saint-Julien étaient seigneurs de Saint- Vanry 
en Marche. 



Digitized by VjOOQIC 



- 446 - 

Maalmynit aux dictes sommations, dont et desquelles déclarations 
et attestations m'a ledict Maulroynit requis acte pour loy servir et 
valioir en temps et lieu, et pour celle raison luy ay octroyé en cette 
forme. 

Faict audict bourg de Genouillat, en l'hostel du notaire Royal 
soubsignè, en présence de Dominique Dupin, marchand, demeu- 
rant audicl Genouiliat, de Joseph Vachier, Laboureur, demeurant 
au village de Montfargeaulx, paroisse dudil Genouillat, tesmoyngts 
congneuz et appelles^ et a déclaré ledit Vachier ne savoir signer. 

Signé : J. Momygni — Frère Nicolas de Huictmille. Fleuriot. 

Dupin. Regnauld, notaire royal. 

Scellé à Châtelus le 25 mai 1776 — Biarnoys — 



Ce ne fut que le 24 août 1591, fête de St-Barthélemy, que les 
Huguenots pillards furent chassés à leur tour par les catholiques. 
Ceux-ci tinrent de nouveau garnison dans cet amoncellement de 
ruines où ils avaient grand peine à trouver un abri contre les 
intempéries. Au bout de 20 ans, les Pères visiteurs de Tordre de 
Ciieaux firent rétablir des couvertures en tuiles sur les pans de 
murailles lézardés, seuls vestiges des anciennes constructions, 
et enfin, au commencement de Tannée 1621, c'est-à-dire après plus 
de 30 ans d'exil ou d'abandon, les Ueligieux purent se réinstaller 
dans ce qui subsistait encore d'une de leurs premières fondations. 

Lors de leur retour, Jehan Vallens, s»»" de la Ribière, conseiller 
du Roy et de ta Reine Douairière de France, comtesse de la Marche, 
Lieutenant particulier en la sénéchaussée de la Province, se trans- 
porta à Prébenoit sur la réquisition de Messire Mathieu de Vertha- 
mont, conseiller du Roy et son Aumônier, Doyen de Limoges, nou- 
vellement nommé Abbé Coramendataire de TAbbaye. Les anciens 
du pays, Claude de Larigauderie» curé de Déteste, Antoine Leprat, 
prêtre à la Ciavière, Pierre Jacquet de Tournesac, François Capton, 
de Maubost, Pierre, Jehan et Jacques des Chirous, de Toumesac, 
Pierre de Larigauderie, du village du même nom, Jehan Bigeault, 



Digitized by VjOOQIC 



-W7- 

du Chassiii et Pierre Touchard, des Valetles, dont presque toutes 
les familles subsistent encore autour de nous, se présentèrent 
devant le Magistrat» et lui firent la description minulieuse de la 
configuration et de la disposition des nombreux bâtiments dont l'en- 
semble constituait autrefois TAbbaye. Les constructions actuelles 
sont tellement diffferenles de celles que nous représentent les récits 
des témoins, qu'il nous avait toujours semblé que rien, ou presque 
rien, ne subsistait à rheure actuelle des édifices primitifs, ce qui 
donnait une Idée des ruines amoncelées par ces trente années de 
pillage, ou d'occupation par les garnisaires. 

Une remarque venait corroborer celte opinion, c'est que sur la 
façade du hâiinient prirjcipal, entièrement recouverte d'un revête- 
ment en granit, on remarque un grand nombre de pierres octogo- 
nales, provenant sans aucun doute d'une construction antérieure. 
Mais, toutes les recherches entreprises par nous pour savoir s'il y 
avait eu réellement réédification complète, et à quelle époque pou- 
vait remonter cette réédification, étaient jusqu'à présent restées 
infructueuses. Tout ce que nous avions pu découvrir, c'est que le 
nouvel Abbé n'ayant plus de Terrier, et se trouvant dès lors dans 
rimpossibilité de percevoir les minces redevances dont l'ensemble 
constituait le très médiocre revenu du monastère, et permettait 
aux quelques Religieux qu'il abritait de subvenir aux besoins de 
leur vie et à Tenln^lien de leurs œuvres de charité, avait dû recher- 
chfr dans les archives notariales les actes constitutifs de droits et 
rentes passés depuis cinq siècles (1) au profil du monastère, et était 
ainsi péniblement parvenu à en reconstituer les titres de propriété. 
Nous avions également entrepris de faire déblayer l'Eglise, douille 
sol était entièrement enfoui, par suite de l'écroulement des voûtes, 
sous une couche de débris de quatre ou cinq mètres d'épaisseur. 



(1) La première charte de donation connue porte la date de it62, 
et est faite en faveur des Frères de Prébenoil et de Pierre, Premier 
Prieur de l'Abbaye par Giiillaume et Géraud de Nouzerines. Elle con- 
siste en terres sises à Loïac (aujourd'hui Luyal) en prés et bois à la 
Villatte et à Maubost, et daîis quelques autres localités qu'il ne nous 
a pas élé possible, d'identifier avec celles qui subsistent de nos 
jours dans les environs. 

10 



Digitized by VjOOQIC 



-448- 

Hais, en ce qui concerne cet édifice, le plus monumental évidem- 
ment et le plus précieux du monastère, nous n'avions pu parvenir 
qu'à en déterminer approximativement Télendue, mais non pas à 
en préciser Taspecl et la forme extérieure. 

Nous avions renoncé à pousser plus loin nos recherches, lorsque, 
dans le courant de Tannée dernière, le hasard vint faire cesser nos 
incertitudes, et éclairer d'un jour aussi nouveau qu'inattendu la 
période, jusques là demeurée obscure, qui s'est écoulée depuis l'in- 
vasion Huguenote jusqu'à la Révolution. 

Il existe au rez-de-chaussée du bâtiment principal de TAbbaye 
un vestibule assez vaste qui sert de cage à l'escalier. Les murs de 
ce vestibule étaient recouverts d'un simple badigeon à la chaux. 
Souvent nous avions remarqué, mais sans y attacher d'importance, 
que la surface des murailles, au lieu d'avoir l'aspect rugueux et 
fruste que présentent ordinairement les crépissages de nos contrées, 
était relativement unie, et semblait avoir été stuquée comme si elle 
eût été destinée à recevoir une peinture à la détrempe. 

Or, le locataire, qui de nos jours habite le logement des Religieux 
disparus, entassait depuis longues années dans ce vestibule les 
fagots de genêts destinés à son chauffage et à l'allumage de son 
four. Par suite de frottements incessants, un fragment du badigeon 
s'effrita, finît par se détacher de la muraille, et l'on aperçut sous 
l'enduit disparu quelques lignes noires dont on ne pouvait préciser 
la signification. Les enfants de la maison, sans nous prévenir de la 
découverte, se mirent à la besogne, et, avec la pointe de leurs cou- 
teaux, firent très habilement sauter, morceaux par nïorcenux, Ten- 
dûil qui du haut jusques en bas tapissait le vestibule sur ses 
quatre faces. A mesure qu'ils travaillaient, les lignes prenaient une 
forme, les profils se dessinaient, les caractères apparaissaient.... Il 
y avait des ornements et des encadrements sans grande valeur 
artistique, mais le plus grand panneau représentait exactement 
l'ensemble du monastère, avec une inscription comuiémorative 
relatant la date de sa reconstruction, 1715. 

Les enfants étaient ravis de leur œuvre; ils racontèrent leur 
découverte, sans toutefois se douter de l'importance que nous pou- 



Digitized by VjOOQIC 



— 449 — 

vions y attacher, et ce D*est que plusieurs jours après que nous 
en fûmes instruit. Nous nous rendîmes aussitôt au couvent et là, 
nous éprouvâmes une joie que comprendront les archéologues, et 
les fervents des Etudes Historiques. 

Nous, qui depuis si longtemps cherchions à pénétrer pour ainsi 
direla vie de ce Monastère dont nous conservons les restes avec un 
soin jaloux, nous étions en proie à un sentiment certainement ana- 
logue à celui que ressentent les conservateurs des ruines de Pom- 
peï lorsque la pioche des ouvriers employés aui fouilles met à vue 
une de ces fresques merveilleuses qui après 1800 ans se montrent 
à nous avec les vives couleurs et les contours charmants que les 
immortels artistes de la Grèce et de l'Italie leur ont su donner. Le 
modeste et simple badigeon, œuvre d'un maçon ou d'un manœuvre, 
avait conservé intact le dessin fait jadis sous Tœil de TAbbé par un 
peintre inconnu^ peut-être par un ses moines ou un de ses Frères 
Convers. 

Ainsi, d'un seul coup, le voile se déchirait, nous avions la preuve 
d'une reconstruction à peu près, sinon entièrement complète, nous 
possédions sa date, et nous trouvions la représentation minutieuse 
de l'aspect qu'offrait l'Eglise avant la seconde ruine. Nous nous 
demandions en même temps quelle avait pu être la cause de ce 
singulier badigeon recouvrant un dessin qui, à défaut d'autre 
mérite, avait du moins celui de l'intérêt historique. 



Digitized by VjOOQIC 



- 450 • 

Van iJiS, Dom Jean de Sayve^ Religieux de la Férié, Docteur en 
Sovhonne et Prieur de cette abbaye de Prébenoity a commencé cette 
maison à la Gloire de Dieu et V honneur de son nom. 



^^^^^k 




raTB 


nfln 


D D D D D 


D □ □ 000 






H 


DOOû 



Façade sur la Cour Intérieure 



Façade sur le Jardin Eglise 



Par un aitifice assez ingénieux, le peintre a voulu faire embrasser 
d'un seul coupa foeil du spectateur le développement des bâliments 
de TAbhaye proprement dite. Cela nVtHJt pas chose facile, caria 
construction esta retour d équerre et comporte deux façades piiii- 
cipales Tune donnant sur la cour, Tautre sur le jardin. 

Qu'à fait noire artiste? Il a tout simplement figuré la façade cour 
en prolongement de la façade jardin, à rextrémilè de laquelle se 
trouve l'Eglise. Nous avons tenté de photographier ce dessin si 
curieux, mais le manque de recul, le défaut de lumière et le peu 
de relief des couleurs ne nous ont donné que de mauvais résultais, 
et nous avons dû renoncer à faire reproduire nos clichés, nous con- 
tentant de relever exactement les lignes du dessin que nous joi- 
gnons à celte étude, ainsi que rinscription qui l'accompagne. 

Nous devons remarquer V>utefois que PEglise avait été très pro- 
bablement reconstruite avant le reste du monastère. Chose natu- 
relle au reste. Les Religieux, av»nt de réédifier leur propre abri ne 
devaient-ils pas songer d'abord à relever la maison du Dieu qu'ils 
servaient? Nous en trouvons Undication. sinon la preuve, dans un 
traiié passé le 25 février 1736 entre le Prieur Dom Antoine Mauru, 
et J(?an Vergier, charpentier au Bourliat (paroi>se «te Châtelus) 
pour la réfaction de la charpente de l'Eglise et du Clocher. Il est 
évident que si TEglise avait été rebâiie en 1725 seulement, la char- 
pente n'aurait pas eu besoin d'être refaite vingt ans plus tard. 



Digitized by VjOOQIC 



— 48! — 

Ainsi, pendant les cent ans qui se sont écoulés entre le retour 
des Religieux et la reconstruction du Monastère, celui-ci est resté 
en ruines. On se demande quelle pouvait être leur inslallalioM pen- 
dant cette longue période ! Il nous paraît vraiseinblabie que les 
travaux ont dû être décidés dès Tannée où ils reprirent possession 
de leur domaine, et que dès cette époque ils commencèrent leurs 
approvisionnements. Que Ton songe aux difficultés sans nombre que 
les moines durent éprouver lorsqu'ils résolurent d'employer nne 
aussi grande qnanlilé de granit! Les carrières d*uù ils Pont fait 
extraire sont situées à 8 ou dix kilomètres. Les cliemitis étaient 
impraticables pendant une partie de Tannée, et Ton se demande 
combien de voitures et de bœufs il fallait pour en transporter un 
simple mètre cube. 

l/inspection de la façade du monastère donnant sur le jardin, 
composée en grande partie, comme nous Tavons dit plus haut, de 
quartiers quasi octogonaux, ou plutôt de rectangles à coins CQupés, 
fait supposer que ces blocs, dont la forme pouvait s^adapter à la 
structure de minces piliers, proviennent de Tanclenne Eglise, et 
que celle ci a été réédiflée presque entièrement avec des matériaux 
neufs. Un siècle aurait donc été nécessaire pour la reconstruire, et 
elle n'a pas duré deux fois cet espace de temps ! En effet, disons eu 
peu de mots qu'elle fût sa destinée, après a voir complété une lacune 
du travail de M. Hoy-Tierrefltte. 

On trouve bien dans son ouvrage, à dater de 15i8 la liste des 
Abbés Commendataires, mais il ne donne pas le nom des Prieurs. 
Voici ceux que nous avons pu retrouver : 

Dom Pierre Chéveneau en 1647. 
Dom Etienne de la Rue en 1695. 
Dom Jean de Sayve en 1713. 
Dom Léonard Jabin en 1719. 
Dom Laurent Fournerat en 17^7, 
DomDegesne en 1790. 

I/Abbaye de Prébenoit n'était pas riche. Elle ne rapportait que 
1200 livres en 1727. (Dail du 28 Janvier). Deux Etnngs et les fossëi 



Digitized by VjOOQIC 



— 452 - 

du monastère ne suffisaient pas à fournir à ses habitants le poisson 
nécessaire à leur consommation. Nous en trouvons la preuve dans un 
bail du moulin des Boissiëres consenti le 20 septembre 1717 par Dom 
de Sayve Prieur de Prébenoit à Claude Galland, demeurant à Déteste, 
par lequel le preneur s'engage à fournir du poisson au bailleur 
m les vendredis d*élé et ceux d*hiver quand il pourra, à raison de 
3 sols la livre de poisson noir, et 18 deniers la livre Pautre. » Le 
monastère possédait deux ou trois moulins. (Celui de Prébenoit 
était affermé en 1697 30 septiers de seigle). Le revenu qu'ils pro- 
duisaient, joint à celui des prés et des terres, et des quelques 
dîmes perçues sur les villages environnants suffisait à peine à 
Pentrelien des Religieux et de leur personnel. Avec ces modiques 
ressources, il fallait donner aux pauvres, réparer les bâtiments, 
nourrir les voyageurs. Les moines avaient une école où ils don- 
naient gratuitement Tinstruction, si hien que dans ces siècles pré- 
tendus ignorants et voués à Pobscuraiitisme, presque tous les actes 
se rapportant aux différentes transactions du Prieur et de TÂbbè 
sont revêtus, à côté de la signature de Tun ou l'autre de ceux-ci, de 
la signature des autres contractants. 

Vers la fin du xviip siècle, Prébenoit ne renfermait plus que deux 
moines, il ne possédait guère de quoi en nourrir davantage, si Ton 
lient compte, comme cela est juste, des charges qui leur incom- 
baient. Il fût saisi comme bien du clergé, et les biens qui en dépen- 
daient furent énumérés dans la délibération du Directoire du dépar- 
tement du 16 octobre 1790. Voici la copie de cette pièce : 

Canton de Boussac. — Municipalité de Leyrat 

... — Un pâturai dépendant de PAbbaye de Prébenoit, afferoié 
100 livres par an. 

Canton de Genouillat. — Municipalité de Béteste 

Abbaye de Prébenoit en ladite paroisse de Béteste, ordre de 
Giteaux, flilallon de Pontigoy. Premièrement la maison d'habitation, 



Digitizedby VjOOQIC " 



- 4S3 - 

composée de différentes chambres, cuisines, greniers^ cave, écurie, 
cour et un jardin très spacieux. 

Plus un bois taillis contenant 51 arpents 49 perches. 

Plus un étang appelé TÉtang noir, affermé 30 livres. 

Plus un moulin avec ses dépendances situé au lieu de Prébenoit. 

Plus un bail emphythéotique produisant annuellement 30 livres 
pour une terre appelé de la Prade, située au territoire de Tournesac, 
paroisse de Béteste. 

Plus deux prés appelés des Confrairies et de TÉtang, donnant 
année commune de 30 à 35 charrois de foin, affermés 390 livres. 

Plus un autre pré contenant à cueillir 12 charrois de foin et quel- 
ques petits pâturaux, affermés 180 livres. 

Plus quelques petites pièces de terre, rapportant annuellement 
18 à 20 livres. 

Plus différentes cens et renies annuelles montantes à 74 1. 6 sous 
6 deniers argent, 44 septiers sept boisseaux et une coupe froment 
mesure de Jarnages, 51 septiers seigle, 86 septiers 9 boisseaux une 
coupe avoine, i5i poules ou 'gelines, qui se perçoivent sur 40 
villages ou fermes, lesdites cens et rentes portant lods et ventes et 
affermés 1400 livres par an, non compris la moitié desdils lods et 
ventes perçus au compte du Prieur de ladite abbaye. 

Le 16 avril 1791, les bâtiments, moulin, prés, étangs et terres 
dépendant cy-devant de Tabbaye de Prébenoit, sis sur le territoire 
de la commune de Béteste furent adjugés à Henri Carbonnières, 
demeurant à Boussac, moyennant la somme de 50.100 livres. 
Sur cette somme, Tacquéreur paya le 15 août 1792, 17.455 livres 
14 sous 2 deniers. Il restait devoir 32.644 1. 5 s. 10 d. 

Entre temps, et quelques jours seulement après l'adjudication, 
c'est-à-dire le 2 mai 1791, Dom de Gesne, Prieur de Prébenoit, 
écrivait à M. de la Celle, vicomte de Châteauclos, demeurant au 
cb&teau de Villebaston, paroisse du Bourg-d'Hem, son ami, pour 
lui faire ses adieux, et lui disait que les meubles devaient être 
vendus Id 4 et Tabbaye évacuée le 5. Cette lellre, dont nous possé* 



Digitized by VjOOQIC 



— 454 - 

dons la copie, fait partie des archives de M. le marquis de la Celle, 
arrière petil-fils de son destinataire. 

On ne s'expliquerait guère cette acquisition d'un bien d'Eglise, 
faite par le comle de Carbon nières, seigneur de Boussac, si Ton ne 
songeait aux mobiles qui ont cerlainement dû la motiver. En effet, 
outre qu'il ne partageait pas les idées nouvelles, les membres de 
cette famille ne possédaient pas de terres dans le voisinage immé- 
diat de Prébenoit, car leur propriété la plus proche était celle de 
Beaulieu, paroisse de Vijon, en Berry. A notre sens, les Carbonnières 
se considérant comme les successeurs de la grande et forte race 
des de Brosses, auxquels ils avaienl succédé et dont ils tenaient la 
place à Boussac, n'ont eu d'autre désir et d'autre idée que de sauver 
de la destruction les lieux qui avaient été l'objet de la sollicitude et 
des largesses de leur* piédéresseurs. Les premiers héritages légués 
aux moines après la fondation de l'abbaye sont dûs à la muniûcence 
des de Brosse, et de plus, c'est sous le dallage de la vieille Eglise du 
monastère que le plus illustre d'entre eux, Jean de Brosse, baron 
de Boussac, Conseiller et Chambellan du Roi Charles VIL maréchal 
de France et compagnon de Jeanne d'Arc, a voulu dormir son 
dernier sommeil. 

Né vers 4375. Ois de Pierre II de Brosse, et petit-fils de Louis de 
Brosse, (né à la bataille de Poitiers, le maréchal se couvrit de gloire 
en combattant aux côtés de la Pucelle à Orléans, â P;)tay, à Cotnpiè- 
gne et à Lagny. Uenirè à Boussac où il mourût en i433 après avoir 
demandé à être enterré au monastère de Prébenoit, objet des 
libéralités de ses aïeux, il combla de bienfaits la ville dont il poitait 
le nom, et par une charte en date de 1427, il en affranchit les 
habitants de toutes charges, de tous impôts et de toutes redevances, 
moyennant le versement entre ses mains de mille écus d'or, une 
fois pour toutes, et une contribution annuelle en froment, variant 
suivant les ressources et conditions de chacun, de un seplier à une 
quarte (1). 



(1) Deux ans auparavant, en 14-25, le maréchal de Brosse avait 
affranchi ae toutes tailles et de toute espèce de servitudes à perpé- 
tuité, moyennant le paiement annuel de la somme de 30 sols, 3 émi- 



Digitized by VjOOQIC 



— 488 — 

Dans quelle partie de TEglise repose le maréchal? sa tombe 
a-l-elle échappé au vandalisme des Huguenols? nul ne le sait, mais 
ce n'est jamais sans émotion que nous foulons le sol sacré où sa 
dépouille a été ensevelie, et qui gardera probablement toujours le 
secret de sa tombe ! 

Quand donc notre pays songera-l-il, dans un élan de pur et vrai 
patriotisme, à élever à ce héros un monument digne de lui? on 
érige des statues à des écrivains ou à des politiciens auxquels nul 
ne pensera plus dnns vingt-cinq ans, ne serait-il pas temps de 
glorifier ceux dont le nom glorieux a traversé les siècles, ceux qui 
ont contribué à faire notre France, et qui pour elle ont versé leur 
sang? 

Nous nous sommes laissé entraîner hors do noire sujet pour 
saluer au passage une grande et noble figure. Il est temps d'y 
revenir. 

A peine le comte (le Garbonnières était-il devenu acquéreur de 
l'Abbaye et de ses dépendances, que ses deux fils, Paul et Eugène, 
partirent pour TEmigration. En conséquence, ses biens et ceux de 
sa femme, M'*« Ducarteron, furent partagés à la requête du Gou- 
vernement, et ceux d'entre eux qui provenaient de Prébenoit, et 
n'avaient pas été intégralement payés, firent retour à la nation. 
Administrés pendant quelque temps par la Régie Nationale, un 



nées de seigle, et 18 rails d'avoineles nommés Gourion Bergier, Jean, 
Pierre et Philippe ses fils et Denise sa fille, femme de Jean Duchaigne, 
ainsi que leurs hoirs descendant de leur propre corps en mariage, 
et d'eux doscenJant d'iioirs en hoirs jusqu'à l'infini. Celte exemption 
fût respectée, jusqu'en 1780, époque à laquelle l'administration finan- 
cière en contesta la valeur. Le procès qui résulta de cette contesta- 
tion fût soutenu par les ayant-droit du sieur Gounon Bergier, qui 
étaient à cette époque, Antoiiie Sartin, maître en chirurgie, Martial 
Peyrot, notaire et Procureur fiscal de la Justice de Saint-Sauvier, 
Elie-Bernard Picot, Antoine Picot, Charles-Sylvain Gallerand, Elie- 
Bernard Duchicr, Jean Mauvoison et Marie Duchier sa femme, Gilbert 
Pic^t, Jean Debise, Sylvain Picot, Anne de Saint-Horent son épouse, 
et Pierre de Saint-IIorent, sieur de Buxerette. Nous ignorons qu'elle 
fût l'issue du procès, mais si les intéressés le perdirent, ils durent 
regretter le bon maréchal quand ils reçurent leurs feuilles d'impo- 
sitions. 



Digitized by VjOOQIC 



— 456 — 

décret les affecta vers 1802 (1) à la dotalion de la Légion d'Honneur, 
qui les conserva jusqu^en 1806, époque à laquelle, d'après ia loi du 
24 avril et les Décrets impériaux des 3 mars et 2 juillet de cette 
môme année» ils passèrent à la caisse d'amortissement (2). Ce ser- 
vice en fit faire l'expertise le 28 juin 1808 (3) et enfin les mît en 
adjudication le 17 janvier 18M sur la mise à prix générale de 
39,600 francs, chiffre auquel s'étaient élevées les enchères partiel- 
les. Le dernier metteur et enchérisseur fût le sieur François Roques, 
notaire impérial à Guéret, qui déclara avoir acquis pour et au nom 
de H. Louis Géronille de Beauvais, demeurant audit lieu de Beau- 
vais, commune de Bétèle. L'Âbbuye de Prélienoit fût vendue par lui 
en 1829 à Claude Amable, comte de Beaufranchet, grand père de 
celui qui écrit ces lignes, et auquel elle ap[>urtient aujourd'hui. 

Pendant les 40 années qui suivirent le départ des Religieux, les 
msitériaux de TEglise furent pour ainsi dire mis au pillage. La moi- 
tié d'une grosse tour garnie de lierre, quelques pans de murs où se 
distinguent seulement les amorces des nervures des voûtes, une 
croisée ogivale, et une petite porte assez finement mouhirée qui 
donne sur ce qui fût jadis le cimetière, sont les seuls vestiges qui 
en soient parvenus jusqu'à nous. Le cloître n'existe plus, seul le 
bâtiment qui abritait les moines est reste debout. Toutefois, il a 
su.bi au commencement du siècle dernier des aménagements inté- 
rieurs qui rendent assez difficile la reconstitution des dispositions 
primitives. C'est probablement à celte époque qu'il fautfaire remon. 
ter le fâcheux et lamentable badigeon qui recouvrait entièrement 
les peintures dont nous avons parlé. 

Nous ne saurions terminer ce modeste travail consacré à un sujet 
qui nous est cher à tant de titres, sans nous incliner encore devant 
la grande figure de ces Religieux d'autrefois, devant la robe de bure 
de ces savants et laborieux Bénédictins, qui, à Prébenoit comnie en 
tant d'autres lieux ont été les premiers pionniers et les principaux 

(1) Archives départementales de la Creuse. 

(2) Ibidem, 

(3) Ibidem. 



Digitized by VjOOQIC 



- 457 - 

agents da bien-être et de la civilisation dont nous recueillons 
aujourd'hui les bienfaits. 

N'est-ce pas à eux, à leurs exemples, à Tinfluence salutaire et 
vivifiante qu'ils exerçaient sur ceux qui les approchaient et vivaient 
à leur ombre, comme à leur labeur personnel, que la prospérité 
dont jouit notre région doit son principe et son origine? Et ne 
serait-ce pas à leur voisinage, aux améliorations qu'ils ont dès la 
première heure de leur installation introduites dans^ la culture du 
sol, que les foires de Châtelus, jadis les plus importantes de lout le 
pays, peut être même de la province, ont dû le commencement 
d'une renommée sans cesse croissante jusqu'en ces dernières 
années ? Ce n'est certes pas une supposition téméraire, et si quel- 
ques-uns des lecteurs de ces lignes étaient tentés de nous taxer 
d'exagération ou de partialité en ce qui concerne la bienfaisante 
influence des ordres monastiques tant au point de vue moral qu^au 
point (le vue matérieL nous leur conseillons simplement de lire ou 
de relire les premières pages de l'admirable livre de Taine sur les 
origines de la France contemporaine. 

Comte de BEAUFRANCHET. 



Château de Moisse, Mars 1904. 



Digitized by VjOOQIC 



HISTOIRE D'UNE FRONTIERE 

DEPUIS L'ÉPOQUE GAULOISE JUSQU'A NOS JOURS 



^•mc»^ 



Autrefois, la frontière de la Haule-Marche et du Berry se coii- 
fonilait, dans une partie de son parcours, avec la ligne de faite des 
hauteurs qui séparent le bassin de la Creuse de celui de Tlndre. 

Sur Tune des dernières collines, du côté de Touesl, à une altitude 
de plus de 400 naèlres, sont groupées les maisons de la pttte ville 
d'Aigurande (1). 

Pondant des siècles, Aigurande, dont Texi^lence remonte à une 
haute antiquité, appartint à la fois à deux provinces. Sur le versant 
nord, c'est-à dire en Berry, se trouvaient le château fort, Pégliseet 
la cité murée. Hit dans la Marche, sur le ;)lateau qui domine la 
vallée de la Petite-Creuse et tout le pays jusqu'aux montagnes de 
Guéret, deux faubourgs, séparés delà partie principale des habita- 
tions par une simple rue, constituaient deux unités seigneuriales et 
judiciaires, distinctes Tune et Tautre d'Aigurande en Berry. 



(1) .\iGURANDE-suR-BouzANNE, chef-lieu de canton de Tarrondisse- 
ment de la Châtre (Indre); 2.462 habitantà, ciODi 1.500 dans la vilte et 
ses faubourgs. 



Digitized by VjOOQIC 



-459 - 

Par la force des choses, ragglomération entière se Irouvall sou- 
mise sur certains points à un régime commun. Mais, malgré une 
1res étroite juxlaposilion et les conséquences qui en résultaient, il 
n'y eut jamais fusion entre les parités berruyère et marchoise. 

Chacune conservait des coutumes et une législation différentes. 
La Révolution elle-même, lors du fractionnement de la France en 
départements, respecta en parlie l'ancien état des choses; et jusqu'à 
une<late très rapprochée de nous, la limile des départements de 
riiidre et de la Creu?e tenait compte dans son tracé d'une frontière 
dont lorigine se ()erd dans la nuit des siècles. Aujourd'hui encore 
le souvenir n'en est point entièrement elTacé. 

C'est là im exemple très remarquable des traces profondes qu'ont 
imprimées sur le sol de la France les divisions les plus anciennes 
du territoire. 

Les pages que l'on va lire ne sont p'as une monographie d'Aigu- 
rande, mais bien Thistoire d'une frontière. Si ou avait la pensée d'y 
trouver les annales d'une peli'e ville, qui mérite bien d'ailleurs 
d'avoir un livre à elle spécialemeni consacré, on pourrait se plain- 
dre de beaucoup de lacunes. Par contre, on trouverait exagérée Tin;- 
portanceacconiée à certaines questions: par exemple, à la recherche 
de la froi»tière des Lémovices el des Bitnriges et à l'étude des voies 
romaines dans le nord du département de la Creuse. On aurait rai- 
son, car ces développements seraient étrangers au sujet; tan<lis 
qu'ils sont indispensables pour le but spécial que je me propose. 



I 

IGORANDA ou EVURANDA 



Les environs d'Aigurande sont habités depuis la plus haute anti- 
quité. 
A la Forêt-du-Temple, il a été recueilli plus de deux cents haches 



Digitized by VjOOQIC 

À 



- 460- 

en pierre polie, environ trente pointes de flèches et plusieurs cou- 
teaux en silex, sans compter une quantité considérable d'éclats de 
cette dernière pierre, bien qu'on n'en connaisse aucune carrière 
dans le pays (1). 

Aux environs de Pun, commune de Lour«ioueîx-Sainl-Pierre, on 
a trouvé une très belle hache et un magnifique couteau ; à Gadrix, 
même commune, entre la Forèt-du-Temple et Aigurande^ deux 
pointes de flèche. La commune de Moutier-Malcard a fourni une 
hache; celle de Mortroux, deux haches et deux pointes de flèches; 
celle de Linard, deux haches. Entre Linard et Aigurande on a décou- 
vert une hache en silex, près du château de Deaumont(Chèniers), 
où elle est conservée (2). Enfin, on m'a apporté un jour une hache 
trouvée aux environs de Lignaud, commune de Lourdoueix-Saint- 
Pierre. Près de ce même village, dans un camp ancien dont il est 
parlé plus loin, j'ai recueillie il y a douze ans, un marteau ou 
« broyeur long » (3). 

Tous ces objets appartiennent à l'époque de la pierre polie. 

Le peuple des <lolmens est venu des rivages de l'Océan jusqu'à 
Aigurande, mais semble ne pas l'avoir dépassé. En effet, tandis qu'on 
trouve dans laVienne quatre-vingt-quinze dolmens, et cinquante-huit 
dans le département de l'Indre, plusieurs encore aux environs de La 
Souterraine et de Dun, on n'en voit plus aucun à l'est d'Aigurande, 
dans l'arrondissement de Boussac ni dans l'Allier (4). 

(1) Je dois ces renseignements, ainsi que les suivants, à robli- 
geance de M. Ravaud, ancien insliluteur à la Forêt -du -Te m pie. A 
force d'intelligentes et persévérantes recherches, M. Ravaud s*est 
constitué une remarquable collection, qui mérite la visite de tous les 
archéologues. — La Forôt-du-Temple, Lourdoueix-Salnt-Pierre, Mor- 
troux, Moutier-Malcard, Linard et Chéniers sont des communes du 
canton de Bonnat, arrondissement de Guérel. 

(2) Dictionnaire archéologique de la Gaule, I, Paris, 1875, in-folio, 
page 282. 

(3) Ce broyeur peut être comparé avec plusieurs pièces exposées 
au musée de Saint-Germain, dans les salles II, IV et XI, notamment 
sous les numéros 2085, 2688 et 21936. 

(4) A. Bertrand. Archéologie celtique et gauloise, 2*» édition, Paris, 
1889, p. i48.— P. deCESSAC. Liste des monuments mégalithiques delà 
Creuse, Paris, 1881, p. 2. — Musée de Saint-Germain, salie II : Carte 
de la GauUy dolmens et allées couvertes. 



Digitized by VjOOQIC 



-461 - 

Sar la commune même d'Âigurande, il existait un dolmen qui 
a été détruit lors de la confection de la route conduisant à Cluis et 
Châleauroux(i). Pi es de Montchevrier, sur le coteau de la rive droite 
de la Bouzanne il en est un, très beau, connu sous le nom de Pierre 
à la Hiarte. 

La commune de Lourdoueix-Saint Michel possédait naguères un 
dolmen appelé la Grosse Pierre, entouré d'un cromlech ; il était 
sur la route d'Orsennes, près le lieu dit les Chirons ; il est aujour- 
d'hui détruit, et un bloc qui en provient sert à recevoir les cercueils 
près Téglise (2). 

Sur la commune dOrsennes, deux dolmens. Celui du Bois-Plan- 
taire n'est qu'un demi dolmen, car l'une des extrémités repose sur 
le sol ; on y a trouvé une pointe de flèche en silex. Le dolmen du 
Chardy est au sommet d'une colline et domine un vaste horizon ; 
c'est l'un des plus remarquables des environs ; des fouilles, faites il 
y a une trentaine d'années, ont donné un certain nombre de [)ierres 
taillées en pointe (3). 

Près de Saint-Plantaire se voit un des dolmens les plus beaux et 
les mieux conservés de la région. Comme celui de Montchevrier, il 
s'appelle ia Pierre A //i Uarle (4). Au nord-est d'Aigurande il y a 
aussi un dolmen, non loin du Peu-Paron, commune de Crevant. 



(1) Notice manuscrite sur la paroisse ti'Aigurande-sur-Bouzanne, 
commencée le 20 octobre 18G8 par M. l'abbé Meunier, curé doyen 
d'Aigurande, continuée par lui jusqu'en 1875, avec quelques notes 
ajoutées par M. Lanceiot, son deuxième successeur. — Je cite d'après 
une copie faite par M. l'abbé Ph. Brunet, curé de Lourdoueix-Saint- 
Pierre, et qu'il a eu l'obligeance de me communiquer. Il n'y a pas de 
pagination. 

(2) Lettre de M. l'abbé Renty, professeur à Lourdoueix-Saint- 
Michel, du3i janvier 1904.— Montchevrier et Lourdoueix-Sainl-Michel 
sont du canton d'Aigurande, ainsi qu'Orsetmes, Saint-Plantaire et 
Crevant. 

(3) M. l'abbé Renty. 

(4) Id. — M. Ludovic Martinet, dans le Berry préhUtorique (Mémoires 
de la Société historique du Cher, 3« série, 2» vol., 1882, p. 47-49), 
attribue à Lourdoueix-Saint-Michel les dolmens d'Orsennes, ce qui 
ne l'empêche pas de les compter aussi à cette commune. - - Sur les 
Matrœ, divinités féminines gauloises, voir la Revue Ce/^tgue, IV, p. 27 
et 300 ; et XVII. p. 93. 



Digitized by VjOOQIC 



-4Ô«- 

Dans la Creuse, on ne signale aucun monumenl mégalithique aui 
environs d^Aigurande. Il a bien été parié du menhir de la Home 
longue, prèsdeLignaud,surlaconDimunede Iiourdoueix-Sl-Pierre(l). 
Ce prétendu menhir est une simple pierre, haute de cinquante ou 
soixante centimètres an pins, qui ne mérite en aucune façon le nom 
de menhir, ni même celui de borne longue, sous lequel elle est connue. 

S'il faut croire, connue on le prétend, que le nom de Pierre bure 
désigne un mégalithe existant ou disparu (2), on devra admettre 
qirii y a eu autrefois un dolmen ou un menhir aux Pierres-bures, 
hameau de la commune de Méasnes, situé à une très petite dis- 
tance à l'ouest d'Aigurande ; au lien dit Pierres-bures, entre la Glé- 
Z(»lle et la Fa, commune de Montchevrier(3); à d'antres Pierres-bures, 
lien dit de la commune de Lourdoneix-Sainl-Pierre, en face la Notte, 
entre le Bois-de-Vot et les Signolles (4) : la prairie située au-dessous 
des terres ainsi désignées porte :iujourd'hui un nom banal, mais 
autrefois elle s'appelait le pré de Pèrefolle ou Pierrefolle (5). 



(1) Bulletin de la Société d*Anthropologie, 2» série, tome S**, 1876, p. 547. 

(2) Martinet, loc. cit., p. 5. 

(3) Arch. Indre, E. 511 (Terrier d'Aigurande, de Tannée 1582, folio 35 
vo). — Ce nom existe encore (Renseignement fourni par M. l*abbé 
Renty). 

(4) Cadastre E. 418,4*21-422. — Au-delà de la Forôt-du-Temple, 
enire Genouillat et la Celle! le, il y avait une Pierre bure qui servait 
de limite à ces deux justices, en munie temps que de * devise et 
séparation des païs de Herry et de la Marche. (L. Du val, Exquisses 
Marchoises, Gnéret, 1879, in-Ui, p. 283), » — LaThaumassière, Histoire 
de Berry, 1tj89, in-fol. p. ()5(), parle anssi de Pierre bns (sic), séparant la 
Marche du Berry au xrir siècle, ce sont les précédentes. Il en est 
aussi parlé au xvi« siècle : » Entre le Matz-Sainct-Paul et une abbaye 
nommée Prebenait il y a une grande pierre qu'on monte à une borne et 
aussy un grand orme ancien., qui font le commencement de la Marche 
(Ch. EsTlKNNE, La guide des cfiemins de France. 1553, in-16, pages 
184 et 190). » — On trouve aujoin-d'hni une Pierrebiire au point de 
jonction des communes de Bélôte, Nouzerineset Malleret (Etat-Major). 
— La commune de Jalesches est dominée par le plateau pitoresque 
de Pierrebur (G. Di^i^knnks, Géographie de la Creuse, Amiaulty 
Gnéret, 1888, in-12, page 73, — Arch, Creuse, E, 8. 

(5) Archives du château de Vot (liasse 5, n''« 5 et 8; actes de 1749 
et 1792 — Le château de Vot (Loin»ioneix-Saint-Pierre) a été vendu 
récemmerd : les archives, qui étaient composées de 348 pièces et 
remontaient au commencement du xV siècle (8 mai 1415), en ont été 
enlevées le 4 octobre 1904. 



Digitized by VjOOQIC 



^ 463- 

Enfla, si nous prenions — des observations faites sur d'auti*es 
points nous y autorisent — les noms analogues comme indices 
d'anciens dolmens ou menhirs, ou autres mégalitlies disparus, 
nous citerions Pierrecouverle, village de la commune de Bonnat, 
où l'on a placé, à tort ou à raison, un monument de ce genre (1). 
On pourrait juger aussi Pierrebise, commune de Malvai, digne du 
même honneur, ainsi que Pierrefolle, commune deFressehnes^ non 
loin de Lourdoueix-Sainl-Michel. 

De l'époque gauloise il reste quelques témoins — nous en parlons 
plus loin à Toccasion des anciennes voies du pays, — dont le prin- 
cipal est certainement le nom même delà ville. 

Ce nom assez répandu en France comme nom de lieu, soit sous 
cette forme d'Aigurande — ligurèe pour Toeil avec bien des ortho- 
graphes différentes — soit sous des formes voisines, a été l'objet de 
nombreuses recherches en ces derniers temps (2). On est d'accord 
pour reconnaître que les Aigurande et les Ingrande sont les rejetons 
d'une souche commune. Mais il est plus difficile de déterminer d'une 
façon précise le nom originaire. Si loin, en effet, que remontent les 
textes, ce nom y est déjà altéré — depuis longtemps peut-être— en 
vertu de ces lois mystérieuses qui diversifient les langues et les 
dialectes des peuples. 

Au VIP siècle, dans les récits de la translation du corps de saint 
Léger, d'Autun à Saint-Maixenl, Igorandn eiEvwanda sont employés 
l'un et Tautre pour désigner un vtculus situé sur les confins des 
diocèses de Tours et de Poitiers. C'est aujourd'hui Ingrande 
(Vienne) (3). 



(1) P. de Cessac, op. cit. p. 20. 

(2) A. F. Lièvre, Les chemins gaulois et romains entre la Loire et 
la Gironde, 2" èdilion, NiorI, 1898, m-8^. — Julien IIavet. Igoranda ou 
Icoranda « frontière u, Paris, 1892. in-8<». — A. Longnon, Le nom de 
lieu gaulois Kwiranda, Paris, 1892, in-8°. -— A, Thomas, Le nom de 
lieu Jgoranda ou Ewiranda (Annales du Midi, 5'j année, 1893, pages 
232-235). — Vincent Durand. Ewiranda et les noms de lieux de la 
mènne famille, Paris, 1894, ih-8<>. 

(3) ... In quodam viculo vocato Tgorande (\. Du Ghesne, Historiae 
Francorum scriplores, 1, Paris, 103(5, in-fol , p. 614. Les Bollandistes 
(tome !««• d'octobre), Anvers, 1705, pages 480 et 484), donnent la 

11 



Digitized by VjOOQIC 



^ 464 - 

Trois cents ans plus lard, une charte de Tabbnye de Cluny, en 
date du 11 mars 938, appelle Evuvauda ou Ewirnuda une localité 
connue de nos jours sous le nom d'Fgnerande (Saône-el-Loire\ une 
autre charte aussi du x* siècle emploie Yvueranhi pour nommer 
Eguerande ou Guérande, hameau de la commune de Chaveyriat 
(Ain)(l). 

Dans le Carlulaire de Saint-Cyprien de Poitiers, se lit la Iranscrip- 
tion d'un acte de 980, ou environ, où il est parlé d'une petite 
rivière appelée alors Eqniranda et maintenant la Guirande (2). 

Quant à notre Algurande, la première mention que Ton connaisse 
de son nom ne remonte pas au-delà de la fin du xp siècle ; elle se 
trouve dans Pacte de la donation qui. Tan 4087, fut faite à Tabbaye 
de Marmoutiers, près Tours, de Téglise Notre-Dame d'Aigurande, 
de Agurandia (3). 

variante Ignoranda, d'après un autre manuscrit, disent-ils— ... Quam- 
dam villam pictavensi territario quam paffenfes E[v]uran(ie nominant 
(Vita sancti Leodegarii^ auctore Frxilando^ Muvbacensi monacho^ ma- 
nuscrit du XI® siècle, rédigé d'après des documents du vu®, et publié 
par dom Pitra, Histoire de Saint-Léper. Paris, 1840, in-8% page 559). 

— Gfr. le Cartulaire oriprinal de Saint-Cyprien'de Poitiers, manuscrit 
écrit seulement au xiP siècle, mais reproduisant des chartes du x« 
(B.-N. l.at. 10,122 (fol. 54 ro et v^, 56 v«, 58 r», 61 v«), — une charte de 
Saint-Hilairr-le-Grand (Mém. antiquaires de l'Ouest, XIY, 1847, p. 17) 

— et un prétendu diplôme de Dagobert l®»*, de 637 (Pardessus, Diplo- 
mata, Paris, 1849, in-fol., II, 57. 

(1) Lochs qui dicitur Evuiranda (Bernard et Bruel, Chartes de 
Cluny. I, Paris, 1876, in-4<*, page 471 ;— id. II, 171 ; il est à remarquer 
que VEwiranda de 038 est nommé Vuiranda en 867 (id. 1, 14) et même 
Èvaranda en 937 (id., I, 457). 

(2) B.-N. Lat. 10152, folio 1 19 v«>.— La Guirande prend sa source près 
de Prahecq (Deux-Sèvres). 

(3) Original aux Archives de l'Indre : H. 753. Il a été publié par 
M, E. Hubert, dans la Itevue Archéologique du Berry, 1899, page 213. 
Cette forme Agurandia est insolite, on trouve toujours par la suite 
Aguranda. Cependant, dans un acte de novembre 1223 toriginal) on 
lit Aguilanda, et dans un autre de janvier suivant (original) Aguyanda 
(Arcii Nat. L 987 b, n*»» 21 et 2*)! — Dans le Cartulaire Lyonnai», 
publié par M. C Guigne, I, Lyon, 1885, in-folio, page 5;3, une charte de 
1158-1179 appelle Aqueranda. Aigueiande, près Belleville-sur-SaAne 
(Rhône). ^— Adrien de Valois, dans sa Notifia Galliarum, Paris, 1675, 
in-folio, page 251, suppose, mais sans preuves. qu'Aigurande s'appe- 
lait autrefois Igorandis : « Est Igorondis in Biturigibus Cubis, Agu- 
randa recentioribus nuncupata, vulgo Aigurande^ cellà seu prioratu, 
et ecclesià B. Marise Clara. » 



Digitized by VjOOQIC 



- 4C5 — 

Tous les noms propres géographiques actuels appartenant à 
celte famille se classent en deux catégories distinctes. 

Les uns se rencontrent en langue d'oc. Ce sont les Aigurande, 
les Eygurande ou Eigurande, les Aiguerande ou Eguerande, les 
Eiguirande, les Iguerande ou même les Egarande (i). On trouve 
aussi en ces régions un certain nombre de Guirande ou deGuérande 
qui ne sont que des Aiguirande ayant perdu leur première syl- 
labe (2). Ainsi, la Guirande, ruisseau (Deux- Sèvres), est une 
orthographe défectueuse pour VAguirande; de môme, la Guérande, 
ruisseau, commune de Vélines (Dordogne) pour VAguérnndey et 
sans doute aussi les Guirandes, hameau, commune de Montignac- 
le-Coq (Charente) pour VEsguirande (3). 

Dans les pays de langue d'oW, Igorandn ou Evuranda,— ou, si Ton 
préfère, le nom prirnilif dont ils sont issus, — obéissant à des 
règles connues, s'est contracté par la perte d'une de ses syllabes, 
et d'autre part a converti sa voyelle initiale en une diphthonge 
nasale (4). De cette double transformation sont nés les Ingrande, 



(1) Deux Aigurande : une ville (Indre), un ruisseau (Charente). Deux 
Eygurande : une ville (Corrèze) (avant la Révolution le pluç souvent 
écrit Aigurande), une commune rurale (Dordogne). Deux Aiguerande : 
commune de Belleville-sur- Saône (Rhône) el ci*Arfeuille (Allier). 
Eguerande ou iiuérande, commune de Chaveyrint (Ain). Eguirande 
ou Guirande, commune de Feizins (Lot). Iguerande (Saône-et-Loire). 
Egarande, commune d'Estivareille (Loire) et un autre, commune des 
Salles (Loire). Ce dernier s'appelle aussi Guirande (Etat-Major), 

(2) Ce phénomène est connu sous le nom d'aphérèse. Cf. L. Qui- 
CHERAT. De la forn)ation française des anciens noms de lieux, Paris, 
1867, in-16, page 24. 

(3) Il serait facile d'allonger ces listes (Cf. Durand, op. cit. p. 8-16 ), 
mais il faut se tenir en garde contre les dérivés de Guaranda ou 
Gueranda, garenne. 

(4) Cette addition intérieure de la nasale s'appelle épcnthèse (L. 
Quicherat, page 24) ; on peut citer comme exemple Jculisma qui a 
donné Angoulème. Qujint à la suï)pression de la seconde syllabe, on 
trouve des C'S où celte suppression ne s'est pas constamment 
maintenue. Ainsi, au xi^ siècle. Ingrande (Maine-et-Loire) s'appelait 
Ingrandia (2«Cartulaire de Saint-Serge, pages 59 et 61) ; mais un peu 
plus tard, en 11 10, il est désigné comme castrum quod JngUIrandia 
vocatur (Cartulairc de Chemillé, ch. 16) (C Port, Dictionnaire de 
Maine-et-Loire, II, 1876, page 385). 



Digitized by VjOOQIC 



•-466-- 

qui s'appelaient encore au moyen âge Igorauda ou Igorandis (1). 
Ou u*en compte pas moins de onze, répartis entre les départements 
suivants: Maine-et-Loire, Indre-et-Loire, Vienne, Vendée, Indre, 
Mayenne et Sarlhe(2). Il faut ajouter Ingrannes (Loiret), Ygrande 
(Allier),Yvrandes(Orne), et aussi — le croirait-on? -^ La Délivrande, 
commune de Douvres (Calvados), anciennement Yvrande. 

Puisque c'est seulement dans les pays de langue d*ocque le voca- 
ble a conservé ses quatre syllabes primitives et qu'il est devenu 
Aiguirande^ Aigurande ou quelque chose d'analogue, comment se 
fait-il que notre Aigurande, qui est incontestablement de la langue 
d'oil, s'appelle ainsi, et non pas Ingrande? 

La réponse est facile. Il est vrai que cette petite ville était en 
langue d'oil, mais si près de la langue d'oc qu'il est bien permis de 
supposer que l'influence d'un si prochain voisinage en a fait un 
Aigurande, et non un Ingrandc comme ailleurs (3). 

En résumé, nous sommes en présence d'un nom que nous savons 
certainement être ancien, et dont nous connaissons les éléments 



(1) Il y a de nombreux Ingrande. Les documents officiels ou quasi 
officiels (Cartes de l'État-Major ou du Ministère de rintérieur. Dic- 
tionnaire des Postes, etc.), oithopraphienl tantôt Ingrandes, et tantôt 
Ingrande. Pour obtenir l'uniformité, j'écris toujours Ingrande, sans s. 

(2) Ce sont tous chefs-lieux de commune, sauf un liéu-dit, commune 
de Cliazé-sur-Argos (Maine-et-Loire) ; un hameau, commune de Gou- 
ziers (Iiidre-el-Loire) ; un petit hameau et un ruisseau, commune de 
Chemillé-sur-I)éme (id.); un hameau, conimune de la Réorthe (Vendée); 
un hameau, commune d'Azé (Mayenne) ; vallées et ruisseau, com- 
mune de Saint-Gerniain-lo-Fouilloiix (id.) ; un hameau, commune de 
Parennes (Sarthe). 

(3) La réponse est donnée par M. A. Lonjrnon, op. cit., page 6, note 2. 
— D'ailleurs, Aigurande mèrne a été parfois appelé Ingra,nde, par 
exemple, dans les letlies de rémission accordées à lluçruet de Cham- 
borand, seigneur de Lavaux de Méasnes, en novembre 1448 : ... 
In grande en lieri'y...Ynf,raHdp...lHgrande{A\'ch Nat. JJ, 176, fol. 378 et 
378 vo).— Aifcîurande s'est écrit ^î/uranrfe (sans t) jusqu'au xvii« siècle; 
on lit pour la première fois Atgurande dans une supplique adressée 
au parlement par Gabriel Ajasson, seigneur de Vot, le 43 mai 1611 
(Arch. de Vot, liasse 9% n» 61 k.) ; mais il est à remarquer que cette 
pièce paraît avoir été écrite à Paris, et de plus, que Ton trouve dans 
beaucoup d'actes postérieurs Agurande. 



Digitized by VjOOQIC 



- 467 - 

d'une façon 1res à peu près précise. Il était compris, en effet, entre 
les deux formes extrêmes: Igoranda ou Igorandis, d'une part; 
Eguiranday Evutanda ou Ewiranda, d'autre part. 

A quelle langue — c'est-à-dire à quel peuple — appartenait-il ? 

A coup sûr, il n'était pas latin. Peut-être !e pourrait-on supposer 
d'origine germanique. Nais on ne voit aucun argument pour 
légitimer cette hypothèse. Il y a même ce fait remarquable qu'on ne 
trouve aucun Aigurande ou Ingrande dans les- régions — départe- 
ments du nord et de l'est — peuplées par les Belgœ^ qui étaient de 
race celtique, mais dont la langue maternelle avait presque disparu 
sous Tafflux des tournures et dos mots germaniques. Il ne se ren- 
contre non plus aucune localité de ce nom dans les contrées du sud 
de la France, où habitaient les Aquitains, originaires d'Espagne et 
de race ibérique. 

Tous les Ingrande et tous les Aigurande, connus jusqu'à ce jour, 
existent dans les pays jadis occupés par les Celles ou Gaulois pro- 
premenls dits, dont le patrimoine, au témoignage de César, s'éten- 
dait de la Marne et de la Seine jusqu'à la Garonne. 

Donc, il ne peut y avoir de doutes. Le nom d'Evuranda ou 
àUgoranda était d'origine gauloise (1). 

Du grand nombre des localités qui portent ce nom, on doit 
conclure que c'ëtat, comme on dit en grammaire, un nom commun. 

Que signiûaitil? 



(1) A. LoNGNON, d'après le titre môme de son travail cité plus haut. 
Havet, op. cil., page 5. — D'après Al. Antoine Thomas, ce nom 
aurait môme une origine plus ancienne encore. « Dans les Annales 
du Midi, janvier 1893, page 143, j'ai fait remarquer, dit Al. A. 
Thomas (Le Moyen âge, 6« année, 1893, page 185), que la forme 
primitive de ce nom curieux devait contenir un gu, et par cela 
même, d'après M. d'Arbois de Jubainvillei ôti'O antérieure aux 
Gaulois. D 



Digitized by VjOOQIC 



- 468 - 

II 
UNE FRONTIÈRE GAULOISE 



Déjà, au VIP siècle, le moine qui rédigea I& narration du transfert 
des restes de saint Léger avait noté que le viculus nommé Igorande 
ou Evurande était situé sur la frontière des Poitevins, du côté des 
Tourangeaux (1). 

Neuf cents ans plus lard, le vieil historien du Berry, Jean Chau- 
meau, fait la remarque, en parlant d'Aigurande, que « cette ville 
est assise au païs et duché de Ben y, sur les fins et limites du pais 
de la Marche de Lyniosin, près et joignant icelle, en sorte que l'un 
des faux bourgs de la dite ville, qu'oo nomme Agurandelte, est assiz 
audict païs de la Marche (2). » 

Un siècle après Chaumeau, le savant Ménage constate qu'une 
localité du nom d*Ingrandes « est le premier lieu de l'Anjou du 
costé de la Bretagne, et qu'il y a une grosse pierre dans le bourg 
qui fait la séparation des deux provinces (3). » 

Au surplus, il étuit admis dès lors que les limites des anciens 
diocèses se confondaient avec celles des provinces, et que ces limites 
n'étaient autres que celles des anciens peuples gallo-romains ou 
même gaulois (4). 

De nos jours, le fait que les Aigurande ou les Ingrande sont des 
localités frontières a été mis hors de discussion par de nombreuses 

(1) Voir ci-dessus page 463, note 3. 

(2) Jean Chal'MEAu. Histoire de Berry, Lyon, 15G6, in-folio p. 269. 

(3) MÉNAGE. Histoire de Sablé, I^» partie, Paris, 1683, in-folio p. 136. 

(4) Nicolas SanSON. Remarque sur la carte de ranclenne Ganle, 
2« édition, Paris, 1652, in-4», s. p.; Hadrien de Valoib, Notitia Gai- 
llarum, pages XlI-XIIl, etc., etc. 



Digitized by VjOOQIC 



- 469 -- 

observations. En 1853, M. l'abbé Taury, curé de Niort, attirait 
ralteiilion 8ur ce point que huit localités nommées Ingrande, 
Ëyguraude, Âigurande, Iguerande ou lugranne, sont toutes situées 
sur des confins de provinces ou de diocèses (1). Au congrès arcliéo- 
logique tenu à Cliâteauroux en 1873, il était affirmé, avec preuves 
à l'appui, qu'Ingrande (Indre) séparait les Pictons des Bituriges, de 
même qu'Ingrande (Vienne) limitait les mêmes Pictons du côté des 
Turons, et qu'Ingrande (Maine-et-Loire) était la frontière des 
Lémovices armoricains et des Namnètes [i). 

On concluait naturellement de ces faits que le mot gaulois 
Ingrande — ou plutôt Igoranda ou Evnranda — était synonyme du 
latin Fines, c'est-à-dire équivalait au français borne o[x limite {Z). 
Dès cette époque, Topinion que les noms de ce genre indiquent 
une frontière gauloise était si bien établie qu'on pouvait avancer, 
sans rencontrer de contradicteurs, que « les lieux appelés Ingrande 
— ou Aigurande, c'est tout un, — se trouvent toujours à la limite de 
deux peuplades gauloises (4) ». 

Tel était, 11 y a trente ou quarante ans, l'état de la question. Les 
découvertes et les éludes faites depuis lors, loin d'infirmer l'opinion 
des érudits, Pont corroborée par de nouveaux arguments. 

Voici, en abrégé, et sans sortir des provinces voisines, ce qui a 
été constaté jusqu'à ce jour. 

Il a été confirmé que la fameuse pierre — pelra Igrandi, — men- 
tionnée par d'anciennes chroniques dès le xp siècle, figurant sur 
une carte de 1579, et signalée par Ménage comme étant la limite de 
la Bretagne et de l'Anjou, marquait bien la frontière des Nannè- 



(1) Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, VII, 1853-1855, 
page 100. 

(2) Congrès archéologique de France, 40« session tenue à Châteauroux 
en 1873. Paris 1874, in-8°, pages 93-94. — L'aiuteur de cette communi- 
cation était M. l'abbé Voisin, curé de Douadic (Indre). 

(3) BuUetin des Antiquaires de l'Ouest, VII, 100; VIII, 300; X, 388.— 
Congrès archéologique, 31* session à Fontenay-le Comte, en 1864, 
Caen, 1865, in-8", puge 58. 

(4) RÉDET. Notes sur le Cartulaire de Saint-Cyprien de Poitiers, 
Archiver fmtoyiquea du Poitou, III, Poitiers, 1874, in-8% page 440, 



Digitized by VjOOQIC 



- 470 - , 

tes et des Andecaves. Celte pierre est toujours à la même place, au 
milieu du bourg d'Ingrande (Maine-et-Loire), et elle remplit 
aujourd hui la même fonction entre deui départements qu'autrefois 
entre deux peuples (1). 

On a reconnu qu'Ingrande (Indre-et-Loire) était la frontière des 
Andecaves et des Turons : les diocèses d'Angers et de Tours, ainsi 
que les provittces d'Anjou et de Touraine, ont conservé cette limite 
jusqu'à la Révolution (2). 

Anciennement, la frontière des Pictons et des Turons était à 
Ingrande (Vienne) (3). Du côté des Bituriges, c'était un autre 
Ingrande — nous Pavons vu — qui faisait aussi la frontière des 
Pictons ; le bourg, qui est aujourd'liui tout entier du diocèse de 
Bourges, était autrefois dans le diocèse de Poitiers, mais une t)artie 
dépendait de la paioisse de Concrémier, au diocèse de Bourges (4). 

En langue d'oc les Aigurande ou leurs congénères que nous con- 
naissons se trouvent placés dans des conditions analogues à celles 
que nous venons de constater pour les Ingrande. 

Eygurande (Gorrèze) était la limite des anciens diocèses de Cler- 
monl et de Limoges, c'est-à-dire antérieurement des Arvernes et 
des Lémovices (5). Eygurande(Dordogne) est la dernière paroisse 
des diocèses actuels et anciens de Périgueux et de Bordeaux, et 
autrefois séparait les Petrocorii des UilmigesVivisci; un cours d'eau 
qui arrose la commune porte le nom de Guérandelle^6). 



(1) G. Port. Dictionnaire de Maine-et-Loire, II, Angers, 1876, in-8<» 
page 38t) — A. F. Lïkvhk. Les chemins gaulois et romains, 2* édition, 
Niort, 1898, page 120. 

(2) Lièvre, 30. 

(3) Voir ci-dessus, p. 463 et 468. Depuis, le Poitou a empiété d'une 
paroisse sur la Touraine et s'étend jusqu'à la Creuse (Lièvre, 34). 

(4) Lièvrk, 49 — « Le comité de constitution [des départements] 
pense que l'Anglin doit servir de limite entre le Poitou et le Berry et 
que les cliefs-lieux einporleronl leur dépendance, de quelque côté de 
la rivière qu'ils soient placés, 14 janvier 1790 (Archives Nat. D IV bis 
63, dossier Indre) d. 

(5) Havet, page 6. 

(6) Id., ibidem. 



Digitized by VjOOQIC 



- 471 - 

Aiguerande, ancienne paroisse aux portes de Bclleville-sur-Saùne 
(Rhône), était la ligne séparativedes anciens diocèses de Lyon ei dg 
Mâcon, après avoir été la limite des bègusiaves et des Ediiens ti)* 
L'Âigurande, « dont les èruditsdu cadastre ont fait la Guirlande, « 
est un affluent de droite de la Charente, qui a servi de limite -aux 
Santons et aux Cambolectres Agèsinates et a séparé ensuite les dio- 
cèses de Saintes et d'Angoulème (2). 

Nous pourrions allonger de beaucoup cette double liste, rappeler 
les nombreux Ingrande, Ëguerande ou Guirande, hameaux ou riiis^ 
seaux, que nous avons énumèrés ci-dessus et que Foj a pu consta- 
ter, sauf de très rares exceptions — exceptions qui indiquent seu- 
lement que pour le moment les connaissances sont insuflisantis -- 
avoir été d'anciennes frontières. Mais à quoi bon apporter encoi'e 
des arguments à Tappui d'une assertion considérée désortn^is 
comme un axiome historique ? 

Il y a, d'ailleurs, un témoignage d'un autre genre qui rend certiJ i n e 
jusqu'à l'évidence la conviction donnée par Tobservation des lieux 
et l'étude de la géographie. Cette preuve consiste en ce qu'aujuiu- 
d'hui, grâce à des textes lapidaires, nous possédons vraimentcomnae 
la traduction latine du mot gaulois dont nous nous occupons. 

On sait que les Romains plaçaient de loin en loin, sur leurs 
routes, de grandes bornes indiquant la distance entre les gfies 
d'étape. 

Or, si dans la Marche — et en bien d'autres provinces — les 
bornes twi7/ia«V^s (c'est le nom reçu, quoique ces pierres partent 
souvent les indications en lieues) ont presque toutes disparu, dans 
le Poitou il en subsiste un grand nombre (3). 



(1) Vincent Durand. Recherches des limites des cités gauloises, 
Bulletin de la Diana, VI, 1892, Monlbhson, page 79. 

(2) Lièvre, 19, 

(3) Ce qui les a sauvées, c'est que dans ce pays, elles ont été creii- 
séos pour servir de tombeaux. De plus, le calcaire résiste mieux que 
le granit à la désagrégation, et par conséquent conserve mieux tes 
inscriptions. 



Digitized by VjOOQIC 



. — 472 - 

Dans le parcdu château du Fou,communed6 Youneuil-sur-Vienne 
(Vienne), se trouvent trois de ces bornes, placées autrefois sur la 
voie de Poitiers à Tours; elles indiquaient la distance de Limonum 
(Poitiers) à Fines, c'est-à-dire à la frontière des deux peuples. Sur 
Tune d*elles, dont les caractères sont bien conservés, on lit : LIM. IX 
Il FINES. VII (1). Il y avait donc, de Limonum à Fines, seize lieues 
de Gaule. 

Ici, une dirficullé. Qu'étaient ces lieues? Les voyers romains se 
servaient indifféremment, parfois presque en même temps, de la 
lieue gauloise romanisée, qui était de 2.222 mètres 50 centimètres 
— en théorie (2), — ou de la lieue gauloi.^e proprement dite, à 
laquelle — conformément à ce qui se passait en pratique — les 
uns attribuent une longueur, et les autres une autre (3). 

Au surplus, les Gaulois usaienl-ils de mesures si précises? Aujour- 
d'hui, qu*est-ce donc pour la plupart des gens qu'une lieue ou même 
un kilomètre, sinon quelque chose de très extensible et de très varia- 
ble? Et, pour ne parler que de mesures oflicielles n^oublions pas 
qu'il n'y a pas si longtemps qu'en France la lieue variait de 2000 
toises (3 kilomètres 898j « lieue de poste » à 2280 toises (4 kilo- 
mètres 444) <x lieue commune », sans parler « des lieues de pays jd (4). 
Dans notre province même, il y a deux cent cinquante ans à peine 
que Ton recourait, pour déterminer ofûciellement la lieue légale 
marchoise,au procédé que nous décrit un magistrat, et qui consistait 
(en vertu d'une sentence de la sénéchaussée de septembre 1679), à 
mesurer la dislance de la Porte Française ou de Piquerel jnsques à 
une grosse pierre appelée de la lieue, près de Chavanat, sur le grand 
chemin de Guéret au pont de Glény ; ensuite, la distance delà porte 
de Saint-Pardoux à Téglise de Saint-Sulpice-le-Guèrétois; enfin, 



(1) Emile EspÉRANDiEU. Épigraphie du Poitou et de la Saintonge, 
Melle,1888, in-8", page 13. 

(2) C'est la mesure adoptée par le Musée de Saint-Germain. 

(3) Jules QuicHKRAT, Nouvelles observations sur la lieue gauloise 
{Revue des èiociétéa Savantes, XV, 1863, page 186 ss. 

(4) Bulletin de la Société dea Antiquaires de France, année 1878« 
page 237. 



Digitized by VjOOQIC 



- 473 - 

la dislance de la porte du Chancelier à Téglise de Sainte-Feyre — 
ces deux villages étant réputés distants d'une lieue de Guéret. — La 
moyenne donnait la lieue « commune et ordinaire de la Marche (l).» 

Aurions-nous la prétention de déterminer avec plus de précision 
la lieue gauloise ? Rappelons-nous aussi que les dislances étaient me- 
surées sur les voies romaines au pas d'un soldat pris au hasard dans 
la cohorte (2). Bornons-nous donc à constater que Tévalualion la plus 
faible donne à la lieue 2.222 mètres; la plus forte, 2.436 mètres; et 
la plus généralement admise, 2.415 mètres (3). 

Revenons à notre voie romaine. 

Donc, de Ltmontim à Fm^s, il y avait seize lieues gauloises, ce qui, 
à 2.415 mètres pour la lieue, aurait fait 38 kilomèlresel640 mètres. 
Or, en mesurant sur la carte la distance entre Poitiers et Ingrande, 
avec le soin de suivre le tracé de ia voie romaine dans les parties 
où il est connu, on trouve que les deux localités sont séparées par 
une distance de 38 kilomètres 460 mètres (4). Prit-on une évalua- 
lion aboutissant à un chitlre plus faible que la légère différence qui 
en résulterait s'expliquerait facilement par le fait que les points 
de déport et d'arrivée ne sont peut-être pas les mêmeç exactement 
que ceux qu'avaient choisis les ingénieurs romains ; et la démons- 
tration n'en resterait pas moins éclatante: Fm^5, c'est bien Ingrande 
(Vienne). 

Sur la route de Poitiers à Argenton, un milliaire trouvé à Saint- 
Pierre-les-Eglises porte une inscription où l'on ne peut lire, en ce 
qui concerne les dislances, que ces mots: FIN. XI. Or, il y a vingt- 
cinq kilomètres, c'est-à-dire environ onze lieues gauloises, de 



(1) Couturier de Fournoue, Coutumes de la province de la Mar- 
che, Clermont-Ferrand, 1744, in-4°, page 187. 

(2) Quicherat, loc, cit. 

(3) Ernest Desjardins. Géographie de la Gaule romaine, IV, Paris, 
1803, in-8^ page 25. — A. F. Lièvre, op. cit., pages 121-124. 

(4j Le Touzé de Longuemar. Les bornes milliaires du Haut-Poitou, 
Mémoires de$ Antiquaires de lOuest^ XXXII, 1867, page 44. 



Digitized by VjOOQIC 



- 474 - 

Saint-Pierre-les-Eglises à Ingraiide (Indre) (1). Voilà donc encore 
un Fines qui est un Ingrande. 

Mais, à propos de ce dernier Ingv^nde- Fines nous avons mieux 
encore. 

Sur une borne ayant certainement appartenu à la route de Poi- 
tiers à Argenton, borne qui a disparu aujourd'hui, mais dont on 
avait heureusement copié rinscriplion, on lisait entre autres 
choses : LIM. L(euG;E). XI || FIN. X (2»; c'esl-à-dire : Poitiers, à 
onze lieues ; Fines^ à dix lieues. En lout, vingl-et-une lieues. 

A proximilé de la même roule, près d'Anligny (3), il a été trouvé 
plus récemment un troisième milliaire; il porte : FIN. VII || LIM. 
XIV (4); c'est-à-dire : Fines, à sept lieues; Poitiers, à quatorze 
lieues. En tout, vingt-et-une lieues, comme tout à Theure. 

Ainsi, ces deux dernières bornes, placées sur la même roule ea 
des [)oints différents, donnent Tune et Tautre, en sens inverse, la 
dislance de Poitiers au Ftnes indiqué par Tltinéraire d'Aulonin et 
la carie de Peutinger. Elles se confirment Tnne par Tautre, puisque 
l'addition des chiffres de chacune donne égalemen^vingl-el-une lieues 
pour la distance de Poitiers à ce Fines {S), 

Or, vingt-et-une lieues gauloises font BO kilomètres environ — 
exactement 50 kilomètres 715 mètres,* si Ton prend la lieue de 
8415 mètres. — Aujourd'hui, si Ton chemine sur la voie romaine 
de Poitiers à Argenton, que Ton peut suivre à de nombreuses 
traces (elle est d^ailleurs marquée presque en entier sur la carie 
de TËtat-Major), pendant 50 kilomètres 700 mètres, c'est-à-dire 



(1) ESPÉRANDIEU, 15. 

(2) LONOUEMAR, 40 ; ESPÉRANDIEU, 30. 

(3) Commune du canton de Saint-Savin (Vienne). 

(4) LONOUEMAR, 41; ESPÉRANDIEU, 16. 

(5) M. le capitaine Espérandieu fait la remarque (page 17) que la 
table Théodosienne n'indique que 20 lieues; a uiais, tijoule-t-ii juste- 
ment, on sait que cet important document n'est pas toujours d'une 
exactitude absolue. » Uéias I il donne bien du mal à ceux qui Tôtu- 
dlent. 



Digitized by VjOOQIC 



-^ 478 - 

Jusqu'au lieu où était Fines, où se trouve-t-on? à Ingrande 
(Indre) (1) ! 

C'est à propos de cette dernière constatation qu'un savant, parti- 
culièrement versé dans la question des Ingrande, a condensé î^a 
pensée dans une formule qui a la précision d'une règle de gram- 
maire. « La désignation Fines, dit-il, appliquée par la Table et 
^Itinéraire à une localité qui, d'autre part, a gardé son tiom gaulois, 
constitue ici une véritable déflnilion du mot gaulois Ingrandes (2).» 

Nous avons donc la traduction, en tant que sens général, du mot 
gaulois Evuranda ou Igoranda. Comme sîgniflcation couiante, ce 
mot équivaut à celui de limite ou frontière ; comme nom propre, 
il désigne une de ces localités appelées Fines par les Romains. 

C'était très probablement un mot composé; le sens de frontière 
se trouvait dans le second membre, randa (3). Aujourd'hui encore, 
l'allemand rand signifie bord, lisière, le roman ou vieux provençal 
rando, bordure, etc. Ilandœ, dans la basse latinité, est synonyme de 
cancelli et signifie par conséquent barreaux, grillage, expressions 
où se trouve certainement Tidee de clôture et de frontière (4). 

Quant à la première partie du mot — Evn ou Jgo ou Egu — 
que signifiait-elle? Les maîtres hésitent et confessent leur ijçno- 
rance. 

Tout le monde n'éprouve pas le même embarras. Le bon Calhe- 
rinot, le premier en date, prend le mot en bloc et nous apprend 
que, de même que le romain Caprasius a fondé Monstier-CA^t?n>r, 
et le romam Ursus, Orsenne, le romain « Agorius a fondé Agu- 
rande (5). » Quant à l'historien d'Eygurande (Corrèze), il pense que 



(1) LONGUEMAR, >44. 

(2) Lièvre, 49. — Ajoutons que, sur preuves décisives, on a placé 
à Ifigrunnes (Loiret) le Fines que la carte de pHuUnger indique sur 
la voie de Sens à Orléans. (Bull. Anliq. Ouest, XIII, 1871-1873, p. 25Ô; 
id. XIV, 1874-1870, page 4f)9. 

(3) A. LONGNON, page G. 

(4) Du Gange, au mot Randm. 

(5) Les Fondateurs de Berry, Bourges, 1686, page 2. 



Digitized by VjOOQIC 



'^^•^'""•^Pf! 



- 476 - 

ce mol vient de deux mois celtiques eygo, eau, et rand^ qui coule : 
eau courante, ruisseau; je n'y contredis point (1). D'après un 
troisième auteur, Âigurande paraît tirer son nom de deux mots 
gaulois (lesquels ?), qui signifient privé d'eau (2). Il y en a donc pour 
tous les goûts. Et j'en oublie certainement, car j'ai lu quelque part 
qu'Aigurande serait ainsi appelé comme la ville de la boue^ non pas 
qu'en elle-même elle soit plus sale qu'une autre — elle est même en 
réalité d'une propreté remarquable — mais parce qu'après les pluies 
d'automne, les champs qui l'environnent sont profondément détrem- 
pés et qu'elle même alors a est véritablement noyée dans l'eau et la 
boue (3). » 

Si l'on en croit M. H. Coclieris, c'est le mot latin aqua^ eau, qui 
entrerait dans la composition d'Iguerande, Eygurande et Âigu- 
rande (4). Voilà qui est plus sérieux. Malheureusement, le mysté- 
rieux £M7f«, — c'est-à-dire, à la prononciation, VAigu d'Aigurande 
— est gaulois et non latin. Il est vrai que le mot gaulois Ev 
ou EWy ou /Ir, eau, peut, dans le cas présent, sans changer en 
rien le sens, prendre dans le mot la place du latin (5). Ceux qui 
admettent que le premier membre est ko ou Igo, et non Ëtcu^ 
peuvent cependant élever encore une objection. 

(i) D^ LoNGY. Le canton d'Eygurande (Corrèze), Tulle, 1893, p. 143. 

(2) Annuaire de l'Indre, 3» année, Cliàteauroux, 183Î), page 102. 

(3) Comptes rendus de la Société du Berry à Paris, année 18(3(>, 
page 354. — N'a-t-on pas dit aussi que, « la ville étant sur le point 
culminant de l'Indre et entourée de landes ou brandes, le mot se 
décomposerait ainsi : Aigurande, brandes aiguës (note de M, l'abbé 
AJ eu nier) » !! 

(4) Noms de lieux, Paris, s. d. [1874], in- 10, page 22 -- D'après 
M. Caidin (Mém. Antiq. Ouest, XXXII, page 43, en note), le mot 
Ingrande serait formé de deux racines celtiques ang, (grand, ingens) 
el rand^ frontière, limite. Cette étymologie ne tient compte que de la 
forme Ingrande. 

(5) A. HouzK. Etude sur la signification des noms de lieux, Paris, 
I8(>'i, in-12, page 70. — Pierre Malvezin. Dictionnaire des Racines 
Celtiques, Paris, 1903, iii-S^, pages 15 et 10. — Dans une partie du 
Poitou, l'eau s'appelle encore de l'eue; je n'ignore point que ce mot 
peut dériver du latin. — Cf. Dict. archéologique de la Gaule, I, 1875, in- 
fol., page 17. 



Digitized by VjOOQIC 



- 477 - 

Il n*y a pas à prendre parli dans une question si peu élucidée et 
je préfère soiimetlre aux philologues une remarque qui n'a jamais 
été faite, que je sache, el qui pourra peut-être leur être utile pour 
leurs recherches. 

Il esta noter que la plupart des Ingrande ou Aigurande connus 
sont situés sur des cours d'eau et que plusieurs même sont des 
ruisseaux ou des rivières. Ingrande (Maine-et-Loire) est sur la 
Loire, Ingrande (Vienne) sur la Vienne, Ingrande (Indre) sur 
TAnglin, Ingranne (Loiret) sur le Cens, petite rivière, dans un pays 
où les cours d'eau sont rares; Yvrande (Orne) est à la source d'un 
ruisseau qui va se jeter dans TOrne au-dessous de Tinchebray ; 
Eygurande (^Corrèze) est situé entre deux ruisseaux qui courent 
rejoindre non loin de là le Chavanon, el son territoire s'étMidait 
autrefois jusqu'à cette rivière, etc. Eygurande (Dordngne) est près 
d'un bel étang. Tout à l'heure, à propos du nom d'Aigurande, nous 
cilions cinq ou six ruisseaux ou petites rivières qui portaient ce 
nom ou un nom analogue, et on pourrait ajoutera l'énumération. 

A première vue, notre Aigurande semble faire exception à la 
règle. Il n'y a, cela est certain, aucune rivière grande ou pelite, 
qui l'arrose. La Douzairne commence son cours à deux kilomètres 
au nord-ouest de la ville. Et il faut la bonne volonté d'un Clianmeau 
ou d'un La Thaumassière pour admettre qu'Aigurande soit baigné 
par la Pelite-Creuse, qui, au point le plus rapproché, en passe à 
9 kilomètres 300 mèlres (i). 

Mais un fait digne d'attention, et qui n'a pu échapper à l'observa- 
tion des premiers habitants, c'est que dans ce site qu'ils choisis- 
saient pour frontière, précisément parce qu'il domine tout autour de 
lui, l'eau n'est point aussi rare qu'elle devrait l'être selon les appa- 
rences. 

Au pied même du monticule où ils avaient sans doute établi 



(1) ... Au dessous de laquelle passe la rivière de Creuse, J. Chau- 
MKAU, Histoire de Berry, Lyon, !.')(>(>, fol page 260. — La ïhauaïas- 
siÈRE, page 572 : « Agurande... prez la rivière de Creuze. » 



Digitized by VjOOQIC 



-478- 

leurs retranchements et où s'éleva plos tard le ch&teau féodal (1),— 
aujourd'hui remplacement du presbytère, de l'église et de leurs 
abords — jaillissent deux fources; Tune est une fontaine dont les 
eaux, abondantes dès leur naissance, se réunissent, à quelques 
centaines de mètres de là, à celles d*un étang formé par un ruisseau 
qui prend sa source sur le versant. opposé du même monticule. 
D'ailleurs, sur ces sommets, l'eau sourd de toutes parts, aussi bien 
sur le versant marchois que sur les pentes berrichonnes. 

Cette position si particulière de VEvurandn gaulois, l'aurait rendu 
tout à fait di£[ne, semble t-il, d'être appelé, comme ses congénères, 
la froHliète des eaux. 

Quoi que Ton veuille penser des conjectures sur la composi- 
tion et le sens de chaque partie, prise isolément, du mot en pré- 
sence duquel nous nous trouvons, le sens général est si clairement 
établi par tout ce qui a été rapporte ci-dessus, que finalement, avec 
M. Julien Havet, résumant la pensée de ceux qui ont étudié la ques- 
tion avant lui, « ou peut poser en principe que, lorsqu'un endroil 
porte ce nom, il se trouve à la limite de deux anciens diocèses, 
c'est-à-dire à la frontière de deux cités romaines, ou avant les 
Romains de deux cités gauloises (2). > 

De plus, on doit admettre que les localités ainsi dénommées ont 
une origine très ancienne, antérieure même à Parrivéedes Romains 
dans les Gaules. 

En voici la preuve. 



(1) M. E. Chénon, dans sa belle Histoire de Sainte-Sévère, Paris, 
1889, in-8o, page2I,fi«il la remaïq'jc qu*à Cliàleaumeill9nt la forte- 
resse féodale empruDta les palissades des fossés gallo romains. (Cf. 
Mém. Ayiti'j. Centre, XI, p. 1.V) et ss) Il en fut sans doute de même à 
Aigurande. En 1808, en démolissant nne petite maison dans un jardin 
non loin dn chevet <le rêglise, on a découvert un souterrain, de six. 
nîèlres de profondeur, avec plnsieurs voies au fond, lequel, passant 
sous l'église, se dirigeait comme ponr .-dler déboncher dans la prairie 
où est aujourd'hui le cimetière, et où l'on trouve un souterrain qui 
semble la continuation du premier (note de M. Tabbé Meunier). Beau- 
coup de souterrains sont gaulois ; mais rien ne détermine la date de 
celui-ci, et je le mentionne à titre de simple renseignement. 

(2) J, Havet, page 3. 



Digitized by VjOOQIC 



-479- 

La langue celtique ou gauloise a survécu assez longtemps à la 
conquête, surtout dans le peuple. A la fin du ii« siècle, saint Irénée, 
évèque de Lyon, écrit à un de ses amis que depuis qu^il vit parmi 
les Gaulois, il a été obligé d^apprendre leur langue (1). a Ne vous 
étonnez pas, disait le poète Claudien deux cents ans plus tard, si la 
voix d'Orphée calmait les bêtes féroces, puisque les mules obéissent 
au parler gaulois (2)». Sulpice Sévère, au iv« siècle, introduit dans 
un dialogue un Gaulois qui se défend de parler lalin : « Mais si vous 
avez de la peine à vous exprimer, lui dit son interlocuteur, parlez 
donc gaulois (3). » Au milieu du v« siècle, Sidoine Âppolinaire 
félicite son beau-frèvre Ecdicius de ce que c'est à lui que la 
noblesse du pays d'Auvergne doit d'avoir dépouillé la rouille du 
langage celtique (4). Dans la Creuse même, on constate, par la for- 
mule terminale et à des détails matériels, que la fameuse inscrip- 
tion en langue gauloise trouvée en 1864 à Sazeirat (Arrênes) près 
Marsac, est postérieure à la conquête (5). 

Donc, à la rigueur, on pourrait admettre qu'un village ou lieu 
habité, fondé à cette époque, ait reçu un nom gaulois. 

Que l'on y réfléchisse cependant, et cela paraîtra plus qu'invrai- 
semblable. « 

Si, en efSel, la langue gauloise s*étail maintenue, c'était en décli- 
nant chaque jour, en perdant sans cesse de son étendue et de son 
influence. Dès le premier siècle de noire ère, le laliii avait supplan»é 
le celtique par toute la Gaule, à l'exception de TArmorique. E 



(l)Non aulem exquires à nobis, qui apud Celtas commoramur, et 
m barbaiMim sernionem plerumque vocamus... ^Patrologie grecque de 
Migne, VII, 44^^). 

(2) Claudien, éd. Nisard, Paris, 1837, page 735 (Epigram. de mulabus 
gallicis. 

<3) Patrologie latine de Migne, sér. 1. tome XX, Paris 1845 (Sulpicii 
Seoeri diatog. I, page 201). 

(4) Sermonis cellici depositura nobilitas... (Œuvres de Sidoine Appo- 
linaire, édition Didot, Paris, 1887, page 142). 

(5) Congrès archéologique, Guérel, 1865, page 186. — Delannoy. 
Sur la signification du moi leuru (Mémoires delà Société de la Creuse, 
X, page 35). 

12 



Digitized by VjOOQIC 



- 480 - 

même, brusquement, dès le lendemain de la conquête, le gaulois 
avait cesse d*èlre la langue légale, sauf en quelques cas exception- 
nels, où son usage était simplement tolère — par exemple pour les 
fldélcommis testamentaires, comme nous l'apprend Ulpien (1). — 
L'idiome officiel, c'était le latin. 

Or, les Fines, Ingrande ou Aigurande, étaient des localités ayant 
un caractère administratif et militaire, puisqu'elles servaient de 
postes-fronlières. 

Si ces postes ont été établis pour la première fois sous la domi- 
nation ou sous rinfluence romaine, si les localités aujourd'hui villes 
ou villages proviennent d'habitations bâties peu à peu autour de la 
borne portant le mot Fincfs, elles ont pris tout naturellement ce 
dernier nom. 

Pour celles qui sont antérieures aux Romains, on peut admettre 
que les conquérants, trouvant sur la frontière un lieu appelé Aigu- 
rande ou Ingrande par les habitants du pays, Paient conservé 
comme étape et qualifié, sur leurs documents officiels, caries, itiné- 
raires, elc, du nom équivalent Fines. C'est en fait ce que Ton sait 
s'être passé pour quelques-uns des Ingrande mentionnés ci-dessus : 
par exemple Ingrande (Vienne), Ingrande(Indre)etIngranne(Loiret). 
On peut même admettre que peu à peu le nom de Fines serait passé 
dans le langage courant et aurait remplacé l'ancien nom gaulois. 

Tout cela se conçoit facilement. Mais comprendrail-on le con- 
traire ? l'eut-on penser qiie, pour une localité habitée, qu'ils 
auraient créée de toutes pièces, les Itomains ou Gallo-Romains 
soient allés chercher un nom dans le vocabulaire gaulois? Remar- 
quons bien, en effet, qu'il s'agit d'un nom commun. 

Les conquérants ou les colons, s'ils fondent une ville, peuvent lui 
donner le nom que porte le lieu dans la langue indigène. Cela 
s'est vu souvent. Mais ici ce n'est pas le cas. Il s'agit de savoir si 
jamais un peuple, pour appeler une chose qu'il crée et qu'il lui est 

(1) Fideicoinmissa quocunque sermone relinqui possunt, non solum 
latiiia (sic)y \e\ j^riEca (sic), sed etiam punica (sic), vel gallicana (sic). 
Digest., XXXII, lit, I, par. Il (Digesla Justir-iani Augusti rec. Th. 
Moinmsen, vol. II, Berlin, 1870, page 73). 



Digitized by VjOOQIC 



- 481 - 

facile de désigner dans sa langue par un mot courant, s'est avisé 
d'aller chercher un nom dans une langue éteinte. 

Poser la question en ces termes, c'est la résoudre. Quand on entre 
à Tolède par le pont d'Alcauiara^ quand on entend appeler ii/mtriar 
la tour de la cathédrale de Cordoue (1), on n'a point besoin d« con- 
sulter son guide pour savoir que ces monuments — ou ceux qu'ils 
ont remplacés — ont été bâtis par les Maures, et non par les Espa- 
gnols. De même, quand on trouve une localité dénommée Aigu- 
runde, on peut affirmer que cette localité date des Gaulois, et non 
des Romains qui leur ont succédé, puisqu'au moment de la conquête, 
son nom était si solidement implanté que le langage a dû le conser- 
ver et respecter sa forme primitive (2). 

Ainsi, tout ce qui s^appelle Aigurande existait déjà, comme 
localité frontière, à l'époque où la Gaule n'avait pas encore vu les 
armées romaines, c'est-à-dire au plus tard dès le premier ou le 
second siècle avant l'ère chrétienne. 



III 
LÉMOVICES ET BITURIGES 



Aigurande était donc une frontière gauloise. Il reste à rechercher 
quels peuples — peuples principaux ou confédérations, ou bien 
peuples secondaires — venaient s'y rencontrer. 

Pour tout homme au courant de la géographie historique, le 
problème — on peut le dire— n'existe même pas. Il semble évi- 

(1) En arabe : el kantara, le pont ; el minaret, la tour. 

(2) D'aiUeurs, il existe des preuves matérielles que les Ingrande 
sont d'origine gauloise — du moins pour l'un d'eux. — Vers le milieu 
du mois d'octobre 1872, vingl-huit monnaies gauloises, de beaucoup 
anlérieures à la conquête, furent trouvées à une petite distance 
d'Ingrande-sur-Anglin (Indre), sur un emplacement où, d'après la 
tradition du pays, une ville aurait jadis existé (Congrès archéologique 
de Irance, 40» session, Ghàteauroux, 1873, page 68). 



Digitized by VjOOQIC 



- 48Î- 

dent, en effet, par application d*un principe universellement admis, 
et sur lequel on trouvera plus loin des développements, — à savoir 
que, sauf de rares exceptions, connues du reste,— les limites des 
anciens diocèses se confondaient avec celles des civitaleg de la 
Gaule romaine, lesquelles n'étaient autres, en général, que celles des 
peuples gaulois, il semble évident qu'il ne peut s'agir que de la fron- 
tière des Dituriges et des Lémovices. C'est bien ainsi que l'ont 
compris MM. Deloche et A. Longnon — pour ne nommer qu'eux 
seuls — qui font passer par Aigurande la limite des Bituriges (i). 

Cette opinion, cependant, est opposée à ce qui a été publié par 
les auteurs locaux sur la frontière des deux peuples. 

La limite des Lémovices^ dit Joullielton, était la rivière de 
Creuse; ce qui est à l'est et au nord-est de cette rivière appartenait 
aux Arverni, et ce qui est au nord aux Bituriges (î). » 

Sur quoi se basait Thistorien de la Marche pour avancer une 
assertion à l'appui de laquelle il n'apporte aucune preuve? Simple- 
ment sans doute sur Phypothèse — en faveur à son époque et 
depuis — que les frontières gauloises devaient être constituées par 
les cours d'eau les plus importants. 

C'est une pure imagination, démentie par les faits, du moins la 
plupart du temps. La Loire borne, il est vrai, sur une certaine lon- 
gueur, les Bituriges. Mais auparavant, de sa source jusque-là, elle 
coule en plein territoire d'abord des Vellavi, puis des Segusinvi, 
puis des Eduens. Et après avoir quitté les Bituriges, elle pénètre 
chez les Carnutes, dont elle traverse le pays; puis elle fait de même 
chez les Turons et chez les Andes. 



(i) Max. Deloche. Cartulaire (ie Tabbaye de Beaulieu, Paris, 1869. 
in-4û, page CXLUI de rinlroduclion. — A. Longnon. Atlas historique 
delà France, Paris, 1888, in-folio, caries I et ss.— Cf. Deux cartes du 
Musée de Saint-Germain : Epoque gauloise. Campagnes de Céaar 
(carte dressée en 1888), et La Ganle au commencement du Vh siècle. 
Voies et Cités (dressée en 1805); Tune et 1 autre donnent la frontière 
par Aigurande. 

(2) JouLLiETTON. Histoire de la Marche, I, Guéret, 1814, îî**, papre 2. 
On trouve un écho de cette erreur dans Peuchet etCHANLAiRK, Des- 
cription statistique de la France, I, Paris, 1810, in-4<», page 3 delà 
Creuse, 



Digitized by VjOOQIC 



-483- 

La Vienne ne passe-t-elle pas juste par le centre du pays des 
Lémovices, et le Cher n'a-t-il point ses deux rives habitées par les 
Bituriges? Pourquoi donc la Creuse n'aurait-elle pu faire autrement 
que d'être investie du privilège de servir de frontière à ces deux 
peuples? Rien ne s'oppose, évidemment, à ce qu'elle ait joué ce 
rôle, mais rien ne le montre. Une affirmation dénuée de preuves 
ne mérite p*as qu'on s'attarde à la discuter. 

Passons donc à un autre système. 

Il a été publié des travaux consacrés en même temps à l'élude 
des patois de la Creuse et à la recherche des limites des anciens 
peuples qui auraient habité le département. 

Il est difficile, en les lisant, de discerner si c'est Tétude des divers 
dialectes du patois qui a conduit à fixer les frontières des peuplades, 
ou si, au contraire, cette étude n'a pas eu pour but dp fournir des 
arguments en faveur de l'idée que l'on se faisait de ces frontières 
par la lecture des ouvrages d'histoire nationale en vogue il y a 
cinquante ans. 

D'après ce système, le patois de la Creuse présentant trois grandes 
variétés, — le patois du nord où berrichon, le patois du midi ou 
limousin, le patois de l'est ou auvergnat, — Il en résulterait qu'avant 
la conquête romaine, le territoire du département aurait été divisé 
entre trois peuples indépendants : les Bituriges, les Lémovices et les 
Arvernes (1). 

En conséquence, le territoire arverne dans la Creuse aurait 
compris tout l'arrondissement d'Aubusson, moins Évaux, près de 
la moitié de celui de Boussac, le canton d'Ahun et une partie de 
ceux de Guëret et de Pontarion (2). 

Les Bituriges auraient occupé tout le nord du département, selon 
une ligne, dirigée d'abord du nord-est au sud-ouest, qui aurait 
passé, en partant de Toul,au nord de Jarnages, entre Saint-Laurent 
et Guéret, aurait ensuite pris la direction du sud pour gagner 

(1) Mémoires de la Société de la Creuse, III, 1862, pages 363-379. 

(2) Id, Ibid., page 372. — Id., V, 1885, page 350. 



Digitized by VjOOQIC 



— m - 

Sardent, d'où, par la Gartempe ou par la crête des hauteurs de la 
rive gauche de cette rivière, elle aurait remonté au nord-ouest vers 
les montagnes de Saint- Vaury et de Dun, puis entre Saini-Sulpice- 
Lauriëre et La Souterraine. Toul, le Puy-de-Gaudy et Breilh auraient 
été en territoire bitnrige (I). Comme on peut s'en rendre compte 
sur une carie, c'est un coin qui aurait pénétré entre les Arvernes et 
les Lémovices. • 

A ces derniers aurait appartenu le reste du département. 

Les principes sur lesquels est basée cette thèse sont les suivants : 
n i" Le dialecte est toujours l'expression d'un peuple ayant joui 
d'une longue autonomie; â"* une fois établi, l'accent, qui en forme 
le caractère fondamental, persiste, malgré les changements que 
peut éprouver la langue à la suite des temps et des événements; 
3» les limites primitives du dialecte doivent difficilement chan- 
ger (2). » 

La pensée de rechercher dans un dialecte tout moderne la plus 
ancienne géographie d'un pays suscita aussitôt bien des doutes (3). 
Doutes, il faut l'avouer, fort légitimes. 

Est-il possible, au surplus, de définir d'une façon précise un dia- 
lecte en lui-même et dans son étendue territoriale? M. Paul Meyer 
en doute. Il pense même que l'on n'arriverait jamais à déterminer 
une circonscription dialectale si on ne prenait le parti de la fixer 
arbitrairement (4). 

M. Antoine Thomas, cependant, s'est chargé de prouver qu'en 
certains cas, et moyennant certaines précautions, la limite des 
patois peut être établie assez exactement. Avec la précision scienti- 
fique et la perspicacité qui distinguent tous ses travaux, il a su, 



(1) Id. V, 1885, pages aiS, 3G'i, 3G8. 

v2) Association française pour ravancement des sciences, B* session, 
Clermont-Ferrand, 1870, page 974 : M. le D»" Vincent, Des limites dû 
peuple arverne dans le département de la Creuse^ séance du 24 août 
1876. 

(3) Assises scientifiques de Limoges, Limoges, 1867,8^, page 151. 

(4) Romania, IV, 1873, page 294. 



Digitized by VjOOQIC 



- 485 — 

depuis nombre d'années, distinguer nettement sur le terrain quel- 
ques-uns des caractères qui différencient le patois du nord d*avec le 
patois du midi de la Creuse (1). 

Nous admettrons donc qu'une délimitation de ce genre puisse, 
exceptionnellement, se faire d'une façon rigoureuse. Mais, ce qu'il 
faut impitoyablement rejeter, ce sont les conclusions tirés de faits 
qui, dans tous les cas, ne prouveraient absolument rien pour les 
temps où les Gaulois occupaient nos contrées. 

D'ailleurs, si la théorie basée sur des différences de langage avait 
quelque valeur pour la géographie ancienne, ce serait à nous— qui 
croyons la frontière à Aigurande, — à en invoquer rapplication. 
La langue d'oc et la langue d'oil sont autrement tranchées entre 
elles que les dialectes du patois marchois. Or, d'après des recher- 
ches faites avec soin^ la ligne de déma